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Applications industrielles

La téléphonie et la radiotélégraphie sont les emplois industriels du récepteur téléphonique qui nous ont rendu son usage familier. Mais à côté, en tant qu'appareil de zéro ou simple indicateur de courant, il a des applications nombreuses et diverses. On le trouve d’abord employé avec des dispositifs réalisant quelques-uns des montages indiqués précédemment et le plus fréquemment alors pour des mesures de résistance : résistance d'isolement (ohmmètres), résistance des terres de paratonnerre (1), etc. Mais, dans cet ordre d’idées, l’appareil le plus original est le pont à téléphone employé par MM. Sharp et Millar dans leur photomètre portatif.

La lampe étalon est une ampoule électrique à incandescence, mais l'intensité lumineuse, variant rapidement avec la tension d’alimentation, il est nécessaire de régler celle-ci avec précision. Les inventeurs se sont adressés pour cela à la mesure de la résistance du filament. L’ampoule est intercalée sur l’un des bras du pont dont les autres bras sont invariables ou du moins ne sont modifiés qu'au laboratoire. On règle, au moyen d’un rhéostat, la tension d'alimentation, donc le courant qui traverse l’ampoule, jusqu’à ce que la résistance, donc l'intensité lumineuse émise, reprenne la valeur définie par les trois autres bras du pont, ce qu’un téléphone et un interrupteur rotatif permettent de constater.

(1) L'emploi du courant alternatif ou simplement discontinu met à l'abri des effets de la polarisation et l’emploi du téléphone a, en outre, l'avantage d'éliminer les perturbations dugs aux courants vagabonds, si génantes avec un galvanomètre. Dans l’appareil réalisé par Siemens et Halske, qui permet des mesures jusqu’à 500%, le pont est alimenté par deux piles sèches, au moyen d’un interrupteur rotatif, commandé par la manivelle même qui déplace le curseur indicatif le long d’un pont à fil de forme eirculaire,

L'optophone (!) de M. Fournier d’Albe, de l'Université de Birmingham, permet d’une manière analogue aux aveugles de reconnaître acoustiquement la présence de la lumière, de la localiser et, jusqu’à un certain point, d’en apprécier l'intensité. IL est basé sur les variations de la résistance électrique du sélénium sous l'influence de la lumière.

Le courant d’une petite batterie de piles est envoyé dans un pont de Wheatstone ; deux des côtés du quadrilatère ont chacun une résistance de quelques centaines d’ohms, le troisième est en sélénium et le quatrième est formé d’un dépôt de graphite sur verre dépoli. Tant que les deux dernières résistances restent dans le même rapport que les deux premières, aucun courant ne traverse le pont, mais dès que la résistance du conducteur en sélénium varie, le courant passe dans un interrupteur à mouvement d’horlogerie et actionne deux récepteurs téléphoniques que l’aveugle porte à l'oreille.

La sensibilité de l'appareil est très grande (?).

À un tout autre point de vue, le téléphone, associé à une bobine exploratrice, devient un indicateur sensible relativement aux champs magnétiques variables, et c’est sous cetie forme qu’on le trouve employé avec succès à la recherche des défauts d'isolement dans les canalisations électriques (*).

(:) Scientific American Supplement, 3 août 1912; Génie civil, 28 décembre r912,

(2) Si, dans une pièce éclairée, on le règle de façon que la lumière qui le frappe ne produise aucun son dans le récepteur téléphonique, il suffit de passer rapidement un corps opaque quelconque entre la boîte et la fenêtrepour que ce changement de l'intensité d'éclairage se manifeste aussitôt par un son dans ce récepteur, L’inflammation d’une seule allumette produit un effet analogue.

La pile, le pont de Wheatstone, l'interrupteur ct les résistances additionnelles sont renfermés dans une boîte de 0,46 X 0®,15 X 0,10 que l’opérateur tient à la main.

(©) Éric GÉRARD, Bulletin de l’Académie royale de Belgique, 1885,

Supposons qu’il s'agisse d’une perte à la terre C dans un conducteur AB isolé à ses deux extrémités. On rehe l’une de celles-ci à la terre par l’intermédiaire d’une source S de courants variables, par exemple une simple pile avec un interrupteur tournant, mû par un mécanisme d’'horlogerie.

Fig. 20.

Le conducteur isolé CB, relié par une de ses extrémités C à la source S, est le siège de courants de capacité sensiblement nuls. Au contraire, la portion AC, qui fait partie du circuit fermé terre-SAC-terre est parcourue par des courants relativement intenses. Le conducteur AC est enveloppé par un flux magnétique variable dont les lignes de force sont circulaires. Si donc on présente normalement à ce conducteur, et aussi près que possible de lui, une bobine à circuit magnétique droit (genre bobine d’induction téléphonique), à l’enroulement duquel est connecté un téléphone, on percevra un bruit le long de AC qui cessera brusquement à partir de C. « Gette méthode s'applique aisément à une installation intérieure d’abonné, dont le branchement a été interrompu au préalable, et dans laquelle il est facile de transporter la bobine le long de fils, même dissimulés dans des cloisons ou des planchers. Dans le cas d’une canalisation souterraine, la bobine accusatrice sera approchée des conducteurs aux trous d'homme ou aux boîtes de jonction, de manière à localiser le défaut entre deux

boîtes successives. Si Les conducteurs ont une armature métallique, celle-ci peut être enlevée aux regards intercalés dans la canalisation (1). »

Dans le même ordre d'idées, le téléphone est employé à la localisation des branchements souterrains des conduites de distribution d'eau des villes (2) et permet ainsi, en l’absence de plan détaillé, d'éviter des fouilles ou d’en réduire la difficulté et l'importance.

La figure 21 représente schématiquement un exemple des dispositions adoptées pour ces recherches. Il s’agit de trouver le tracé souterrain du branchement À de la conduite B, qui fait partie du même réseau que la conduite C et son branchement D. On relie deux des robinets des branchements A et D à une source d'électricité E, et l’on crée ainsi un champ magnétique tout autour-du branchement À. 1l suffit alors de promener dans ce champ une bobine exploratrice, couchée à plat et connectée à deux écouteurs téléphoniques. Tant que la bobine est éloignée du plan vertical de l’axe de la conduite, ses spires sont

(:) Éric GÉRaR», Leçons sur l'électricité, t. II, p. 261, 7° édition. Gauthier-Villars, éditeur, Paris, 1905.

(°) Génie civil, t. LXI, 19 octobre 1912, p. bo9, d’après l’Engineering News du 15 août 1972.

traversées par un flux alternatif que décèle le téléphone. Lorsqu’au contraire elle se trouve au-dessus de la conduite, les lignes de force sont tangentielles au plan des spires et le téléphone se tait. On arrive ainsi, avec un peu d'habitude, à localiser facilement le tracé.

Ces quelques exemples suffisent à montrer l'étendue et la variété des services que l'ingénieur peut attendre du téléphone, -instrument sensible, robuste et bon marché, soit qu’il ait à recourir à quelqu'un de ses usages déjà classiques, soit qu'il utilise ses propriétés à la solution d’un des problèmes sans nombre que la pratique fait surgir devant lui.

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