‹ Le TartuffeChapitre 74 sur 106 · ACTE IV, SCENE IIL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IIL

Je veux une vertu qui ne soit point diablesse, Et crois que d'un refus la discrète froideur N'en est pas moins puissante à rebuter un cœur.

ORGON

Enfin, je sais l'affaire, et ne prends point le change.

ELMIRE

J'admire, encore un coup, cette foiblesse étrange : Mais que me répondroit votre incrédulité, Si je vous faisois voir qu'on vous dit vérité?

ORGON

Voir!

ELMIRE

Oui.

ORGON

Chansons!

Mais, quoi! si je trouvois manière De vous le faire voir avec pleine lumière...?

ORGON

Contes en l'air!

ELMIRE

Quel homme! Au moins, répondez-moi:

Je ne vous parle pas de nous ajouter foi ; Mais supposons ici que, d'un lieu qu'on peut prendre, On vous fît clairement tout voir et tout entendre. Que diriez-vous alors de votre homme de bien?

ORGON

En ce cas, je dirois que.... Je ne dirois rien, Car cela ne se peut.

ELMIRE

L'erreur trop long- temps dure, Et c'est trop condamner ma bouche d'imposture. Il faut que, par plaisir, et sans aller plus loin, De tout ce qu'on vous dit je vous fasse témoin.

ORGON

Soit. Je vous prends au mot. Nous verrons votre adresse, Et comment vous pourrez remplir votre promesse.

ELMIRE , à Dorine.

Faites-le-moi venir.

DORINE, àElmire.

Son esprit est rusé, Et peut-être à surprendre il sera malaisé.

ELMIRE , à Dorme.

Non : on est aisément dupé par ce qu'on aime. Et l'amour-propre engage à se tromper soi-même. *

( A Cléante et à Mariane. )

Faites-le-moi descendre. Et vous , retirez-vous.

V I. Lorsque cet homme étonnant (Molière) ne se soucie pas d'employer tout son génie, alors même il le sent. Elmire se jetterait à la tête de Tartuffe, et Tartuffe aurait Tair d'un sot qui donne dans un piège grossier : mais voyez comment il se sauve de là. Elmire a entendu sans indignation la déclaration de Tartuffe; elle a imposé silence à son fils; elle remarque elle-même qu'un homme passionné est facile à séduire. (Diderot.)

^ Cette réponse d'Elmire est très-satisfaisante, et prouve une grande connaissance du cœur humain : il était important que l'observation assez naturelle de Dorine fût réfutée d'avance par l'auteur.

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