SCENE DEUXIEMK
LUCIENNE. Aiais je ne puis rester dans cette incertitude, Pierre a un défaut... énorme, incompatible à cerlaiiics natures... Voyons, monsieur Couturier, vous devez savoir quel est ce défaut?
COUTURIER. J'ai déjà eu l'iionneur de vous dire, madame, que mon filleul avait tous les défauts.
BERTUE. En sa qualité de parrain, M. Couturier l'aura sans doute doué, comme le faisaient autrefois les fées marrnines de princes...
COUTURIER. Vous avcz Leou plaisanter, je maintiens mon dire : Pierre a tous les défauts.
LUCIENNE. Précisez!
COUTURIER. Par cela même qu'il a tous les défauts, il est dissimulé, et, s'il est dissimulé, comment voulez-vous qu'on puisse s'apercevoir...
BERTHE. Puissamment raisonné!
LUCIENNE. Je meurs d'impatience!
BERTHE. Voyons, vous devez être intéressé à découvrir cet énorme défaut. C'est une cliance qui vous reste contre le mariage. Cherchez !
COUTURIER. D'abord, on ne s'appelle pas Pierre.
BERTHE. Mais vous êtes son parrain !
COUTURIER. Oui, mais je m'appelle Pedro ; c'est bien différent. Pierre, c'es: grossier, c'est paysan! Pedro, cela sent son Espagnol.
BERTHE. Oui, Pedro. Et cela fait rêver castagnettes et tambour de basque !
LUCIENNE. Voyons! quels défauts un homme peut-il avoir? (Allant à Bertiie.) Tou mari ne doit pas en être exempt.
BERTHE. Oh! je le vois si peu!
LUCIENNE. Mais il me semble que l'absence est un défaut!
BERTHE. Jusqu'à préscut, on ne peut guère reprocher celui-là à ■■•'. Pi:rre.
couTUBiEK. Je crois bien! il vient deux fois par jour.
LUCIENNE. Passons donc et cherchons...
BERTHE. Ah! si c'était M. Couturier...
COUTURIER. Eh bien ?
BERTHE. Ce ne serait pas difficile à trouver! On n'aurait
que l'embarras du choix ! (impatience de Lucienne, qui remonte tout en lisant la lettre et descend à droite.)
COUTURIER. Voilà encore que vous me mettez en cause; vous êtes à peine revenue et voilà que vous...
BERTHE. Bon, vous voycz bien !... En voilà déjà un, vous vous emportez I vous êtes colère ! je suis sûre que vous .seriez jaloux !
COUTURIER. Ah! pour cela, je ne dis pas non. Nous autres Espagnols...
BERTHE. Et de deux! El puis^ vous êtes joueur comme
les cartes, et puis vous fumez, et puis vous allez au cerclo. Quant à la galanterie, je n'en parle pas, mais on raconte sur vous des choses...
COUTURIER, avec fatuité. Oh! madame, on exagère bien. ..je ne dis pas cependant que quelques bonnes l'oriunes... (Montrant Lucienne.) Ghul!
BERTUE. Et la fatuité que j'oubliais... quant à la médisance, vous avez une vraie réputation. (Couturier prend un bonbon.) Tenez, vous vous dénoncez vous-même, vous êtes gourmand; vous apportez des bonbons, ce n'est pas pour nous, c'est bien pour vous.
LUCIENNE. Voyons, nous ne trouvons rien, vous êtes là à bavarder!
BERTHE. En voilà encore un... il est bavard 1
COUTURIER. J'ai une idéel
LUCIENNE. Laquelle ?
COUTURIER. Si nous récrivions à la générale ?
LUCIENNE. Mais elle part pour Bourbon, elle ne recevra donc pas notre lettre avant deux mois, plus deux mois pour la réponse, vous voulez donc que j'attende pendant quatre mois.
COUTURIER. J'ai une seconde idée.
BERTHE. Laquelle?
COUTURIER. Je vais télégraphier, et, dans une demi-heure, nous avons la réponse.
LUCIENNE. C'est cela!
BERTHE. Comment, Lucienne, tu vas souffrir cela ? Nous sommes deux femmes, et deux femmes d'esprit, soit dit sjns offense, et nous aurons besoin que l'on télégraphie, pour trouver un di'faut à un homme, et à un homme amoureux; mais c'est honteux!... Télégraphiez, monsieur Couturier, télégraphiez... je gage que nous connaissons avant vous ce défaut. M. Pierre va venir, et il serait plaisant qu'à nous deux...
COUTURIER. Nous verrous; mais en attendant, je rédige ma dépêche.
LUCIENNE, s'asscyant. Vûus savcz qu'il ne faut pas plus de vingt mots.
BERTHE, riant. Parlcz uègre!
COUTURIER. Oh! j'ai la grande habitude! (ii écrit.) « Reçu lettre. »
BERTHE. Charmant début!
COUTURIER. « Reçu lettre, mot déchiré, défaut inconnu. Lequel ? point d'mterrogotion. Attends réponse chez J^ucienne. » Je vous demande pardon de ne pas mettre madame, mais cela ferait un mot de plus, et, vous savez, on pourrait payer la dépêche double.
BERTHE, vivement. Jl est avure I
LUCIENNE. C'est d'une limpidité parfaite. L'adresse maintenant!