SCENE PREMIÈRE
BERTHE, COUTURIER. — Bertheesl devant la glace, elle aperçoit Couturier introduit par un domestique; il a un sac de bonbons à la main et le dépose sur un guéridon,
BERTHE, allant à lui. Ah! bonjouF, monsieur Couturier.
COUTURIER. Tiens, c'est vous, clière madame, je ne m'attendais pas nu plaisir de vous voir. Depuis quand d* retour?
BERTHE. Il y a trois jours.
COUTURIER. Et vous arrivBz au moins de Chine ?
BERTHE. Tout bounement de Lausanne où j'ai été passer Tarrière-saison dans la famille de mon mari, pendant que celui-ci court le monde.
COUTURIER. Le vagabond ! Et votre première visite a été pour madame de Yilliers?
BERTHE. Oh I je l'avais déjà vue avant-hier, mais je lui avais promis de venir passer la journée chez elle aujourd'hui et vous voyez que je me suis installée... Je vais vous faire les honneurs... asseyez-vous donc, je vous prie.
COUTURIER, s'asseyant, après avoir avancé sa chaise près de Berthe. Mais où est donc madame de Villiers?
BERTHE. Elle est à sa toilette, elle se fait belle, car il est bientôt l'heure de la visite quotidienne de M. Pierre votre (illeul. Eh bien, en voilà du nouveau depuis mon départi
COUTURIER. Quoi douc ?
BERTHE. Eh bien, le mariage de M. Pierre de Lorsay et de madame de Villiers... Faites donc l'étonné comme si vous, le parrain du futur! vous ne saviez rien I
COUTURIER. Eh ! parbleu ! je ne le sais que trop !
BERTHE. Oh I je vous demande pardon, j'avais oublié que vous-même aspiriez à la main de Lucienne; mais je pensais que vous en aviez pris voire parti.
2 LE TELEGRAMMi:
COUTURIER. Mon parti I Oh! vous ne me connaissez i^as! je m'opposerai de toutes mes forces à ce mariage.
BERTHE. Mais là, sérieusement, est-ce que vous vous croyez encore des chances?
COUTURIER. Tant qu'un malade n'est pas mort, on peutle sauver; tant qu'un mariage n'est pas fait, on peut le faire manquer.
BERTHE. Même le mariage de votre filleul.
COUTURIER. Même le mariage de mon filleul I
BERTHE. Qui se célèbro dans quinze jours, à ce que m'a dit Lucienne.
COUTURIER. Il est vrai qu'il reste bien peu de temps... Et dire que c'est moi qui ai présenté ce garnement à madame de Villiers.
BERTHE. Ça, c'était une faute!
couturier". Je le vois bien ! Mais aussi comment croirequ'une femme aura le mauvais goiit de me préférer un enfant... presque! alors qu'elle vient de perdre un mari sexagénaire; car c'est à ce moment que j'ai présenté Pierre, que sa tante venait de m'expédier du Havre, où il avait passé sa jeunesse; j'allais tous les soirs chez Lucienne, il me fallait bien une compagnie. J'emmenais Pierre et nous pleurions tous trois le défunt époux, mon pauvre ami Villiers... c'est encore moi qui l'avais présenté, celui-là...
BERTHE. C'était aussi une faute, cela!
COUTURIER. Je crois bien... mais je ne pouvnis pas supposer que Lucienne pût me préférer un vieillard.
BERTHE. Que ne vous déclariez-vous?
COUTURIER. J'allais le faire! Mais au moment de demander sa main, j'apprends qu'elle est promise à Villiers.
BERTHE. Que vous avicz présenté.
COUTURIER. Justement! Le mariage se fait! j'ai cru que j'allais devenir fou de douleur... Enfin, mon pauvre ami de Villiers meurt... je n'avais rien fait pour cela !
BERTHE. C'est encore heureux!
COUTURIER. Vous croycz qu'enfin mon amour va trouver sa récompense ? Eh bien, non... voilà une chance! (ii se
lève et place sa chaise près de la table.) Il faut qu'il me tombe du
Havre un filleul que je n'avais pas vu depuis son baptême, il faut que je le présente à madame dé Villiers, il faut qu'il lui fasse la cour, il faut qu'il soit agréé!...
BERTHE, senlencieusement, se lève. El il faut qu'il l'épOUSel
COUTURIER. Eh! non, il ne le faut pas; ce mariage-là n'est
pas fait I Quand je devrais... (Lucienne entre par la droit".)