‹ Le télégramme; comédie en un acteChapitre 3 sur 15 · SCENE DEUXIEME · texte numérisé non relu

SCENE DEUXIEME

LUCIENNE, entrant. Comment allez- vous, vous?

couturier; U va à la table, prend le sac de bonbons et le lui présente. Permettez-moi... (Lucienne le prend.)

LUCIENNE, ouvrant le sac et le présentant h Berlhe qui la remercie.

Voilà que vous faites encore des folies... Merci, mon parrain ..

(Elle pose le sac sur le guéridon.)

COUTURIER. Voire parrain, voire parrain. D'abord, je ne suis pas voire parrain.

LUCIENNE. Puisque vous êtes celui de Pierre et que Pierre va devenir mon mari.

COUTURIER. Votre mori, pas encore...

LUCIENNE. Ah ! c'est vrai ! j'oublie toujours que vous vous opposez...

COUTURIER. De toutes mes forces, Pierre est mon filleul et mon pupille... J'emploierai tous les moyens... je mangerai ma fortune... c'est mon héritier! je le déshériterai!

BERTHE. Soyez logique... Une fois votre fortune mangée, il me semble que l'héritage...

COUTURIER. Je me marierai !

LUCIENNE. Nous sorons deux pour aimer votre femme!

COUTURIER. J'aurai des enfants! (a serthe qui rit.) Oui, j'aurai des enfants!

LUCIENNE. Qui joueront avec les nôtres et que nous marierons en semble.

COUTURIER. Elle a réponse à tout... est-elle gentille I... Liais vous l'aimez donc bien, ce garnement-là ?

LUCIENNE. N'a-t-il pas tout ce qu'il faut pour cela ?

COUTURIER. Les apparences sont souvent bien trompeuses.

LUCIENNE. Que voulez-vous dire ?

BERTHE. Tu ne vois donc pas que la passion aveugle ce pauvre M. Couturier... Voyons, qu'avez-vous à reprocher à votre tilleul, depuis que vous le connaissez, c'est-à-dire depuis son baptême.

COUTURIER. Moi, je ne le connais que depuis un an, depuis que, pour mon malheur, sa tante me la expédié du Havre. (Certainement que, depuis ce temps -là, il n'a rien fait pour me donner une mauvaise opinion de lui ; mais avant de venir à Paris, il a passé au Havre sa jeunesse, la fougueuse jeunesse. Et sa tante, la générale de Riancey, doit en savoir long sur son compte... et si elle le voulait...

LUCIENNE. Eh bien, elle le voudra... Vous savez tout l'intérêt que cette bonne générale me porte, vous savez combien elle fut l'amie de ma mère, (a Benho.) Je lui ai écrit pour lui annoncer mon mariage avec Pierre... (a Couturier.) Et en même temps, pour lui demander son opinion formelle sur mon

futur mari. (Entre Baptiste par le fond ; il tient une lettre à la main.)

Et tenez, voici jusiemeni Baptiste avec une lettre... je ne ."^erais pas éfonnce que ce fût la réponse de la générale. fAihat à Baptiste.) Donnez ! donnez ! (Bapti>ie sort.)

4 LETELEGRAMME

COUTURIER. Eh bien ?

LUCIENNE. Du Havre t elles armes de la générale! Oh 1 le beau cachet! (Eiie s'assied, à Berthe.) Tu permets? BERTHE. Comment donc I

LUCIENNE. Et vous ?

COUTURIER. Je brûle d'impatience I

LUCIENNE. Tiens I je ne peux pas l'ouvrir... tant pis... je déchire... Je ne sais pas, mais avant de lire, j'ai peur! peut-être va-t-elle me dévoiler une série d'horreurs!

BERTHE. Allons donc I du courage!

LUCIENNE. Tiens ! elle part pour Bourbon et ne pourra pas assister à mon mariage !

COUTURIER. Quand part-elle?

LUCIENNE. Demain; non, c'est-à-dire aujourd'hui puisque la lettre est datée d'hier... Ah I voici l'endroit où elle me parle de Pierre... elle ne l'a effectivement pas perdu de vue depuis son enfance. . . ah ! que d'éloges .. bonne générale I ah 1

BERTHE. Que dit-elle ?

LUCIENNE, lisant. « En un mot, je ne lui connais qu'un défaut. »

COUTURIER, appuyant Un défaut I

BERTHE. Lequel?

LUCIENNE. Il est...

BERTHE et COUTURIER. Il CSt ?

LUCIENNE. Je ne peux pas lire... ce maudit cachet a couvert le mol

BERTHE. Prête un peu !

COUTURIER. Permettez 1

LUCIENNE. Il est... non, je ne puis lire; il n'y a qu'un mot important dans la lettre, et il faut que ce soit celui-là... non, impossible !...

BERTHE. Continue; peut-être que la suite va l'éclairer.

LUCIENNE. Tu as raison. Il est... c'est insupportable! Continuons! (Lisant.) «■ Jesais bienque ce défaut peut être considéré comme n'en étant pas un, et que bien des femmes voudraient voir leurs maris semblables à Pierre; mais je sais aussi que, pour certaines natures, il y aurait incompatibilité; du reste, vivant comme lu le fais dans l'inlimilé de Pierre, cet énorme défaut n'a pas dû t'échapper... et tu l'es aperçue sans doute qu'il est... »

BERTHE et COUTURIER. Qu'il CSt ?

LUCIENNE, continuant. « Tel quc je te le dépeins!... » Il n'y a plus rien 1 (Ello so lève, BcrlUc descend à droile.)

COUTURIER. Qu'est-ce que je vous disais; moi, je trouve que la générale est bien bonne de ne lui préler qu'un déliuii!

LUCIENNE. Si on vous consultait, vous lui en prêteriez joliment !

BERTHE. M. Couturier est si riche.

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