SCÈNE QUATRIÈME
BERTiiE. Cependanl... au bal... vous savez, un homme d'esprit, galant, aimable... on est entraînée...
PIERRE. Faites donc finir madame d'Army... si je l'écoulais, elle m'inquiéterait.
BERTHE. Eh bien, monsieur, ce que je dis n'est pas si
insensé... cela ^'estvu! (Mouvement de Pierre.)
LUCIENNE, vivement. Est-ce que VOUS scriez jaloux?
PIERRE. Moi, jaloux!... (il prend les mainsàBerthe et à Lucienne et
icsamènd au milieu do la scène.) Mais la jalousio dépend de trois choses... d'abord, du caractère que l'on a reçu de la nature, puis du degré de confiance que l'on a dans la femme que l'on aime... et enfin du plus ou du moins de crainte que peuvent inspirer les gens dont celte femme est habituellement enlourée...
LUCIENNE. Eh bien!...
PIERRE. Eh b'en, mais... nous vivons à une époque où les gens qui me pourraient inspirer de l'inquiétude se garderont bien d'entourer une femme comme vous I
BERTHE. Voilà un paradoxe!...
PIERRE. C'est une petite théorie à mon usage et que je crois très-sensée.
LUCIENNE. Cela veut dire que je ne mérite pas d'attirer...
PIERRE. Pas du tout! pas du tout!
BERTHE. Faites-vous comprendre, alors, et développez voire théorie.
PIERRE. Eh bien, où trouverez-vous un jeune homme assez insensé, à son point de vue, pour faire la cour à une femme mariée?
BERTHE. Cela s'est vu 1
LUCIENNE. Ça se voit!
BERTHE. ETcela se verra.
PIERRE. Eh ! ne faudrait-il pas qu'il fût assidu dans les salons où il la rencontre, qu'il fréquentât une société uù il ne trouvera plus les habiiudes du club et les allures des femmes légères dans la compagnie desquelles il a toujours vécu? il faudra qu'il rompe avec tout ce parti pris de sans-géne, et cela pendant longlc;mps, car une femme de noire monde ne s'obtient pas du jour au lendemain. Allez, mesdames, les jeunes gens préfèrent la mauvaise compagnie où ils trouvent plaisir et amour faciles, à la bonne société où ces avantages n'existent pas, et cela pour la plus grande sécurité des maris ou de ceux qui sont destinés à le devenir.
BERTHE. Très-bien dit! mais pour mettre à néant cette belle théorie, il suftirait, je crois bien, de citer un nom, au hasard?
BAPTISTE , entrant. Une lettre pour madame! (ll reste au fond; Ceribe remonte ; Pierre descend à gauche.)
12 LE TÉLEGRAMMK
LUCIENNE, faisant signe k CapUslc d'avancer. De la pari de qui ? IF.Ue prend la lettre, Berthe remonte et ne cesse de regarder Pierre.) BAPTISTE. C'est le valet de pied de M. de Runzoiïqui a
apporté la lettre, (il sort. Les deux femmes regardent Pierre qui a fait un mouvement; un temps. Berthe descend près do I-ucienne.)
BERTHE, à voix basse, à Lucienne. Il a IreSSailU, il Ilie Semble...
LUCIENNE. Et il est devenu pâle...
BERTHE, à Pierre. Eh bien, qu'en dites-vous?... ce nom de IlonzoITne vous parait-il pas suffisant?...
PIERRE. M. de lionzolT!...
LUCIENNE, allant à Pierre. Vous êtes jaloux, mon ami... n'est-ce pas? vous êtes jaloux...
PIERRE, simulant rindifîérence. Je VOUS ai dit quo la jalousie dépendait aussi du degré de confiance... j'avoue qu'avec une autre femme... le nom de M. de Ronzo'f... cette lettre apportée ainsi... mais avec vous...
LUCIENNE. Avec mol?...
PIERRE. Avec vous... en qui j'ai une confiance absolue...
LUCIENNE. Ah!
PIERRE. Avec vous que je sais ennemie de toute coquetterie...
LUCIENNE, piquée. Mals du tout... monsieur... du tout... je ne suis ennemie d'aucune coquetterie, au coiiiraire... j'adore les hommages... en général... je suis sensible à ceux de M. de Ronzoffen particulier...
BERTHE. Oh! oh!
LUCIENNE. Et je ne mérite pas qu'on ail en moi une contiance si absolue...
PIERRE. Lucienne!...
LUCIENNE. Pas du tout, vous entendez. .
PIERRE. Je veux vous croire, puisque vo is me le dites avec i-w...
LUCIENNE. Et alors... vous êtes jaloux?
PIERRE. Je vous ai dit, madame, que la jalousie dépendait avant tout du caractère que l'on a reçu de la nature...
LUCIENNE. Eh bien?
PIERRE. Eh bien, j'ai reçu de la nature un caractère excellent, je ne suis pas jaloux !
LUCIENNE, allant à Berthe. Ah ! ma foi, j'y renoncel
BERTHE, à Lucienne. Puisque les grands moyens ne réussissent pas... essayons des petits... (EIIo lui montre les allumettes ; puis flic remonte pour descendre h gauche.)
LUCIENNE. Les allumeltes I (Elle étouffe un éclat de rire, [ iiis su remettant et prenant un air ému, elle présente la IclUe à Pierre.)
Brûlez celte lettre, monsieur, brûlez cette lettre, je ne vcl :i pas la lire...
PIERRE. Eh I pourquoi cela?
RiUTllE, le tirant par !e bras et d'un ton confidcnlicL Mais VOUS
ne devine/, donc lieu? vous ne voyez donc p;is rr-inotiun dj