‹ Le Te Deum et le tocsin; ou, La route de Rouen; vaudeville en un acte. Par MM. Simonnin et HonoréChapitre 3 sur 24 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MARIE, BÉATUS.

BÉATUS.

Me voilà, mademoiselle.

MARIE

Ça se voit bien... vous avez un air de jubilation et de congrégation qui se reconnaît tout de suite.

BÉATUS.

Si vous aviez entendu le discours que je viens de prononcer en faveur de la monarchie légitime. A propos de ça, je viens de rencontrer c'grand sournois d'iibéral , vous savez, les favoris noirs? Ce François qui tient des propos sur les ministres et qui plaisante toujours sur le nez des Bourbons....

MARIE

Oui, qiii dit que c'est par-là qu'on les mène....

BÉATUS.

Tout juste... Je lui ai donné une fameuse leçon... devant tout le monde!.. Je lui en ai dit! Ahî...

MARIE

Et que vous a-t-il répondu ?

BÉATUS.

Rien... il n'a pas osé... mais.il m'a donné un soufllet.

AIR : Dans ma chaumière.

Quelle calotte! quelle calotte! Hélas ! je viens de recevoir !

Cette main-là n'est pas mimchoUe.

Quand donc finira le pouvoir De la calotte? [bis.)

MARIE

Et VOUS ayez été trop poltron pour la lui rendre?

BÉATUS.

Oui; mais s'il m'en donnait une autre.... Au reste, il est sur ma liste, je ne le manquerai pas.

MARIE

Quelle liste !

BÉATUS.

Ma liste des ennemis du gouyernement : tenez, elle est divisée par catégories... Je m'en vais coucher M. François dans la catégorie des conspirateurs, et dans quelques jours il sera coffré ; car mon oncle , qui est aussi mon parrain , n'entend pas la plaisanterie...

MARIE

Pourquoi donc votre oncle n'a t il pas fait coffrer les deux incendiaires qu'on avait arrêtés?

BÉATUS.

Parce que leurs papiers étaient en règle.

MARIE

Cependant on les avait pris sur le fait, au moment où avec une mèche enflammée...

BÉATUS.

Vous n'y voyez que du feu. Mais en parlant de feu, mademoiselle Marie, permettez-moi donc de vous dire un petit mot de mon amour ..

MARIE

Allons donc!... est-ce qu'un congréganiste doit parler de ça !...

BÉATUS.

Tiens ! est-ce qu'un congréganiste n'a pas un cœur comme un autre !

( La regardant amoureusement. )

Aia : O filii.

Ce qui m'rend amoureux ici, Ce sont les beaux yeux que voici, La taill' mignonne que voilà, Et caetera î

MABIE.

Je TOUS engage à ne pas même dire que vous m'aimez, ça me ferait du tort ; et puis je suis promise à quelqu'un qui ne vous ménagerait pas... à Victor Murin...

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