SCENE lïl LUCIEiNNE, BERTHE
LUCIENNE. Eh bien, que comples-tu faire?
BERTHE. D'abord, bien nous amuser
LuciEiNNE. Comment cela ?
BERTHE. Tu verras; seulement, il s'agit desavoir si lu n'as pas peur.
LUCIENNE. Peur! et de quoi?
BERTHE. Que nous découvrions ce défaut; peut-être aimerais-lu mieux rester dans ton ignorance.
LUCIENNE. Oh! que non pas, je veux tout savoir.
BERTHE. Alors il faut foire un plan de campagne.
LUCIENNE. Eh! mais... pourquoi faire?
BERTHE. Pour arrivera découvrir cet immense défaut.
LUCIENNE. Il me scmbie que dans la conversalion, en i'mierrogennt adroitement, en lui faisant faire une sorte d'examen de conscience.
BERTHE. Mauvais moyen ! Les hommes sont plus iïm, que cela... c'est bon pour Si. Pedro, qui vient en quelques minutes de me montrer tous les défauts qu'un homme peut avoir; mais un homme comme Pierre ne dit que ce qu'il veut, il s'écoute parler... ce qu'il faut, c'est la surprise... LUCIENNE. Ah! oui, le premier mouvement irréfléchi. BERTHE. Fait sans calcul.
LUCIENNE. C'est juste! (Berthe remont-j à la table ; Lucienne passo à droite et la regarde.)
BERTHE. Il est évident que si tu lui demandes s'il est gourmand, par exemple, il te répondra que non, mais si tu vides ce sac de bonbons dans cette coupe. (Elle joint le gesto à la parole.) Si tu places cette coupe à sa portée, avec ce
fauteuil à côté, (Elle s'assied à droite de la table.) Il s'assied là et,
naturellement, s'il est gournand, tout en causant choses et d'autres, il avancera la main, sans y penser, presque, il il prendra un bonbon, p-iis deux, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus!
LUCIENNE. C'est vrai!
BERTHE. Eh bien. Il faut agir de même pour tout.
LCClEN"NEj descendant à gauche de la table. Ma foi I je le laisSC fa i le !
BERTHE. Écris tou nom et ton adresse.
LUCIENNE. Qu'est-ce que tu veux?... (eIIo écrit sur l'enveloppe.) BERTHE. iS'e t'iaquièie pas! (Elle sanne.) C'est fait! (Geste
o LE TELEGRAMME
d'étonnemcQt do Lucienne; Berthe prend l'enveloppe, met un papier dedans et la referme ; entre Baptiste.)
BAPTISTE, entrant. Madame a sonné ?
BERTHE. Oui, Baplisle, prenez celle lettre.
LUCIENNE, à Berthe. Du papier blanc!
BERTiiE. Chut! (A Baptiste.) Et quelques minutes après que M. do Lorsay sera arrivé, vous l'apporterez à madame en disant que c'est le valet de pied de M. de RonzolT qui vous l'a remise.
BAPTISTE, prenant la lellro. Très-bieU, madame, (il sort.)
LUCIENNE. Pourquoi de la pari de M. de RonzolT? Tu sais bien qu'il m'a l'ait un peu la coar.
BERTiiE. Justement, M. Pierre est peut-être jalo'ix et n ms verrons bien! Voyons! qu'est-ce qu'il pourraitéir.: encore?... Ah! M. Couturier est très... comment dirai-je?... très-entrepre.. galant avec les dames, est-ce que son tilleul... peut= cire faudrait-il essayer?
LUCIENNE. Comment cela?
BEUTHE, se levant. Toujours iTion Système... mais pour cela, il faudrait me laisser seule avec lui.
LUCIENNE. Hein?
BERTHE. El je verrai bien... tu sais... le premier mouvement...
LUCIENNE. Ah! mais non, je m'y oppose.
BERTHE. Serais-tu jalouse?
LUCIENNE. Horriblement.
BERTHE. Alors, si tu ne veux rien savoir, mettons que je n'aie rien dit...
LUCIENNE. Mais que fais-tu là?
BERTHE. Tu le vois, je mouille les allumettes, à tout hasard, nous tâcherons de lui faire allumer quelque chose.
LUCIENNE, riant. Vollà UU lllOycn ! (M. de Lorsay paraît au fond.)