‹ Le télégramme; comédie en un acteChapitre 9 sur 15 · SCÈNE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE QUATRIÈME

cette pauvre enfant... M. de Ronzoff a été fort empressé auprès d'elle, et elle craint que sa lettre...

LUCIENNE. Brùlez-Ia !

BERTUE. Voyons! brûlez!

LUCIENNE, qui lead toujours la lettre à Pierre et lai totimant la tête Mais brùlez-ia!... (Elle lui met la lettre dans les mains et passe devant Pierre qui est tout étonné.)

PIERRE, les regardant tour h tour. Ma foi, puisque VOUS y tenez, je veux bien... (U se dirige vers la cberainée.) Mais il n'y a pas de l'eu 1

BERTHE. Il y a des allunficttes, là, sur la cheminée...

(Pierre essaye toutes les allumettes qui ne prennent pas, pendant que les deux femmes le regardent en riant, voyant qu'il ne peut allumer la lettre.

LUCIENNE, regardant Pierre. Oh ! il ne se Tâchera pas. (Pierre tire de sa poche un briquet.) Ah! il 3 Un briqUCt !

BERTHE. Il fume!

LUCIENNE. Ce n'est pas un défaut! (il allume la lettre qu'il jette dans la cheminée.)

PIERRE, tranquillement. Vous avGz de bien mauvaiscs allumeltes !

LUCIENNE. Un ange!

BERTHE. C'est décourageant! il faudrait trouver quelque chose !

LUCIENNE. Oh ! tu as beau faire, tu ne trouveras rien I

(Elle se dirige vers le canapé; Berthe, désespérée, remonte an piano, feuillette des cahiers de musique.)

PIERRE, descendant près de Lucienne. NoUS aVOns été SUr le point de nous quereller, Lucienne!...

LUCIENNE, s'asseyant sur le canapé. Se quereller avCC VOUS I...

Est-ce que cela est possible? avec un homme qui a reçu de la nature un caractère excellent...

PIERRE. C'est la faute de madame d'Army.

LUCIENNE. Vous croycz?

PIERRE, s'asseyant près d'elle. Nous nous entendions si bien, avant qu'elle lut revenue, si elle pouvait s'en aller I

BERTHE, qui depuis quelque temps a regardé Lucienne et Pierre, et comme frappée d'une idée subite. Ah! j'ai trouvé! (Elle se met au piano, et joue une gigue anglaise d'un moavement saccadé, impatientant et raonolone.)

PIERRE, à Lucienne. Ah! enfin! nous voilà débarrassés! vous allons pouvoir être un peu seuls. Chère Lucienne! je vous aime.

LUCIENNE, suit involontairement le mouvement du piano. Et VOUS n'aimez pas madame d'Army?

PIERRE. Je lui pardonne maintenant ses taquineries, elle a compris qu'elle devait un peu nous laisser seuls et cependant elle a eu le bon goùtde ne pas s'en aller; nous allons pouvoir

faire de beaux projets, parler de noire avenir, que je vois si

beau, si heureux. (Lucienne t'.4deplus en plus impatientée.) Eh bien, qu'avez-vous donc, Lucienne? vous ne me parlez plus; depuis une heure que nous sommes ensemble, nous n'avons pas pu causer.

LUCIENNE. Oh! cet airl cet air! Ça ne vous impatiente pas?

PIERRE. Du tout! ne l'interrompez pas; c'est grâce à lui que nous sommes en repos !

LUCIENNE. Oui, en repos ! (On entend le joueur d'orgues jouant au

dehors un air plaintif.) A l'autre mainienani! Oh! les nerl'sl les iieris I

PIERRE. Pour celui-là, je vais lui dire.

LUCIENNE. Il ne cessera pas ! Benhe, je l'en prie, assez ! assez!

BERTHE. Eh bien, il est calme! Oh ! c'est trop fortl

PIERRE. Voyons, Lucienne, imitez-moi, voyez, je suis tranquille.

LUCIENNE. Oh ! pour cela, oui! nous voyons bien que vous

êtes tranquille! (Les deux femmes se montent.)

BERTiiE. Que vous ne vous mêliez jamais en colère 1

LUCIENNE. Que vous n'êtes pas jaloux!

«ERTHE. Que vous n'êtcs pas joueur I

LUCIENNE. Ni fat!

BERTHE. Ni curieux !

LUCIENNE. Ni bavard !

cERTiiE. Ni gourmand!

LUCIENNE. Ni quoi que ce soit qui approche seulcmcul d'un délaull

BERTHE, Que vous êtos la perfection faite homme!

PIERRE. Lucienne !

LUCIENNE. Mais je sais aussi que je suis humiliée, que je ne peux pas soulïrir les gens si parfaits que celai (Elles sortent en

colère.)

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