Le temple de Ouadi es-Sebouâ
Les travaux de déblaiement, consolidation et restauration du temple de Ouadi es-Sebouâ durèrent un peu moins de quatre mois, du 28 novembre 1908 au 20 mars iqoq(1). Les travaux de copie, relevé et photographie que voulut hien me confier M. G. Maspero, turent menés parallèlement ;i ceux de M. Barsanti, mais ne me prirent que deux mois de temps, du 20 janvier au 2 3 mars 1909.
Je ne pouvais espérer, comme je l'avais fait pour le temple de Kalabchah mieux conservé, reproduire par la photographie tous les moindres détails de cet hémi-spéos si grossièrement construit en mauvais grès et si impitoyablement rongé par les sables qui s'y étaient précipités et installés depuis une trentaine de siècles. D'autre part, les quatre salles complètement obscures et de dimensions très réduites qui encadrent le sanctuaire et la salle précédant ce dernier ne pouvaient être intégralement photographiées avec les moyens imparfaits dont je disposais. C'est pour remédier à cette insuffisance des photographies que j'ai dessiné et publié à la fin du tome II du présent ouvrage les coiffures et diadèmes des personnages (cf. les planches B-E) et aussi les schèmes des portes et de certaines parois (cf. les planches F-T). J'ai dû , en outre , M. Barsanti n'ayant pas eu l'occasion de relever le plan d'ensemble du temple puisqu'il n'y avait exécuté aucun travail de substruction, assumer cette tâche, dont un architecte se serait à coup sur plus habilement acquitté que je n'ai su le faire, et pour laquelle je souhaiterais qu'on ne me jugeât pas trop sévèrement; ce plan, exécuté à l'échelle de 5^, fait l'objet de la planche double désignée par la lettre A.
Pour l'inscription probablement méroïtique écrite sur la façade du sanctuaire, je me suis contenté de publier une photographie (pi. LVII B), sans me risquer à un essai de transcription.
"' Voir l'exposé de ces travaux dans G. Maspero, Les Temples immergés de la Nubie, Rapports relatifs à la consolidation des temples, § Xflf, p. 106-1 10.
Enfin , je n'ai pas cru devoir répéter la description de l'église chrétienne aménagée jadis dans L'ancien pronaos de Ramsès II; je rappelle simplement que cette description a été publiée par l'auteur du présent ouvrage dans l'ouvrage de M. G. Maspero relatif aux temples de Nubie (1).
Les dix-neuf planches en typographie (A-T) ont été dessinées, à l'aide de mes notes et croquis, par M. F. Daumas, et les cent trente-deux photographies groupées deux par deux sur les soixante-six planches en phototypie (I-LXVI) ont été prises et développées par moi-même.
L'ordre adopté pour la description des diverses parties du temple est l'inverse de celui qui a été suivi pour le temple de Kalabchah : j'ai commencé par le dromos de sphinx et de statues pour terminer par les salles du fond creusées à l'intérieur du rocher. L'hémi-spéos de Ouadi es-Sebouà a été construit et taillé, en effet, d'un seul coup, et Ton n'y voit pas trace, comme à Kalabchah, de constructions successives imposant à qui entreprend de le décrire la nécessité de suivre un ordre historique rigoureusement indiqué.
Le temple de Ouadi es-Sebouà (la Vallée des Lions) portait en hiéroglyphes le nom de 1^^ r,demeure dAmon», sans aucune désignation plus spéciale; il était consacré aux dieux Amon-Rà et Harmakhis, et Ramsès II, sous le règne duquel il fut bâti, s'y est fait aussi représenter comme divinité annexe. A l'inverse de plusieurs historiens et égyptologues qui veulent en placer la construction dans les premières années du règne, je serais plutôt disposé à penser qu'il n'a été exécuté que vers l'an ko, ou plus tard encore ('2). La multiplicité des petits monuments trouvés au cours du déblaiement
1 II. Gauthier, L'Eglise nubienne arEs-Sebouà , dans Les Temples immergés de la Nubie, Rapports relatifs à la consolidation des temples, p. 111-121, pi. G et pi. CXXIII à CXXXI.
(2) Une des stèles trouvées au cours du déblaiement de l'allée des sphinx est datée de l'an hk du règne (cf. Barsanti et Gauthier, Stèles trouvées à Ouadi es-Sebouà (Nubie), dans les Annales du Service des Antiquités de l'Egypte, t. XI, 1 y 1 1 , p. 64-65 , p. 83-84 [stèle n° IX], et pi. IV). D'autre part, la présence de cent onze fils et de soixante-sept fdles du roi dans la double procession qui décore le soubassement de la cour serait difficilement explicable au début du règne.
(statue, stèles, encadrements de portes) et portant le nom du vice-roi d'Ethiopie Sétaou invite à penser que ce fut ce vice-roi qui entreprit et surveilla la construction du temple, et que ce fut lui aussi qui inaugura solennellement vers Tan hk l'édifice achevé, en l'absence du Pharaon déjà trop vieux pour entreprendre un voyage aussi long.
Le temple est situé, en effet, sur la rive occidentale du Nil, par environ 22° kh de latitude nord et à l5o kilomètres à vol d'oiseau au sud du réservoir d'Assouan. Les premiers sphinx et les deux premières statues de l'avenue qui y conduit sont aujourd'hui à 3oo mètres environ du fleuve, mais la question se pose de savoir si le Nil ne baignait pas jadis les pieds de ces sphinx et de ces statues : la teinte moins jaune et presque noire des terrains séparant le lit actuel du fleuve et l'avenue de sphinx tendrait à faire admettre un déplacement vers l'est du cours des eaux. Toutefois, en l'absence de toute construction ayant pu servjr, comme à Kalabchah, de débarcadère et de quai, il n'est possible de se prononcer avec certitude ni pour ni contre cette hypothèse. Les voyageurs qui ont visité le pays au cours du xixe siècle attribuent généralement la couleur foncée du sol à l'est du temple à une autre cause : ils pensent que l'étroite plaine de Ouadi es-Sebouâ était jadis cultivée et n'est devenue déserte qu'à une époque assez rapprochée de la nôtre.
Quoi qu'il en soit, les sphinx à corps de lion dont est constituée l'avenue conduisant au temple donnèrent leur nom à la région : les Arabes prirent ces sphinx pour des lions (c j-m*, Sebou), et le pays fut appelé par eux ej-»-wJI i^!^, Ouadi es-Sebou \ la Vallée des Lions. Les orthographes à l'aide desquelles cette appellation a été transcrite dans les diverses langues européennes sont très variées, et je pourrais, si la chose en valait la peine, dresser de ces variantes une liste presque aussi longue que celle des variantes du nom de Kalabchah. Je ferai simplement remarquer que le village nubien situé sur la rive opposée du fleuve, exactement en face du temple, est le siège d'une station postale (1), et que cette station porte en caractères arabes
ll) Et aussi, je crois, d'un bureau télégraphique depuis 1909 ou 1910.
sur les cachets de l'Administration des Postes le nom de £j-s*JI, les Lions, tandis que la transcription anglaise de ce nom sur les mêmes cachets donne Sibu, qui ne saurait rappeler de près ni de loin l'étymologie du nom. Il est arrivé ainsi plusieurs fois que des lettres qui m'étaient adressées avec la mention El-Sebouà ou Es-Sebouâ ne me sont parvenues qu'avec des retards assez considérables et après être allées se promener au Soudan, tandis que si elles avaient porté la transcription inexacte, mais officielle. Sibu, je les aurais probablement reçues beaucoup plus tôt.
Ce fut le mardi 3 1 décembre 1737 que Norden, se rendant à la deuxième cataracte, visita et dessina les «ruines remarquables de Sabua-». Il compare ce temple, dans le récit qu'il nous a laissé de son voyage, avec celui de Dakkah, et la comparaison est naturellement à l'avantage de ce dernier, où les pierres sont mieux jointes; à Sabua, au contraire, ^on voit entre quelques-unes des ouvertures assez grandes, et les pierres même ne sont que d'une espèce sablonneuse et jaunâtre ». Norden remarque aussi que le portail est endommagé, mais que le reste du temple est encore debout. Enfin, il termine sa courte description par cette phrase : «Ces ruines se trouvent dans une plaine couverte de sable, et on y remarque encore quatre morceaux de muraille, qui donnent à connaître qu'il y a eu autrefois dans cet endroit de vastes édifices (1)r>. Ces murailles sont fidèlement reproduites sur la planche GLV de l'ouvrage, donnant une vue du temple et des alentours {2J; mais on n'en saurait retrouver aujourd'hui aucun vestige.
(1) Frédéric-Louis Norden , Voyage d'Egypte et de Nubie (ouvrage enrichi de cartes et de figures dessinées par l'auteur), nouvelle édition par L. Langlès, t. III (Paris, 170,8), p. 53. Il donne deux orthographes du nom : Sabua et Sabouah.
(2) Cette planche a été reproduite en i8o3 par Quatremère de (Juincy dans son livre De l'architecture égyptienne considérée dans son origine, ses principes et son goût, et comparée sous les mêmes rapports à l'architecture grecque (Paris, an XI), pi. 10, fig. 5 7 bis [ouvrage couronné en 1785 par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres].
Elle ligure aussi à la pi. III du volume de M. Maspero : Les Temples immergés de la Nubie, Rapports relatifs à la consolidation des temples (Le Caire, 10,12); cf. encore ibid., p. 7.
Norden ne s'attarda pas à Es-Sebouâ, car le lendemain 1" janvier 1788 il était déjà à Amada.
La première description importante que nous possédions du temple est, à ma connaissance, celle du voyageur anglais Thomas Legh, «à la date du yo février i8i3(1). Le récit de Legh fut publié d'abord en 1816, puis réédité en 1817 à Londres, et la réédition contient en pins de la première publication une note curieuse, où le temple de Sibhoi (sic) est donné comme le type exact et complet de l'édifice sacré en Egypte tel cpie l'a décrit Strabon, car il comporte un dromos bordé de sphinx, un propylone, une cour ouverte, un pronaos, et enfin un sekos ou sanctuaire (2).
Quant à la description du temple, elle occupe les pages 65 à 67 de l'édition de 1816 et les pages 1 ^ 7 à 1 00 de la réédition de 1 8 1 7. Elle n'est accompagnée d'aucune vue dans la première édition, tandis que dans la seconde on peut voir entre les pages 1 ^8 et 1/19 une planche intitulée Propylon of the Temple of Sibhoi, qui est loin de valoir en exactitude celle de Norden : la porte du pylône y est beaucoup trop large en proportion des tourelles et celles-ci sont, en outre, absolument dissemblables; par contre, les deux colosses de Ramsès II gisant dans le sable au pied de chacune des tourelles, et dont l'un (celui du sud) est aujourd'hui remis en place, sont indiqués de façon suffisamment exacte.
Legh évalue à 00 yards (soit 45 m. 70 cent.) la distance qui sépare le pylône de la naissance de l'avenue des sphinx, cette dernière étant indiquée par deux statues du roi; mais cette distance est en réalité de 60 mètres. Il décrit ensuite les deux statues du roi, hautes de dix pieds (3 mètres environ), et l'avenue de sphinx dont il n'a pu voir que six. les autres étant enfouis sous le sable. Les colosses renversés au pied du pylône sont évalués à
1 Je n'ai pu avoir connaissance de l'ouvrage de W. R. Hamilton, Remarks on several Parts ofTurkey; Part I, fagyptiaca, etc., in the Years 1801 and 1802, publié à Londres en 1809.
(2) Narrative of a Journey in Egypt and the Coantry heyond the Cataracts, by Thomas Legh (London, 1817), p. 1A8, note*.
i.k pieds (A ni. ()o cent.) de hauteur; chacun d'eux est taillé dans un bloc unique de grès; la tête et les épaules sont aujourd'hui recouvertes par le sable, et les autres parties ont beaucoup souffert par suite de la chute. La largeur du propylone est évaluée à environ 80 pieds (26 ni. 5o cent.). Les statues osiriaques accolées à chacun des piliers carrés de la cour, au nord et au sud, sont considérées à tort comme des statues de prêtres et comparées aux cariatides des temples grecs; elles sont, du reste, en fort mauvais état de conservation. Au delà de la cour, Th. Legh n'a rien vu, l'entrée du pronaos et des salles postérieures étant complètement obstruée par les sables; il prédit même que le sable achèvera bientôt de recouvrir les parties encore visibles. Il conclut, en tout cas, de ce qui reste que ce temple a dû être un sanctuaire célèbre bien digne d'admiration.
Le style de la construction et des hiéroglyphes dénote une époque plus ancienne que celle des autres temples d'Egypte (Legh songe ici uniquement, je crois, aux grands temples ptolémaïques ou romains qu'il vient de voir). Les colosses sont probablement, d'après leur costume, des héros. Enfin, l'auteur, constatant une contradiction entre l'âge plus ancien des temples de la Nubie par rapport à ceux de l'Egypte, d'une part, et leur meilleur état de conservation, d'autre part, explique cette anomalie par la douceur et la régularité du climat nubien dans la région des tropiques. Mais il y aurait peutêtre lieu de tirer de cette observation une autre conclusion : c'est au cours du XIXe siècle que furent surtout dégradés et mutilés les monuments situés au delà
de la première cataracte.
.1. L. Burckhardt (Sheikh Ibrahim) vit les ruines de H ady Seboua
(ffj-A^, ^<i\j) le 28 février i8i3 alors qu'il remontait le Nil; il s'y arrêta
de nouveau le 25 mars à son retour et les décrivit alors longuement'1'. Le
nom de l'endroit est traduit par lui inexactement par «the Lions Wady»,
la vallée du lion, au lieu de rthe Lions' Wadyi\ la vallée des lions.
(l) Travels in Nubia, etc. ( qc édit. , Londres, 1822), p. 16 et p. 90-91.
Passant rapidement sur le propylône, qu'il compare à celui du temple de Gorne à Tlièl)es(l), il arrive à la cour dont les deux tiers sont ensablés; il donne à cette cour le nom de pronaos et observe avec précision les cinq colonnes à ligures colossales (pareilles encore à celle de Gorne) qui bordent cette cour sur ses deux côtés nord et sud; il décrit très exactement l'attitude et les attributs do ces statues et déplore leur état de mutilation. Il constate aussi que les murs du propylône et de la cour ont été construits avec de petits blocs de grès si friable qu'ils sont maintenant très dégradés et rongés; aussi ne reste-t-il que peu de chose des sculptures qui les recouvraient. Pourtant, ajoute-t-il, on peut encore distinguer un Briareus à deux corps sur le mur extérieur du propylône. Ce Briareus, qui devait encore attirer l'attention de Burckhardt trois jours plus tard, lors de sa visite au temple de Kalabchah, diffère du Briareus de Kalabchah en ce qu'il esta deux corps, tandis que l'autre est à deux têtes®. Je pense qu'il doit être reconnu dans la figure gigantesque de Ramsès II sculptée symétriquement sur la face extérieure de chacune des deux tourelles du pylône.
Burckhardt ne remarque ensuite qu'un seul des colosses gisant au pied du pylône, tandis que Legh en avait observé deux et qu'il y en avait encore effectivement deux en 1909; c'est, dit-il, une figure mâle, dans la même attitude que les statues ornant la façade du temple d'Isis (lire Hathor) à Ipsamboul; il était probablement dressé jadis sur le côté de la porte d'entrée, mais aujourd'hui sa tête et sa poitrine sont enfouies dans le sable.
Il passe alors à la description des deux statues dressées à l'entrée de l'avenue de sphinx, à 3o yards (27 m. ko cent.), dit-il, de la façade du propylône; nous avons déjà vu que cette distance doit être en réalité plus que doublée. Il constate avec raison cpie ces deux statues sont assez grossièrement sculptées, et que les proportions y sont si peu observées que les oreilles ont une hauteur égale à la moitié de la hauteur de la tête. De l'avenue de
(1) Le Ramesséum ou peut-être Médinet-Habou (?). Gorne est une mauvaise orthographe pour Gournah.
(2) Cf. H. Gauthier, Le Temple de Kalabchah , 1911. Introduction, p. IX-X.
sphinx conduisant au temple, dont Norden n'avait rien dit, Burckhardt n'a vu quo quatre sphinx, proches des deux statues précédemment décrites (1); la description que fait Burckhardt de ces sphinx est exacte, à un détail près : le trou qu'il observe au sommet de leurs têtes aplaties n'était pas destiné, comme il le croit, à recevoir une petite statue, mais bien la coiffure jÊ , qui a été retrouvée au pied do chacun d'eux, intacte ou brisée, lors du déblaiement.
Enfin, Burckhardt observe près du temple quelques amoncellements do poterie grossière et brisée, et conclut «à la très grande ancienneté du temple, tandis qu'il attribue à une époque relativement moderne le temple de Gorne (probablement le Bamesséum), qui est, au contraire, sinon plus ancien que celui do Ouadi es-Sebouâ, du moins d'époque sensiblement identique. Il veut voir à Seboua un type d'architecture ancien imité plus tard et amplifié au Memnonium (Médinet-Habou?), à Gorne et à Karnak, et cette idée ne me paraît pas juste.
Je dois mentionner, pour être complet, un petit croquis reproduit à la page 90 de l'édition de 1822, représentant la silhouette du pylône avec sa porte centrale émergeant de la ligne des sables : c'est là tout ce quo Burckhardt, qui n'a pu pénétrer dans l'intérieur du temple, a jugé à propos de reproduire à Seboua.
Henry Light passa à Seboo le 2 3 mai 181 h sans s'y arrêter, puis quatre jours après, à son retour de la seconde cataracte, il visita le temple '"'. La planche intercalée entre les pages 86 et 87 de l'édition de 1818 représente une vue de la cour entre le propylœon et le portico, prise du sud. La description du temple est consciencieuse et à peu près exacte en ce qui
"' Cf. Maspero, Les Temples immergés, p. 7.
(2' Travels in flgypl, Nubia, Holy Land, Mount Libanon and Cyprus, in theyear 181a (London, 1818), p. y3 et 87-88, et Journal d'un voyage en remontant le Nil, entre Pliilœ et Ibrim en Nubie, fait au mois de mai 1 81 à (1819), p. 63 et 71-73.
concerne les dimensions des diverses parties : après le pylône et ses deux pyramidal moles, nous arrivons à la cour presque entièrement remplie de sable, et où Light ne distingue pour chacun des portiques latéraux nord et sud que trois piliers carrés au lieu de cinq. Puis, sans pénétrer plus loin que la cour, et après avoir seulement constaté que le toit de ce qu'il appelle le portico (le pronaos) était constitué par la montagne même, il revient vers l'est et décrit la double rangée de sphinx qu'il dit commencer à environ cinquante pas de la façade du pylône. Il est curieux d'observer à ce propos combien l'amoncellement du sable a raccourci aux yeux des voyageurs la dislance réelle qui sépare les premiers sphinx de l'entrée même du temple; tous indistinctement ont évalué cette distance sensiblement au-dessous de ce qu'elle est en réalité.
Light a vu cinq sphinx émerger hors du sable, dont trois entièrement et deux de la tête seulement; les deux premiers, à droite comme à gauche, sont très mutilés, ou bien ils n'ont jamais été achevés; les suivants sont mieux terminés, mais leurs têtes sont tombées et gisent près d'eux dans le sable. Les deux statues debout à l'entrée de l'avenue sont ensuite décrites, ainsi que les deux colosses gisant de chaque coté de la porte d'entrée, au pied du pylône. Toutes ces statues, dit Light en terminant, sont taillées dans le même grès dur que les moles '(tourelles) du pylône.
Enfin l'auteur constate avec regret qu'il n'a pu découvrir à Seboo aucune inscription grecque.
Belzom n'est pas plus intéressant lorsqu'il décrit le temple de Seboua, visité par lui en plein été, le 3i août i8i5(l). Après les deux statues en place, hautes de onze pieds, et les sphinx à corps de lions et têtes d'hommes, nous entrons par la porte centrale du propylœon dans le pronaos (ou cour), sur les côtés duquel s'élèvent cinq colonnes avec statues sur leur face antérieure, assez analogues aux colonnes du pronaos de Medinet-Aaboo. Belzoni
'" Narrative of llie opérations and récent discoveries within llie pyramids, temples, tombs and c. ratra lions in Egypt and Nubia , elc. (London, 1820), p. 7/1.
constate ensuite que le vent a accumulé une telle quantité de sable que l'entrée de Vadytum et de la cella est obstruée; ayant examiné du haut du toit ce qu'il pouvait voir de l'intérieur du temple, il en conclut que cet intérieur mériterait d'être ouvert et déblayé, mais qu'il a en tète d'autres projets l'empêchant de rester ici plus longtemps, et il poursuit sans plus tarder sa route vers le sud.
* * C'est, en effet, J. J. Rifaud qui parait avoir été le premier à pénétrer dans l'intérieur du temple. Il nous dit qu'en 1816, lors de sa première visite à Ouiuhj-Sehoua ou Sebou, « les derrières de ce temple étaient encombrés de sable », mais qu'à son retour (à une date qu'il n'indique malheureusement pas) il est «parvenu à en faire déblayer l'entrée de manière à pénétrer dans l'intérieur et pour en lever le plan»(1). Il nous apprend aussi que son déblaiement ne fut que partiel, mais que d'autres voyageurs, Sait et Beinks1^, ont pu l'achever et visiter avec aisance les sculptures et les peintures des salles intérieures131. Nous devons donc déplorer que ni Sait ni Bankes ne nous aient laissé aucun récit de leur visite et de leurs travaux sur ce site (4). Quant à Rifaud, il dut quitter précipitamment l'endroit, harcelé par les indigènes qui l'avaient pris pour un chercheur de trésors.
Les deux voyageurs Irby et M angles arrivèrent à Sabour (telle est leur transcription du e arabe) le mardi 5 août 1818 à midi et visitèrent immédiatement le temple, situé à environ 100 yards, disent-ils, du fleuve,
"' Tableau de l'Egypte, de la Nubie, et des lieux circonvoisins (Paris. i83o), p. 2G6-267. Lire Bankes.
(3) Op. cit., p. 266, note 1.
(4) L'ouvrage de Valentià George and Henry Salt, Voyages and Travels tu India, Ceylon, the Red-Sea, Abyssinia and Egypt in the Years 1802-1806 (London, 1809, 3 vol. in-4° with a map) est antérieur de beaucoup à ces travaux. D'après les renseignements assez vagues <pje j'ai pu recueillir dans l'ouvrage de J. J. Halls, The Life and Correspondence of Henry Salt Esq., F. R. S. &c (a vol., London, in-8", 1 834), il semble que ce fut vers la fin de 181 G ou en 1817 que Sait fit procéder à ce déblaiement du temple de Ouadi es-Sebouà.
construit en pierre calcaire el couvert par le sable. Les sphinx qui le précèdent ont, suivant eux, des corps do lion et des tètes de femme; ils sont en calcaire comme les deux statues <[iii se drossent à l'entrée do l'avenue, vers l'est. Les deux colosses gisant ;m pied du pylône ne trouvent pas grâce devant leur examen : ils les jugent mauvais et très mutiles. Lo nombre des piliers osiriaques do la cour esl évalue à quatre de chaque coté, au lieu (\f cinq. L'entrée du reste du temple esl impraticable : lo sable (Hait donc déjà, dès 1818, revenu en niasse considérable obstruer les salles du fond , rendant inutile le déblaiement entrepris par Piifaud et par Sait en 181 G ou 1817.
Ii'hy et Mangies observent ensuite lo mauvais état de conservation de la maçonnerie el l'imperfection dos sculptures; ils remarquent que les hiéroglyphes gravés au dos des deux colosses gisant près du pylône sont les mornes que ceux de la frise du grand temple d'Ebsanibal, ceux des aiguilles (obélisques) de Cléopâtre à Alexandrie, et ceux des deux grands obélisques do Louxor(l).
Gau ne s'arrêta pas à Essaboua lors de son voyage vers le sud, en janvier ou février 1819, mais à son retour il visita attentivement le temple et y travailla longuement ('2). * Cette construction, dit-il, est celle de la Nubie et de l'Egypte où la disposition architecturale est la mieux conservée; et pour qu'il n'y manquât aucun détail, je fis exécuter plusieurs fouilles, au moyen desquelles je découvris l'indication des marches à la porte des propylons, les restes de la terrasse entre l'allée de sphinx, et lo soubassement des sphinx eux-mêmes. r> Gau nous apprend ensuite qu'il a remis en place la mitre d'un de ces sphinx, retrouvée par lui au cours des fouilles.
Prenant alors le temple d'Essaboua comme le type même des temples égyptiens, il vante l'aspect majestueux des avenues bordées de sphinx et de
(1) Irby and Mangles , Travels in Egypt and Nubia , Syria and Asia Minor, during the years 181and 1818 (London, 1823), p. 95.
(2' F. C. Gau, Antiquités de la Nubie, ou monuments inédits des bords du Nil, etc., dessinés et mesurés en 181g (in-fotio, Stuttgart et Paris, 1822); cf. p. 6-7 et 11-12. et pi. I12 à 67.
statues, dos hauts pylônes, dos «ours flanquées de portiques à piliers sculptés, des grandes salles enfin richement décorées de sculptures et de peintures, qui préparent à la dignité de la salle la plus reculée ou sanctuaire.
Quelques pages plus loin, Gau nous expose ses idées sur les autels qu'il a rencontrés au fond du sanctuaire de plusieurs temples devant la niche où sont assises les '-statues"; il pense que ces autels carrés servaient de piédestaux -pour y poser la barque sainte ou le tabernacle qui renfermait la divinité ou la statue même de la divinité», et que les bas-reliefs des deux parois latérales du sanctuaire d'Essaboua représentent précisément la cérémonie au cours de laquelle on déposait barque et tabernacle sacrés sur l'autel. Ces autels n'ont donc, conclut-il, aucun rapport avec les tables spéciales où étaient déposées les offrandes aux dieux.
Gau remarque ensuite «qu'on ne voit de statues que dans les sanctuaires des temples taillés dans le roc, tandis que ceux élevés dans les plaines n'en laissent apercevoir aucune trace». La raison qu'il donne de cette différence est certainement la plus facile à imaginer et la meilleure : les statues, mobiles dans les temples bâtis, ont été détruites ou emportées, tandis que dans les temples creusés elles étaient immobiles et ne pouvaient être que mutilées, non emportées. Il faut, du reste, ajouter bien vite que même dans ce dernier cas elles ont été le plus souvent si mutilées qu'il n'en reste à peu près rien. Si celles de Gerf-llussein, de Derret d'Ipsamboul sont encore en assez bon état de conservation, on ne peut en dire autant de celles de Ouadi es-Sebouà, qui ont été complètement anéanties par les chrétiens.
C'est, du reste, par cette constatation cpie Gau termine sa description du temple qui nous occupe : les premiers chrétiens l'ont transformé en église, comme ils ont fait de la plupart des constructions consacrées au culte par leurs ancêtres, et ils ont peint sur la paroi du fond du sanctuaire une image de Saint-Pierre précisément "à la place des statues des divinités égyptiennes démolies ».
Gau est le premier des voyageurs modernes à avoir vu cette image de
Saint-Pierre et à avoir pénétré dans les salles les plus reculées du temple. Nous ne savons pas, cependant, s'il a l'ait procéder lui aussi à un déblaiement du temple, an moins partiel, ou s'il a profit*' du déblaiemenl exécuté quelques années avant lui par II. Sali et Bankes; cette dernière hypothèse paraît, en tout cas, tort douteuse, puisque déjà en 1818 les voyageurs Irhy et Mangles n'avaient pu pénétrer à l'intérieur. Quoi qu'il en soit, Gau nous a laissé' le premier un plan et une coupe longitudinale du temple (pi. !\ •> de son ouvrage); ce plan indique bien, du reste, que certaines parties étaient encore, lorsqu'il l'a levé, ensevelies sous les sables. C'est ainsi que l'allée de sphinx est presque complètement enfouie, et que Gau indique huit sphinx de chaque côté, alors que le déblaiement de 1909 n'en a donné que six. Ce nombre de huit sphinx a été obtenu par Gau en mesurant l'intervalle compris entre les deux premiers sphinx d'une rangée (qui, nous le savons par les voyageurs antérieurs et par le plan même de Gau, étaient visibles), et en reportant cet intervalle autant de fois que possible jusqu'à la naissance de la terrasse dallée précédant le pylône. Mais Gau a été trompé par le grand pylône de briques s'élevant entre les deux cours extérieures et dont, malgré la forme caractéristique de la colline de sable qui le recouvrait, il n'a pas soupçonné l'existence. Ce chiffre de seize sphinx pour l'ensemble du dromos d'Es-Sebouà devait continuer à avoir après Gau la plus durable fortune, et jusqu'en 1909 nul ne soupçonna qu'il devait être réduit à douze.
J'ai relevé sur le plan de Gau quelques autres légères inexactitudes, provenant aussi de ce qu'il ne put déblayer complètement le temple et ses approches (l). L'escalier de six marches indiqué par lui sur la plate-forme où se dresse le pylône n'a jamais existé; en revanche, il y avait un escalier au bas de cette plate-forme, à l'endroit marqué B sur le plan de Gau, conduisanl du niveau de l'avenue de sphinx au niveau de la plate-forme supérieure. Le déblaiement de 1909 n'a révélé aucune esplanade carrée en avant du dromos,
lli La planche h 2 de l'ouvrage de Gau a été reproduite par M. Maspero dans Les Temples immergés de la Nubie, Rapports relatifs à la consolidation des temples, pi. VI.
à l'est, comme l'a indiqué Gau en A de son plan; il n'est pas impossible qu'elle ait existé, mais aucune trace ne paraît en subsister. La petite porte percée dans l'épaisseur de la paroi sud de la cour, entre l'aile du pylône et le premier des cinq piliers osiriaquos, n'est pas indiquée par Gau: elle ne s'est révélée, en effet, qu'en 1909. Les banquettes (ou mastabas) tracées de chaque coté de l'escalier conduisant du niveau de la cour à celui du pronaos sont inexactes de forme et de dimensions. Tout ce qui concerne l'église chrétienne ne figure pas sur le plan do Gau, et les six statues oshïaques de l'allée médiane du pronaos, qui n'existent plus du fait de la transformation du temple en église, ont été rétablies ainsi que les trois statues de la niche du sanctuaire également détruites. Enfin l'enceinte extérieure de briques, l'escalier de briques conduisant sur le toit des salles postérieures, et toutes les constructions annexes comprises dans l'enceinte extérieure, ne sont pas soupçonnées.
Par contre, Gau a exactement repéré l'emplacement des quatre colosses qui devaient se dresser devant le pylône, dont deux seulement sont encore visibles et dont tous les voyageurs précédents avaient dit qu'ils n'étaient que deux. Le passage conduisant du toit du portique nord de la cour, à travers toute la largeur de l'aile nord du pylône, jusqu'au-dessus de la porte d'entrée, est également exact; l'aile sud du pylône était peut-être réellemonl aussi creuse, ainsi que l'indique Gau; mais je n'ai pu le vérifier, l'accès à cette galerie intérieure n'existant pas sur la face postérieure de l'aile sud comme il existe sur la même face de l'aile nord.
Outre le plan et la coupe dessinés sur la planche k% de son ouvrage, Gau nous a laissé cinq autres planches concernant Ouadi es-Sebouà :
i° La planche 43 : Vue du monument à Essaboua (prise de la montagne, au nord-ouest, et reproduite à la planche V de G. Maspero, Les Temples immergés de la Nubie).
20 La planche h!\ , se décomposant en quatre parties :
a. Façade géométrale du côté de la cour et coupe des pilones;
h. Coupe longitudinale du vestibule (antichambre) et des deux chambre* latérales creusées dans le roc;
c. Statues de granit placées à l'entrée des pilones (ce sont les colosses gisanl dans le sable, taillés en réalité dans le grès et non dans le granit); ils sont redressés et représentés, l'un de profil, l'autre de face, et leurs coiffures ont été rétablies au-dessus «le leurs fêles;
d. Caractères coplttes, à côté de rentrée du sanctuaire { c'est l'inscription que je pense être méroïliqne peinte sur le montant gauche de la façade extérieure de la porte du sanctuaire); celte inscription est aussi indiquée sur la coupe transversale B.
3° La planche kb , intitulée Niche et bas-reliefs coloriés du sanctuaire, comprend deux parties :
a. La niche ménagée au fond du sanctuaire avec les tableaux de RamsèsIIqui l'encadrent et l'image de Saint- Pierre qui en occupe le fond. Les couleurs en sont peut-être un peu trop vives, mais donnent cependant une idée exacte de toute cette paroi. Sur le soubassement au-dessous de la niche Gau indique, à l'angle supérieur de gauche, un faucon aux ailes éployées (— >), coiffé d'un disque solaire jaune et accompagné de quelques signes hiéroglyphiques : il n'en reste plus rien;
b. Le bas-relief de la paroi nord du sanctuaire, en couleur également, et accompagné de la bande hiéroglyphique horizontale tracée tout le long du soubassement de cette paroi.
h° La planche 46, Coupes des deux chambres latérales taillées dans le roc, avec restes des bas-reliefs coloriés, reproduit :
a. En haut, la salle obscure du nord, paroi ouest;
b. En bas, la salle obscure du sud, paroi ouest.
5° Enfin la planche A7, intitulée Vue du monument et détails de l'allée des sphinx, comporte :
a. Une vue pittoresque de l'ensemble des ruines, prise du côté du
Nil et au sud, et reproduite à la planche IV de G. Maspero, Les Temples immergés de la Nubie;
b. En K. à droite et à gauche, les inscriptions du dos des deux statues se dressant à l'entrée de l'avenue des sphinx;
c. En haut, en H, une vue de face et une vue de profil du premier sphinx de la rangée nord, avec la statue nord vue de face;
d. En haut, en I, une vue de la statue nord prise de profil.
Enfin, en tète de la nomenclature des six planches concernant Essaboua . une vue pittoresque représente les environs de la localité, mais sans le temple.
Sir Frederick Henmker (1820) signale plusieurs temples à Sebouah, mais ajoute qu'ils ne méritent pas qu'on perde son temps à les visiter; la pierre employée à leur construction est, en effet, si tendre que les hiéroglyphes ont été détruits par le temps, et il termine par cette phrase mystérieuse dont je ne sais trop à qui elle s'applique : « This is the only place wliere tinic has doue so much as Messrs. **"'"(l).
F. Cailliaud vit le temple de Sebou (ejj^,) le 19 juin 1822, à son retour de Méroé; mais il ne put pénétrer à l'intérieur: k MM. Sait et Binks(2), dit-il, le firent déblayer, et trouvèrent à l'intérieur de fort helles salles couvertes de sculptures coloriées parmi lesquelles une barque se faisait remarquer. Les sables s'y. étaient de nouveau tellement amoncelés qu'après quelques tentatives je me vis contraint de renoncer au désir que j'avais d\ pénétrer. Cette entreprise, au reste, n'avait pour but que de satisfaire ma
(1> Notes during a visit to Egypt, Nubia, etc. (a'édit., i8a4), p. 167-1 58. (2) Lire Bankes,
curiosité personnelle; car j'étais bien convaincu que la sagacité et l'érudition do M. Sali ne m'avaient rien laissé à glaner ici"(l).
Le comte Anton Prokkscii a visité le temple de Seboa au clair de lumen 1827, et sa description commence par deux pages enthousiastes sur la pureté du ciel nubien et sur l'effet magique que produisent sous ce ciel l<s ruines antiques vues en une nuit de pleine lune('2). Le temple, mi-partie construit et mi-partie creusé dans le roc, se compose d'un Vorhof auquel on accède par une porte monumentale entre deux pylônes, d'une salle et de cinq chambres (Gemàcher); ce que Prokesch appelle Saal est ce que j'ai nommé pronaos; de l'antichambre ou vestibule transversal dans lequel s'ouvrent les cinq salles du tond il ne fait pas mention.
C'est à grand'peine que le voyageur pénètre de la cour dans le pronaos, et grâce à l'intervention de quelques Nubiens qui lui offrent, moyennant backchiche, de lui frayer un chemin «à travers le sable.
Vient alors une description minutieuse, où sont indiquées les dimensions, évaluées en minutes ('), secondes (") et tierces ("'), des sphinx et des statues qui se dressent à l'entrée de l'avenue. Prokesch y reconnaît avec perspicacité les cartouches de Sésostris. Il évalue à sept (au lieu de huit chez les voyageurs précédents) le nombre des sphinx de chaque rangée.
Les deux colosses renversés au pied du pylône ont un costume qui rappelle le vêtement de dessous des Arabes modernes; ils sont aussi au nom de Sésostris. Ils portent un casque, mais leur tête et leurs pieds sont mutilés. Les deux marches ornées d'hiéroglyphes et de tableaux signalées par l'auteur devant chaque aile du pylône ne sont probablement pas autre chose que les socles sur lesquels se dressaient jadis ces colosses.
" Vnyagc à Méroé, au Fleuve Blanc, elc. (4 vol. in-8" de texte, Paris. 1826-37, et 2 vol. in-folio de planches, 1828); cf. t. III, p. 266.
('2' Das Land zwischen den Katarakten des Nil, mit einer Karle, etc. (1 vol., Wien, 1 83 1) ; cf. le chapitre \m , p. 1 2 U - 1 3 1 .
Les pylônes et les cotés extérieurs du temple sont couverts d'hiéroglyphes et do tableaux, mais comme la pierre est grossière et peu consistante, les traits ont été rendus par le temps presque méconnaissables. Vient ensuite l'indication des mesures du pylône et de la porte d'entrée.
Des dix piliers osiriaques de la cour Prokescli n'a vu nettement que huit; mais ajoute-t-il, un cinquième pilier se laisse deviner encore de chaque côté par l'examen des mesures. Cette cour est carrée, mesurant 6V 5" 6' sur chaque côté. Les statues adossées aux piliers, toutes sans tête et les mains croisées sur la poitrine, représentent pour Prokesch, comme pour Th. Legh, des prêtres (Priestergestalten). Le passage conduisant de l'architrave du portique nord à travers tout le pylône nord est exactement .observé; le pylône sud, au contraire, n'a pas de passage semblable.
Prokesch examine les salles du temple du haut du toit du pronaos, auquel l'amoncellement des sables permet d'accéder facilement. Le christianisme s'est implanté là comme dans les autres temples, "transformant Osiris en Rédempteur et faisant d'Isis la Vierge ". Puis il pénètre à l'intérieur et prend les mesures de toutes les salles. Les hiéroglyphes de ces salles richement décorées lui paraissent appartenir au style le plus ancien, et comme la pierre ne permettait pas la linesse du travail, l'ensemble présente un aspect grossier. Ce jugement est, il faut bien le dire, par trop sévère, et les salles du fond forment, au contraire, avec le pylône, la cour et le pronaos, un contraste qui est tout à leur avantage.
Les couleurs sont assez bien conservées, et Prokesch croit pouvoir observer que dans la salle latérale à droite du sanctuaire les corps sont peints en jaune, tandis que dans le sanctuaire même et la salle latérale de gauche ils sont peints en rouge brun. Cette distinction est inexacte. De même pour l'identification avec Osiris du personnage qu'Isis entoure de ses bras dans le sanctuaire et dans la salle du fond à droite : il s'agit dans les deux cas du roi. Plus exacte est la description des scènes sculptées sur les parois latérales du sanctuaire, où sont représentées les barques sacrées, et que Prokesch interprète comme une fête sur le Nil.
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.!<• n'ai |»;is trouvé trace des deux marches indiquées par lui contre la paroi du fond du sanctuaire au-dessous de la niche aux trois statues assises. Prokesch a reconnu l'apôtre Pierre point sur la paroi du fond de la niche. Il a vu aussi les larges banquettes ou tables ménagées contre la paroi du tond des deux salles latérales nord ei sud. el il a supposé qu'elles étaient destinées à la préparation des offrandes.
Dans la salle du fond à droite (nord-ouest), il a observé le puits rectangulaire rempli de pierres, et, sur une paroi, ce qu'il appelle un joli Priape juvénile, el qui n'est autre qu'un dieu Min dans l'attitude ithvphallique habituelle.
Enfin, Prokesch termine sa longue et intéressante description par une dernière remarque fort juste : en dehors des cartouches du grand Ramsès on n'en voil pas d'autre dans ce temple.
Champollion vit deux fois Ouadi-Esséboua, d'abord le 20 décembre 1828 où il ne s'arrêta qu'une heure, puis le 2 1 janvier 1829 en revenant de Ouadi-Iialfa. Aussi le temple est-il mentionné deux fois dans ses Lettres écrites d'Egypte et de Nubie w. Le pays, nous dit-il d'abord, est «ainsi nommé des sphinx qui ornent le dronios d'un monument bâti sous le règne de Sésostris, mais véritable édifice de province, construit en pierres bées avec du mortier n. Cet hémispéos, ajoute-t-il plus loin, est rsans contredit le plus mauvais travail de l'époque de Rhamsès le Grand; les pierres de la bâtisse sont mal coupées, les intervalles étaient masqués par du ciment sur lequel on avait continué les sculptures de décoration, qui sont d'une exécution assez médiocre. Ce temple a été dédié par Sésostris au dieu Phré et au dieu Phtha, seigneur de justice® ; quatre colosses représentant Sésostris debout occupent le commencement et la fin des deux rangées de sphinx
(" Nouvelle édition, 1868, p. 96 et 121. 1 Cette remarque n'est pas exacte : le temple est consacré à Harmakhis et à Amon-Rà, et Ptah n'y intervient que comme divinité secondaire.
dont se compose l'avenue: deux tableaux hiéroglyphiques, représentant le Pharaon frappant les peuples du Nord et du Midi, couvrent la face extérieure des deux massifs du pylône; mais la plupart de ces sculptures sont méconnaissables, parce que le mastic ou ciment qui en avait reçu une grande partie est tombé, et laisse une foule de lacunes dans la scène et surtout dans les inscriptions. Ce temple est presque entièrement enfoui dans les sables, qui l'envahissent de tous côtés. »
Dans ses Notices descriptives (l), dont le tome Ier fut publié assez longtemps après sa mort, en i844, Champollion nous a laissé une assez longue description du temple. C'est d'abord ledromos de seize spltynx, "d'un assez beau galbe quoique d'un travail peu soignée, et tous à face humaine{~K et précédé de deux statues de Rhamsès le Grand, debout, grandes une fois et demie comme nature. Puis le pylône «précédé de quatre colosses{3) placés régulièrement aux deux côtés de la porte, à l'extrémité des massifs ^>, et coilfés "à la nubienne : chevelure nattée, le diadème sur la tête et le pschent sur le tout ». Le pilier porté par chacun de ces colosses est une enseigne sacrée; à la ceinture est un poignard. Champollion reproduit l'inscription du montant contre lequel sont appuyées les deux premières statues, le cartouche gravé sur leur agrafe de ceinture, et la légende du colosse de gauche; "le colosse de droite, couché la face contre terre (4), ne laisse voir sur l'appui que des titres insignifiants ».
Champollion décrit alors minutieusement la corniche des pylônes, leur frise anaglyphique aux noms du roi, enfin leurs deux grands tableaux, dont un. celui du massif de droite (nord) a été reproduit à la planche L, n° 1, des Monuments de l'Egypte et de la Nubie. Vient ensuite la porto monumentale du pylône (linteau, jambages et soubassement).
(1) Tome I, p. 107-1 10 (la page îoy est double).
(2) Champollion ne pouvait supposer que les quatre sphinx les plus rapprochés du pylône, absolument invisibles, étaient ù face de faucon.
(3) Contradiction avec les Lettres, qui n'indiquent que quatre colosses en tout, deux près du pylône et deux au commencement du dromos.
'l) En kjo() le colosse avait, au contraire, la face tournée vers le ciel.
Puis, nous voici dans la cour où, après avoir décrit la face postérieure de la porte monumentale, l'auteur en arrive aux tableaux des deux massifs du pylône sur la face intérieure. Sur le soubassement du massif de gauche (sud) sont représentées ffles dix tilles de llhamsès, en costume singulier»; ce soubassement est reproduit à la planche L, n" 2, des Monuments de l'Egypte et de la Nubie, mais Ghampollion n'a pas remarqué que cette procession des filles et des fils de Ramsès II se continuai! sur le soubassement des trois cotés de la cour. Passant alors à la «gallerie soutenue par des piliers cariatides 11 . il décrit successivement la galerie de gauche (sud) dont Irois tableaux seulement émergent du sable sur la paroi sud, et la galerie de droite (nord) donl un seul tableau est visihle, le reste étant détruit ou enfoui.
Dans le pronaos, Ghampollion remarque seulement l'anaglyphe aux noms du roi, et de toutes les salles postérieures il ne dit pas un mot, n'ayant pas cherché «à y pénétrer tant le sable était déjà revenu en abondance depuis Tépoque de Sait et de Gau. Ge que Prokesch avait fait en 1827 pour déblayer le fond du temple, il semble pourtant que Ghampollion aurait pu le refaire en janvier 1829; mais la partie visible du temple parait lui avoir fait une si mauvaise impression qu'il ne s'est pas soucié de se frayer un passage vers les parties enfouies : il pouvait, en effet, supposer que ces dernières étaient encore en bien plus mauvais état de conservation.
HosELLiiNi a décrit assez sommairement dans ses Monumenti storici{i] le temple de 11 adi-Essebuâ, dédié à Ammon. Le pylône, dit-il, est tout ce qu'on en voit, le reste étant enfoui sous le sable; sa façade en est toute rongée et iissurée. A la planche LXXVIII, figure 2, il a reproduit le grand tableau sculpté sur l'aile droite (nord), où le roi immole un groupe d'ennemis devant le dieu Phrê. Le tableau correspondant de l'aile gauche
l" Tome III, qc partie, p. 194-190.
a été seulement indiqué par lui dans le texte, mais pas reproduit . La conclusion de Rosellini est celle-ci : " De même que Derry(1) est un Ramseséion de Phrê, Wadi-Essebuâ est un Ramseséion d'Amon, et un troisième Ramseséion nubien est dédié à Phlah : c'est le temple de Ghirscieh-Hassan»(2'.
Dans ses Monumenti del Culto^, Rosellini revient encore sur ce temple, dont il orthographie le nom de façon un peu différente, Wadi-Essebuah. Il admet lui aussi seize sphinx, et reconnaît sur le dos des deux statues dressées à l'entrée de l'avenue les légendes de Ravisés III (Ramsès II porte, en effet, pour lui le numéro trois dans la série des Ramsès). Le temple, un semispeco, est dédié h Amonrê; mais on y voit aussi les noms de Phrè et de Phtah. C'est une construction très négligée, dont les pierres ont été fort mal jointes, ainsi que la chute du ciment et du mortier le laisse voir. S'occupant dans ce volume plus spécialement des tableaux religieux, l'auteur constate que ces derniers n'ont rien de particulièrement notable. Deux seulement ont attiré son attention : ce sont les deux scènes des barques sacrées, consacrées lune à Amon, l'autre à Phrê, et représentées sur les parois latérales du sanctuaire.
Au sujet du nom du temple, Rosellini dit qu'il s'appelait Amonmai- Ramses, c'est-à-dire qu'il était un autre Ramseséion en Nubie; quant à la localité où il se trouve, elle s'appelait Amonèiw parce qu'elle était consacrée à Amon; c'était donc une Diospolis nubienne.
« Les chrétiens ont converti le temple au culte du dieu vrai et l'ont dédié au premier des Apôtres^. On détruisit la statue d'Amon assis adoré par deux images du roi, qui était sculptée au fond du sanctuaire, et on peignit à la place la figure d'un saint avec une grosse clef avec la légende neTPOY AnozTOAOY autour de la tête. Il y a dans cette phrase une petite erreur : ce n'est pas une seule statue qui était sculptée au fond de la niche du
"' Le temple de Derr. bémispéos situé sur la rive droite du Nil.
1 Gerf-Hussein, ou Guirché, sur la rive gauche du Nil, entre Dandour et Dakkali
(3) Tome unique, p. 5q-6i.
(4> Transcription de i mm "y3 .
sanctuaire, mais bien trois statues, comme on font foi les traces encore visibles.
Enfin, une dernière question se pose : comment se fait-il que ChampoHion n'ait pu pénétrer dans les salles creusées sous le rocher, tandis que Rosellini , qui a visité le temple à pou prés à la morne époque, a pu voir le sanctuaire?
Le baron John Taylor (Pi. P. Laorty-Hadji) a visité à deux reprises la Nubie, en 1828 et en i83o, mais la description qu'il nous a laissée de rhémispéos de Séboua ou Séboued (sic) se borne à quelques lignes sans intérêt où lo monument ost attribué à Rhamsès III {l).
Ed. de Gadalvène et J. de Breuvery vinrent à Ouady Séboua en i83o, mais renoncèrent à pénétrer dans la salle qui fait suite au pronaos : :? L'entrée d'une troisième salle, creusée dans le roc, est tellement obstruée par le sable qu'il serait aujourd'hui impossible d'y pénétrer sans des déblais considérables.1' Du pronaos même (auquel, du reste, ils ne donnent pas ce nom) les deux voyageurs ont pu reconnaître que son plafond était soutenu par des piliers cariatides analogues à ceux qui soutenaient les deux portiques latéraux de la cour (appelée par eux pronaos). Puis ils notent que les pierres ont été grossièrement taillées, que les hiéroglyphes sont «d'un style détestables, enfin qu'on ne retrouve aucune trace de peintures sur le stuc dont il reste encore quelques débris.
«A la vue de cette construction si imparfaite, de ces sculptures barbares, on serait tenté de faire remonter la fondation du temple de Séboua à l'enfance de l'art, et cependant c'est à l'époque où l'Egypte était parvenue au plus haut point de gloire, c'est au règne de Sésostris qu'il faut rapporter ce monument, »
<» L'Egypte, 9' édit., i856, p. 536.
Enfin, les voyageurs constatent que «le temple de Séboua était, comme la plupart des grands temples situés entre la première et la deuxième cataracte, consacré aux dieux Phré et Phta(l)"; mais nous avons noté déjà que cette observation était inexacte.
Wilkikson pense que le temple de Sabôoa est de la première période du règne de Ramsès le Grand , ce qui est très probablement aussi une idée inexacte. Il reproduit l'erreur commune relative au nombre de huit sphinx de chaque côté du dromos, et désigne sous le nom de stèles sculptées les piliers contre lesquels sont adossées les deux statues qui se dressent à l'entrée de ce dromos. Il ne voit que huit figures osiriaques (au lieu de dix) dans la cour, et ne pénètre pas dans les chambres intérieures, obstruées par le sable. Les divinités principales adorées ici étaient, dit-il, Amunre et Re, et la ville portait le même nom que Thèbes où était adoré aussi Amunre, à savoir cAmunei. or the abode of Amun® -\
Le vice-consul de France Edmond Combes vit \] ady - Séboua en i834, éclairé par les feux du soleil levant; mais il ne nous en a laissé aucune description , se bornant à relater que deux jolies gazelles sortirent des ruines à son approche et disparurent dans le désert. « C'est dans cette partie de la Nubie, dit-il, qu'on rencontre le plus fréquemment des traces du passage du christianisme dans cette contrée. Des églises ruinées au milieu des ruines du paganisme, des figures de saints, du Christ ou de la Vierge- Mère, rappellent au voyageur les révolutions successives qui se sont accomplies sur cette terre déshéritée (3) ».
ll) L'Egypte et la Nubie, 18/11. t. Il, p. Go-62. I2' Modem Egypt and Thebes, etc., i8A3, t. II, p. 3si.
(3) Voyage en Egypte, en Nubie, etc., accompagné d'une carte-itinéraire (Paris, 18&6), t. I, p. 3oo-3oi.
Le \h décembre 1 8 3 6 , le colonel Howard Vvse constatait la désolation du paysage de Sabooa et visitait son temple(l'. Doux ligures colossales se dressent à l'entrée de l'avenue de sphinx et doux autres colosses gardent l'entrée du propylône de chaque côté. L'intérieur est hypaethral et entouré de colonnes taillées en forme de colosses semblables comme style à ceux du temple d'Abou-Simbel. Les blocs énormes qui forment les architraves de ces colonnes rappellent à Vyse celles de Stonéhenge (une localité d'Angleterre, comté de Wilks, célèbre par son cercle de pierres levées). Vadytum, taillé dans le roc, contenait probablement beaucoup de tombeaux anciens, mais le tout est à présent presque complètement recouvert par le sable du désert, et Vyse n'y a pas pénétré.
Entre les pages 38 et 39 du premier volume de son ouvrage, une planche intitulée The Temple of Sabooa montre la façade de l'édifice avec les deux premiers sphinx et colosses.
L'architecte Hector Horeau a réuni sur la même planche de son Panorama d'Egypte et de Nubie, publié en 1 84 1 , une vue du temple d'Asseboua et une vue du temple d'Amada. La vue d'Asseboua est prise du côté du Nil et montre tous les sphinx, ainsi que les deux statues de l'est et les deux colosses du pylône : ces deux derniers sont même représentés en place, debout sur le socle où ils avaient été dressés sous Ramsès II; il n'en faudrait pas, toutefois, conclure qu'ils avaient été retirés du sable où les voyageurs précédents les avaient' trouvés gisant, ni qu'ils avaient été rétablis dans leur attitude antique : Horeau s'est rendu coupable d'une petite supercherie que certains de ses confrères du xixe siècle n'ont pas hésité à commettre, et qui pouvait être, en somme, expliquée et excusée par un désir de
(" Opérations carried on at the Pyramiis of Gizeh in i83j, etc. (London, i84o), t. I, p. 38.
reconstitution architecturale. La planche de Horeau met également à nu le socle de la statue dressée au début de la rangée nord des sphinx, pour en montrer la décoration.
Quant au texte, il ne nous apprend absolument rien que nous ne sachions déjà. L'auteur y a intercalé un plan du temple d'Ouady-Asseboua manifestement copié sur celui de Gau et un dessin d'une des deux statuts colossales de Rhamsès II (sic), renversée près du pylône (1).
Charles Lenormant a publié, également en i84i, un grand ouvrage relatif à l'Egypte où j'ai relevé un dessin de la paroi du fond du sanctuaire de Ouaddi-Esseboua{2], avec la niche où l'image de Saint Pierre a remplacé les trois statues assises qui y étaient primitivement sculptées. Ce dessin est certainement emprunté à un ouvrage antérieur, car, en admettant même que Gh. Lenormant soit venu visiter le temple d'Es-Sebouà, il n'a certainement pas pu entrer dans le sanctuaire, qui était alors obstrué par le sable.
J. A. Saint-John a publié en 1 8A5 une Description qf Egypt and Nubia, que je n'ai pu consulter, et à une date indéterminée (mais que je crois être antérieure à 1 845) un autre ouvrage concernant l'Egypte et la Nubie, où j'ai pu relever une description assez détaillée du temple de Seboua[3). Le nom y est traduit inexactement par the Lions Valley, et le récit ne nous
Les planches de l'ouvrage de Horeau ne portent aucune numérotation; pour le texte, voir p. 3 1 .
!2' Musée des Antiquités égyptiennes, ou Recueil des monuments égyptiens, architecture, statuaire, glyptique et peinture, accompagné d'un texte explicatif (grand in-4°. Paris, Leleux, 18/11). Voir pi. IV, n" h.
Egypt and Nuhia , their scenery and llieir people , being incidents ofhistory and travel, front the lest and most récent authorilies, including J. L. Burckhardt and Lord Lindsay, by A. St. John. illustraled with ia5 wood engravings (London, sans date). Voir à la page 43g. L'ouvrage de Lord Lindsay auquel il est fait allusion dans ce titre est intitulé Lctlcrs on Egypt, Edom and
apporte aucun renseignement nouveau. La ruine est placée par l'auteur à environ 5oo yards ( /i 5 7 mètres) de la rivière, et nous savons que cette distance est très exagérée. Après les sphinx et les colosses, nous arrivons au pylône, don! la façade présente -des figures d'hommes, de femmes et de cynocéphales, exécutées en un style rude", et la conclusion de l'auteur est que tout cel ensemble devait avoir sans aucun doute un aspect magnifique avant que le temps, la barbarie el les sables accumulés en aient eu défiguré ou caché les ornements.
Lepsius séjourna quatre jours à Sebûa, du 18 au 22 août îShli ; pourtant , dans son récit de voyage w, il ne nous a laissé aucune description de ce temple. Il s'est contenté de remarquer que Ramses Sesostris s'y est fait représenter comme divinité [ois contemplarische Gottheit), comme à Gerf- Hussein, en compagnie des divinités principales Amon etPhtha(2). Ailleurs, il observe que Ramsès II avait consacré les trois merveilleux Felsentempel de Nubie, Gerf llussên, Sebûa el Derr, aux trois dieux Ra, Amon et Phtha, parce qu'ils étaient pour lui les trois plus importantes divinités (3). Enfin, dans les notes ajoutées en supplément à la fin de ses lettres, Lepsius ajoute que ces trois villes portaient respectivement les noms de ces trois dieux : ville de Ra on Héliopolis (Gerf-Hussên), ville d'Aman ou Diospolis (Sebûa), et ville de Phtah ou Hephaistopolis (Derr)''1.
Dans son grand ouvrage Denhnàler aus Aegypten und Aethiopien, Lepsius a, en revanche, consacré quatre planches entières au temple de Sebûa (5).
llie Hohj Land; il a eu au moins cinq éditions, depuis son apparition à Londres en 1 838 ; la ti° (18/17) et ^a 5e (1857) sont les plus connues. Je n'ai pu avoir connaissance de ce livre.
Quant à l'ouvrage de St. John, il ne ligure pas dans la Bibliolheca mgypliaca de H. Jolowicz.
111 Briefe ans Aegypten, Aethiopien und der Halbinsel des Sinai, etc. (Berlin, i85a).
(i) Op. cit., p. it2-ii3. Cf. encore p. 262-26.3.
M Op. cit., p. 4o3.
(1' Op. cit., p. /ii 4 (note supplémentaire à la page 11 5).
W Abteilunglll, Bl. 179 à 182 (= Band VII).
i° La planche 179 de la IIIe section est divisée de la façon suivante :
a. Un plan d'ensemble du temple, pris au ras du sol, à une échelle beaucoup plus petite que le plan de Gau, et avec une avenue de sphinx incomplète;
b. Cour, moitié nord de la paroi est (face postérieure du pylône), correspondant aux planches XXIX et XXX du présent ouvrage;
c. Cour, soubassement de la même paroi avec la procession des princesses filles de Ramsès II;
d. Cour, soubassement des autres parois : c'est la suite de la procession des princesses commencée en c; elle contient la fin des princesses et les quatorze derniers princes.
20 La planche 180 est tout entière consacrée à la cella (ou sanctuaire), dont elle reproduit en a la paroi orientale (c'est-à-dire ce qui est en réalité la paroi nord) et en b la paroi occidentale (c'est-à-dire en réalité la paroi sud).
3° La planche 181 ne contient qu'un tableau : la paroi du fond de la cella, complète, avec les traces des trois statues assises occupant le fond de la niche, dont celle du milieu est complètement recouverte par la figure de l'apôtre Pierre.
f\° Enfin la planche 182 est divisée en dix petites représentations indépendantes l'une de l'autre :
a. L'inscription de l'architrave est (c'est-à-dire nord) de la cour;
b. L'inscription d'un pilier osiarique du portique nord de la cour;
c. La paroi sud-est de l'antichambre (tableau incomplet);
d. Un tableau de l'antichambre représentant l'offrande du vin;
e> f> 8- h, i, /»•• Six tableaux empruntés aux chambres obscures entourant le sanctuaire et l'antichambre.
Lepsius a donc pénétré jusque dans les salles les plus reculées du temple, el nous en devons conclure, bien qu'il ne le dise pas, qu'il fit déblayer ces salles du sable <|ui 1ns obstruait; ce déblaiement l'ut, naturellement, assez long, et c'est pour le mener à bonne fin que le savant prussien l'ut obligé de rester quatre jours à Sebûa.
\ m père, qui suivit pourtant de près Lepsius en Nubie, ne paraît pas avoir profité des travaux de son prédécesseur (1); tout au moins ne nous dit-il pas qu'il ait pénétré au delà de la cour. Sa description de cette dernière est même assez peu exacte, puisqu'il n'y a relevé que huit colossespiliers au lieu de dix. "Essebouah, dit-il, veut dire en arabe les lions; le nom de ce lieu vient des lions de pierre qui formaient ici une avenue en avant du temple, et qui gisent encore sur le sable et dans le sable. On dirait un troupeau de lions qui se noie; les uns dominent le déluge dans lequel les autres s'engloutissent, w Sur les soubassements de la cour Ampère ne remarque que quatorze filles du roi, alors que Lepsius en avait relevé plus de cinquante; le sable avait donc déjà, lors de son passage, recouvert à nouveau ces parties basses. Quant aux colosses, sur lesquels "de petits moineaux noirs et blancs chantent gaiement n, Ampère suppose qu'ils ont f* succombé à un effort violent : l'un a la tête en bas et les jambes en l'air; l'autre est couché sur la face; on dirait des titans foudroyés v ®. Puis il se livre à une digression sur le rôle des lions dans l'architecture égyptienne : fie lion, dit-il, est un hiéroglyphe qui exprime la vigilance, et c'est pour ce motif qu'il y en a souvent à l'entrée ou aux abords des monuments égyptiens (J) ».
[1) En février i845, soit huit mois seulement après Lepsius.
(2) Voyage en Egypte et en Nubie (Paris, 1868). L'édition à laquelle je me réfère est celle de 1881: voir p. 683.
Op. dt., p. 484-485.
Prisse d'Avemses, qui visita l'Egypte et la Nubie à plusieurs reprises entre i83o et 1 8 A 7 , a publié dans ses Monuments Egyptiens^ un des colosses de Kamsès II à Wady Esseboua; il est couché à terre au pied de l'aile sud du pylône, et me paraît devoir être identifié avec celui qui a été remis en place en 1909 par les soins du Service des Antiquités.
L'ouvrage illustré de David Roberts et William Brockedops, dont j'ai placé à tort la publication en i855-i856 dans Y Introduction relative au temple de Kalabchah ;2), parut en réalité dix ans plus tôt, en i846, et fut dédié par ses auteurs à Louis- Philippe, roi des Français (3). Les notices descriptives, très courtes en général, sont empruntées à trois sources, soit au Journal de David Roberts lui-même, soit aux Travels du D' Robertson. soit surtout à l'ouvrage Egypt and Tltebes de G. Wilkinson. Quant aux planches, elles ne sont pas numérotées, mais se suivent dans le même ordre que dans la petite édition in-6°, parue dix années plus tard.
Cette édition de 1 855-1 856 (à laquelle je me réfère pour plus de commodité, puisque les planches y sont numérotées) ne comprend pas seulement, comme celle de 18 4 6, l'Egypte et la Nubie, mais embrasse tout l'Orient et ne compte pas moins de six volumes14'. La partie concernant
<" Planche XX. n" 6.
1 Voir H. Gauthier, Le Temple de Kalubchah { Le Caire, 1911), Introduction, p. XLI. 1 Egypt and Nuhia from drawings made on the spot by David Robeuts R. A. . willt historical descriptions by William Rrockkdon, litliograpltied by Louis Haghe (9 vol. grand in-A". London, i846).
David Roberts avait déjà publié en 1 83g à Londres des Views in Ancient Egypt and Nubia (21 planches in-folio), que je n'ai pu consulter. Son voyage est donc antérieur à 1839, mais je n'en connais pas ta date exacte.
(4) The Ifoly Land, Syria, Idumea, Arabia, Egypt and Nubia, by David Roberts and William Rrockf.don (f> vol. in-'i°. London. 1 855-56 ).
l'Egypte el la Nubie occupe les tomes l\ el V de l'ensemble, et le temple de Wady Saboua y ligure à trois reprises :
i° Vu tome l\, pi. 1 56, nous avons une vue d'ensemble du temple et de l'avenue des sphinx, prise du nord-est. La notice adjointe à la planche émet l'hypothèse d'une convulsion naturelle subite pour expliquer la disjonction el le déplacement des grosses pierres du pylône et des murs extérieurs.
2° Au tome IV, pi. 168, nous dominons le temple car la vue est prise du haut de la colline de sable, à l'ouest; les sphinx y sont figurés émergeant tous du sable, ce qui est inexact, et, dans la notice, les snlles creusées dans le rocher sont déclarées inaccessibles.
3° Au tome V, pi. 17.5, nous voyons les colosses voisins du pylône : l'un d'eux, précisément celui qui devait être remis en place plus tard, a été représenté debout par l'artiste "to show the symmetry of its forint. La petite notice jointe à la planche décrit assez exactement ces deux colosses.
Maxime du Camp signale d'abord le i5 mars i85o, alors qu'il remonte vers le sud, le Djebel Séboua ou Montagne des Lions, dont, dit-il, par une coïncidence singulière, «la structure régulière rappelle la montagne des Lions, près d'Oranll)». Puis, au retour, il s'arrête au temple et le décrit, autant du moins que faire se peut, car il est «presque entièrement englouti par les sables. On aperçoit seulement la tête des colosses osiriaques qui soutiennent le portique précédé par de hauts pylônes dont le temps a disjoint les pierres.-1 Il admet l'existence de quatre statues colossales de Ramsès-Sésostris devant la porte, mais deux seulement sont encore debout. «Les deux autres, brisées et culbutées, sont enfouies sous les débris qui n'en laissent plus voir que les pieds adhérents au socle. » Cette observation
W Le Nil, l'Egypte et la Nubie (Paris, i854). Je cite ici ta quatrième édition, publiée en 1877. Cf. p. 126.
de Maxime du Camp esl bien faite pour nous surprendre : y avait-il réellement en i85o deux des quatre colosses du pylône encore debout, et, si oui, comment expliquer que les voyageurs antérieurs ne nous aient jamais dit un mot de ces deux colosses en place alors qu'ils décrivaient plus ou moins complaisamment les deux autres, ceux qui gisaient dans le sable? Il est probable que telle n'est pas la vérité, et que l'auteur s'est simplement mal exprimé : dans son Atlasw, en effet, nous voyons deux représentations du temple, et sur la seconde figurent en grand les pylônes, avec deux colosses à terre et sans aucun antre colosse debout.
Charles Didier k passa de nuit devant le temple de Sebou ou Sebouah, mais, si l'on en croit Champollion, la perte n'était pas grande; il n'offre, selon lui, que peu d'intérêt». Après avoir observé que ce temple est d'un travail bien inférieur à ceux d'Isamboul (sic), et qu'il sent déjà la décadence, le voyageur finit sa courte description par une remarque injuste : les basreliefs intérieurs, dit-il, sont dégradés au point d'être méconnaissables "'». Cette appréciation n'est pas empruntée à Cbampollion, qui, nous l'avons vu, ne pénétra pas dans l'intérieur du temple, et pour une fois où Didier veut faire preuve d'originalité nous sommes obligés de reconnaître qu" il n'est pas très heureux, car précisément les sculptures et inscriptions intérieures de Ouadi-es-Sebouà sont fort bien conservées et parfaitement reconnaissables.
Louis Pascal est aussi peu intéressant que Didier. Il visite Seboua h' 1er avril 1860, — constate que le temple est bâti en grès à l'exception de l'adytum qui est taillé dans le roc, — admet encore huit sphinx de
"' Egypte , Nubie, Palestine et Syrie. Dessins photographiques recueillis pendant les aninVs 18A9, i85o et 1 85 1 (2 vol. in-folio, 1852). Voir les planches 97 et 98. ,2) 5oo lieues sur le Nil (Paris. 1 858 ) , p. 329.
chaque côté de l'avenue, — qualifie de «sortes d'obélisques en grès» les piliers contre lesquels sont adossées les doux statues royales se dressant à l'entrée de cette avenue, — se livre enfin, à propos du pylône, à un long développement sur Je propylée en général, et ne dit absolument rien du temple même(l).
Le 6 lévrier 1861 (ou 1862?), Henry Gammas et André Lefèvre constatent que l'hémispéos de Séboua a été dédié par Sésostris aux dieux solaires Phré et Phta (Héphaistos), que le sable qui en interdit l'entrée «est plutôt un gardien incommode qu'un destructeur», que l'avenue est réduite à cinq spbinx, que les sculptures des deux pylônes sont informes, que ries colosses qui veillaient à la porte gisent épars autour de leurs bases'-, enfin que le temple, «dont les murs et le plafond semblent solides encore », est fermé au profane, les divinités qu'il cache étant accoutumées à la nuit et ne se souciant guère d'être rendues à la lumière (2).
Th. Devéria, dont j'ai omis de signaler le voyage en Nubie dans la notice bibliographique concernant Kalabchah, visita le temple de Ouadi-es- Seboua le samedi 8 mars 1862, mais la description qu'il nous en a laissée n'ajoute rien à ce que nous savons déjà : « Ce monument des victoires de Ramsès II, dit-il, précédé de seize sphinx en dromos, de colosses dont quelques-uns sont encore debout et de pylônes presque intacts, présente un aspect imposant, mais les sculptures sont mal conservées et les sables empêchent de pénétrer dans le sanctuaire (3) n.
(1) La Cange; Voyage en Egypte (Paris, 1861), p. 236-287.
(2) La Vallée du Nil. Impressions et photographies (Paris, 1862). p. 190-191.
;3) Notes quotidiennes de janvier à foi d'avril 1862 dans le tome Ier des Mémoires et fragments de Tu. Deveria, p. 3/19 (= Bibliothèque égyplologique, t. IV).
Un autre récit, que j'ai également oublié à propos de Kalabohah, est celui du Docteur Stacquez, publié à Liège en 1 865. Le temple de Wadi- Séboua y est décrit deux fois, à l'aller et au retour (1). Les sphinx de l'avenue ont des têtes de jeune homme avec au menton une barbe légère. La première visite ayant eu lieu la nuit, aux flambeaux, et le portique étant tellement ensablé qu'il est impossible d'y pénétrer, les voyageurs ne voient que huit colonnes sans chapiteaux dans la cour; l'attitude des colosses royaux qui sont adossés à chacune de ces colonnes est décrite avec exactitude, «les bras croisés sur la poitrine et tenant en mains la clef du Nil et le fouet ». On a dit aux voyageurs que l'adyton était creusé dans la montagne, mais ils n'ont pu s'en rendre compte par eux-mêmes à cause des sables. Ils ont su pourtant reconnaître sur les ruines « le cartouche du grand Sésostrisw. Au retour de la seconde cataracte ils ont revu, de jour cette fois, le temple, mais du fleuve et sans s'y arrêter : •• Wadi-Séboua , dit le Dl Stacquez, vu du fleuve, offre un aspect majestueux. Je ne m'étonne pas qu'on l'ait considéré comme une des belles ruines de la Basse-Nubie, et qu'on en trouve des photographies non- seulement au Caire et à Alexandrie, mais encore dans les principales villes de l'Europe. »
Ottokar Dittmer (1867), décrivant le temple de Seboa. commence par une erreur : il le considère comme le plus ancien travail en Nubie{-]. Mais il a eu, du moins, le mérite de le faire déblayer à nouveau, et il lui a fallu attendre huit jours avant de pouvoir y entrer. Un des sphinx, dit-il.
l" L'Egypte, la Basse-Nubie cl le Sinaï. Relation d'après des notes tenues pendant le voyage que Sun Altesse Royale M"1' le duc de Rrabanl jit dans ces contrées en 186a et i863, par le Docteur Stacolez (Liège, 1 865 ). Voir pages 2 24 et 2 lia.
''-' Kemi und das Nilsystem, etc. (Berlin, 187/1). Cf. p. 22 1-323.
a forme humaine et fait penser an (lion Unique; les autres devaient être pareils. Les colosses ol les sphinx portent les cartouches de Sesoosi; pour lui il n'y a pas soi/»- sphinx dans l'avenue, mais quatorze seulement, à raison do sept par rangée. Au sujet de la coiffure de ces sphinx, Dittmer fait une remarque qui dénote chez son auteur un réel esprit d'observation : ces coiffures sont taillées dans le grès rouge, tandis (pie les sphinx eux-mêmes sont en grès gris; mais il se demande aussitôt après où on a bien pu prendre cette helle pierre, sans remarquer que la montagne libyque était la carrière naturelle qui s'offrait aux architectes de Ramsès II. Les deux colosses gisant dans le sable sur la terrasse ont un costume qui ressemhle aux chemises portées actuellement par les Arabes; cette comparaison n'est pas nouvelle : nous l'avons déjà trouvée sous la plume d'un voyageur antérieur.
Dans la cour, Dittmer a bien vu dix piliers osiriaques; il a également observé et noté le passage conduisant de l'architrave du portique de droite (nord) à travers l'aile du pylône jusqu'au-dessus de la porte d'entrée.
Vient ensuite la description des autres portes et salles avec leurs dimensions exactement évaluées en minutes et en secondes. Dans le sanctuaire, les barques représentées sur les parois latérales symbolisent une fête sur le Nil : l'une est à tête d'épervier, l'autre à tête de bélier; «à bord il y a n n prêtre et un chien noir qui porte le bonnet d'Osiris. Un mot seulement sur la niche creusée dans la paroi du fond du sanctuaire, et l'auteur passe aux salles latérales, où son attention est attirée surtout par les grandes tables d'offrandes taillées dans le rocher au pied de la paroi du fond; ces tables d'offrandes (?) sont les plates-formes qui existent dans deux sur quatre des salles ohscures latérales, et dont j'ai indiqué l'emplacement et les dimensions sur les sclièmes de la planche S du présent ouvrage.
Dittmer attribue la mutilation des bas-reliefs et inscriptions de ce temple à sa très grande ancienneté. Et il termine son récit en donnant la traduction (?) d'une inscription du pylône, où Osiris promet à son fds chéri Sesoosi une vie éternelle en échange du magnifique temple qu'il lui a
construit. Il présente sa traduction comme nouvelle, et il a bien raison; elle est même si nouvelle que je n'ai pu retrouver le texte qu'elle prétend traduire.
Le Pikv. Alfred-Charles Smith et ses compagnons ont visité le temple de Sabooa à la pointe du jour; ils ont fait l'ascension de la colline dans laquelle sont creusées les chambres postérieures, et leurs regards ont pu ainsi plonger dans l'intérieur de la cour. Mais ils n'ont rien vu qu'un grossier pylône massif et, au delà, quatre sphinx brisés supportés par de petites figures sur chaque côté(1).
Prokesch- Osten fils a décrit assez longuement le temple de Sebua{i\ mais son récit ne présente aucun trait nouveau. Gomme ses prédécesseurs, il passe assez rapidement sur l'avenue de sphinx et sur les deux statues du grand Ilamsès, arrive aux deux colosses gisant au pied du pylône, constate que les victoires de Piamsès II sculptées sur la façade extérieure du pylône ne sont presque plus reconnaissables en raison de la nature poreuse du grès, enfin que la cour, elle aussi très dégradée, est remarquable par la série des 162 enfants du roi gravés sur le soubassement de ses parois avec leurs noms et leurs titres.
Le reste, ajoute Prokesch fils, est ensahlé, et on ne peut se le représenter qu'en montant sur le toit de la première salle. Pourtant les indigènes consentent pour de l'argent à faire un trou dans le sable là où la première salle touche à la deuxième, et on peut s'y laisser glisser. Le déblaiement de 1909 à montré en effet que le plafond de l'antichambre (que Prokesch fils appelle la deuxième salle) avait été transpercé, probablement dès l'antiquité, par les chercheurs de trésors que l'amoncellement du sable
"> Tlie attractions of the Nile and its Banks (a vol., Lonclon, 1868). Cf. t. II, p. 66. '2> Nilfahrt bis zu den zweiten Kalarakten, etc. (Leipzig, 187/i), p. 5 2 9~53 1 .
«laits la cour el le pronaos empêchail de pénétrer par les portes. Cet orifice, assez large pour laisser le passage à deux hommes à la fois, a été ensuite soigneusement clos pour protéger toute la partie postérieure du temple contre l'irruption des sables.
Je ne pense pas, toutefois, que Prokesch fils ait utilisé ce passage pour descendre dans L'antichambre, car il paraît décrire le pronaos et les autres salles d'après le plan de Lepsius. Il commet, en outre, une erreur qui semble bien montrer qu'il n'a pas vu de ses propres yeux les lieux dont il parle : il déclare que cinq salles s'ouvrent dans la paroi du fond de l'antichambre et une sur chaque flanc; cela ferait donc au total sept chambres qui s'ouvriraient dans l'antichambre; or nous savons qu'il n'y en a en réalité que cinq, trois sur la paroi du fond et une sur chaque paroi latérale. Cette erreur est d'autant plus inexplicable que le plan de Lepsius, auquel Prokesch se reporte pour le pronaos ou première salle, indique bien cinq salles, et non sept.
L'auteur constate ensuite la bonne conservation des couleurs, observe la figure de Saint Pierre au fond de la niche aux trois statues et le puits creusé dans la salle de droite touchant à Yadytum ou sanctuaire (salle que j'ai appelée chambre nord-ouest), au sujet duquel il s'est laissé raconter par les indigènes qu'on entendait l'eau bouillonner au moment de l'inondation. Enfin, il observe la banquette accolée à la paroi du fond de chacune des salles nord et sud.
Le temple était, suivant lui, consacré à Àmon, Chonsou el Mut. Il appartenait à la ville Pè-Amen fondée par Ptamsès II et complètement détruite aujourd'hui. Prokesch compare, avec beaucoup de raison, la disposition de cet hémi-spéos avec celle de Gerf-Hussein.
H. Brugsch a publié en 1 884 dans la quatrième section de son Thésaurus [nscriptionum Aegyptiacarum une vue de face du temple de Wadi Sebu'a,
ÏXÏV11I
œuvre d'Oscar Wagner; on y voit la statue et les deux premiers sphinx de la rangée nord du dromosw.
Nous arrivons ainsi à la série des divers guides concernant l'Egypte et la Nubie, Murray, Isambert, Joanne, Meyer et Baedeker, pour ne citer que les plus connus.
La première édition du Guide Murray parut en 18/47; ene était rédigée par Wilkinson^. De nombreuses éditions ont suivi, sans apporter de grands changements à la première rédaction. La sixième édition (1880) signale encore à Wàdy Saboôah huit colosses osiriaques dans la cour au lieu de dix, et mentionne sur un des murs de ladite cour la liste des enfants de Ramsès II, au nombre de plus de cent soixante, chacun avec son nom et son titre : or cette liste occupe en réalité le soubassement de trois parois. Ce qui est dit enfin du plâtre dont auraient été recouverts les murs des salles creusées dans la montagne, pour remplir les nombreux trous et les fissures du roc, n'est pas exact (3). La pierre est en très bon état dans toutes les parties qui n'ont pas été exposées aux variations de température du dehors et aux ravages du sable, et le léger enduit de plâtre dont on a recouvert les parois était simplement destiné à rendre plus facile la sculpture des hiéroglyphes et des bas-reliefs.
Le Guide Isambert (ire édition en 1861, Paris) ne nous apprend rien de nouveau w. Le Guide Joanne, rédigé par M. G. Bénédite, est une reproduction de ce dernier, mais un peu plus complète. Il contient encore dans son édition de 1900 plusieurs inexactitudes que certainement la nouvelle édition qui doit paraître on 1913 rectifiera. C'est ainsi que devant le pylône
ll) Op. cit. . p. 700.
:> A llandbooh for Travellérs in Lower and Upper Egypt . by Sir Gardner Wilkinson (London, 18/17).
M Op. rit., 6e édit., 1880, Part II, p. 538.
w Voir, enlre autres éditions, celle de 1890, p. G36 : Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'Orient, 2* partie : Malte. Egypte, Nubie, Abyssinie, Sinaï.
l'auteur signale doux colosses debout, taudis que près de sa base quatre autres statues royales gisonl en débris. Il y a là confusion , d'une part outre les deux statues qui se dressenl à l'entrée de l'avenue des sphinx et les colosses renversés de la terrasse sur laquelle est bâti le pylône, d'autre part outre l'emplacement dos quatre colosses du pylône signalé par Gau et ces colosses eux-mêmes : il y a bien trace de quatre piédestaux, mais il ne reste les dél>ris que de deux des colosses, sans qu'on puisse même déterminer s'il y eut bien jadis réellement quatre colosses. Dans la cour, alors qu'Isambert mentionnait huit pilastres à cariatides (au lieu de dix), nous ne voyons plus indiqués ici (pie six de ces piliers avec colosses royaux adossés servant de supports aux portiques latéraux. "Toute la partie excavée est obstruée par le sable-, et la description des salles ainsi enfouies ne nous apporte aucun détail nouveau11'.
Le Guide Meyer® (ire édition en 1881, Leipzig) n'est qu'une copie abréo-ée des autres et ne nous apprend sur le temple de Wâdi Sebûa absolument rien do neuf (cf. la 3e édition, i8o,5, p. 282-283) : il ne signale que deux colosses sur la façade du pylône.
Quant au Guide Baedeker, dont la première édition remonte à 1877, et qui est de beaucoup le plus utilisé et le plus souvent réédité, on rencontre dans certaines de ses éditions des renseignements qui ne se trouvent pas dans les autres guides; ces renseignements ne se reproduisent, du reste, pas dans toutes les éditions, car les plus récentes sont moins détaillées que certaines des éditions antérieures. Je me réfère ici à l'édition anglaise do 1892, qui est la plus complète de toutes celles que j'ai pu consulter13'. Le temple iïEs-Sebiïah, ou Sebuah, ou Wâdi Sebuah, est précédé d'une avenue de lions à face humaine, qu'on suppose être au nombre de huit de
U) G. Bénédite, Egypte (dans la collection des Guides Joanne, 3 vol., Paris, 1900); cf. ia .V partie, p. 692.
l2) Meyers Reisebùeher. Der Orient, Band I, Àgypten.
i3> K. Baedeker : Egypt, Handbook for Travellcrs (1892), Part II, Upper Egypt, willi Nubia,
chaque côté. Les colosses du roi, aujourd'hui détruits, qui se dressaient sur la façade du pylône étaient probablement au nombre de quatre. Les scènes de la façade du pylône sont décrites avec exactitude, et la légende servant de titre à chacune de ces scènes est traduite. Le nombre des piliers-osiriaques supportant les deux portiques latéraux de la cour est exactement donné. Le soubassement des trois parois de la cour, décoré de la procession des enfants royaux, les fils portant le fabellum et les fdles le sistre, est décrit en détail : il y a deux séries commençant chacune sur le mur ouest de la cour et courant respectivement vers la droite et vers la gauche : la partie nord compte cinquante-neuf princes et trente-cinq princesses, et la partie sud comporte cinquante-deux princes et trente-deux princesses, ce qui donne un total de cent onze fils et de soixante-sept filles; on ne doit pas toutefois se hâter de conclure que Ramsès II eut effectivement cent soixante-dix-huit enfants, car il se peut fort bien que certains noms reviennent deux ou plusieurs fois, ainsi qu'on le constate, par exemple, sur la liste d'Abydos. La description du pronaos et des salles postérieures est assez exacte pour qu'on puisse être certain que l'auteur a vu ces chambres, bien que leur accès lui fût rendu difficile par l'accumulation des sables.
Le guide publié par M. E. A. W. Budge est assez peu explicite concernant Il âdi Sebûa, et je ne le mentionne que pour mémoire (1).
Le rapport de M. A. E. P. Weigall sur les antiquités de la Basse-Nubie, publié en 1907, est, au contraire, beaucoup plus détaillé (2). Après de rapides considérations sur la situation de la ville antique à quelques centaines de mètres au nord du temple, l'auteur signale le petit tomheau daté du
<» The Me. Notes for Travellers in Egypt (London, 1893, 3e édition), p. 3/u)-35o. !> A Report on the Antùpiities of Lower Nnbia and their condition in 1 go6-i goy (Oxford, 1907). Cf. p. 97-99.
règne d'Amenhotep III à quelques centaines de mètres vers Le sud; ce tombeau, qui est, quelques lignes plus loin, attribué par erreur à l'époque d'Amenhotep II, a été décrit par M. (î. Maspero < l;ms les Annales du Service des Antiquités^. M. Weigall, constatanl que l'ancien nom de la ville était perdu, émettait en 1907 l'espoir (prune étude complète des inscriptions du temple pourrait nous révéler un jour ce nom; mais aujourd'hui que le déblaiement est terminé et que j'ai pu copier toutes les inscriptions qui y sonl tracées, je « lois avouer que l'espérance de M. Weigall ne s'est pas réalisée. Il est probable que la ville portait le même nom que le temple, cest-à-dire 1^^ , la maison dAmon.
M. Weigall nous apprend ensuite qu'une partie du sable accumulé dans ce temple l'a été avec intention to protect Ihe place owing to the behaviour of some travellers many years ago.
Le temple n'est pas accessible en ce moment, mais des personnes qui l'ont visité pendant qu'il l'était encore ont constaté que la conservation de l'intérieur était bonne. Mais la partie extérieure, celle qui est construite, est très grossièrement bâtie : le mortier qui cachait les joints des pierres entre elles est tombé, et ces joints sont maintenant béants.
«Le besoin de déblayer le temple et le dromos, ajoutait M. Weigall, n'est pas urgent, car il est fort au-dessus du niveau auquel atteindra l'eau. D'autre part, l'avenue de sphinx et les colosses debout rendront l'endroit si attrayant qu'on doit désirer les voir dégagés du sable le plus tôt possible. » L'auteur émettait ensuite le vœu que les deux colosses renversés de chaque coté de la porte du pylône fussent relevés lorsqu'on entreprendrait le déblaiement et la restauration du temple; mais il ne fut malheureusement possible de relever qu'un seul de ces colosses, celui du côté sud, l'autre étant incomplet.
Vient ensuite une rapide description du pylône (tourelles et porte) et de la cour. Sur le tableau de l'aile nord du pylône (façade intérieure),
" Tome IX, 1 908, p. 18/1-187. — - M. Barsanti, dans son rapport publié dans Les Temples immergés de la Nubie, p. 109, a daté également à tort ce tombeau du règne d'Amenôtbès II.
M. Weigall lia pas reconnu la déesse Jousàas représentée avec Harmakhis : il l'a appelée Sekhmet (? ) . Il n'a pu voir toute la procession des enfants royaux sur le soubassement des parois de la cour, et il n'a fait que répéter h ce sujet les indications des voyageurs ou archéologues précédents relativement à ces cent onze fds et soixante-sept filles. De même pour le great hall (ou pronaos), pour Yadijtum (ou antichambre), pour le sanctuary (ou sanctuaire), et pour les antechambers (ou quatre salles obscures du fond). Les figures concernant Es Sebiïa sont au nombre de huit dans l'ouvrage de M. Weigall et groupées sur les deux planches portant les numéros XLVII et XLVIII :
i° PI. XLVII, n" 1 : Rougit stone enclosure near Es Sebiïa;
2° ibid., n" 2 : Ramesside stèle near Es Sebiïa;
3" ibid., n° 3 : Dromos of Es Sebiïa temple;
k° ibid., n° h : Temple of Es Sebiïa (façade).
5° PI. XL VIII, n° î : Back of statue of Rameses II. Es Sebiïa temple.
6° ibid. , n° 2 : Court of Es Sebiïa temple, filled witlt saitd.
7" ibid.. n° 3 : West side of pylon of Es Sebiïa temple.
8° ibid. . n° h : Shrine of Amenophis III : Es Sebua.
Enfin, j'arrive au rapport rédigé par M. G. Maspero à la suite de son voyage d'inspection en Nubie en 1905. Ce rapport occupe pour Ouady es-Sebouâ les pages 7-8 du volume Les Temples immergés de la Nubie, Rapports relatifs à la consolidation des temples. Il est assez bref, car pas plus que les voyageurs qui l'ont précédé, M. Maspero n'a pu pénétrer au delà de la cour; il suppose que le reste est en bon état, mais ne pont l'affirmer. Après avoir indiqué les restaurations qui lui paraissent pouvoir être faites el celles auxquelles il ne faut pas songer (le colosse de droite devant le pylône), M. Maspero pense quVil y aurait intérêt à déblayer le monument : P»amsès II y avait reproduit probablement, dit-il, quelques-unes de ses guerres syriennes". Le déblaiement n'a malheureusement pas