Nous éclaire, pour : nous épie
AS LE Ï.VIlTUrrf:
KI.MIIIE
Ouf! vous me serrez hop.
C'est par excès de zèle.
De vous faire aucun mal je n'eus jamais dessein, Et j'aurais bien plutôt...
(Il met la main sur les genoux d'Elmire.)
ELMIP.E
Que fait là votre main?
Je tâtc votre habit : l'étoffe en est moelleuse.
ELMIUE
Ahl de grâce, laissez! je suis fort chatouilleuse. (Elmira recule son fauteuil, Tartuffe se rapproche d'elle.)
TARTUFFE, maniant le fichu d'Elmire.
Mon Dieu! que de ce point l'ouvrage est merveilleux l On travaille aujourd'hui d'un air miraculeux : Jamais, en toute chose, on n'a vu si bien faire.
F.LMIUE, se reculant un peu.
Il est vrai. Mais parlons un peu de notre affaire. On tient que mon mari veut dégager sa foi. Et vous donner sa fille. Est-il vrai? Dites-moi.
Il m'en a dit deux mots; mais, madame, à vrai dire, Ce n'est pas le bonheur api'ès quoi je soupire; Et je vois autre part les merveilleux attraits De la félicité qui fait tous mes souhaits.
ELMIRE
C'est que vous n'aimez rien des choses de la terre.
Mon sein n'enferme point vm cœur qui soit de pierre.
Actii m, sckm: m Ag
Pour moi, je crois qu'au ciel tendent tous vos soupirs, Et que rien ici-bas n'arrête vos désirs.
1,'itinour qui nous attache aux beautés éternelles
IS'éloulîe pas en nous l'amour des temporelles:
Nos sens facilement peuvent être charmés
Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés.
Ses attraits réiléchis brillent dans vos pareilles,
Mais il étale en vous ses plus rares merveilles;
11 a sur voîre face épanche des beautés
Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transporlés;
Et je n'ai jtu vous voir, parfaite créature,
Saiis admirer en vo»is l'auteur de la nature,
Et d'une ardente amour sentir mon coeur atteint
Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint.
D'abord j'appréhendai que cette ardeur secrète
Ne fût du noir esprit une surprise adroite;
Et même à fuir vos "yeux mon cœur se résolut,
Vous croyant un obstacle à faire mon salut.
Mais enihi je connus, à beauté toute aimable I
Que cette passion peut n'élrc point coupable.
Que je puis l'ajuster avecque la pudeur;
Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon cœur.
Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande
Que d'oser de ce cœur vous adresser l'offrande;
Mais j'attends, en mes vœux, tout de votre bonté.
Et rien des vains efforts de mon infirmité.
En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude;
De vous dépend ma peine ou ma béatitude :
Et je vais être cnlin, par votre seul arrêt.
Heureux si vous voulez ; malheureux s'il vous plaît.
ELMIUE
La déclaration est tout à fait galante;
Mais elle est à vrai dire un peu bien surprenante.
Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein,
Et raisonner un peu sur un pareil dessein.
Un dévot, comme vous, et que partout on nomme...
Ah! pour cire dévoi, je n'en suis pas moins homme: Et, lorsqu'on \icnt à voir vos célestes appas, Un cœur se laisse prendre et ne raisonne pas. Je sais qu'un tel discours de moi parait étrange : Mais, madame, après tout je ne suis pas un ange; El, si vous condamnez l'aveu que je vous fais, Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits. Dès que j'en vis, briller la splendeur plus qu'humaine, De mon intérieur vous fûtes souveraine; De vos regards divins l'inclTahle douceur Força la résistance où s'obstinait mon cœur; ; Elle surmonta tout, jeûnes, prières, laiTQC?, Et tourna îou5 ni03 ^œux du côté de vos charmes. iMjs yeux et mes .soupirs vous l'ont dit mille fois, sEt, pour mieux m'expliqucr, j'emploie ici la voix, y^ue si vous contemplez, d'une âme un peu bénigne, Les tribulations de votre esclave indigne; S'il faut que vos bontés veuillent me consoler, Et jusqu'à mon néant daignent se ravaler, .T'aurai toujours pour vous, ô suave merveille, Une dévotion à nulle autre pareille.
Votre honneur avec .-moi ne court point de hasard. Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part. Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles. Sont bruyants dans leurs faits et vains dans leurs paroles, De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer; Ils n'ont point de faveur qu'ils n'aillent divulguer; Et leur langue indiscrète, eu qui l'on se coniie, Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie. Mais les gens comme nous brûlent d'un feu discret, Avec qui, pour toujours, on est sûr du secret. Le soin que nous prenons de notre renommée Répond de toute chose à la personne aimée; Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre cœur, De l'amour sans scandale, et du plaisir sans peur.
ELMIUE
Je vous écoute dire; et votre rhétorique En termes assez forts à mon àme s'explique.
ACTT ni, 5ct:<r. IV :>1
N'appréhcndcz-vons point (lue je ne sois d'humeur A dire à mon mari ccMe {,^Tianle ardeur, Kt que le prompt avis d'un amour do la sorte -N? put bien altérer l'amitié qu'il vous porte?
J.î sais que vous avez trop de bénignité,
VA que- vous forez grâce à ma témérité;
Que vous m'excuserez sur l'humaine faiblesse
Dos violents transports d'un. amour qui vous blesse,
Et considérerez, en regardant votre air,
Que l'on n'est pas aveugle, et qu'un homme ett de clialr.
D'autres prendraient cela d'autre façon peut-être;
Mais ma discrétion se veut faire paraître.
Je ne redirai point l'afTaire à mori époux;
Mais je veux, en revanche, une chose de vous :
C'est de presser tout franc, et sans nulle chicanr,
I /union de Valore avccquc Mariane,
Do renoncer vous nièmc h 'l'injuste pouvoir
Qui veut du bien d'un autre enrichir votre cspcir