DESCRIPTION GENERALE
(PI. I. A et Bel pi. II. A) ' .
Le temple d'Amada est situé sur la rive gauche du Nil. à trois cents mètres environ de la berge actuelle, et à deux cents kilomètres au sud du temple de Philœ. Ses dimensions sont les suivantes :
Longueur : -2^ m. Go cent., dont lo m. ^o cent, pour 1 ensemble des salles du fond et i3 m. 20 cent, pour lavant-corps du bâtiment, comprenant le portique protodorique, la salle hypostyle et le portail d'entrée.
Largeur (mesurée sur la façade postérieure) : 9 m. 10 cent., et avec le petit seuil d'environ o m. 3o cent, qui fait le tour du temple, 9 m. 70 cent, au ras du sol. Cette largeur n'est pas exactement la même sur toute la longueur de l'édifice; les parties ajoutées par Thoutmusis IV entre le portail d'entrée et le [)ortique protodorique sont, en effet, très irrégulièrement alignées.
Hauteur : û m. 80 cent, pour les parties antérieures, et ^ m. 60 cent, seulement pour le groupe compact formé par les six salles du fond. Ce dernier groupe est terminé à sa partie supérieure par le tore arrondi qui l'encadre complètement sur ses quatre faces, et par une corniche en encorbellement, dont la presque totalité a disparu.
Cet édifice, de dimensions assez restreintes, est pourtant le plus intéressant de la Nubie en ce qui concerne la beauté de ses représentations et la finesse de ses inscriptions. 11 appartient, en effet, à la meilleure époque do l'art égyptien, ayant été construit et décoré par trois pharaons successifs de la XMIP dynastie, Thoutmôsis III, Amenhotep II et Thoutmôsis IV. Des deux premiers de ces souverains datent les six salles du fond (sanctuaire, salles latérales au sanctuaire, et antichambre), ainsi que le portique des colonnes protodoriques et le portail
'" \'oir aussi les planches de plus grand format publiées dans G. Maspero, Les Temples immergés (le la Nubie, a"' CXXXII à CXXXVI inclus.
Le Temple d'Amada. - i
2 11. GALTHiEH.
(Ventrée. L'espace sVtendant entre le [(ortail d'entrée et le portique protodorique parait avoir été d'abord une simple cour, close par des nnirs de briques, et Tboutniôsis IV fit ensuite de cette cour une salle bypost\le en y élevant douze piliers carrés (^trois rangées de quatre piliers chacune), en reliant ces pilieis j)ar des architraves, en recouvrant ces dernières de larjjes dalles formant ijhilond. enfin en rattachant entre eux les piliers des deux rang^ées latf'rales (nord el sud ) par des pans de iiiui' qu il fil ravaler et dt'corer à l'intérieur mais (|ui lurent laissés bruts et nus à l'extérieur. Entre le bloc de constructions élevé |)ar son père et son aïeul et la salle à piliers édifit-e par lui-même. Thoutmôsis IV laissa en ([uelque sorte une ligne de démarcation qui est représentée j)ar les deux portes lati'rales (nord et sud) s'ouvrant. de chaque côté, entre le troisième pilier carn- et la colonne protodorique qui lui fait suite. 11 est probable que le portail actuel d'entrée, bâti en pierre, était jadis flanqué des deux tourelles d'un |)ylône construites en briques; mais il est impossible d'affirmer en toute certitude que ce pylône ait réellement existé, car il n'en reste absolument aucun vestige.
Le temple n'échappa pas à la fureur dévastatrice des partisans d'Atonou, et le nom d'Amenholep H v fut soigneusement martelé par eux. Aussi dut-il être restauré par les pharaons de la XLV dynastie, et en premier lieu par Sélhôsis I"''' (qui paraît avoir fait élever aussi le petit kiosijue dont on voit encore les ruines au sud-ouest du grand temple, entre ce dernier et le Nil). Ramsès II est mentionné sur Tembrasure sud du portail d'entrée*^^, etMénephtah fit sculpter la stèle qu'on peut encore lire au bas de l'embrasure nord du même portail '^l Séthôsis II a laissé un souvenir à Amada par la stèle dont M. Barsanti a pu retrouver un fragment et qui sera décrite à la fin de ce volume''"'. Enfin Siphtah-Ménephtah et la reine Taousrit, sa femme, ont laissé leurs noms sur le registre inférieur des deux montants de la façade extérieure de la |)orte de l'antichambre'^.
Il est impossible de préciser l'époque à laquelle fut percée la paroi du fond (est) de chacune des deux premières salles latérales au sanctuaire, et l on peut hésiter entre la période des restaurations de la XIX" dynastie et la période chrétienne. En tout cas, les deux premières salles latérales furent par ce percement
t" Voir plus bas, au cliapitre vu, ios embrasures de la porte de ranticbambre (cf. Ciiampoi.lion, Notices descriptives, t. I, p. ici) et, au cliapitre ix, les deux petites embrasures du portail d'entrée (cf. Champolliot!, Monuments de l'Egypte el de la Nubie, pi. XXXXV, n° 5).
•-' Voir Cha«poi,lio>, Monuments, pi. XXXXV, a" It , et pi. L du présent ouvrage.
''' Voir pi. LI, B du présent ouvrage.
(4> Voir aussi pi. LUI, A.
W Voir pi. XXVI, A etB.
LE TEMPLE DAMADA. 3
mises en communication directe avec les deux salies latérales du fond, et le Service des Antiquités a dû condamner par un blocage de moellons et de ciment ces deux ouvertures qui risquaient do compromettre la solidité de la partie postérieure du temple.
Les chrétiens convertirent le temple en église et recouvrirent les bas- reliefs antiques de mauvaises peintures. Ce sont eux aussi, probablement, qui élevèrent sur le toit de la salle hypostyle la coupole ronde que montrent toutes les vues du temple jusque vers 1860 ou 1870 et qui n'existe plus aujourd'hui. Il semble également quun couvent de moines ait été adjoint à l'église, car les murs du temple ont été garnis à l'extérieur de cellules en briques, dont il ne reste plus rien aujourd'hui, le Service des Antiquités ayant achevé de démolir celles qui existaient encore en 1909 pour dégager les abords immédiats des anciens murs pharaoniques.
Le temple d'Amada était consacré aux deuv divinités les plus puissantes du nouvel Empire thébain, Amon-Uà et Râ-Harmakhis. La moitié sud des basreliefs et des inscriptions y est, en général, réservée à ce dernier, tandis que In moitié nord s'adresse plutôt à Amon.
Le temple est orienté en gros de l'ouest à l'est, ou plus exactement du sudouest au nord-est; sa façade regarde le Nil, mais en raison de la courbe décrite par le lleuve entre Derr et Korosko, courbe qui arrive à le faire couler presque du nord au sud. il se trouve que cette façade regardant la vallée n'est pas orientée à lest, comme celles d'Ipsamboul et de Kalabchah par exemple, mais bien à l'ouest. Le lecteur voudra donc bien avoir toujours présente à l'esprit cette anomalie, et se rappeler que partout, au cours de la description qui va suivre, je me suis placé face au Nil, le dos tourné au fond du sanctuaire : la droite devient alors le nord et la gauche le sud. tandis que l'avant du temple correspond à l'ouest et son arrière à l'est.