ACTE V, SCÈNE I
ORGOir.
Quoi ! sous un beau semblant ' de ferveur si touchante, Cacher un cœur si double, une âme si méchante! Et moi, qui l'ai reçu gueusant et n'ayant rien.... C'en est feit, je renonce à tous les gens de bien; J'en aurai désormais une horreur effroyable, Et m'en vais devenir pour eux pire qu'un diable. *
CLÉANTE
Hé bien ! ne voilà pas de vos emportemens !
Vous ne gardez en rien les doux tempéramens.
déjà consacré du temps de Molière , puisqu'il l'a suivi dans le Misanthrope. C'est le besoin du vers qui le fait revenir à une faute qu'il avait commise dans rÉtourdi,
1. M. Auger, qui a écrit dans son texte : Quoi! sur un beau semblant, a dit , au sujet de cet hémistiche : « Toutes les éditions , sans exception , portent , » Sur un beau semblant; cependant, Cacher un cœur double sur un beau sem- « blant de ferveur, est une figure si peu exacte dans les termes, et il était si « naturel d'écrire, Cacher sovs un beau semblant, qu'il est impossible de ne *' pas supposer une faute d'impression. »
Le doute de M. Auger est très-fondé ; mais il n'est pas exact de dire que toutes les éditions, sans exception, portent, sur, au lieu de, sous. U est bien vrai que l'édition prétendue originale de 1669, qui a été donnée à la Bibliothèque du Roi par Féditeur de Molière de 1 784 , écrit cet hémistiche avec la première de ces propositions; mais un exemplaire que nous possédons d'une édition imprimée aussi en 1669, aux dépens et par conséquent sous les yeux de Molière, portant le privilège du Roi , contient le vers tel que nous le donnons dans notre texte, n n'est donc pas douteux que l'exemplaire de la Bibliothèque du Roi , qui a servi de copie à toutes les éditions de Molière faites depuis, n'est qu'une contre£Giçon de l'édition originale, ou du moins une édition faite dans la même année , mais à laquelle Molière ne donna pas ses soins.
2. Enfin, désabusé sur le compte d'un traître, Orgon ne change pas de caractère : il s'était passionné pour ses fausses vertus jusqu'à l'extravagance ; et, gardant une pareille exagération dans les sentimens contraires, après être revenu de son erreur, loin de se corriger, son immodération s'emporte vers une autre extrémité. ( M. Lemercier. )
Dans la droite raison jamais n'entre la vôtre; Et toujours d'un excès vous vous jetez dans l'autre. Vous voyez votre erreur, et vous avez connu Que par un zèle &tnt vous étiez prévenu; Mais, pour vous corriger, quelle raison demande Que vous alliez passer dans une erreur plus grande. Et qu'aveeque le cœur d'un perfide vaurien Vous confondiez les cœurs de tous les gens de bien? Quoi ! parce qu'un fripon vous dupe avec audace Sous le pompeux éclat d'une austère grimace. Vous voulez que partout on soit fait comme lui. Et qu'aucun vrai dévot ne se trouve aujourd'hui ? Laissez aux libertins ces sottes conséquences : Démêlez la vertu d'avec ses apparences.
Ne hasardez jamais votre estime trop tôt.
Et soyez, pour cela, dans te milieu qu'il faut. Gardez-vous, s'il se peut, d'honorer l'imposture : Mais au vrai zèle aussi n'allez pas faire injure; Et, s'il vous faut tomber dans une extrémité, Péchez plutôt encor de cet autre côté.'
I. Ces paroles ne laissent point de doute sur FinteotioR de Pœuwe ; eUes ne sont point ambiguës, et me semblent plus fraternelles que le langage peu évang^que de rérêque de Meaux. ( M. Lbmercier. ) Voir la Notice^