SCÈNE IV
QUÂNDMÊMB, BAUDET.
Q1TANDMÊME.
Ah î çà, mon cher Baudet, maintenant que nou5 sommes seuls, nous pouvons nous tutoyer; en petit comité hi distance disparaît... Tu dis donc qu'on les a mis à la raison?
BAUDET
J'crois bien! on dit que tous les Parisiens sont capots... Ah! ils n'osent plus se montrer...
QDANDMÊME.
Ca ne pouvait pas être autrement. Je suis sûr que la gendarmerie s'est bien conduite dans cette affaire.
BAUDET
C'est elle qui a tout fait».
QUANDMÊME.
Vertueux gendarmes ! je vous reconnais bien là!
Aifi : T'en souviens-tu ?
Te souvient-il des courageux faits d'armes ]>3 nos amis :\u quartier Saint-Denis?
Ils étaient là ces excellens gendarmes, L'appui, la gloire et Thonneur du pays ! Dignes soutiens de plus d'une ordonnance. Comme ils servaient le pouvoir absolu!
Ils nous sabraient par amour pour la France. Dis-moi, Baudet, dis-moi, t'en souviens-tu?
BAUDET
Oui; mais dans cette dernière affaire ils ont été superbes!., ils ont fusillé, sabré!., ça a fait crier le peuple!..
Comment! le peuple a crié parce qu'on l'a fusillé?... il n'est jamais content, le peuple; qu'est-ce qu'il veut, le peuple ? de la liberté ? il en a de la liberté... Personne ne
le dérange, il peut faire ses qimtre repas , si ses moyeos ïe fui permettent...
DAIiiDET.
II peut se coucher de bonne heure.
QIJANDMÊME.
Et se lever tard... Ils n'ont que ce mot-là à la bouche , le peuple ! est-ce qu'il a besoin de se mêler des affaires de l'État? C'est d'une indiscrétion..*
BAUDET
Et puis il est tout seul, qu'est-ce qu'il peut faire ?
QUANDMÊME.
Qu'il reste donc tranquille chez lui le peuple, qu'il obéisse , qu'il paie ; voilà tout ce qu'on lui demande.
BAI3DET
Ou bien qu'on le destitue.
QTJAWDMÊME.
C'est çaî nous n'avons pas besoin de peuple; il faudrait, pour le bonheur de la France , qu'il n'y eût que le roî, les ministres et la Quotidienne.
BAUDET
Et nous.
Et les gendarmes.
BAUDET
Ça viendra... D'ailleurs, toutes les vexations qu'on fait éprouver au peuple, c'est pour son bien, v'ià ce qu'il ne veut pas se mettre dans la tête... Si j'étais à Paris, moi, qui ai la parole en main, je leur ferais entendre raison à toutes ces bonnes gens-là. Voilà ce que je leur dirais :\
AIR du vaudeville de la Haine d'une femme.
C'est pour voir' bien qu'on rend exécutoires Les ordonnanc's du vingt-cinq de juillet. Quoi ! vous trouvez qu'elles sont vexatoîres !
Mais, mon Dieu! qu'est-c' que ça vous fait? Quiind de la presse on vous ôto l'usage, Si vous souffrez d'sentir un tel lien.
Souffrez toujoui'S, ne dites rien !
Dussiez-vous tous mourir dans l'esclavage,
Quest-c' qu'ça vous fait? c'est pour votr' bien l
A.hl voici votre filleul qui ramène le tambour.
• . r QUANDMÊME
Ma proclamation va produire un fier effet î
BAUDET
li faut parler ferme I Moi je vais ii la paroisse ; le premier coup du Te Deum est sonné, j'vas, en attendant le dernier coup , na'essayer dans la sacristie... (// sort.)