‹ Le TartuffeChapitre 75 sur 106 · ELMIRE, ORGON · texte numérisé non relu

ELMIRE, ORGON

ELMIRE

Approchons cette table, et vous mettez dessous. ^

ORGOir.

Comment !

ELMIRE

Vous bien cacher est un point nécessaire.

ORGON

Pourquoi sous cette table?

ELMIRE

Ah! mon Dieu! laissez faire;

I. Ce soin d'approcher cette table sent un peu la machine. On voudrait que, dans l'appartement où se passe la pièce, il y eût, dès le commencement, une table couverte d'un grand tapis que Tartuffe eût toujours vue à la même place , telle qu'il y en avait du temps de Molière , au lieu de nos modernes consoles, et telles qu'on en trouve encore chez d'anciens bourgeois : alors il faudrait qu'Elmire dît à son mari d'aller se cacher sous ce tapis. Ce serait à elle à se retirer sans affectation près de la table pour y attirer Tartuffe, afin qu'Orgon pût entendre ce qu'on dirait. La situation serait la même, et tout se passerait avec plus de vraisemblance et moins d'apprêt. Il est vrai qu'il faudrait un peu changer le vers qui a donné lieu à cette remarque, et dire :

Courez à cette table, et cachez-vous dessous. (Bret.)

« En réfléchissant un 'peu , dit M. Simonnin , Bret aurait vu qu'il n'y a pas « la moindre invraisemblance à ce qu'une table soit placée auprès d'un mur, « ni qu'Elmire la fasse avancer pour faciliter Orgon à se mettre dessous ; et « puis comment Tartuffe , qui entre un moment après enflammé de l'amour « le plus vif pour Elmire, pourrait-il s'apercevoir que la table a été avancée « de quelques pas ; lui surtout qui ne doit voir alors que celle dont il espère « obtenir les faveurs ? »>

J'ai mon dessein en tête, et vous en jugerez. Mettez-vous là, vous dis-je; et, quand vous y serez, Gardez qu'on ne vous voie et qu'on ne vous entende.

ORGOBT.

Je confesse qu'ici ma complaisance est grande : Mais de votre entreprise il vous faut voir sortir.

ELMIRE

Vous n'aurez, que je crois, rien à me repartir.

( A Orgon, qui est sous la table. )

Au moins, je vais toucher une étrange matière.

Ne vous scandalisez en aucune manière.

Quoi que je puisse dire, il doit m'être permis; '

Et c'est pour vous convaincre, ainsi que j'ai promis.

Je vais par des douceurs, puisque j'y suis réduite.

Faire poser le masque à cette âme hypocrite.

Flatter de son amour les désirs effrontés,

Et donner un champ libre à ses témérités.

Comme c'est pour vous seul, et pour mieux le confondre,

Que mon âme à ses vœux va feindre de répondre,

J'aurai lieu de cesser dès que vous vous rendrez,

Et les choses n'iront que jusqu'où vous voudrez.

C'est à vous d'arrêter son ardeur insensée.

Quand vous croirez l'affaire assez avant poussée,^

D'épargner votre femme, et de ne m'exposer

Qu'à ce qu'il vous faudra pour vous désabuser. ^

I. // iloU m' être permis. Encore une de ces phrases impersonnelles dont on ne ferait plus usage aujourd'hui.

a. Voir le Mémorial pour Tinterprétation grossière donnée à ce vers par quelques spectateurs.

3. Le peu d'empressement qu'Orgon mettra à sortir de dessous la table prouve que cette recommandation n'est pas superflue.

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