‹ Le télégramme; comédie en un acteChapitre 14 sur 15 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les Mêmes, PIERRE.

PIERRE. Me voici, parrain... as-tu bien employé ces dix minutes 1 COUTURIER. Mais assez bien... je ne suis pas mécontent... PIERRE. Et tu sais?

COUTURIER. Je sais que tu n'épouses pas et que j'épouse. BERTHE. Oh! pas encore.

PIERRE, à Couturier. Tu asdit?

BERTHE. Monsieur de Lorsay...

PIERRE. Madame?

BERTHE. Il vous rcstc uu moyou de vous sauver... un seul.

PIERRE. Lequel?

BERTHE, lui donnant la lettre. Ici... il y a UU mot.

PIERRE, regardant. Sans doutc... un mot qu'ou neneutpas lire...

BERTHE. Il faut qu'on puisse le hre ce mot... vous entendez... il le faut!

18 LE TELKGRAMMK

PIERRE. Je ne comprends pas... mais c'est très-facile I.. J'excelle, moi, à ces pelils travaux. C'est la cire qui empêche de voir ce qui est écrit, en faisant chauffer un couteau et en le faisant passer entre les deux feuilles... vous allez voir... parrain, une bougie... (il va s'asseoir à la table, Couturier va à la chemint'e et essaye des allumettes qui ne prennent pas.)

LUCIENNE, voyant l'impatience de Couturier. Il s'impatiente aU

moins, lui 1

PIERRE, qui a pris son briquet et allume une allumette. AlloUS, parrain... (Couturier apporte la bougie ; Pierre l'allume et fait chauffer un couteau qu'il approche de la lettre, Berthe et Lucienne l'entourent.) Voilà ce que c'esi !

BERTHE et LUCIENNE. Eh biCIl ?

PIERRE. Cela vient... je peux lire... « En un mol, je ne lui connais qu'un défaut... il est... »

TOUS. Il est?

PIERRE, riant. Oh ! c'cst trop drôle par exemple 1

TOUS. Quoi donc?

PIERRE, se lève. Il CSt... lisCZ, madame, (il donne la leltrc îi Berthe.)

BERTHE, lisant. Il est... parfait!

LUCIENNE, furieuse. Parfait! je m'y attendais. (Elle descend à droite.)

PIERRE. Comment?

COUTURIER. Parfait! c'est la vérité mêmel

LUCIENNE. Parfait!... monsieur Couturier...

COUTURIER. Madame...

LUCIENNE. Vous iii'avez demandé ma main.

COUTURIER, avançant la main avec la bougie. Ah! madame... je

suis le plus heureux...

PIERRE, passant devant lui après l'avoir fait pirouetter. Va-t'en

donc, toi, avec ta bougie... (a Lucienne.) J'espère au moins, madame, que vous m'expliquerez...

BERTHE, faisant passer Couturier devant elle et allant à Pierre.

L'explication est fort simple... dans celte lettre on nous annonçait un défaut... un défaut énorme... nous l'avons cherché.

PIERRE. Eh bien?

BERTHE. En le cherchant, nous avons eu occasion de constater que vous étiez la perfection même... et alors...

PIERRE. Alors, vous avez eu peur?

LUCIENNE. Dame...

PIERRE. Si ce n'est que ça, rassurez-vous; si vous ne vous êtes pas aperçu de mes défauts... c'est que je me suis donné un mal énorme pour vous les cacher; au fond, je suis jaloux à faire pâlir Othello.

LUCIENNE. A la bonne heure I

PIERRE. Gourmand comme une chai te, joueur comme les caries, emporté comme...

SCENI-: NEUVIÈME 19

BrRTiiE. Goiniiic Podro?...

PIERRE. Encore plus que Pedro, et amoureux...

LUCIENNE. Hein ?

l'iEURE. Amoureux... de vous, Lucienne, de vous seulement, et je compte sur ce défaut-là pour me Caire pardonner tous les autres.

LUCIENNE. Si on était bien sûre, au moins, que vous l'avez, ce délaut-là I

PIERRE. Ahl Lucienne! (Couluricr, isolé des autres personnages et qui cfl resté stupéfait de ce qu'il vient d'entendre, le regarde.)

COUTURIER, tenant toujours la bougie. Eli bien, qu'esl-ce que je lais, moi, avec...

BERTHE. Mais vous voyez bien... vous tenez la... (ro.uurier, furieiu, souille la bougie.)

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