‹ Le Tartuffe; ou, L'imposteur, comédie en cinq actesChapitre 16 sur 64 · ACTE I, SCK.NE VI l · texte numérisé non relu

ACTE I, SCK.NE VI l

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Mon frère, vous seriez charnié de le connaître. Et vos ravissements ne prend raient point de fin. C'est un homme... qui... alil... un licnnine... un hommt

[enlin...

Qui suit bien ses leçons goûte une paix profonde, Et connue du fumier regarde tout le monde. Oui, je deviens tout autre avec son entretien. II m'enseigne à n'avoir aficclion pour rien; De toutes amitiés il détache mon âme; Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme, Que je m'en soucîrais autant que de cela. (Il fait un geste de mépris.)

CLÉANTE

Les sentiments humains, mon frère, que voilà!

ORGON

Ah! si vous aviez vu comme j'en fis rencontre,

Vous auriez pris pour lui l'amitié que je montre

Chaque jour à l'église il venait, d'un air doux,

Tout vis-à-vis de moi se melire à deux genoux.

11 attirait les yeux de l'assemblée entière

l'ar l'ardeur dont au ciel il faisait sa prière;

Il faisait des soupirs, de grands élancements,

Et baisait •humblement la terre à tout moment;

Et, lorsque je sortais, il me devançait vile,

Pour m'allcr, à la porte, offrir de l'eau bénite.

Instruit par son garçon, qui dans tout l'imitait,

Et de son indigence, et de ce qu'il était.

Je lui faisais des dons ; mais, avec modestie,

Il me voulait toujours en rendre une partie :

«C'est trop, me disait-il, c'est trop de la moitié;

Je ne mérite pas de vous faire pitié. »

Et, quand je refusais de le vouloir reprendre,

Aux pauvres, à mes yeux, il allait le répandre.

Enfin le ciel chez moi me le lit retirer.

Et depuis ce temps-là tout semble y prospérer.

Je vois qu'il reprend tout, et cju'à ma fcnune même

Il prend, pour mon honneur, un intérêt extrême;

l4 LE TARTUFFE

Il în'avcrlU des gens qui lui font les yeux doux, El plus que moi six fois il s'en montre jaloux. Mais vous ne croiriez point jusqu'où monte son zèle. Il s'impulc à péché la moindre bagatelle; L'n rien presque suffît pour le scandaliser; Jusque-là qu'il se vint, l'autre jour, accuser D'avoir pris une puce en faisant sa prière, Et de l'avoir tuée avec trop de colère.

CLÉANTE

Parbleu! vous êtes fou, mon frère, que je croi. Avec de tels discours vous moquez-vous de moi? Et que prôtendoz-vous? Que tout ce badinage...

îilon frère, ce discours sent le libertinage : Vous en êtes un peu dans votre âme entiché ; Et, comme je vous l'ai plus de dix fois prêché, Vous vous attirerez quelque méchante affaire.

Voilà de vos pareils le discours ordinaire :

Ils veulent que chacun soit aveugle comme eux.

C'est être liberlin que d'avoir de bons yeux;

Et qui n'adore pas de vaines simagrées,

jN'a ni respect ni foi pour les choses sacrées.

Allez, tous vos discours ne me font point de peur,

Je sais comme je parle, et le ciel voit mon cœur.

De tous vos façonniers ' on n'est point les esclaves.

Il est de faux dévots ainsi que de faux braves :

Et, comme on ne voit pas qu'où l'honneur les conduit

Les vrais braves soient ceux qui font beaucoup de bruit,

Les bons et vrais dévots, qu'on doit suivre à la trace,

Ne sont pas ceux aussi qui font tant de grimaces.

Eh quoi! vous ne ferez nulle distinction

Entre l'hypocrisie et la dévotion?

Vous les voulez traiter d'un semblable langage,

Et rendre même honneur au masque qu'au visage,

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