‹ Le temple de SatanChapitre 20 sur 33 · INVENTAIRE · texte numérisé non relu

INVENTAIRE

(OronpemeDt des Matières par ordre alphabétique)

ADRAHELECH. — Idoli; syrienne; le moyen âge en a fait uo diable, — Voy. ch. I, page 66.

AGGARATH. — L'une des épouses de Samaêl, dans la Pneumatique des lalmudisles. — Voy, oh. i, page 13.

AIGUILLETTE. —C'est, dans )e langage imagé de la Sorcellerie, le nom du Phallan qu'il s'agil de paralyser, à celle flo d'empêcher les jeunes époux de rendre te devoir conjugal. Cela s'appelle nouer l'aiguillette (voy. chap. m, pages 198-199).

AIBIANT fl'), — Passait autrefois pour un poison magique. Les sorciers le pilaient et le Taisaient entrer dans la composition de lenrs charmes (voy. ce mot).

La baguette des Mages (voy. ce mot) était creuse et contenait noe lige d'acier magoélique.

Suivant Harcellus Empiricus, l'aimant guéril les maux de tâte. Les sectateurs de Basilide en Taisaient des talismana (voy. ce mot) contre la puissance des mauvais esprits.

ALBERT LE GRAND. — Des œuvres de ce tliéologien, évâque de Ralisbonne (1196-1280), l'on a extrait des fragments dont on a composé deux grimoires (voy, ce mot) encore plus stupides que célèbres :

334 LB tBMPLB DE BâTAX

!• Le Grand' Albert (oq /et admirables eeeretm d'Albert le Grand) a élé imprimé on gnod nombre de foi% dans les formaU de llo-IS, de l'in-lS et de 110-24. — Divisé en 4 livres : le premier traite abondammeot des mystères de In génératioo, de la cooceptioD et de la semeoce animale; le second, de la ferta attribuée aux plantes, aux pierres, aox animaux, de rastrologîe et des merveilles du monde ; le troisième offre entre nôtres i DOS méditations un traité des vertus de la fienle et des excréments, des propriétés de plusieurs insectes ficheox, et se termine par une riche collection de secrets soi-disant naturels ; le quatrième livre est un traité banal de Physiognomonie et se clét également par une liste de recettes. — Une des meilleores éditions françaises est celle de Lyon, 1775, tn-iS aceejigares.

2* Plus extravagant encore, le Petit-Albert (ou solide trésor du) contient des Tormules de magie noire tout i fait impertinentes et baroques, mais qui n'en réussissent que mieux sur les lèvres de nos bergers et sorciers de village : ils ont mis toute leur confiance dans ce libelle, qui est pour eux TAlpha et TOméga de la science cabalistique, et pour peu qu'ils aient quelque disposition naturelle, la Toi les sacre sorciers. — Voir de préférence Tédilion de Lyon, 6516, i>i-18, « enrichie de figures mystérieuses et la manière de les faire m.

Sous le titre à' Albert-Moderne, on a publié des recueils de recettes scientifiques, dans le but assez louable de modifier les idées régnantes parmi les populations rurales, et de substituer aux formules superstitieuses qui leur sont chères quelques notions de sciences positives. Malgré tout, l'incorrigible berger en revient toujours à son solide trésor.

ALMANAGH DU DIABLE. — Publication semi-prophétique et semi- Auréticuse, dirigée contre les Jansénistes, sous le règne de Louis XV. Quelques prédictions renfimnées dans cet ouvrage parurent sanç doute un peu téméraireb à lautorité, qui fit disparaître diligemment les exemplaires qu'elle put saisir. En sorte que les deux Almanaehs du Diable pour les années 1737 et 1738 (aux Enfers, ln-24), se sont faits rares et montent assez haut dans les ventes de bouquins.

AMULETTES. — L'Amulette est un objet de dévotion superstitieuse, qu'on porte sur soi pour se préserver de quelque malheur, conjurer quelque accident ou échapper à quelque épidémie.

L'Amulette est uo préservatif, un bouclier; on lui attribue une vertu toute passive et de prévention : c'est en quoi V Amulette difl*ère du Talisman (voy. ce mot), auquel on prête communément une propriété actioe et d'acquisition.

L AHSENAL DU SORCIEH 33»

Les Amuleltes varient A l'inllnt : depuis le crapaud vivanl porté dans une boite de corne (voy. chap. m, p. 187), pour se garantir des euToûleraenls, jusqu'aux Agnua Dei, auï médailles bénilts. aux scapulaires et aulnts objets pieux, dont l'Eglise aulorisB el même conseille l'emploi.

Les Mascottes el autres Porte-bonheur, qui furent si Tort à

la mode ces années dernières, sont magiquemenl des objets

de nature bâtarde i-t qui tiennent le milieu entre l'Amulette et

le Talisman.

ANDRODAUAS. — Sorte d'aimant Tabuleux, qui aurait la propriété

d'attirer l'argent, le fer et l'airain.

ANDROÏUE. — L'on nommait ainsi certaines statuettes de mâtal, chefs-d'œuvre de mécanique, auxquelles on attribuait la propriété de penser, de parler el de se mouvoir. La toul automatiqueinenl.

Albert le Grand passait pour avoir fabriqué un Androide qui raisonnait métaphysique avec une rigueur infaillible. Comme cet automate ergoteur accumulait syllogismes sur dilemmes intarissablement, saint Thomas d'Aquin, las el impatienté de son assourdissante dialectique, le mit en pièces d'un coup de bâton. Ce rlain s sorciers s'y prenaient d'autre sorte pour obtenir un Androide ou plul6l un Hotniinealua.— Christian extrait d'un grimoire manuscrit celte étonnante recette : « Prenez un œuf de poule noire et faites vn sortir une quantité de glaire égali: au volume d'une grosse fève. Remplacez celle glaire par du aperma vin, el bouchez la fenle de l'œuf eo y appliquant un peu de parchemin vierge, légèrement humecté. Mettez ensuite voire œuf dans une couche de rumicr, le premier jour de la Inné de mars, que vous connaîtrez par la table des épacles. Appfts trente jour» d'incubation, il sortira de l'œuf un petit rounslre ayant quelque apparence de forme humaine. Vous le tiendrez caché dans un lieu secret el vous le nourrirez avec de la graine d'aspic el des vers de terre. Aussi longtemps qu'il vivra, vous serez heureux en tout. » (Christian, Histoire de lu magie, p. 430-451.)

Et voilà comment l'odieux se marie au ridicule. — (Voy. le mot Mandragore.) AîiXEAL'X. — S'il était question de Haula Magie, je parlerais de l'Anneau deSalomon, fait avec les sept métaux mystiques el muni de deux chalons (l'un do pierre de la lune avec l'éluile du Macrocosme, l'autre de cornatine avec celle du Microcosme), gravés aux deux poinçons d'or el d'argent. Pour les détails, je me contente de renvoyer à l'Histoire de la Magie d'Eliphas Lévi, p. 340 et seq.

L'Anneau de Gygê9 oa dlnvisibUité, doot cbacac sait la légende, ne doit pas ooqs oecDper doq plus.

Od coote mille extnTasmnces sur les Anneaux dTaHianee et de /Uinçaiiies. Les sorciers conseillenl anx oarîs, quand se fait dei^aot le prêtre rechange des anneaox, d'enfoncer délibérément la bague jusqu'à la racine du doigt de ienrs femmes. Car» « la bague oe descend pas. à celte minute même, plus bas que la deuxième phalange, réponse prend de ce &it ascendant sur son Dob'e époux, qu'elle fera tourner en bourriqoeet |irol>ablement en taureau. Taudis que. si la bagne encercle la racine même de Tan- Dulaire, c'est l'homme qui sera le maître de la maison. Aussi les Jeieuxde aor/s donoent-ils aux jeunes filles qni se sentent de la TocatioD pour porter culotte et reléguer leur maître et seigneor an troisième dessous l'avis perfide, i coup sûr, de plier et de roidir le doigt peodaot la cérémonie.

Il semble que des maris superstitieux, mais prévoyants, pourraient parer cette manœuvre, en passant au doigt conjugal un anneau d'un monstrueux diamètre. — Malheurensement, le cas est prévu par le maître cauteleux de tous prestiges. L*annean trop large e«t symk>olique, lui aussi, d'un Inconvénient que les maris aiment assez à éviter. Ma pudeur me défend d'en dire davantage. Les anneaux sont des manières d*amulette on de talisman» suivant les cas.

ANTECHRIST. — Incarnation du Verbe diabolique, opposée à celle du Verbe divin en Jésus-Christ. (Voir les explications très curieuses que je Tournis à ce sujet, au premier chapitre, pages 77-84).

ASTROLABE. — C'est Finstrument dont se servent les Astrologues pour fixer l'état du Ciel, au jour et à l'heure voulus, et dresser le Thème généthliaque dont VHoroscope est le commentaire.

V Astrologie des anciens sanctuaires était une science réelle et profonde; malheureusement elle s'est dépravée en se vulgarisant, jusqu'à devenir méconnaissable.

V Astrologie judiciaire j qui fut si en honneur au moyen âge et qui a encore aujourd'hui de fervents défenseurs, est une des choses les plus illusoires et les plus ridicules qu'on puisse imaginer. — Voir Texceilente dissertation de Fabre d'Olivet sur l'As- Irologie des anciens; c'esl une page aussi profonde que substantielle : Vers dorés de Ptjthagore, Paris, 1813, 1 vol. in-8 (p. 269- 278, seizième examen).

AVATARS. — On nomme ainsi les formes multiples et variées où s'incarne tour à tour un être. (Voir, dans la théologie brahmanique, les incarnations de Wishnou.)

Je park', au chapitre i, des Anatnrs typii/aes de Satan. - Voiries pages 65-Tt.

BAGUETTE. — Il Qe peiil être ici question de la Baguette des mages, Ligti d'acier magnétique, emprisonnée dans un rameau d'amandier, qui porte à l'un de ses bouts une petite lance de crislal. à l'autre une petite lance de résine. Au reste, Eliphas Lévi en \vw,\.t Aac\.Ko\tniaa Rituel de la Haute Magie (^i%iit 128- 131). — Voir notre chapitre iv, à la page 2"4.

Les sorciers ont aussi leur Baguette, avec laquelle ils tracent le cercle magique (voy. ce mot) et prétendent, dans leur outrecuidance, dominer les éléments. « Cette baguelte doit tUre de coudrier, dit Collin de Planc.v. el do la pousse de l'année. [I faut la couper le premier mercredi de la Lune, entre onze heures et minuit, en prononçant certaines paroles. Le couteau doit être oour et retiré en haut, quand on coupe. On bénit ensuite la baguette; on écrit au gros bout le mot Agla i (mS^K), au milieu ON + (lin) et TEniAGRAMMATO^ f (.liD') au petit bout ; et l'on dit : Conjura te vit'} mihi otiedire..., etc.. " [Diction, infernal). D'autres sorciers, plus avisés, Terrent la branche de coudrier aux deux bouts, avec l'acier de la lame qui a snrvi à trancher le rameau; puis ils aimantent ceadeui extrémités ferrées. Enfin, ils frottent le petit bout avec du sang, et trempent le gros bout dans de l'urine où ils ont éteint un tison. — Ces divers rites. observés par les rabbius-sorciera de l'Alsace, sont extrêmement remarquables au point de vue analogique; ils témoignent d'une science réelle, déviée à gaucbe.

BAGUETTE DÏVINATOIRK. — C'est une branche fourchue de liètre, d'aulne ou de coudri'-r, débarrassée de son Scorce ; on tient de chaque main l'une îles ramitlcations de l'eitlrémilé fourchue, el la baguette s'incline delle-méme vers le sol, pour signaler la présence souterraine d'une source, d'un trésor, ou la retraite d'un malfaiteur.

La Physique occulte de l'abbé de Vallemont (La Haye, Moiitjens, 1690, 2 vol. peL in-8, frotitisp. et curieuses gravures), est entièrement consacrée à l'élude de ta baguette divinatoire. On y donne une théorie de physique, dont le R. P. Lebrun s'est longuement elTorcé, dans son Hisl'/ire critique dea Pratiques superstitieuses (Amsterdam, 1737, 3 vol. in-8, lig,). de produire la réfutation. Ucui forts volumes y sont consacrés, sur trois.

BAMBOU NOIR. -~ Plante magique des Antilles, usitée des sorciers

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nègres pour leurs philtres d'amour. Elle est subsUtuable à la Plante attractive de Van Helmont (yoy. ce mot).

BAPHOMËT. — G*est la figure idolàlrique ou plutôt le symbole occulte, qu*on accusait les Templiers d*adorer (foir les détaUs fournis auch. iv, page 279).

BASILIC. — Animal fabuleux sur lequel on a fait les contes les plus incroyables. « Tout ainsi (dit Boguet) que... la maie qui naist d\n asne et dWne iument: est le Basilic, qui naist d'fn coq et d'vn crapaut. » [Dise, des Sorciers^ Lyon, 1610, in-8y p. 84.)

Le môme démonophile dispute gravement si le Basilic lae du regard, comme il est notoire pour « le Serpent Catoblepas^ qui faict sa demeure à Tentour de la fontaine Nigris en Ethiopie, que plusieurs estiment estre la source du Nil ». (Ibid,, p. 187.) Il ¥1 sans dire que Boguet se décide pour l'affirmative.

Dans nos campagnes, on croit encore que les vieux coqs pondent un œuf (!) d*où sort le Basilic.

Le Basilic était un des familiers du Sabbat... Il existe bien aujourd'hui un petit serpent de ce nom, mais qui partit d^une race différente : on souiïre son regard sans mourir — du moins sur le coup — et la couronne naturelle, gemmée d*une escarboucle, qui faisait une crête héraldique au front de ce singulier reptile, a complètement disparu...

BASSIN FATIDIQUE. — Instrument de divination, en alliage des sept métaux mystiques, avec toutes les lettres de Talphabet gravées au pourtour. On suspend, par un lil, au-dessus du bassin que supporte un trépied, une bague chargée de signes théurgiqiies — et Ton évoque les génies sybillins.

Tel fut du moins, s*il en faut croire Ammien, Marcellin et Sozime, le rite célébré par quelques courtisans de Tempereur Valcns, sous la direction du mage Pallade.

Celui-ci prononçait à voix haute les évocations, debout dans le lourd nuage des parfums consacrés. Une couronne de laurier ceignait son front, à la mode des prêtres delphiques, et sa droite agitait une branche de verveine... On vit sur Tinstant l'anneau frémir et osciller au bout du fil. Soudain une note métallique tinta, plaintive; puis une autre, puis deux encore: la bague avait heurté le e de la bande zodiacale; puis TE, puis l'O, enfin le

. — Théodore! s'écria Tun des assistants, et Ton ne jugea pas utile de pousser Topéralion plus avant ce jour-là. (La demande faite aux génies recteurs du Destin concernait le successeur de Valens-Augustc, dont une première réponse des Invisibles avait prophétisé la mort violente.)

Falale prédiction! Le César, qui avail des espions parlout, ne larda guère à toul savoir. Sa colère fui grande, décuplée par son effroi. Il Dt arrêter Pallade, qu'on traîna au supplice, en conipagnie du suspect que l'oracle semblait avoir sacrù pour l'échafaud: TVidodore. Les premières syllabes de ce nom soDnaient aux oreilles impériales comme une menace sacrée... Mais où s'arrêter, SUT la peole de la défiance ? D'autres noms commençaient aussi par les quatre letlres eEOi-.. et cet arrêt fatidique avait frappé l'esprit du tyran. Anxieux qu'il pùl s'agir d'un autre candidat de la Fortune. l'Empereur voua successivement à la mort tous le» Théodose, les Théodore, les Théodat...

Peiue perdue. L'avenir lit bien connaître qu'on peut éluder les édits de César, mais non point se dérober aux arrêts du Destin. Valens succomba dans une guerre contre les lîolhs; il fut brûlé au fond d'une chaumière, où il pensait trouver un asile après la défaite — et son successeur fut en etfet un Théodore (le propre fils d'un de ceux-là que Valens avait fait périr). Les émissaires de mort n'avaient su découvrir ce jeune homme en Espagne, où il vivait retiré.

Ainsi s'accomplit l'oracle de Pallade, l'homme au bassin Ihéurgique (378).

BEAI'-CIEL-DIËU. — C'estle nom d'une charge d'empoisonnement magique, dont la composition fut révélée, lors du mémorable procès du berger Hocque. Lire au chapitre Jit de notre ouvrage (pages 476-181) l'histoire de ce procès et la découverte de ce charme.

BEEUÉRIB ou HEELZÈBllTH. - Idole de Syrie, que Je décris au chapitre i, p. 66. Le moyen âge a fait de Bécizébuth un démon.

BELPHÉGOR. — Autre idole de la Palestine, dont les chrétiens ont fait également un des comparses de l'enfer.

BÉTE DE L'APOCALYPSE. — Animal fantastique et liiéroglyphique de la vision de Palmos. Saint Jean le voit s'élever de la mer. (Se référer à la page 18 du chap. i.)

BOUC DU SABBAT. — Forme de prédilection qu'emprunte le prince de ces assemblées, qui a nom Léonard (voir notre chap, [i, p. 159).

On répulait le Bouc animal fatidique et sorcier. Son sang entrait dans des compositions spéciales, à l'efTet de procurer quelques visions terrifiantes.

Gel animal joue parfois le rôle d'incube. Ainsi nous voyons dans la Bible que certaines femmcsd'Israel s'abandonnaient aux boucs.

BROUCOLAQUES. — Appellation des Vampires de la Grèce; le Dom seul est changé, les histoires sont les mêmes (voir les détails que nous fournissons au chap. m de ce livre, pp. 222-22fr).

CADAVRE. — Si aUentif que je sois à éluder pour Theare les théories dogmatiques delà Haule Magie, je ne puis me résoudre à passer sous silence une page de Porphyre, qui est révélatrice au premier chef de la signification profonde, attribuable aux rites sanglants de l'évocation par le glaive. Ecoutez ce que ce théurge dit en substance :

« L*âme, restant liée au corps, même après la mort physique, par une tendresse étrange et une affinité d'autant plus étroite que cette essc.nce a été séparée plus brusquement de son enveloppe, nous voyons les âmes en grand nombre voltiger, toutes désorientées, autour de leurs dépouilles terrestres. Bien plus, nous les voyons rechercher avec diligence les débris de cadavres étrangers, et, sur toutes choses, le sang fraiehement épandu^ dont la vapeur semble leur rendre pour quelques instants certaines facultés de la vie.

« AuAsi les sorciers abusent-ils de cette notion^ dans V exercice de leur art. Nul d'entre eux qui ne sache évoquer de force ces âmes et les contraindre à paraître j soit eo agissant sur les restes du corps qu'elles ont quitté, soit en les invoquant dans la vapeur du sang répandu. » (Porphyre, des Sacrifices, chap. ii du Vrai Culte,)

Je résume sans commentaires.

CANTH ARIDES. — Mouches d'un vert métallique et brillant, qui doivent à un alcaloïde extrêmement vénéneux ~ la Cantharidine— des propriétés aphrodisiaques, dont les sorciers savaient tirer parti dans la composition de leurs pommades et de leurs électuaires, pour déterminer la direction des rêves erotiques.

Voir le chapitre ii de notre ouvrage, page 158. —Dans \zCle/ de la Magie l>/oire^ nous fournirons, sur le chapitre des pommades, toutes les précisions qu'on saurait désirer.

CARACTÈRES. — Ce sont, en Magie, les signes manifestatifs d'uD verbe, ou simplement expressifs d'une idée. — Isolés, ils se nomment hiérogrammes ; groupés suivant les lois occultes en un ensemble symbolique, on les appelle hiéroglyphes. Quand l'hiéroglyphe se présente sous l'apparence d'un symbole plastique, d'une peinture ou d'un dessin ayant par eux-mêmes une apparente signification, il devient un emblème. Il prend de pré-

férencc enfin le nom de panlacle, s'il affecle une Torrae géométrique (rirculaire, triangulaire, slellaire. etc.].

Les Grimoires sont pleins de signes bizarres, représentatifs des démons et des esprits planétaires, et qui semblent à première vue tout à Tait indéchifTrables.

Il n'en est rien pour la plupart d'entre eui. Sans doute ces caractères, primilivemenl composés d'après les régies d'un art invariable, se sont altérés jusqu'à devenir méconnaisiiables parfois : sans doute aussi des mystificateurs ont introduit dans ces ouvrages de nouveaux signes, grillonnés à plaisir, en l'absence de toute régie, et qu'il faut savoir reconnaître el rejeter au premier ciiamcn. Mais pour les autres caractères, il ne s'agit que d'en trouver la clef. Or, les Frères de la Bose ^ Croit ont publié cetlecler. dans un ouvragemysliquedes plus étranges: Chijmica Vannus (Amstel., ap. J.Janson., )666,in-4flg.). Se reporter par exemple aux pages 5H,B'2 du Complément, intitulé Commenfafio de pharmaeo eaifuilieo : l'on verra comment les auteurs ', par la combinaison méthodique des gir/nea radicaux, forment les syllabes hiératiques, el composent des mots par le mariage de ces syllabes entre elles. L'adaptation est purement de spagyrîe, dans le Chymiea Vannus; mais cette adaptation n est qu'un exemple proposé; et la règle, restant identique, peut s'appliquer, d'une sorte toute pareille, à la formation des caractères, dans ledomaine des autres sciencesquisontdosrameaux issus(au même litre que la branche alchimique] de la souche universelle d'Uermés. Il n'est utile que rarement de pousser très loin l'analyse et la synthèse des caractères. Dans la plupart des cas, la liste des signes zodiacaux et planétaires réunis constitue un alphabet primitif très passable, el dont les combinaisons expliquent el jusllBent les hiéroglyphes en apparence les plus rebelles à toute interprétation.

En cette matière, \a Stéganographie de l'abbé Trilhëme, sa Poti/grap/iie surtout, seront consultées avec fruil. Trilhème est le irrand maître des écritures secrètes.

Voir encore la Monaa hieroglyphica de Jean Dée (dans le tome II du Theatrum chymicum de Strasbourg [ArgentoratiJ, 1659).

Les caractères des Grimoires passent pour être les signatures de certains démons. Pour évoquer ceux-ci, on a soin de tracer lesdit s caractères au pourtour du Cercle magique [voy. ce mot).

• Ces auteurs se nomment : — « Pro-authorîbus Immortalibus Adeptis, •< lit-on en bas du titre.

CARAFE. — lastrumeot de prévision, dont Cag^iostro notamment a tiré un puissant parti. Soit carafe pleine d'une eaa limpide, oa encore boule de cristal magnétisée: c'est dans de pareils milieux, très réfringents pour la lumière astrale, qu*îl faisait loogaemeot flotter le regard de ses Colombes. Il nommait ainsi de jeunes garçons encore innocents, ou des fillettes qui jouaient le rôle de vof/ants passifs, tandis qu*il les tenait sous rirradiation de son vouloir magnétique. Ces petits êtres voyaient alors se dérouler la chaîne des futurs contingents, sous forme d'une série d'images évidemment sybillines, sortes de prophéties concrètes, qui n'attendaient plus que leur traduction en langage démotique. Les Colombes s'exprimaient par exclamations : Soudain Gagliostro, d'une voix inspirée et vibrante, improvisait un commentaire oratoire ou dithyrambique, et les âmes les plus railleuses et les esprits les plus sceptiques étaient alors subjugués.

On prétend que dans les premières années de son mariage, Marie- An toi nette d'Autriche, étant encore Madame la Oauphine, voulut consulter l'oracle, s'obstinant daus son caprice, malgré toutes les objurgations du Magicien, qui ne s'exécuta enfin que pour obéir à un ordre formel.— Quel affreux mirage la Dauphine vit-elle se condenser dans le cristal éblouissant? — Elle ne le dit jamais; mais il parait certain que le spectacle fut terrible, car elle s'évanouit sur la place.

Ceci n*e$t qu'une légende, peut-être fort embellie en passant de bouche en bouche. Quoi qu'il en soit, après 93, on fit des rapprochements dans ses souvenirs, cl naguère vint éclairer jadis : Cagliostro passa pour avoir fait voir à la fille des Césars un échafaud dressé au milieu d'une populace en tumulte; un bour^ reau dont la main, déjà tachée d'un sang auguste, terrassait une reine au pied d*un billot ; puis un triangle de métal s'abattaot comme un éclair, et une tôte — celle de l'infortunée spectatrice elle-même — une tête blonde et charmante allant rouler dans la corbeille de son!

CATOBLEPAS. — C'est, au dire du démonologue Henry Boguet, une sorte de dragon, dont le regard tue, comme celui du Basilic (voyez ce mot).

Gustave Flaubert donne de cet animal fantastique une tout autre description : « Le Catoblcpas^ buffle noir avec une tête de porc tombant jusqu'à terre et rattachée à ses épaules par un cou mince, long et flasque, comme un boyau vidé. 11 s'est vautré tout à plat, et ses pieds disparaissent sous l'énorme crinière à poils durs qui lui couvre le visage. » (La tentation de saint Antoine, Paris, Lemerre, 1884, petit-in 12, p. 247.)

CERCLE MAGIQUE. — C'est une circonférence Iracéf sur le so! et au centre de laquelle on se tient, dans les expériences de magie céréraonielle, parliculièrement lorsqu'on évoque des esprits; ^une barrière prolectrice qu'on ne peut franchir, sans tomber au pouvoir des êtres fanlastiques qui ont pu répondre à l'évocation. Tant qu'on demeure à l'abri de ce mystérieux rempart (symbole de la collectivité des vouloirs, bons ou mauvais, avec lesquels on est en communion), l'on ne court aucun risque.

C'est du moins ce qu'assurent les sorciers. Ils ajoutent que si l'on frappe de la baguette magique (voyez ce mot), l'un des démons qui se pressent au pourtour, sous l'apparence dp monstres hurlants, il est aussitôt forcé d'entrer dans le cercle et d'obéir au magicien; il ne peut reprendre sa liberté qu'après avoir obtenu son congé.

Quand à ccf cercles de verdure épaisse et sombre, que l'on rencontre dans les prés, et qui se détachent en vigueur sur la teinte uniforme de l'herbe avoisinante. les paysans les appellent iîonrfsdeaFée» (voir cequej'en disau chap. ii, p. 132-154).

CHANDKLLES. — t.es sorciers font des chandelles en suit de pendu, pour en garnir la Maîn de glolre'{yoy. ce mol).

Pour les chandelles noires du Sabbat, lire la confession de GaufTridy, que je rapporte au chapitre iv (pp. 269-271). Les hôles de ces assemblé'is doivent tenir dans leur main gauche un de ces luminaires, lorsqu'ils se penchent pour baiser la face postérieure de Léonard .

Jérôme Cardan parle, dans ses œuvres, d'une Chandelle magique pour la recherche des trésors. Elle est faîte également avec de la graisse humaine ; on l'adapte à la partie concave d'un croissant noir en bois de coudrier, de façon à figurer le Shin hébraïque (v), symbole du feu élémentaire, ou encore la Qamme du Sabbat entre les deux cornes de Léonard. Quand, muni de ce bizarre objet, on approche du lieu où quelque trésor se trouve enfoui, la chandelle se met à pétiller ; ce phénomène s'accentue à mesure qu'on approche, et la flamme s'éteint lorsqu'on louche au trésor.

CHARGE D'EMPOISONNEMENT MAGIQUE. — On nomme ainsi les charmes composés pour donner la mort au bétail ; on les enterre au seuil des élables ou des bergeries. — Voir le procès de Hocque et les détails que je fournis au chap. m (pp. 178-181).

CHAItMR. — Préparation magique, dont il est amplement traité tout au long du chap. m, et particulièrement aux pages 181-184 (voir aussi le chap. e, p. S.'i).

CHAT. — TraDsforination de femmes en chattes (volt chap. m^ p. 230). Aolipathie de Berbiguier pour cet animal (foir chap. I, p. 104-105).

CHAUDIÈRE DU SABBAT. — Cesl dans un» chaadière de fer qae les sorciers et leurs compagnes font réduire, en consistance de gelée, le bouillon de petits enfants, avec des herbes enchantée» et le venin des reptiles. — Voyez Shakespeare (A#ac6e^^acte II).

CHAUVE-SOURIS. — Ce nocturne et silencieux animal, qui n'est pas un oiseau, mais qui semble encore moins un mammifère, figure en très bon rang dans la ménagerie classique de Satanas.

Le sang de vespertilion entre dans la composition d*une foule de maléfices ou de charmes (voy. Èvoeation).

Certaines personnes considèrent la Chauve-Souris comme la déité protectrice des maisons, le genius loei^ qu*il faut bien se garder de détruire ou même d'efiaroucher.

Ces manières de pénates-volants sont particulièrement révérés des Caraïbes. L'imprudent qui, chez eux, s'aviserait d'en tuer un, courrait risque de la vie.

CHEMISE DE NECESSITE. — « Il ne faut pas oublier içy la chemise surnommée de nécessité, que les Alemans appellent Nothembdy tant célébrée par nos ayeuls et qu'ils auoyent acoustumé de vestir en la guerre contre les coups des dards, des

balottes et boulets de canon Les femmes grosses ont vsé de

cestc mcsme chemise afin d'accoucher plus soudainement et plus à l'aise.

« Il falloit qu'elle fust faicte en Tvne des nuicts de la huictaîne de Noël : tellement que les vierges filoient le lin au nom do Diable, elles le deuidoyent, tissoyent et en cousoyent la chemise. Elles attachoient deux testes en la poiclrine : celle du costé droict auoit vne longue barbe et comme vn morion en teste; l'autre du costé gauche estoit eflVoyable à voir, et auoit vne couronne semblable à celle du roy Beelzebub. A chaque costé de ces deux testes^ il y auoit vne croix et toute la chemise couuroit l'homme depuis le col iusques à la moitié du corps auec les manches. » (lean Wéer^ Hist^ disputes et dise, des illusions et impostures des Diables, o(c.,aucc deux dialogues d'Erastus, Geneue, 1579, in-8. liure V, chap. xviii.)

CHEVILLE. — Les sorciers se servaient de chevilles en bois ou en métal, qu'ils fichaient, avec des imprécations, dans la muraille la plus proche de la victime dévouée à leur maléfice. L'effet assez inattendu de cette opération était, dit-on, de procurer une réten-

tïon d'uriDe, Od mourait parfois du cheville me ni, au dire de Wuecker.

Pour obïier à ce lortilège, il surfil, disent les Grimoires, de cracher dans son soulier droll, avant de le mettre!

CHÈVRE-PIEDS du Sabliat.~Ce qu'ils font dans ces assemblées. — Voir chap, ui, page 137.

CLAVICULE. — L'on attribue au roi Salomon ce traité fort étrangi! de l'évocation des Esprits, bien postérieur sans doute, mais qui fut de toute évidence l'œuvre d'uu Rabbin initié.

Il faut dire que des éditions imprimées de la Clavicule sont unirormémenl détestables eL sans intérêt.

Quant aui eiemplairea manuscrits, il y en a beaucoup aussi de noloiremenl altérés et ridicules ; mais on en trouve parfois de bonnes copies, constellées d'un grand nombre de caractères et de panlacles en couleur.

Ouvrage infiniment précieux pour qui a la clef de ses hiéroglypbes; pour les autres, s'ils prêtent foi au texte volontiers mysliticateur, ils ne parvieniieot qu'A se faire l'idée la plus fausse de ce que le maître kabbaliste a prétendu enseigner là.

Je possède un très beau manuscrit de la Clacieule, traduit de l'hébreu eu français l'an 1641. et criblé de curieuses figures, panlaculaires et talismaniques. Cet exemplaire provient de la bibliothèque d'Eliphas Lévi, qui en a tiré la planche qu'il donne {h la page SS du son Riluel), comme révélatrice de la composition des aimants et de la loi circulatoire de la foudre. Plus compliquée dans le manuscrit, la figure est tracée aux encres rouge, Jaune, bleue et noire; elle porte le nom de Grand Pantacute.

CLOCHE. — On attribue communément aux cloches la vertu naturelle d'éloigner la foudi'e.

Celte croyance a donné lieu <'he2 les dévots à une pratique étrange. Ils se disputent de petites clochettes en argent, bénites par le pape, el que Rome exporte annuellement par milliers. Quand un orage menace de foudroyer les arbres et de hacher les moissons, lesdils dévots sortent, munis de la clochette qu'ils agitent sur le seuil de leur ferme ou du leur maison ; et — quand Dieu le permet — ils conjurent ainsi la foudre et la grfile, qui v6nt tomber sur les terres des voisins, assez impies pour ne s'élre pas procuré, en temps utile, de petite clocbelte d'argent, bénite par le sainl-pére.

Pour la Cloche de la mesK noire, qui est en corne avec un battant en bois, voir chap. iv, page 271, la confession posthume de Gaufridy.

COCA DU PÉROU. — Assez récemment introduite dans nos pharmacopées, cette substance végétale est la feuille de VErythroxylon eoea (Malpighiacées). La singulière propriété qu'on lui connaît, de calmer la faim la plus opiniâtre et même de soutenir le corps en Tabsence de toute nourriture, la fit considérer comme un tonique et un reconstituant, d'ailleurs assez anodin.

II est certain que le Coca, pris à dose convenable, agit comme un puissant condensateur des forces vitales.

D'autre part, cet étrange produit possède une propriété sédative, qu'il doit à son alcaloïde, la Cocaïne : poudre friable, blancbe, amère et cristalline. Le cblorydrate de cocaïne supprime en effet la douleur physique la plus lancinante; l'action s'exerce souveraine, immédiate et absolue : sans même engager la lutte, la douleur cède et s'éloigne. C'est majestueux... Ni le Chloroforme, ni la Morphine, ni même l'Atropine ou l'Hyosciamine n'offrent rien qui soit comparable. D'afTreuses rages de dents se calment dans la minute. C'est au point qu'on a pu, rien qu'en saupoudrant la gencive de Cocaïne, extraire des dents barrées, sans que le patient se doutât même que la pince du dentiste fût là.

Je laisse à penser si les praticiens novateurs s'empressèrent de doter la matière médicale d*uo pareil agent. Le Coca prit place parmi les toniques nutritifs, stomachiques et reconstituants, et son alcaloïde fut rangé à la tête des sédatifs. Le vin de Coca rivalisa celui de quinquina lui-même, et l'on mit à la mode les piqûres de Cocaïne.

Malheureusement, les propriétés bienfaisantes que j*ai dites ne sauraient défendre de ranger cette plante parmi les plus perfides et les plus dangereux exemplaires du règne végétal.

L'on raconte bien que les Péruviens, qui la mâchent à la manière du bclcl, peuvent fournir dans les mines douze heures et plus de travail continu; qu'ils peuvent soutenir sans nourririture les marches les plus longues et les plus fatigantes, avec une charge d'un quintal sur les épaules; mais on ne dit pas que le Coca les mène à la tombe en moins de trois ans. Les indigènes qui se sont fait une douce habitude de ce régime, ne dépassent guère cette limite. Aussi les Espagnols ont-ils fait tous leurs efiforts pour déraciner au Pérou une habitude si préjudiciable à leurs intérêts, et le deuxième Concile de Lima condamnait-il l'usage du Coca dès 1567.

Les Péruviens considèrent les propriétés de cette feuille comme magiques^ et les sorciers de l'Amérique du Sud la font entrer dans tous leurs maléfices. Au risque de me faire conspuer par les positivistes, j'ose prétendre ici que les Péruviens n'ont pas tort.

L ARSENAL DU SORCIER 3i7

Le Coca, comme le Haschiah (voy. ce mol), mais à d'aulres tilres. exerce sur le corps astral une aclion directe el puissante; pon emploi coutumier déaoue, en l'homme, certaios lieas comoressirsde sanalure hypcrphysique, — liens dont la persislaoce ^esl pour le plus grand nombre une garantie de salut.

Si je parlais sans rélicences sur ce poiai-ià. je rencontrerais f des incrédules, mèmeparmi liis occultistes.

Je dois me borner à un conseil. — Vous qui tenez i Totrc vie,

votre raison, à la santé de cotre âme, évitez comme la peste les injections hypodermiques de Cocaïne. Sans parler de l'habitude qui se crée fort vile (plus impérieuse encore, plus tenace et plus funeste cent fois qae toute autre du même genre}, un élat particulier a pris naissance.

Une porte a étS franchie; une barrière s'est écroulée. Brusquement introduit dans un monde inconnu, l'on se trouve en rapport avec des êtres, dont on ignorait jusqu'à l'existence '. Bref, un pacte tac' Ip a été conclu.

Comment? — Par la vertu du sang... Ceci paraîtra clair, si l'on a saisi la portée des quelques lignes traduites de Porphyre, à l'article Cadacre (voy. ce mol). Le sang, comme ce Ihéosophe le laisse entendre, est un aimant des puissances spirituelles; car il leur fournit le moyen de s'objectiver, et de ressaisir un instant quelques-unes des facultés de la vie.

On sait que derrière toutes les substances, même minCralâs, existent iiTétat latent certaines virtualités, bonnes ou mauvaises, et plus ou moins avides d'objectivalions passagères.

La Cocaïne est extraordinaire sous ce rapport ; mais je ne conseillerais A personne de faire passer, même transiloirement, k l'état de nalurc les êtres qui se dérobent à l 'état d'essence derrière son voile cristallin. La puissance conliguralive et plastique du sang peut réagir sur ces êtres potentiels et les manifester au dehors,mais ce mélange thé urgique a la valeur d'un paefe; il sera bon d'y prendre garde.

COLLYRES. — L'on nomme ainsi, en magie pratique, certaines préparations qui passent, appliquées sur les yeux, pour donner la vue des choses spirituelles. — Voyez ce qu'en dit Nydauld (De a Li/canthropie, Piris, 131B, in-8).

On trouve dans le Gnome irréconciliable, conte facétieux en sa forme, longtemps attribué à l'abbé de Vitlars, mais qui est en réalité l'œuvre du P. Androl, une page où il est question du

' Si l'on tient k connaître ce monde, mieux vaut y pénétrer par une autre porte que celle-là.

348 LB TBMPLB DB SilTAN

Collyre oeaulte. Nous la transcrirons tout entière, car elle offire aux amateurs plusieurs autres détails d'un précieux intérêt: « ... Je revins sans répugnance au cérémonial. Je repris laluniqoe et le chapeau mistérieux ; les caractères, les fumigations et les lustrations ne furent pas oubliées. Je récitai à genoux et le visage tourné vers l'Orient TEnchiridion du pape L.éon ; on m'appliqua sur les yeux un collire fait avec de certaines herbes dont Psellus se servoit pour voir les esprits; et enfin, après qu'on m'eût fait avaler quelques gouttes d'un élixir extrait d une terre exaltée et purifiée, Magnamara s*assit sur une chaise philosophique, et commanda au Prince des peuples souterrains delà part du grand Dieu de rtJnivers, et en vertu de son nom trèssaint, très auguste et très adorable, de se rendre à Theure même dans sa chambre. Il obéit à la voix du philosophe et se présenta. Magnamara leva alors le collire, et je vis distinctement devant moi le Prince des Gnomes. » [Le comte de Gabalis, ou Entretiens 9ur le» aeienees secrètes, nouvelle édition, Londres, Vaillant, 1742,2 vol. in-i2. — Tome U, p. 141-142.)

COLOMBE. — Ce charmant oiseau, consacré jadis à Vénus, joue un grand rôle dans la confection des Philtres (voy. ce mol).

Pour la bande de pigeons qui voltigea autour du bûcher de Grandier et prêta jadis à tant de commentaires (voyez chap. i, p. 98).

COMÈTES. — On a toujours considéré les comètes comme des signes avant-coureurs des plus lamentables tribulations : guerres, dévastations, pestes, disettes, calamités de toute espèce.

€0Q NOIR. — Le sacrifice du coq noir fait partie des cérémonies de révocation, suivant le Grimoire dHonorius (voy. ce mot).

On lit dans ce grimoire : « Après le lever du soleil, on luera un coq noir, et on prendra la première plume de Taile gauche, qu'on gardera pour s'en servir dans son temps. On lui arrachera les yeux, la langue et le cœur, qu*on fera sécher au soleil, et qu'on réduira ensuite en poudre. Au soleil couchant, on enterrera le reste du coq en un lieu secret, etc.. Lemardi,à Taubedu jour, il (le nécromancien) mettra sur Tautel la plume du coq, laquelle sera taillée avec un canif neuf, et il écrira sur du papier blanc et net, avec le sang de Jésus-Christ (du vin consacré), les figures représentées, etc.. » (pages Set 9 de l'édition prétendue de Rome, 1760, in-12, avec figures coloriées).

Le théosophe Amaravella nous apprend que le sacrifice du Coq noir fait partie des rites d'épreuve, observés par lesHeungté (frères) de la société chinoise du San^ho-hwuy, dont un édit

L ABSKNAL DU SORCIER 349

impérial puait de mort les adeptes. Ces ÏIeuDi;-lé sont des magiciens noirs, unis pour faire le mal (voir le Lotua, 2* aDDée, lome IV, n° 22, p. 5M).

CORDES DES VENTS. — » ... Les ptuples de Pioaie. avant leur conver.'ion au ChriMianisme, vendoient les vents aux maleloU, en leur donnant un cordon avec trois nceuds, et les avertissant qu'en dénouant le premier noeud, ils auraient un vent doux et Tavorable, au second nœud, un vent plus véhément, et au troisième nœud, un vent impétueux et dangereux. » [Olaùs Magnua, traduit par Don) Calmet, Traité sur les apparilions des Kaprita eiaurles VampireH,loa\iii, p. -250.)

CRÂNE D'ENFANT. — Les sorciers attribuent au crâne d'un enfant assassiné la vertu de rendre invisible son porteur, Collin de Plancy, dans son Dictionnaire infernal, raconte le procès d'un nommé Vautrin, condamné à mort par la cour d'assises de la Haute-Marne, en février 1857, pour avoir froidement coupé la télé d'un enfanta la mamelle. U comptait en composer un cA arme d'inDisibilité.

CRAPAUD. — L'un des animaux le plus souvent cités dans les Grimoires. Nous en avons compendicusemi^nt traité : chap. ii, pages 158-161 et chap. m, pages 186-1814.

11 est certain que la seule vue d'un crapaud produit sur les personnes impressionnables un effet magnétique assez intense; on croit à lo campagne qu'il suflll d'-^tre fixé par cet animal avec un peu de persistance, pour tomber en syncope.

Les sorciers recherchent pour leurs charmes la Crapaudine, sorte de pierre qui se trouverait dans la tête de certains crapauds,

CROIX. — Boguel fil brûler, comme sorcière, une femme nommée Françoise Secrctan, parce que la croix de son chapelet se trou- [ vait ébréchée. C'est là, paraît-il, un indice exlri^mement grave et V révélateurpour lcjuge(voyi'z Discours des sorciers, p. 21)S).

DÉMON nARRU.— Les alchimistes de l'école des Ito;e>{tCroix attribuent à l'intervention d'un démon barbu la réussiln delà pierre phiiosophale.

Cedémon, représentation symboliqucde l'Anima mundi, n'esl autre que le Baphomet des Templiers [voj. ce mol). C'est le

. T vivant, né de la fécondation du $ philosophai par le ^ d'or.

DÉMONS. — Jean Wier, dans son traité de LamiiSj donne noe liste fort complète et détaillée des hiérarchies infernales, sons ce titre : Pseudomonarehia Dœmonum, — Princes et grands dignitaires, Ministres, Ambassadeurs, Justiciers, Officiers de la maison de Lucifer, Maître des cérémonies, rien n'y manque, — jusqu*à l'intendant des menus plaisirs!

Le bon Wier a certainement voulu se servir du ridicule, comme d'une arme terrible, contre les champions de laOémouologie anthropomorphique.

DENTS. — Les Dents disputent aux cheveux et aux rognures d'ongle la priorité dans la composition des maléfices (voy. cbap. III, p. 185).

DIABLE. — Voir tout notre chapitre i, et au cbap. m les pages 171 et seq.

DIVINATION (instruments de). — Us sont innombrables ; on doit placer en tête le Tarot (voy. ce mot).

Citons encore les oiseaux, le blanc d'œuf, le marc de café, l'eau claire, le feu, la terre, et mille autres objeU que les devins se flattent d'interroger doctement. Aux mots Carafe et Bassin fatidique^ on trouvera des détails sur deux genres bien curieux de divination.

Pour le reste, je renvoie à Gaspar Peucer, dont l'ouvrage, traduit en français par Simon Goulard de Sentis, est tout ce qu'on peut rêver de plus complet en ce genre : Des Deuins, ou eommeniaires des principales sortes de deulnation, diuisé en XV liures, esquels les ruses et impostures de Satan sont descou-

uertes, etc (à Anuers, chez Hevdrick Gonnix, 1587, 1 vol. très

grand in-8, de 700 pages).

DRAGON ROUGE. — J'ai sous les yeux une édition évidemment moderne de ce mémorable grimoire. C'est une réimpression maladroite de l'édilion de 1521, et qui prétend passer pour imprimée l'année suivante (1522).

Le Dragon rouge, ou Uart de commander les esprits célestes, terrestres, infernaux, etc.. S. L., 1522, petit in-12. (Orné d'un frontispice étrangement naïf, imprimé en rouge, comme le titre, et dont nous donnons une copie.)

On jugera de l'œuvre par ces lignes, qui ouvrent le premier chapitre : « Ce grand livre est si rare, si recherché dans nos contrées (sic) que, pour sa rareté, on le peut appeler d après les Rabbins, le véritable grand oecvre; et c'est eux qui nous ont laissé ce précieux original, que tant de charlatans ont voulu contrefaire inutilement en voulant imiter le véritable, qu'ils n'ont

L ARSENAL OU SORaER 351

jamais trouvé *, pour pouvoir attraper de l'argenl des simples qui s'adressent au premier venu, sans rechercher la véritable source. On a copié celui-ci d'api-ès les vérilablea écrits du grand roi Salomon, qu'on a trouves par un pur elTet du hasard^ etc >'

LE DRAGON ROVqE

ïï du Drof/on rouge. — AO una.

I Voilà ce que des gens de mauvaise compagnie appellent : cracher en Voir, pour que le crachat cou» retombe sur le nex...

EAU. — Les sorcières ont accoutumé de battre Teau avec des verges, en invoquant les démons. Cette petite opératioii a pour objet d'exciter des orages et des grêles, ou de faire tomber une pluie abondante (Voircbap. m^ pp. 205-207 : j y raconte l'histoire d'une gamine, précoce aux arts les plus ambigus, et qui porte toujours sur elle Teau qu'elle destine à cette conjuration.)

L'eau servait jadis pour les épreuves. On jetait à la rivière les personnes suspectes de sorcellerie. Se noyaient-elles, on les tenait pour innocentes ; si au contraire elles surnageaient, c'était un infaillible indice de leur culpabilité. Dans oe cas, on les brûlait. Séduisante alternative !

L'eau bouillante était également usitée aux épreuves. L'accusé devait plonger la main dans une chaudière placée sur un brasier, et rapporter un anneau bénit, suspendu par un fil entre deux eaux.

ELFES. — Démons ou génies, esprits de lumière ou de ténèbres, dans la mythologie de l'Edda. Les démonologues veulent y voir des diables.

ENGHIRIDION. — On peut dire de VEnehiridion ce que j'ai déjà dit des Clavicules de Salomon, Toutes les éditions imprimées sont volontairement altérées, ainsi que la plupart des manuscrits portant ce titre. Cependant, il n'est pas impossible, avec de la persévérance, de découvrir un bon exemplaire manuscrit de ce recueil, riche en formules mystérieuses, et surtout en flgures pantaculaires, où réside l'intérêt tout entier, pour le bibliophile comme pour l'occultiste.

On prétend que le pape Léon III, recevant de Charlemagne le territoire sur quoi se fonda par la suite la prétention des papes au pouvoir temporel, crut s'acquitter avec usure, en faisant hommage au monarque de ce livre cabalistique.

L'une des moins mauvaises éditions latines est celle de Rome, 1670, in-12 : Enehiridion Leonis Papx, serenissimo impera* tori Carolo Magno in munus pretiosum datum^ nuperrimè mendis omnibus purgatum.

Les éditions françaises, et notamment celle soi-disant de Rome, chez le P. Angelo de Rimini, S. D. (vers 1850), un vol. in-t2, fig., sont d'innomables spéculations de basse librairie.

ENVOÛTEMENT. — Ce sortilège a pour but de frapper un ennemi à distance. — Les sorciers sèment ainsi de par le monde la mort, la consomption, la maladie, ou tout autre fléau, dont l'Enfer les

, pp. 185-18S) les diiïé-

£PÉE. — " L'Epcc magique, dit le Manuscrit (déjà ciléj de la Clavieitle Salomonienne, doil dire toute neuve ; l'aïanl bien lavée avec du vin, dans le(|iiel tu mêleras un peu de saog d'une colombe blanche qui aura été luée un lundy, à six heures du malin, el après l'avoir essuyée avec des linges bien propres, lu attendras jusqu'au mardy, à six heures du malin, que tu la prendras en la main, el diras ces mois, avec beaucoup d'attention -. Agta, On, Peniagrammaton, On Athanatoa, elc. (suit la conjuration),

" Après quoy, [u graveras ou feras graver sur icelle. avec le burin de l'art, k pareille heure de six heures du matin, les caractères el mois cy-apri>s' :

" Ce qu'étant Tail, lu j'-lleras Je l'encens qui aura été bénit, et diras l'oraison Agia, On, etc.. cy-dessus; ensoilte de quoy, tu la mettras dans son Tourreau qui doit être neuf, et tu la conserveras pour le besoin. » (P. 13 de la Claoieule.)

ÊPHIALTE, — Incube étouiïeur chez les Grecs; /nsu/for des latins. Voyeï les mots /ncu&e, S«cc(*6c el lechap.iir, aux pages -21S-332.

ÉVOCATION [Inairumenta nécessaires à r].- On lilà la page 227 du Rituel d'Eliphas Lévi : « U faut choisir un endroit solitaire et décrié. Ici qu'un cimelîère hanté par les mauvais esprits, une ruine redoutée dans la campagne, la cave d'un couvent abandonné, la place où s'est commis un assassinai, un autel druidique ou un ancien temple d'idoles.

" 11 Tant se pourvoir d'une robe noire^ sans coutures el sans manches;d'unecaloUe de plomb constellée aux signes de la Lune, de Vénus el de Saturne; de deux chandelles de suif humain, plantées en des chandeliers en bois noir taillés en forme de croissant; de deux couronnes de verveine; d'une épce magique à manche noir; de la fourche magique ; d'un vase de cuivre, con-

• Nous donnons un spécimen des caractères étranges qui remplissent ces sortes d'ouvrages; mais il nous a paru bon de nous en tenir là, pour ce genre de reproduction.

lenant le sang de la victime ; d*ane oavette contenant les parfums, qui seront du camphre» de TaloèSyde Tambre gris, du storax, incorporés et pétris avec du sang de bouc» de tanpe et de chauve-souris ; il faudra aussi avoir quatre clous, arrachés ao cercueil d*un supplicié ; ia tête d*uQ chat noir, nourri de chair humaine pendant cinq jours; une chauve-souris noyée dans son sang ; les cornes d'un bouc eum quo pueUa eoncubuerit, et le crâne d'un parricide.

« Tous ces objets horribles et assez difficiles à rassembler étant réunis, on les dispose pour l'évocation. »

SANTÔMES. — Appellation générique, désignant tout agrégat visible de molécules auparavant insaisissables aux regards, et soudain compactées en forme d'un être vivant. I Le Fantôme classique n'est autre que le Revenant^ c*est-àj dire Tapparence d'une personne défunte, objectivée de toutes ' pièces : Simulacrum vita earena.

Les Fantômes ne sont, la plupart du temps, que des coagula- \ tiens arômales, mortes ou mourantes, — résidus de coques astrales en voie de se désintégrer dans l'océan fluidique ; périspHts dépourvus de toute conscience, et qu'une force extérieure n*a réactionnés que pour une existence éphémère.

Quand ils se manifestent, c'est de préférence à l'entour des sépultures, des abattoirs, des amphithéâtres, ou encore des égoùts et des solfatares.

Voir (chap. v, p. 385-406) l'affaire de Gideville et la description des phénomènes spirites. — Dans la Clef de la Magie noire^ nous traiterons en détail la question du fantôme.

FARFADETS. — Lutins familiers, espiègles et bons enfants, auxquels la légende attribue une influence plutôt bienfaisante. Mais Berbiguier, détournant ce terme de sa signincatlon traditionnelle^ Ta immortalisé en l'appliquant aux démons et surtout aux sorciers invisibles qui le persécutent.

Berbiguier est un type à parL On peut lire au chap. i (p. 101-106) les renseignements que je fournis sur ce facétieux croquemort du monde occulle.

Mais j'ai promis de dire un mot des armes qui lui servent à mettre en fuite ces fripons de Farfadets. On pourrait écrire un long chapitre sur l'arsenal magique du seul Berbiguier. Ses moyens de défense ressemblent fort aux moyens d'attaque des justiciables de Lancre et de Boguet.

l'arsenal du sorcier 35$

« Jésus-Christ fut envoyé sur la terre pour laver le genre humain de ses péchés. Je suis peut-être destiné à détruire les ennemis du Très-Haut. »

Telle est Tépigraphe claire et laconique du livre des Farfadets, — Voyons comment le nouveau Messie procède pour détruire ces monstres vomis par l'Enfer. Je résume ses compendieuses explications :

1* La première chose à se procurer est un cœur de bœuf, qu'on fera bouillir dans une marmite, avec deux pintes d*eau. Quand la chaleur faura convenablement attendri, on y fichera des épingles, des clous et des esquilles de bois, en s'exclamant d'une voix terrible : Que tout ce que Je fais te serve de paiement: je désole V ouvrier de BéeUébuth. Puis on clouera ce viscère sur une table, de trois coups de couteau, en redoublant d'impré^* cations;

2* Dans le feu qui fait bouillir la marmite, on jettera du sel et du soufre ;

3* Quand on sentira les Farfadets, sous diverses formes d'animaux invisibles, s'introduire de nuit dans le mystère des alcôves et marcher, sauter, se familiariser jusqu'aux attitudes les plus intimes, dans un déplorable téte-à-tête, on les piquera vivement sur les draps d'un coup de poinçon ou de lardoire;

4* Ou bien on leur jettera du tabac au visage, et tandis qu'ils rouleront aveuglés, étourdis, on s'empressera de les recueillir pêle-mêle avec la poudre de tabac, et d'enfermer le tout dans des bocaux hermétiquement clos, où l'on ajoutera de temps à autre quelques pincées de tabac frais et de poivre de Gayenne, avec un peu de bon vinaigre. — Quelle salade! « Le tabac leur sert de nourriture et le vinaigre les désaltère quand ils ont soif. Ainsi ils vivent dans un état de gène, et ils sont témoins de mes triomphes journaliers : je place mes bouteilles de manière à ce qu'ils puissent voir ce que je fais journellement contre leurs camarades... >> (Voy. les Farfadets, tome III, p. 227.)

« 11 est encore un autre moyen de faire la guerre aux Farfadets, c'est de tuer tous les crapauds qu'on peut prendre à la campagne : les crapauds sont les acolytes des esprits infernaux. » (Tome m, p. 229.)

Nous connaissons les armes défensives de Berbiguier.

Terminons par l'examen de son télescope : « Mon baquet révélateur est un vase en bois, que je remplis d'eau ; il me sert à

dévoiler les Farfadets, quand ils sont dans les nuages Ce

baquet... placé sur ma fenêtre, me répète dans l'eau toutes les opérations de mes ennemis : je les vois se croiser, se disputer, sauter, danser et voltiger, bien mieux que tous les Forioso et

toutes les Saqui de la terre. Je les vois lorsqu'ils coi^urent le temps, lorsqu'ils amoncellent les nuages," lorsqu'ils allument les éclairs et les tonnerres. L'eau qui est dans le baquet suit tous les mouvements de ces misérables [sic !) Je les vois, tantôt sous la forme d'un serpent ou d'une anguille, tantôt sous celle d'un

sansonnet ou d'un oiseau-mouche — Incrédules, regardez

donc mon baquet, et vous ne me contrarierez plus par vos dénégations ! » (Pages 225-226 du tome III.)

Berbiguier qualifle toutes ces belles opérations d'une locution séduisante: mes travaux.

L'on pense si les mauvais plaisants, voyant le brave homme dans ces dispositions d'esprit, prenaient plaisir à le faire écumer, en datant d<' l'Enfer des lettres, apocalyptiques, qu'il a consciencieusement collationnées d'ailleurs, parmi les pièces justiflcatives.

Terminons par quelques-uns de ces extraits: — v L'ambassadeur des Esprits malins^ Rothomago^ le cinquième jour de la lune, à M. Berbiguier, exterminateur de la cohorte infernale.

<r Berbiguier, finiras-tu de me tourmenter, moi et Ions mes collègues? Misérable que tu es ! Tu viens <lc faire périr quatorze cents de mes sujets, et moi-même j'ai failli être victime le jour de tes travaux, lorsque j'étais dans le tuyau de ton poêle ! I Si tu voulais être plus indulgent pour nous, nous te nommerions

notre souverain Tu serais le chef de tous les esprits ;to

jouirais non seulement de ce grand avantage, mais encore de celui de posséder toutes les belles qui seraient dans ton palais; car tu dois savoir que nous avons ici toutes les reines, les princesses, enfin toutes les plus belles femmes qui, depuis 4800 ans, ont fait les délices de tous les plus grands héros de ce monde !.. . Vois et consens, et tu seras le plus heureux de tous les mortels;

sinon nous viendrons en masse te livrer combat avec des

torches foudroyantes, t'exterminer dans le courant de l'été

L'ambassadeur extraordinaire : ROTIIOMAGO. »

(Tome m, p. 417, passim.)

Autre épître : —

( Du Comité infernal et invisible

« Fnrfaderieo- parafarapines ! Tremble, Berbiguier... C'est nous, Moreau, la vândeval, qui t'écrivons ; nous, que ta is lacérés hier avec sept morlissimelles épingles, nous que tuis

dénoncés au cure Tu te plais aussi, de temps en temps, à

révéler au premier venu les niystèn^s sacrés de VOpoteosonicO'

nigamenaeo. — Tremble ! Rien ne pourra te garantir d*

noire vengeance, ni la grosse lévite de bure, ni ta poche gauchi de côté où tu mets tes pièces de 30 sols, qui sera toujours pleine

l'arsbnal du sorcier 357

de nos grifTardets, ni tes voluptueux boudins qui servent de trône à Tamour, et d*où partit le trait qui blessa le cœur de notre

tendre Félicjadoïsca. Que t'avait-elle fait, malheureux ! Un

vieux Rodrigue comme toi, qu'une fille de seize ans voulait emmener avec elle, y a-t-il de quoi crier au secours ?,.,)» (Je m'arrête à temps ; cela devient d'une indécence )

V Si tu veux entrer dans notre société, tu n'as qu'à dire oui à

haute voix, le 16 février, à trois heures treize minutes du soir;

alors tu seras bien reçu; tu seras enlevédans une gondole zéphi-

rine, qui te transportera dans un lieu de délices où tu jouiras ad

libitum.

Adieu. — Signé : MOREAU et VANDEVAL. » (Tome IIÏ, pp. 309-310, passim.)

Pauvre Berbiguier!...

FORME FLUIDIQUE. — C'est le corps astral, double éthéré du corps physique, susceptible de se projeter au dehors et d'agir à distance, tandis que le corps repose immobile. — Voir chapitre m, page 216 et seq., et chapitre vi, pages 389-404.

FRAPPEURS {Esprits), — L'on nomme ainsi les agents invisibles qui se mauifestent par des coups frappés dans les séances de spiritisme (voy. chap. vi, pp. 385-398.)

FUMIGATIONS. — C'est la fumée odorante des parfums consacrés, que l'on brûle dans les opérations de magie cérémonielle, et nommément dans les évocations théurgiques (voy. le mot Par^ /ums),

GAMAHÉS. — Gaiïarei, auteur des Curiositez inouyes sur la sculpture talismaniqué des Persans; Horoscope des Pa-triarches et lecture des Estoilles (Rouen, 1631, in-8, avec deux planisphères), — Gaiïarel nomme Gamahez ou Camaïeux les pierres spontanément empreintes de certains hiéroglyphes, auxquelles il attribue des vertus admirables, et qu'il range parmi les talismans naturels.

Suivant sa théorie, renouvelée d'Oswald Croll {Livre des signatures)^ ces empreintes, souvent merveilleuses de finesse et de netteté, sont les signatures des Forces élémentaires qui se manifestent dans les trois règnes inférieurs.

Bien avant Gaiïarel et Crollius, le grand Paracelse connaissait les Gamahés, dont il mettait les merveilleuses vertus à contri*

bulion, pour sa médecîae occulle. Dans ses œuvres, il en traite fort en détail et à plusieurs reprises, particulièrement au tome II de ses opéra omnia (édition de Genève, 1658, 3 vol. in-folio). Consulter, entre autres, le tome II à la page 172, colonne 2«.

GÂTEAU MAGIQUE. — L*on distribuait, à la Messe noire, des gâleaox cuits sur les reins de la Reine du Sabbat. La Confarreatio, c'est la communion du diable (voir cbap. n, p. 159).

GHOLES. — Les Gholes ou Goules sont les sorcières qui dévorent au Sabbat dinnomables charognes, et qui déterrent les morts dans les cimetières, pour se nourrir de leurs lambeaux. La loi salique les flétrit sous le nom de strgges ; elle les frappe d'une amende (voy. chap. ni, p. 233).

GNOMES. — Esprits élémentaires. — Voir Paracelse et le Comtede Gahalis, par Tabbéde Vîllars. Les Gnomes hantent les gouffres souterrains.

GRIMOIRES. — En règle générale, on nomme ainsi tous les libelles de magie superstitieuse, tous les recueils d'abominables recettes, entrecoupées de formules blasphématoires. Autrefois, on rechercbaitavec soin les Grimoires, pour les détruire, et souvent punis* sait-on de mort les malheureux qu*on trouvait nantis de ces sortes de manuels.

Le grand Grimoire^ avec la grande Claoieule de Salomon^ la Magie noire et les forces infernales du grand Agrippa^ etc. S.L. N. D. in-18,est un des plus curieux sans contredit; mais nul n*esl aussi célèbre que Le Grimoire du pape Honorius^ aoec un recueil des plus rares secrets, Rome, 1670, in- 16. Cercles et figures coloriées. (Devenu presque introuvable.) — «Ce Grimoire n*est pas sans importance pour les curieux de la science. Au premier abord, il semble n*étre qu'un tissu de révoltantes absurdités ; mais pour les initiés aux signes et aux secrets de la Kabbale, il devient un véritable monument de la perversité humaine ; le Diable y est montré comme instrument de puissance... La docirine de ce Grimoire est la même que celle de Simon et de laplupart des gnostiques : c'est le principe passif substitué au principe actif la passion, par conséquent, préférée à la raison; le sensualisme déifié; la femme mise avant l'homme, tendance qui se retrouve dans tous les systèmes mystiques anlichrétiens : cette doctrine est exprimée par un panlacle placé en lêlc du livre. La lune isiaque occupe le centre ; autour du croissant sélénique, on voit trois triangles qui n'en font qu'un ; le triangle est surmonté d'une croix ansée à double croisillon; autour du triangle qui est inscrit dans un

l'arsenal du sorcier 359

cercle, et daas Tiotervalle formé parles trois segments du cercle, on voit d'un côté le signe de l'esprit et le sceau kabbalistique de Salomon ; de Tautre, le couteau magique et la lettre initiale du Binaire; au dessous, une croix renversée, formant la figure du lingham, et le nom de Dieu Sm également renversé ; autour da cercle, on lit ces mots tracés en forme de légende : Obéissez à cos supérieurs et leur soyez soumis, parcequUls y prennent garde, » (Histoire de la ïdagie, par Ëliphas, p. 307-308.)

Ces lignes de Tabbé Constant en disent plus que je ne saurais «n ajouter. Cet excellent magiste s'est beaucoup occupé dans ses <EUvres du Grimoire d'Honorius : il faut lire (Clef des grands Mystères, pages 167-193) la magnifique et sinistre histoire du prêtre Verger, préludant, par des évocations infernales et la lecture jissidue du Grimoire, à la manie furieuse qui devait en faire on assassin.

J'ai déjà transcrit une page du Grimoire d'Honorius, à propos du Coq Noir (voy. ce mot).

L'exemplaire que je possède — édition prétendue de Rome, 1760, in-12; en réalité réimpression moderne de Lille, Blocquel, éditeur — porte à sa dernière page quatre signatures diaboliques (ci-jointes), caractères sanglants qui n'ont été tracés ni avec une plume ni peut-être avec un pinceau :

yit

Ce sont les hiéroglyphes les plus notoirement sataniques et blasphématoires que j'aie vus de ma vie :

1» Une crosse aux trois traverses fourchues, avec deux points carrés à la base ;

2° Un triangle noir, entre deux cornes baphométiques ;

3*»Un5Am tr renversé;

4° Une main opaque, les cinq doigts étendus, sous le w renversé: cette main symbolise la négation du dogme pentagrammatique.

J'ai fait analyser la malière colorante (d'un rouge-brun) qui a «ervi à les tracer : c'est du sang.

Le papier est jauni tout autour, ou plutôt roussi comme à la flamme d'une bougie.

SaDs pousser plus avant mes inductions, Je conclus que ce Grimoire a été la propriété d'un adepte de la sorcellerie.

Parmi les Grimoires les plus singuliers et les plus rares, il foui citer encore Touvrage intitulé la Sexte-Essence dialectique et potentielle t tirée <Vone nouuelle façon d'alembiequer , suyuant les préceptes de la saincie Magie et VInuocation des Démons (Paris, 1595, in-8.) — Hautement curieux; recommandé particulièrement aux amateurs de mysticisme ambigu.

GUI DE CHÊNE. — Le Gui est une plante parasite qui, s*attachant comme un polype végétal aux branches de certains arbres, et notamment du chêne, pompe à soi la vitalité surabondante de la sève.

Les druides le récoltaient avec une serpe d*or, à des époques déterminées, et composaient avec son suc, riche en qualités ma* gnétiques, un élixir d'une puissance prodigieuse. Entre leurs mains, le Gui faisait des miracles; car ils étaient des mages. ~ Aux mains des sorciers, qui voulurent Tezploiter à leur tour, ce végétal vampirique n'a jamais donné que des résultats néfaste» ou dérisoires.

Fabre d'Olivet nous apprend que Ram, le théocrate dtts Hyperboréens migrateurs, dut à une révélation divine Tart de tirer do Gui de chêne un remède, qui guérissait en quelques jours TEléphantiasis, ce mal terrible, fléau exterminateur des races celtiques,. et qui passait alors pour incurable (voir ]'/^/a/.j9A<708. du genre humain^ tome I, p. 207-208).

M. de Saint-Yves, qui conflrme cette tradition, ajoute que le véritable Gui, déjà fort dirûcile à discerner des parasites similaires, ne déployait sa merveilleuse vertu que récolté dans de certaines conditions, à une heure astronomique précise (voir la Mission des Juifs^ p. 172).

« Les progrès du magnétisme feront découvrir un jour les> propriétés absorbantes du Gui de chêne. On saura alors le secret de ces excroissances spongieuses, qui attirent le luxe inutile des plantes el se surchargent de coloris et de saveur: les champignons, les truffes, les galles d'arbres, les différentes espèces de Gui, seront employés avec discernement par une médecine nouvelle à force d'être ancienne. On ne rira plus alors de Paracelse, qui récoltait Vusnée sur les crânes des pendus... Mais il ne faut pas marcher plus vite que la science; elle ne recule que pour mieux avancer. » (Ëliphas, Histoire de la Magie, p. 237.)

HASCHISCH. — Les Orientaux nomment ainsi l'extrait gras de

L ARSENAL DU SOBCIER 361

chanvre indien {Cannabis inrfiea], préparé avec les sommités fleurius, qu'il faut savoir, par un procédé spiïclal, réduire en consistance d'onguent.

Le même chanvre, fumé à la manière du tabac, prend le nom -le Kief.

La fumée du kief, elsurloul l'assimilation du Hascbîscb (pris pur sous forme de bol, ou mélangé à la conlllure de dattes), procurent une ivresse particulière, surmondaine, qui est prisée par certaines natures, mystiques et sensuelles tout ensemble, comme un avantgoût du bonheur paradisiaque des élus.

11 Taut lire les Paradis artificiel* de Baudelaire, oii le style du po^le surpasse, en érudition précise et un Fermeté didactique, le langage habituel des savants. C'est merveille de voir aveu quelle sagacité Baudelaire décompose l'action psychique de cet ingrédient étrange, dont le propre est d'exalter la joie ou d'exacerber la douleur', en portant au superlalir le sentiment qui

- dominait l'âme, à la minulede son ingestion. C'esl un réalisateur ' eipansirdes passions et des idées latentes; parlui, l'Ioconscfent

se manifeste à la Conscience émerveillée — et l'âme, ae contem-

• plant à son propre miroir, se révèle posilivemcnt à elle-même.

On fait ainsi la connaissance d'un ami du dedans, qu'on ne

soupçonnait pas : on cause avec son ange gardien, ou, si l'on pré-

^ fère, avec cet instigateur de perdition que chacun porte en soi.

. Avant ia chute d'Edcn, l'homme universel avait la faculté

quasi-divine d'objectiver toutes ses idées : il pensait des êtres, il

créait en rêvant. Or, il semble que le Haschisch restitue pour une

heure à l'Iiomme individuel cette ineffable puissance, d'eitériori-

ser sans efTort tout ce dont il ports l'image en lui. Il semble que le

- verbccréaleurlui soit rendu, tel qu'il le possédait avant son péché.

Ainsi, par la vertu du Haschisch, l'homme élude ou paraît élu-

' L'enagéralion des sentiments pénibles ne se nianifesle que dans les expériences faites à l'improviste, à raveuglelte et sans préparation; car le Haschisch, pris en connaissance de cause, guérit au contraire les plaies d'une âme ulcérée: il suffit de concentrer son vouloir dans ce sens : puisque l'eiercice du vouloir, aboli ou du moins émoussé dans la région de l'activité physique, devient tout puissant dans la sphère interne et virtuelle.

Méaninoins — pour prendre un exemple — on ne saurait douter que chez les pusillanimes, le Haschisch n élargisse la terreur jusqu'aux frontières du délire. La tentation de suicide est ft'équente alors : on est sollicité de fuir, dans la mort même, la crainte de mourir.

der la senteoce qui fui prononcée contre lui, dans la personne d*Ève, sa fkculté voiitive : — Je multiplierai les obstacles de tes eonceptionsy et tu n* enfanteras plus gu*avee effort; et que les Bibles agnostiques rendent par ces mots : — Je multiplierai les maux et les gémissements de tes grossesses; tu accoucheras dans la douleur.

Nous développerons, au second livre, la théorie explicative de ce prodige. Qu'il nous suffise d'ajouter ici que le Haschisch &vorise toujours et détermine parfois spontanément la sortie du corps astral.

Le chancre indien est une herhe magique, au premier chef.

HAUTE CHASSE. — On nomme ainsi, dans certaines parties de la Lorraine et des provinces septentrionales de la France, le transport aérien des sorciers au Sabbat. — Voir chap. u, pages liHM68.

HIPPOMANES. — Excroissance singulière qui pousserait, selon certains auteurs, sur la tète des poulains. Cette substance char« nue, usitée dans un grand nombre de philtres et de charmes, serait douée au plus haut point de vertus aphrodisiaques. G*est, en tous cas, ce que les démonographes sont unanimes à prétendre.

HUPPE. — Oiseau commun surtout en Asie Mineure : il parait qu'on trouve parfois dans son nid une pierre miraculeuse et dont la possession confère des pouvoirs surnaturels. — G*est elle qu*on doit enchâsser dans le chaton d*une bague, pour en faire un anneau d'invisibilité.

IDOLES. ~ Représentation matérielle d'une Divinité, prise par le vulgaire profane pour cette divinité même. Les idoles peuvent être considérées comme des incarnations de Satan. (Voy. Chap. r, pp. 65-71.)

ILLUMlNiSME. — Il est longuement traité de l'Illuminisme, dans notre chap. iv, pages 293-330, et dans notre Seuil du Mystère, pages 148-170 (De deux sociétés secrètes en 1890 ei Discours d'initiation Martiniste),

IMMORTALITÉ (Élixir d'). — Les alchimistes passaient pour composer, avec la pierre philosophale, une médecine universelle ou Élixir de vie, qui, suivant les uns, prolongeait l'existence au-delà des bornes normales, el suivant d'autres, assurait Timmortalité à tous ceux qui s'entendaient à en régler remploi. IiIn Zanoni^ le superbe roman magique de Sir E. Bulwer Lyfton. Se reporter également aux très curieuses révélations publiées dans le Lotus^

l'arsenâx du sorcier 363

!'• année, N» 2 et 3, sous ce titre : VElixir de Vie, et signé : on Chéla. — Qui ne connaît les légendes tradîlionnelles et symboliques de la Ton laine de Jouvence et de Peau d*éternelle jeunesse?... Gagliostro et Saint-Germain passaient pour en avoir le secret. (Voy. chap. iv. p. 301.)

INCUBES. — Fantômes impurs du sexe mâle qui violent les femmes pendant leur sommeil ; par opposition à Succubes (voy. ce mot) spectres féminins qui abusent les hommes et déçoivent leurs rêves. Par extension, 1 on a nommé Incubes et Succubes tous invisibles, censés entretenir un commerce d'amour avec les mortels (voy. Ephialte). Prière de se reporter au Chapitre i, pages 73- 77, au ch. iii, pages 218-221 et au ch. vi, p. 407.

INFIDÉLITÉ. — L'emploi des breuvages d*épreuve (mixtures sans nom, d*un emploi fréquent au moyen âge, et qu'on servait à réponse suspectée, dans le Calice du soupçon) remonte aux plus beaux temps d'Israël.

L'épouse qui persistait à se dire innocente était soumise, par ordre du grand Consistoire, à l'épreuve des Eaux d'amertume. Un prêtre recueillait avec soin de la poussière du tabernacle, dont il mêlait une pincée avec du suc d'herbes amères, dans un peu d'eau. Telle était la boisson que la malheureuse devait avaler d'un trait, à la porte même du Saint des Saints.

Coupable, elle mourait, dit la Légende, les yeux révulsés et dans d'horribles convulsions ; si le breuvage n'avait point d'effet sur elle, la jeune femme était renvoyée avec honneur : son innocence ne pouvait plus être contestée.

KHALI. — Déesse du meurtre, chez les Indous. Ses fidèles constituent la formidable société secrète des Etrangleurs ou Thuggs. Voir chap. i, pages 68-71.

LACETS. — On s'en servait pour les ligatures de toutes sortes, et spécialement pour le nœud de l'Aiguillette (voy. ce mot). Lire au chap. m, les pages 196-199.

Voir aussi le mot : Cordes des Vents.

LAMPES. — Il a été fait mille contes au sujet des lampes merveilleuses et perpétuelle^. On en aurait trouvé une qui jetait, après

364 LE TEMPLB D£ SATAN

tant de siècles, une élrange clarté dans le sépulcre de Tullia, fille de Gicéron.

Gosset a publié une dissertation fort curieuse sur les lampes sépulcrales, à la suite de son ouvrage intitulé : Réoélaiionea' balistique sur la Médecine universelle^ 1735, i vol. petit in-8.

LARVES. — Substances fantastiques inconsistantes, mais réelles, dépourvues d'essence propre et vivant d*une vie d*emproiit. Elles s*altacbent à ceux qui leur ont donné naissance et qui s'épuisent, à ia longue, à les nourrir. (Voy. chap. i, pp. 103-104, et chap. vi, p. 402 et 406).

LÉMURES. — Sortes de larves, douées dMnstincts pervers. On a pensé que ce pouvaient être les âmes damnées, revenues en ce bas monde pour aider les démons, dans leur tâche de prosélytisme infernal.

LÉONARD. — C*est le démon qui préside aux Sabbats, le plus souvent sous la figure d'un bouc monstrueux (Voy. Chap. u, pp. 155-161.)

LÉVIATHAN. — Les Talmudistes donnent ce nom â l'Esprit androgyne du Mal. Considéré dans son incarnation masculine, il est Samaëly (voy. ce mot) ou le Serpent insinuant^ et dans son incarnation femelle il est :

LILITU, — ou la Couleuvre tortueuse, Lilith est Fépouse de Samaèl (voy. ce mot) et Tincarnation femelle de Léciathan (voy. ce mot). Se reporter au chap. i, pages 72-74.

LOUP-GAROU. — « On appelle Loups-garous, en Sorcellerie, les hommes et les femmes qui ont été métamorphosés ou qui se métamorphosent et se transmuent eux-mêmes en loups » (Collin de Plancy, Dictionnaire infernal).

Voir notre chap. m, pages 229-233.

MAGNÉTISME. - C'est l'art d'influencer physiologiquement une personne (qui prend le nom de sujet), de substituer sa propre volonté â celle de cette personne ; en un mot, l'art de s'emparer souverainement de ses organes, de façon à lui faire faire ce qu'elle ne veut pas et à rempôcher de faire ce qu'elle veut. Ce fait habituel de l'intrusion d'une volonté étrangère, substituée à celle du sujet, devrait s'appeler sujétion. On appelle suggeS'

' tion le phénomène isolé de transmission au sujet d'une volonté particulière, à laquelle il obéira.

Le sommeil hypnotii;ue est l'une des maniresUtioDS les plus banales du magnétisme ; pendant que le sujet dort, il est, pour ainsi dire, comme une cire molle entre les doigis du magnétiseur. Mais c'est une erreur de croire qui; la suggestion ne puisse s'exercer que pendant le sommeil : elle s'imprime à merveille dans beaucoup de cas, sur des sujets parfailemenl éveillés.

Voir noire chap. vi, pages 393-427.

Le magnétisme, conçu dans sa signification la plus large, embrasse une très grande partie des phénomènes réalisables : son domaine s'étend fort loin, dans la sphère de la magie pratique.

MAIN DE GI-OIHE. — Sortilège décrit au chap. ni, pages i!lU-20ll. MALÉFICES. — En général, tout charme ou toute opération aupersiitilieuse, dans le but de nuire au procbain. Notre chap. m tout entier traite en détail des maléQces. MANDRAGOîlE. — l-a Mandragore (A fro/ï a .Ma nrfraffora) eslune plante narcotique et vénéneuse, de la Tamille des Solanéea, très cousine de la Belladone [Atropa Belladona).

L'on sait que toutes les Solanêes vireuses, telles que Morelle, Belladone, Dalura, etc., entraient, au même titre que la Ciguë, rOEnanthc et le Chanvre, dans la préparation des onguents magiques. .Mais la Mandragore oITre d'autres titres &. notre curiosité. Sa racine, hérissée de filaments touITus, alTecte le plus souvent la figure des cuisses ou des organes génitaux '; elle présente parfois aussi l'ébauche d'une tète humaine.

Une vieille Iradition veut que l'homme ail apparu primitivement sur la terre, sous des Termes de mandragores monstrueuses, animées d'une vie instinctive, et que le soufTle d'Ifn-Haut évertua, transmua, dégrossit, enfin déracina, pour en faire des êtres doués de pensée et de mouvement propre.

Aussi, fut-ce au moyen âge le rêve ou le délire de eorlains adeptes, aspirants à la Maîtrise vitale, de retrouver la composition du limon-principe, aOn d'y faire croître des mandragores. qu'ils eussent réaclionnécs et suscitées à la vie mentale, par l'infusion de l'Arehée.

D'autres, moins ambitieux, se contentaient d'obtenir de faux Téraphlm (voy. ce mot), en évoquant une laroe (voy. ce mot). dans une mandragore taillée en forme humaine : hideuse idole qu'ils conjuraient pour en tirer des oracles... L'on n'imagine

' Ce qui l'a fait passer pour aphrodisiaque, en vertu de la théorie des signatures naturelles, déjà efDeurée au mot Gamakés,

pas à quelle furieuse vésanie les portait la superstition ! C*est sous les gibets qu*ils allaient chercher la mandragore; pour Tarracher de terre, ils attachaient à sa racine la queue d*un chien, qu*ils frappaient d*un coup mortel. En se débattant, la pauvre bètc agonisante déracinait la mandragore. Alors (croyaient-ils) Tâme sensitive du chien passait dans la mandragore, et, par sympathie, y attirait Tâme spirituelle du pendu !. .

D'autres sorciers forgeaient un Androide métallique, auquel ils ne désespéraient pas de conférer le don de la parole.

Par extension, on appela Mandragores, les Andnddes^ les Homuneulus et les Téraphtm : on en arriva même à nomoser ainsi toute préparation magique, susceptible de rendre un orade.

Se reporter aux mots : Androide et Téraphtm.

MARQUES. — Stigmates imprimés par le Diable sur le corps de ses féaux.

Léonard a ses contrôleurs, qui poinçonnent les sorciers et sorcières, comme on poinçonne les métaux à la Monnaie. La marque affecte le plus souvent les traits d*un crapaud, d*un lièvre, d*une souris, etc.. La place est insensible aux piqûres, et les coups d*épingle n'en font point jaillir même une goutte de sang. La marque est tantôt sur le front ou dans Toeil, plus ordinairement aux replis des muqueuses et dans les parties les . plus secrètes du corps. (Voy. chap. ii, p. 157).

Aussi les chirurgiens ont-ils charge de visiter les prévenus, et de leur planter des aiguilles à toutes les places du corps où l'on suppose que peut se dérober la signature du Diable. Et malheur au pauvre inculpé qui néglige de pousser un cri, chaque fois que la pointe aiguë effleure sa chair. Il est perdu d'avance.

Souvent, comme Lancre au pays de Labourt, le juge charge la sorcière repentie (qui a sauvé sa peau par un aveu spontané), de cette longue, barbare et minutieuse perquisition, sur la personne de tous les complices dénoncés par elle. Je laisse à penser si la malheureuse déploie un zèle abominable, pour acheter, en ce qui la concerne, la clémence du magistrat.

Pierre de Lancre était galant de sa nature , aussi toutes celles d'entre les sorcières qui se savaient passables n'avaient-elles qu'un rAve: éluder Péchafaud et s'esquiver par l'alcôve, en enjambant le lit du juge.

Lancre avait pour favorite une fille de quinze ans, nommée la Murgui, dénonciatrice acharnée de ses anciennes amies, et qui, missionnée du juge pour trouver sur elles le stigma DiaboU, martyrisait de préférence les plus jolies — ses possibles rivales du lendemain !

l'arsenal du sorcier 367

G*est ce que laissent entendre Michelet {La Sorcière, p. 221) et M. Jules Baissac (Les grands Jours de la sorcellerie^ p. 40t) ; c*est ce qui semble ressortir de la narration même de Lancre.

MÉLICERTE. — Le Roi de la Terre (racine : VIK-iSd) ; divinité sanglante, dont Tidole s'élevait à Ténédos (Voy. chap. i, p. 66.)

MENDËS {le boue de), — Élevé dans le temple du Dieu, avait pour mission de sacrifier la pudeur des jeunes égyptiennes (Voy. chap. I, p. 66.)

MESSE NOIRE. — Sacrifice obscène et blasphématoire, que le Diable et ses acolytes célébraient au Sabbat (Voy. chap. ii, pp. 457-161.)

MIROIR MAGIQUE. — Voici ce qu'on en raconte : les Sagas de la Thessalie traçaient jadis sur ces miroirs leurs formules sybillines avec du sang : aussitôt la lune ~ autre miroir — réfléchissait ces caractères sanglants ; puis la réponse s'imprimait d'elle-^nème sur son croissant argenté. C'est ainsi qu'était rendu l'Oracle.

Plus tard, on fabriqua des miroirs avec les sept métaux d'Hermès. Ceux qu'on trouve le plus communément sont en élain, constellés de signes diaboliques ou de pantacles. Ces objets n'avaient du miroir que le nom. Ils n'étaient pas polis; mais à la longue, en les fixant, l'imagination s'exaltait : un halo rendait flous les contours du disque élargi, et des images prophétiques s'y dessinaient confusément.

Le miroir du Baron du Potet consiste en un cercle saupoudré de menu charbon — milieu favorable à la réfraction des images.

Tous ces miroirs impressionnent les sensitifs en vertu de la même loi. La Carafe de Cagliostro (voy. ce motj n'est elle-même, à tout prendre, qu'un miroir magique d'une autre forme.

Dans les opérations cérémonielles de la Théurgie, on dispose des miroirs concaves aux quatre murs du cabinet occulte.

MOCHLATH. — L'une des quatre épouses de Samaèl (voy. ce mot), dans la Cacopneumatique des Kabbalistes (Consultez chap. i, p. 73.)

MOLOCH. — L'idole dévorante de Moloch se dressait partout où les Phéniciens avaient des établissements et des colonies (Voy. chap. I, p. 65.)

MONSTRES. — Il en naissait, disail-on, du commerce impur du Diable avec la Sorcière.

De misérables adeptes de la Goëlie ont quelquefois obtenu des monstres sans nom, en jetant, selon l'énergique parole d'Eliphas,

la semence humaine en terre animale. Un petit nombre arrÎTeni à terme; mais presque tous expirent quelques jours après leur naissance. Quant aux très rares qui deviennent des adultes, ils n*ont aucune chance de faire souche — étant des blasphèmes de li Nature qui se ment à elle-même, toujours à regret*

NAGUAL. — Le Nagualisme des Mexicains n*est pas sana analogie avec la Lycanthropie européenne. G*est un pacte de solidarité tacite, d'alliance offensive et défensive, entre un homme et an animal : la sanction d'un pareil pacte est dans la réalité du lien occulte qui les unit*

Le Nagual est un crocodile, un lion, un serpent, un oiseau, ou tout autre animal, auquel l'indigène s*est attaché, dès son enfonce, par un lien fluidique indissoluble. La cérémonie qui consacre ce lien ressemble fort à une initiation

Donc, pour chaque indigène initié^ le Sagualeai un alter ego; et toute sa vie, Thomme reste couplé à cette béte qui le chérit et le protège, partageant son existence aventureuse, sa bonne et sa mauvaise fortune, ses chagrins et ses joies, souffrant du mal dont lui-même pâtit. Celle étrange solidarité ne saurait être mise en doute; les faits de Nagualisme sont certifiés par les témoignages les plus honorables et les moins suspects.

Kxemple de Nagualisme, garanti par le H. P. Burgoa :

Un énorme crocodile altaque le R. P. Diego, comme il chevauchait au bord d*un lac. Assez adroit et vigoureux pour se dégager sur l'heure, ce prêtre donne de l'éperon, et, brandissant son bâton ferré, charge le monstre qui s'acharne encore à Tenlrainer au fond du lac. Les ruades de la monture ne viennent pas médiocrement à l'aide du missionnaire, au cours de ce duel d'un nouveau genre. Bref, il peut suivre son chemin, laissant le crocodile pour mort sur la berge.

jl # - Mais de retour au siège de la Mission, la première nouvelle

qu'on annonce au père Diego, c'est l'inexplicable agonie d'un jeune indien, qu'il a châUê peu de jours auparavant, avec la

, dernière rigueur Vérification faite, l'indien portait toutes les

blessures faites à son NaguaL Ce jeune homme en mourut — et à la même heure, le crocodile expirait au bord de l'eau (On peut lire les détails circonstanciés de l'a vent ure, au chapitre lxxi de la Description géographique de la province de Santo- Domingo, par le R. P. Burgoa.)

Je note incidemment pour les occultistes, en quoi le Nagua-

li»me diffère au jnslc de la Lyeanlhropie. Le loup-garou n'est que robjectivalion du corps astral erratique d'uD sorcier en calalepsie; landis que le Nagiial constiliic un Ëlre parraitcment distinct du sorcier mexicain, un être de race inférieiire, mais auqubl il se trouve lié par une chaîne de solidarité répercussive, qui paraît iocontestable.

Voyez, au sujet des phénomènes de répercussion, oOlre cbap. VI, pages 40-2-401 .

NAHËHAH. — Reine des Slrygcs, dans la Cacopneuiiialique das rabbins, et l'une des quatre épouses de Samail {voy. èo mol). I — Voir aussi le chapitre i. pages 73-74.

JiÉNUFAR. — Les propriétés anaphrodisiaques du Sénu/ar {Nymphéa alha) sonl magiques k coup sur; car elles provieiioeut précisément, comme celles du Gui de chêne (voy. ce mot), des iutluences d'astres en conjonction efflcace, aux heures où la planle estrueillie et le philtre pcéparé.

Par lui-même, le Nénufar n'est doué que de banales verlua émollienles et sédatives, dues au mucila^ qu'il contient en abondance. Mais les cbarnieurs, experts au\ œuvres de 3 et de I). savaient en faire des breuvages glaci5s et glaçants, dont l'acuité pénétrante engourdissait les sens les plus effrénés.

Le Lotus mystique des Indous, symbolisant à un certain point de vue l'épanouisse ment de Tlilssence spirituelle dans le silence des passions apaisées, est une sorte de iNymphea [Padma].

NOMBRES. — Il existe une science des nombres, dont les mystères tiennent aux plus sublimes arcanes de la magie transcendante. La langue en est perdue pour les modernes.

Hais il existe aussi de nombreuses superstilions relatives aux nombres, et celles-ci tiennent à la sorcellerie (voyez n'importe quel Grimoire).

OBI (Mandigoëa). — Formidable puissance occulte, qui décime ■ la population des Antilles. — Voyei ce que j'en dis au cbap.' m, pafçes 188-192.

ŒUF (B/anc d'). — Matière conUgiirative et réfringente poupj^ . lumière astrale. Beaucoup de sybilles modernes pratiquent avec succès la divination par le blanc d'œuf.

ŒUFS DE SEHPENT. — Le serpent, animal magnétique au premier chef, pond des œufs très riches en une substance mystérieuse, que les^lchimisles d'une certatna éc»le ont nommée ce-

rébrote mercurielle. Cetlc substance ne peut servira l'œuvre métallique, parce que \e Ç y eal spécillé pour le Règue animal ; mais sa présence, espliquanl les propriétés occultes des œufs de sei^ pent.juslifle lasagacitédes Druides, qui lesreciieillaient avec soin. Les Hdeptes de la Magie noire n'ignorenl point ces propriétés exceptionnelles; ils en lirenl parti pour leurs maléfices.

OISEAUX. — Quelques bergers mystiques tirent encore du vol Aes oiseaux fasies et néfastes des présages fatidiques, à la mode des aneiens augures.

La symbolique universelle des mages, établissant jadis des correspondances d'un monde à l'autre, avait attribué à certaines Puissanees cosmogoniques des hiéroglyphes d'oiseaux. C'est ainsi que la Colombe exprimait ta vertu plastique et conQgurative de l'épouse céleale lôrtah: le Corbeau, la force dévorante et comprcssive d'Hereb, l'agent occulte du retour à l'essence. Le Phénix était l'emblème de l'homogénéité substantielle, sous les transformations illusoires de la malii-re. L'Aigle représentait l'Esprit pur, cic

Mai» bientôt, tout s'embrouilla et la marée de matérialisation générale envahit la srience des symboles.

Pour le Sorcier. l'Aigle n'est plus qu'un oiseau dont la cervelle, mêlée aux aliments, causerait un certain délire; la Colombe leme son sang dans le matras où s'élaborent les ptiiltres impurs; le Corbeau donne une pierre qui aurait la vertu de réconcilier

les ennemis, elc — Le Pélican, le Merle, le lUbou, le Uilan,

enfin la Huppe {dont il a été question déjà), sont prostitués par le Sorcier à des usages aussi ridicules.

ONDINS. — Esprits élémentaires de 1' tique des uéo-cabalistes. Voir ci: qu son Comte de Gabalis.

Ejy,

. 4 Pacte. — Cest un contrat exprés ou tacite, mais librement consenti de part et d'autre, entre le Diable et le Sorcier. — Voy chap. I, page SO, et cliap. ii, pages 162-165.

PARFUMS. — Les parfuma, dit Agrippa {PAt/oa, occulte, livre 111 chap. LXiv) altirent les Esprits " comme l'aimant attire le fer >•, On en tire parti dans les cérémonies du culte et dans les opéralions magiques.

Aussi le Sorcier, toujours singe du prêtre et du mage, ne manque-t-il pas d'y recourir pour ses évocations. Puisque les

parfums suaves ont une verlu évocatoire dans la sphère des purs Esprits, il lui paraît analogique d'évoquer les Esprits impurs par l'etTusion des plus ficheuses odeurs. Il emploie de préférence les rumigalions puantes de Saturne, qui sont, au dire d'Ëliphas I^vi {Rituel, chap. vu, p. 1 19) le Diagridium, la Scammonée. l'Alun, le Soufre et l'Asse fétide. — Voyez le mot Évocation.

PAROLES MAGIQCliS. — Le sorcier les préfère incompréhensibles, car son Credo n'est autre que celui de TertuUien ; ijuia abanrdum. — Sur la raison et la nerlu des paroles barbares et des noms iniDlelltgibles, se reporter au chap. m, pages 181-182. ' PHYLACTÈRES. — Voyez Amuletiea et TaUamana.

PHILTHKS. — En Magie noire, les philtres sont des breuvagns pour troubler l'équilibre psychique et pour inspirer des passions délirantes. — Voir, au chap. m, les pages 183-184.

PISTOLE VOLANTE. — C'est une monnaie diabolique, dout'e d'une singulière vertu ; fîdële & son premier possesseur, die revient d'elle-même dans son escarcelle, au grand diUrimcnl du malheureux auber^stc auquel on l'a donnée pour solde. A la place où il l'avait mise, celui-ci ne retrouve le lendemain dans sa cuisse qu'une feuille sèche, d'aulne ou de bouleau.

PLANTE ATTRACTIVE [de Van Helmont). — On lit k la page 708 des œuvres complète? de ce théosophe spagyrique (publiées à Francfort HDC LXXXIt, in-4) : — « Noui herbaui passini obuiam, qux si teratur et fouealur manu, donec inlepuerit. mox alleriua nianum detinueris, quoad cl illa tebescat amora lui, illc totus continuo ardet, ad aliquot dies. Delinui pedem cuiusdam catuli, hic confestîm peregrinum me secutus adeo. quod noctu uiilo cubiculum ejularel quo eideni aperirem, renunciata hcra sua. Adsunt Bruïellœ mihî huius facli lestes. » (De Magnetiea rulnerum euratione, chap. xivii, p. 708.)

Cette plante fameuse, dont la connaissance est Iraditionnoile chez les Frères de la Rose ^ Croix, n'est autre que la Verbena rustica. Son emploi n'a jamais été à la portée des magiciens noirs, bien que son nom vulgaire se lise — entre mille autres — à toutes les pages de leurs Grimoires.

Si je parle ainsi sans hésilation ni ambages, c'est que d'abord — je le répète — la plante altraetioe est désignée par son vrai nom dans les pires recueils de sorcellerie. C'est surtout que son efUcacité dépend tout entière el de l'heure astronomique evacte où il faut la cueillir, et des rites essentiels à la préparation du philtre foudroyant dont elle fournit ta Inse.

En insinuant qu*il suffit de réchauffer la Verveine dans sa maîD, pour en développer la vertu. Van Helmont donne le change sst les conditions qu'exige son authentique emploi.

Il s'est lu sur ce point; nous devons nous taire comme loi.

PLANTES MAGIQUES. — La plante attractive n'est pas la seale douée de propriétés occultes d'une merveilleuse énergie. Les anciens mages connaissaient XXII plantes, dont la vertu correspondait au sens ésotérique des XXÙ arcanes de la Doctrine absolue. La Verveine se référait à TArcane VI (V Amoureux du Tarot). Les magiciens du moyen âge n'avaient su recueillir que lei épaves de ces traditions. Tardifs héritiers d'une science bien déchue, quoique réelle encore S ils réduisaient à seize noms li liste des plantes sacrées. Encore Tordre numérique du classement normal s*y trouvait-il interverti, et de f&cheuses substitutions altéraient-elles encore davantage une nomenclature déjà méconnaissable.

Suivant César Longin, les seize plantes sacrées sont : i^ L* Héliotrope (Ireos des Ghaldéens), Therbe de la sincérité; 2* L'Ortie (Royhra\ Therbe de bravoure; 3<» La Virga pastoris (Lor»m6oraQ, Therbe de fécondité; 4* La Chélidoine [Aquilaris)^ Thertie du triomphe ; 5« La Pervenche (Iterisi)^ Therbe de fidélité ; 6<» La Cataire (Bieith), Therbe de vitalité ; 7* La Langue de Chien (Algeil), l'herbe de sympathie ; 8o La Jusquiame {Mansesa)^ l'herbe de mort ; 90 Le Lys (Augo), l'herbe de manifestation ; IQo Le Gui (Luperax), l'herbe de salut; iio La Centaurée [Isiphilon)^ l'herbe aux enchantements; 12« La Sauge (Coloricon), l'herbe de vie ; 13® La Verveine {Ophanas)^ l'herbe d'amour ; 14* La Mélisse {Celeivos), l'herbe de confortation ; 15* La Rose {Eglerisa), l'herbe initiatique ; 16® La Serpentaire (Cartulin), l'herbe des fluides.

POMMADES. — Les sorciers, désireux d'aller au Sabbat, se graissaient tout le corps d'une certaine pommade à base de narcotiques stupéfiants : alors le Diable leur apparaissant à la « medianoche », les transportait « iouxte le lieu » de ces assemblées. — Voir notre chap. 11, page 162.

La science des néo-mages de la Chaldée.

l'arsenal du sorgibr 373

Dans la Clef de la Magie Noire, nous reviendrons sur la composition de ces onguents.

PYTHONS. — Serpents sacrés d* Apollon, qui s'enroulaient au bras des Pythies, quand elles prophétisaient. On a également nommé Pythons les Esprits inspirateurs des Sybilles.

Pour la Pythonisse d*Endor, voy. chap. iv» pages 245-246.

QUESTION. <— Torture préalable infligée aux prévenus, pour leur extorquer l'aveu de leurs crimes ou le nom de leurs complices. Voir la description des différents modes de torture, empruntée au D' Regnard, chap. iv, pages 255-258.

REINE DU SABBAT. — C'était ordinairement la plus belle. Il fallait qu'elle fût vierge et sacrifiât sa pudeur au BoueptiUMt{êie). Reportez-vous à la description du Sabbat, chap. n, pages 152-161^ et plus particulièrement, pages 157-158.

RHOIIBtJS. — Sorte de toupie magique, à ronflement monotone, dont raclion magnétique est des plus puissantes.

Le Rhombus d'Hécate était des plus célèbres chez les sorcières de la Grèce anti«|ue. Il en est question dans les fragments oraculaires attribués à Zoroastre : « Operare circa Hecaticum turbinem (De dœmonibus et saerifleiis). »

SABBAT. — Assemblée de sorciers et de démons, que j'ai décrite tout au long, aux pages 152-161 du chap. ii.— Voir aussi chap. m, pages 233-235.

SACREMENTS DU DIABLE. — La Magie Noire, cette religion à rebours, a aussi ses sacrements, où l'on peut distinguer, comme dans ceux quadminislre l'Eglise, la matière et la forme. Il en est longuement traité au chap. lu, pages 172-174.

SACRIFICE. — Les sacrifices humains étaient universellement admis et passés dans les mœurs, chez tous les peuples de l'antiquité. J'en parle au chap. i, pages 65-74, et surtout au chap. u, pages 130-133.

SALAMANDRE. — Sorte de lézard qui vit dans l'eau, et passait

autrefois pour doué du singulier privilège de s*ébattre dus la flamme comme dans son élément, et d'y séjourner longtempSi sans le moindre malaise.

C*est en partant de cette tradition, universellement répand» jadis, que les néo-cabalistes ont nommé Salamandres les Esprits élémentaires du Feu.

SAMAKL. — G*est, suivant les Talmudistes, Tincamation mâle di Léviathan (voy. ce mot) ; ils le qualifient encore de Serpent sinueuXf voy. chap. i, pages 72-73.

Le Zohar attribue le péché d*Ève aux séductions de SamaëL De ce dernier, les démonophiles ont fait un des princes de TEnfer.

SANG. — Le sang a une vertu plastique et puissamment expansive^ qui le rend très propre à favoriser toutes les opérations de la Goêtie. Mais si les mages de lantiquité semblent Tavoir répandu dans les évocations, il n'y a plus que les sorciers qui s'avisent aujourd'hui de déshonorer leurs rites par ces lilmtioDS abominables.

Le sang versé engendre abondamment les larves et sert à les objectiver.

t< Le sang est le grand agent sympathique de la vie ; c'est le moteur de Timaginalion, c'est le auhstratum animé de It lumière magnétique ou de la lumière astrale, polarisée dans les êtres vivants ; c'est la première incarnation du fluide universel ; c'est de la lumière vitale matérialisée. Il est fait à l'image et à It ressemblance de l'infini : c'est une substance négative, dans laquelle nagent et s'agitent des milliards de globules vivants et aimantés, globules gonflés par la vie et tout vermeils de cette insaisissable plénitude... Les visions sont le délire du sang... Personne n'inventerait les monstres que sa surexcitation fait éclore : c'est le poète des rêves ; c'est le grand hiérophante du délire. » (Éliphas, La science des Esprits, p. 2i3-215, passim.)

Voy. au mot Cadavre, l'opinion magistrale de Porphyre. Voy. aussi, au chap. m, l'évocation de Tirésias par Ulvsse, pages 215-218.

Le sang des colombes entrait dans la plupart des Philtres, (Voy. ce mot.)

SATAN. — L'ange déchu, le Diable. Tout notre premier chapitre en traite explicitement, et tout notre ouvrage implicitement. Voir surtout au chap. i les pages 52 65.

SATYRES. — Divinités bocagères des païens.

Les premiers Pères de TÉglise en parlent comme d'êtres réels.

I chair et en oa. Sainl Anioine (aous dit saitil Jéi-ôme), fit au désert la reacontre d'un Satyre qui lui oITril des dattes, eD lui demandant des prières .

On a beaucoup disputé sur la question des Satyres. La controverse Tut ardenle de tous temps. Les uns vyulent y voir des singes; d'autres prétendent que les Satyres n'étaient que des hommes des bois, des sarivages. Lire le très curieux ouvrage de

. Hédelin, nialheureuseraenl asseî rare ' : Des satyres brutes, monstres et démons, de leur nature et adoration, contra l'opinion deceux qui ont estimé lea Satyres eitre cne espèce d'hommes distincts et sépares des Adamicqws. (Paris, Buon, 1627. in-8.) \ Inutile d'ajouter que les Satyres (chèvre-pieds) font partie de

ta ménagerie du Sabbat.

SECRETS. — Remèdes occultes, composés de paroles et de gestes, pour gui'rip toutes sortes de maladies.

Formules merveilleusement slupides, et que le paysau avare a souvent payées fort cher. Elles sont l'expression verbale d'une influence qui se transmet, de père en (ils, dans cerlaines Tamilies. 11 est à remarquer que, si le possesseur du secrel le donne ou le vend, il le perd pour lui-même.

Kn matière de sorcellerie, la foi Tait tout... Or, jamais le paysan, qui a payé vingt écus que^ue recette imbécile, ne doutera de l'erflcacité d'un trésor aussi cher. Si le secret ne lui a rien coùt^, il a beaucoup moins de prix à ses yeux ; par conséquent moins de chances de Taire miracle entre ses mains.

J'ai vu des bergers u guérir du secret «, en cinq ou dix minutes, une vache, un porc, un cheval, atteints de maladies désespérées, et que le vétérinaire estimait perdus. — Chose curieuse ! Jamais le « guérisseur du setrel « n'accepte un liard pour prix de la cure qu'il opère. C'ksI pour la gloire qu'il Iravaille.

Le Grimoire d'Honorcus contient un certain nombre de recettes pour « guérir du secret >>. Comme il est fort rare, je crois curieux d'en copier une :

i' Contre le flcx do ventrb. — Je suis entré au jardin des olives, j'y ai rencontré sainte Elizabeth ; elle me parla du Uux de son ventre, je lui ai demandé ijcrâce pour le mien ; et elle m'a ordonné de dire trois fois pater en l'honneur de Dieu, et trois fois ace en l'honneur de Monsieur saint Jean {sic)... Dites trois

' Héimprime par Lisieux, mais à très petit nombre.

pater et trois are, comme il est dit ci-dessus, et tous serez guéri. » {Grim, cTHonoriua, Rome, 1760, iii-i2, p. 03.)

C'est là UQ secret pour se guérir soi-même ; mais tootes les formules pour guérir les autres hommes ou les bestiaux sont, à peu de chose près, dans ce goût.

SIGNES. — Le signe est, en Magie, le point d*appuî que requiert la i^olonté, pour se projeter vers un but préflx. Plus le signe est adéquat au verbe intérieur, plus il est parfait et partant efficace. Le contre-signe est une parade, au moyen d*un bouclier oecolte, qui renvoie à Pagresseur le choc en retour du coup qu'il a porté. Je n'en puis dire davantage en cette première septaine. An cours de la seconde (Clef de la Magie noiré)^ je développerai cette théorie.

SORTILÈGES. — Opérations de Magie noire. Il en est traité tout au long du chap. m, mais spécialement aux pages 176 et seq.

SPIRITISME. — Sorte de religion, fondée vers le milieu du siècle, par le pseudonyme Allan Kardec. Les pratiques spirites consistent surtout dans l'évocation des morts aimés. Le cérémonial usité à cet effet n'a rien de ce cachet indélébile de grandeur qui sauve encore, aux yeux de l'artiste, les rites les plus sacrilèges de l'antiquité sacerdotale. Si nos modernes nécromanciens font parler l'oracle de la tombe, c'est par le ministère des chapeaux sybillins, des guéridons parlants et des labiés toumaAies (voyez ce dernier mot).

Se reporter au chapitre vi, où il est question des médiums et du Spiritisme, pages 385-408.

SOURIS BLANCHES. — Certains sorciers, et notamment un misérable prêtre renégat passé, avec armes et bagages, au service de Satan, consomment encore des sortilèges, en égorgeant des souris blanches, qu'ils nourrissent avec des hosties consacrées. Ce mode d*Enooûtement (voy. ce mot) est traditionnel dans la fraction gangrenée du clergé romain. — Sur les prêtres sorciers ,voy. chap. n, page 126.

STYLET MAGIQUE. — Les Clavicules de ^aZomon (Manuscrit de 1641, in-4, déjà cité) veulent qu'on le fabrique soi-même. Le manche doit être, comme la lame, en acier fin, constellé de caractères magiques. La consécration du « Stillet » est la même que celle de Vépée (voy. ce mot). Le fourreau sera fait d*un morceau de taffetas rouge, tout neuf.

SUCCUBE. — Démon ou spectre femelle, qui provoque chez les

jeuDes gens des rêves de luxure; lire, au chap. ut (pp. 2tS-â-3l) l'histoire résumée de Gôrres.

Voir les moU Incube et Ephialte : el, au ehap. vi, les pages i52-*56 el 478.

SYLPHES. — Lutins, ou Esprits éiéineataires de l'air (doctrine des néo-cabalistes, paracelsîles et rabbins modernes].

TABLF:ST0UIINANTI-:S et parlantes. - voici de la sorcellerie moderne: je neux dire du Spiriliime.

Qu'est-ce, en réalité, que le Spiritisme (voy. ce mot)? — C'est l'art de se mettre en rapport avec les entités vamptriques, Jes élémentaux, les larves, etc.... qui pullulent dans l'espace intersidéral et parfois de rendre une apparence fugitive de vie à des coques astrales vides et mourantes, cadavres aériens en voie de désagrégation.

Est-ce à dire que nous nions toute possibilité dt relations avec les Esprits supérieurs, el même les âmes réintégrées par la mort au rojaurne de la substance cosmogonique éthérée, dont notre monde est l'excrément matériel ? — Assurément non. Seulement il nous paraît que, dans l'espèce, les spirites, avec la meilleure volonté du monde, évoquent neuf cent quatre-vingt-dii-neuf fois sur mille des êtres ambigus, mairaisanls, stupides et brutaux.

Mais ceci rentre dans la discussion des lltéories occultes. NoUii y reviendrons dans la deuxième septaine : Clef de la Magie noire.

On pourra voir, au chapitre vi de ce tome, comment les spirites se servent de tatjles, de guéridons et d'autres meubles encore, pour faire parier leurs prétendus Esprits (pp. 397-3SB).

Voir aussi le .S'eitiï du mystère (pp. 93-94).

TACITLRNITÉ [sort de). — Quand sorcier ou sorcière niait son crime, on les faisait mettre à nu ; puis, les ayant épilés ou rasés par tout le corps, on se livrait sur eux à une invesligalion minu-

Pourquoiî — D'abord, pour trouver le stif/ma Diaboti, la signature du Diable.... A ces endroits, la peau, complètement insensible, se laissait perforer sans tressaillir. Ce n'était pas une mince besogne (voyez Marques).

Maison cliercbait surtout, avant d'infliger la Question (voy. ce mot) aux prévenus, s'ils ne dissimulaient pas, dans quelque pli de chair ou d'ongle, le Charme de Taeitumité : sorte de diagramme, qui avait la vertu occulte de supprimer toute dou-

leur, au point que les tortiooaaires eztéoués demandaient grâce, avant que le patient n'eût bronché.

Voir ce qui est dit de ce charme au chap. m, pages 202-2Û4.

TALISMAN. ^ C'est un signe, un caractère ou une image, consacrés selon Fart, en vue de porter bonheur dans iioe circonstance déterminée.

11 est des talismans pour l'acquisition des richesses, marqués au signe du 0; des talismans pour l'Amour, composés sous les auspices de 2; des talismans de :^, pour dominer les hommes et contraindre la fortune; des talismans pour la bravoure et la victoire, constellés au signe de c^, et ainsi de suite.

Certains talismans se réclament de la haute Kabbale; d^autres, comme les scapulairea du Diable^ ne relèvent que de la pins infime Goêtie.

Se référer au chap. 11, pages 146-1 47. Voir aussi le molAmo^^.

TAMBOUR MAGIQUE. — Il sert aux Utars de la Sibérie, pour faire paratlre le Diable. C'est une manière de tambour de basque, griiïonné de signes hiéroglyphiques; on rappelle KamlaL Une assourdissante cacophonie prélude aux évocations; le sorcier gambade, gesticule, accompagne en hurlant son instrument sonore. EnÛn lo Diable se produit^ sous forme d'un ours monstrueux, accouru des parties du Septentrion : mais c'est le plus souvent pour rosser Té vocateur.

TARENTULE. — Cette araignée très venimeuse est assez commune dans le Sud italien. Ceux qui en sont piqués, se ruent, dit-on, dans un interminable accès de danse frénétique. Le venin de la Tarentule entrait jadis dans certaines compositions des sorciers napolitains.

TAROT (ou LivRB DE thoth). — Monument hiéroglyphique des anciens Sages, devenu dans la suite Tinstrument par excellence de la divination (voy. ce mot); enfin dégénéré en un simple jea de cartes. Court de Gébelin, dans son grand ouvrage (le Monde Primitif, 1777, 9 vol. in-4)^ attribue Tinvention du Tarot aux mages de l'Egypte. D'autres la font remonter aux cycles primitifs de l'Inde, cette antique éducatrice de Mitzratm : tradition constante chez certaines tribus de bohémiens nomades, originaires des hauts plateaux de THimmalaya, et qui se transmettent — de temps immémorial et de père en Ûls — l'Art divinatoire, inséparable de son prestigieux instrument.

Le Tarot se compose essentiellement : de vingt-deux clefs

magiques, figuratives des XXII Arcanes de la Doctrine absolue ;

— et de quatre quartorzaines de cartes, marquées chacune à

l'un de signes létragrammaliques : du IS/ilon p locl ■^. Principe mâle, TrèJJe vulgaire); — de la Coujie fn Hé Ç, FaculU féminine. Cœur vulgairej; — de VÈpée [1 Vaf », union liii^hamique des deux vertus combinées, Pique vulçairej ; — enfin du Sicle ou Deninr (n, deuïîÈme Hé, D ou ©, fruit de celte union, Carreau vulgaire].

Chaque qualorzaine est constituée par le Dénaire de Pijthagore (e ou «,ou m, nnED Séphiroth des Kabbalisles), et un Quaternaire' de figures emblémaliques, représentant l'applicalion du grand Nom ou Schéma ni>l% à cliacun des dénaire» (le /(0( est ■'a:, la fîetnen g, le Capaiten jel le ValetT^ ©.)

Pour de plus amples détails, on consultera l'ouvrage très riche et Ir&s-complel de Papiis, le Tarot de» BoMmien» ', Do tous les occultistes qui se sont occupés du livre de Tholh, Papus a eu le premier la hardiesse el le talent de déduire scienliflqnement la loi qui préside à ta marche du Tarot. Nul n'est allé plus loin dans celle voie féconde.

On connaît de nombreuses éditions du Tarot; quelques-unes sont foncièrement altérées dans la partie des figures, jusqu'à en (tre méconnaissables. Exemples : les Tarots allemands et chinois, el le jeu prétendu corrigé d'Iilteilla. Plusieurs aulres offrent des variantes très notables, l^s éditions les plus recommandables, au regard de la Sjathèse magique, sont celles dites de Besançon el de Marseille, la dernière surtout. Il s'en faut pourtant qu'on les puisse dire salisfaisanles...

Il élait eupËdienl de réédilier tout au moins l'édiûce aulheatique des .V.\7/ Clef». M. Oawald Wirth a bravement assumé celle lâche ardue; en substituant des dessins correcls à l'informe bariolage des vieux Tarols, ce jeune inilié a fait œuvre des plus méritoires *. Tous les amateurs de Tliéosophie ont à cctle heure connaissance du Tarot '/ePacis. où la symbolique desXXIl clefs se trouve restituée à sa purelé originelle, par les soius da M. Wirth.

Aux mains du Mage, le Tnrol est une machine philosophique, révélatrice de la Synthèse absolue. Aux mains des bohémiens et des tireuses de caries, c'est un médiateur de lucidité divinatoire : et comme, par une alchimie ténébreuse, les pervers savent gâter les meilleures choses, — optimi eorruptio pessima — le Tarol

• Tétractyn de Pythagore.

* Paris, Carré, 1889, grand in-8, flg. — Voir, sur Papus el ses ouvrages, notre Seuil du Mi/stère ('2* édition), pages 78-79.

» ywletXXnCle/aduJarotde Wirtt(Poirel, éditeur, 1889).

ne dégénère que trop Tréquemment, chez ces modernes sorciers, en un inslrument très lucratif de chantage et même de crime.

Par Hnterversion des quatre lettres du vocable hiérogrammatique Taro^ Ton obtient les mots sacrés : Ator^ Boia^ Tora.

TAUPE. — Le sang de taupe entrait dans un grand nombre de philtres et d*électuaires.

TAUROBOLE. — Sacrifice mystérieux, d'origine mitbriaqae; se référait, chez les Romains, au culte de Cybèle.

Le prêtre immolait le taureau sacré d*un seul coup da glaite sacerdotal, et, s'élaiiçant sous la tiède fontaine qu'il venait d'ouvrir, y trempait sa lèvre tout d*abord, en invoquant les dieux; puis il tendait les épaules au manteau de pourpre vivante, dont Taspersion sacramentelle allait le revêtir.

Quand l'empereur Julien voulut se rendre présents et propices les dieux de son Olympe suranné, il consomma le sacrifice du Taurobole. C'est alors qu'aveuglé par le sang qui llnondait et sufl'oqué par la fétidité de sa vireuse vapeur, il vit paraître, en se relevant, les larves détrônées du Polythéisme antique : pâles et débiles fantômes, ombres craintives et se dérobant en volâtes lé» gères au seul signe de la croix, comme ces brouillards inconsbtants du matin, seadaioement évanouis au premier rayon du soleil.

TKUTAD (ou TKUTATte) et THOR. ^ Deux divinités farouches de la Celtique antique. On versait annuellement en sacrifice le sang humain sur leurs autels, perdus dans la profondeur sacrée des forêts sonnantes — luca sonantia late.

Voir chap. f, page 65, et chap. ii, pages 132-153 et 158.

TERAPHIm. — On nommait ainsi l'oracle hiéroglyphique et sacer* dotal des anciens hébreux. Cet oracle répondait aux questions du grand prêtre par Oûrim Dni« et D^mn Thummtm: nous dirions aujourd'hui — ^dx pile ow face.

Pour les faux Té r ap ht m^ y oy. les mots Androîde et Mandragore.

TONNERRE. — Voir au chap. ni, pages 207-21 5, le rôle du tonnerre dans le Merveilleux.

TRANSPORT (des sorciers ad sabbat). — C'est ce que, dans l'Est de la France, on appelle la Haute-Chasse (voy. ce mot). Se référer au chap. ii^ pages 165-168.

XJ UPAS. — De cet arbre (très commun dans les archipels des Mol*

luques cl de la Sonde), les naturels savent extraire l'ua des plus redoutables poisons que l'on connaisse.

Généralement, on donne le nomii'Upaa k la préparation vénéneuse elle-m^me. Il y a d'ailleurs deuï (.'/id», également loïiques: lUpa» antiar, extrait par incision d'une tirticée {['AntiarU loxîcaria], et VUptu lieuCé (Tsettick des Javanais) quo l'on prépare en réduisant h consistance d'extrdt l'écorce d'une liane (le Stryehnos tieuté). — C'est à tort que des monographes ont conrondu ces poisons avec le fameux Curare.

Une tradition musulmane veut que les arbres Upas soient miraculeusement sortis du sol de Java, sous la malédiction du prophète, et pour le châtiment du vice inràmc, si commun en Malaisie.

Aux siècles tourmentés du moyen Ùge et de la Renaissance, les adeptes de la magie empoisonneuse, Génois ou Florentins, faisaicnlrevenir à prix d'or ces sucs venimeux et subtils de la végétation tropicale : ils en avaient l'emploi.

URINE. — Les sorciers s'accordent à proclamer que l'urine d'un petit pçarçon ou d'une jeune vierge est un merveilleux spédfique pour toutes sortes de maladies, telles que la teigne, les oreillons, les rhumatismes... — Voir, au chapitre vi (p. 481), les étranges mixtures qu'élabore un sorcier moderne, pour la guérison des malades et l'exorcisme des démons.

Vertu merveilleuse de l'urine, battue selon le rite, en vue d'exciter la pluie et les orages. — Voy. ch. m, pages 203-207,

USNÉE. — I^racelse, qui a fait des prodiges ivecVUsnèe. la

définit une aorte de tartre extrêmement spongieux et ténu, qu'on trouve sur certains bois et sur certaines substances animales en décomposition. La légende dit qu'il allait la récoller jusque sur les crânes des pendus ; elle lui servait à composer des remèdes sympathiques d'une incomparable vertu.

VAMPIRES. — Entités astrales qui, survivant à la dépouille mortelle decerlains individus, en retardent indéfiniment la désagrégation moléculaire. Ces entités pseudo-animiquos, ombiliquées au cadavre par un invisible lien, deviennent erratiques et s'attaquent aux vivants endormis. Le Vampirisme est, si l'on peut dire — une maladie posthume, héréditaire, souvent épidémlque. — Voir pour plus de détails, notre chap. m, pages 22â-2'29.

VAL'DOUX. — Sorciers d^s Antilles, sectaires fanatiques du Dieuserpent, Vaudoux ou Voudou. — Voy. chap. iii, pages 188-19).

VERGE ENCHANTÉE. — Cette ^erge, qu'on nomme aussi foudroyante, donne la puissance sur les hiérarchies infernales. C'est du moins ce qu'assurent les grimoires.

Pour préparer cette i^erge, on Terre aux deux bouts une 1)&guette fourchue de noisetier sauvage, avec le fer d'un coutelas qui ait servi à l'engorgement d'un chevreau (lisez d'un petit enfant). On a soin d'aimanter ces deux armatures, et de réserver la peau de la victime, qu'on découpe en une seule bande circalaire ; et pour dessiner le Cercle (voy. ce mot), on fixe au sol cette bande, avec des clous arrachés au cercueil d'un enfant mort sans baptême, etc..

YITZL1PUTZL1. — Le Dieu-couleuvre des Mexicains, dont l'idole est périodiquement arrosée de libations sanglantes. Voy. chap. i, p. 68.

VOLT. — Figurine de cire, modelée à la ressemblance de celui qu'on veut envoûter. Par extension, touteharme qu'on destine à procurer la mort ou la maladie, par la vertu de resécnlioBi w^ gique. *

La matière est traitée au chap. lu (pp. 185-188), avec tout te détail qu'elle comporte. Voyez aussi chap. iv, page 245, les Hommesde Aienh; et chap. vi, pages 481-482.

FIN DE l'inventaire

Nous n'avons pas prétendu tout examiner par le menu; néanmoins nous espérons que ee Cliapitrey mis en reg^ard des trois précédents» ne laissera que peu à. désirer» sous le rapport des rensei^r^ements essentiels à. la JKeU^lots du Sorcier.

Reste à. traquer encore le personnage» sous son moderne accoutrement* Nous y ferons nos elTorts au chapitre iri.

L'Amoureux = le Sénaire = Opposition = Réciprocité

Moyen terme = Produit...

Modernes Avatars du Sorcier

ES sorciers au xix' siècle? De vrais sorciers? La thèse est insoutenable I — Monsieur l'abbi^, je ne crains pas de la soutenir.

— Raillez-vous? A notre époque I Des sorciers

Sous la blouse et sous le frac?

— Sous la soutane même et sous le froc.

— Allons ! vous faites presque des mots ; je l'aime mieux ainsi.

— Je suis lepluss(5rieux du monde et j'espère vous le démontrer.

— Va pour la démonstration ; mais vous aurez quelque peine à me convaincre. Je ne vous cacherai pas que je suis très sceptique par tempérament... Ce fut, voyez-vous, notre grand tort, à nous autres gens d'Église, de prendre jadis trop au sérieux celle piteuse engeance. Le gibet el le bûcher, allons donc I C'était des douches qu'il fallait administrer à ces gaillards-là.

Tel est mon sentiment. Qui ne sait d*ailleurs que le sorcier est mort avec le moyen âge?

— Vous débutez par une assertion fâcheuse, M. Tabbé ! Vous donnez crédit à un cliché courant, j'en conviens avec vous; mais convenez avec moi qu'il court à tort. Il n'y a pas cent ans que Tlnquisition de Rome condamnait au dernier supplice le comte de Gagliostro *

— Gomme franc-maçon !

— Et comme sorcier. L'arrêt porte en toutes lettres 'accusation de « Magie superstitietcse »... Au reste, M. l'abbé, nous nous écartons de la question. Vous plaît-il de m'accorder une heur^ d'entretien? Pièces en main, je me fais fort de vous convaincre.

Il était deux heures de l'après-midi. Nousmonfâmës ehez moi et l'abbé *** n'en sortit qu'à la nuit tombante, mais surabondamment convaincu, sans doute, et delà réalité des pouvoirs magiques, et de l'actuelle multiplicité des cas de sorcellerie.

Je dois convenir que j'avais entre les mains de quoi lui faire changer d'avis : plusieurs dossiers d'un ordre unique et d'un caractère véritablement irrécusable. J'éprouve le plus vif regret de n'en pouvoir produire que de courts fragments . Sans parler deç exigences de mon cadre, certains motifs de haute convenance m'imposent une réserve qu'un jour peut-être il me sera possible de mettre en oubli.

' La peine de mort fut commuée en celle du cachot à perpétuité, sans espoir de grâce.

Ces dossiers ont trait à la religion du fameux thaumaturge Eugène Vintras, et plus particulièrement aux faits et gestes de l'un de ses héritiers spirituels.

Mais bien d'autres objets s*offriront à notre examen, avant que d'aborder l'hérétique Vintras et les CQntinuateurs de sa secte gnostique. C'est par eux que je terminerai le présent discours.

Croit-on que magnétiseurs, spirites et médiums ne

soient pas des sorciers? Ils font de la sorcellerie,

comme M. Jourdain de la prose — sans le savoir. Encore plus d'un en fait-il sciemment !

Que si l'on me cherchait une querelle de mots, arguant de l'opinion commune, qui distingue l'Hypnose et le Spiritisme de la Magie noire et de ses sortilèges, je répondrais que l'opinion se trompe. Mais sans débuter par une thèse litigieuse, et soucieux de m'établir d'emblée au cœur même de mon sujet, par le récit de phénomènes sur le caractère desquels on ne peut se méprendre, il m'a paru préférable d'ouvrir ce chapitre sur un décor imprévu : le presbytère de Gideville, en

Peut-être n'est-il point, dans les annales do la Magie, un seul procès criminel où les prodiges s'affirment plus positifs et plus inébranlablement établis que dans cette modeste affaire, qui se déroula devant la Justice de paix de Yerville (Seine-Inférieure), au commencement de Tannée 1851.

Ce procès ne sera pas du goût des amateurs de sor-

ceUeries décoratives, accoutumes au majestueux déploiement des drames judiciaires à grand spectacle. Qu'ils s'estiment tenus déplisser une lèvre dédaigneuse, et de ne prêter qu'une oreille médiocrement attentive au résultat d'une enquête instruite en aussi maigre appareil, et qui vint aboutir à l'audience de simple police : nous n*en plaindrons pas moins ces faor curieux^ de vouloir ainsi sacrifier le fond péremptoire à la forme théâtrale, et méconnaître l'intérêt si puissant qui s'attache à des faits formels, attestés sous la foi du serment par im tel nombre d'irrécusables témoins.

Ce qui, frappant l'affaire d'indélébile originalité, la distingue au premier coup d'œil de tous les procès similaires, c'est que la plainte, loin d'être déposée contre le sorcier, émane au contraire de lui.

C'est le berger Thorel qui, devant M. le Juge de paix du canton, poursuit en dommages et intérêts le curé de Gideville, pour trois coups de gourdin que cet ecclésiastique lui a libéralement octroyés.

L'origine de la cause remonte à Temprisonnement d'un certain G***, sorcier de village, célèbre par toute la contrée d'alentour pour ses prétentions à la médecine occulte. Ce drôle avait poliment conduit au cimetière tels de ses malades, sous prétexte de traitement infaillible ; d'autres clients étaient en bonne voie de les aller rejoindre. Condamné sur la dénonciation du curé Tinel, G*** fulmine quelques menaces vagues et jure de se venger

Le berger Thorel, demandeur à la barre de Yerville,

MODmtlTES AVATARS DU SORCIER

n'est, de son propre aveu, que le mandataire occulte de G*", rexécuteur fidèle des suprêmes volontés d'un maître dont 11 se dît le très humble et très respectueux disciple.

Voici maintenant le résumé des faits, certifiés d'une voix unanime, sous la garantie du serment, par plus d'une vingtaine de témoins ^ J'ai sous les yeux la narration très minutieusement circonstanciée du marquis de Mirville - lui-même, un des témoins oculaires des phénomènes.

Deux jeunes garçons, de douze et de quatorze ans, qui se destinent à la prêtrise, sont élevés par M. le curé au presbytère de Gideville. C'est sur eux que se déchaîne la fureur vengeresse de Thorel, qui a pris soin d'établir au préalable la communication fluidique, en s'approchant du plus jeune, à la faveur d'une vente publique.

Dès lors, une véritable trombe de phénomènes s'abat sur le presbytère, ébranlé jusqu'en ses fondements par les coups frappés dans l'épaisseur de ses murs et de ses cloisons, à tel point que la bâtisse lézardée menace ruine. A plusieurs reprises et des heures durant, les curieux accourus par centaines fouillent les lieux en tous sens, et cela sans parvenir, au plus fort de la bourrasque, à démasquer la cause de ces coups, qui se multiplient sur toutes les surfaces de la

■ Je ne parle, bien entendu, que des lémoins ouTs en Justice! car, à les dénombrer tous, il fMudrail compter par centaines.

* Des Esprits et de leurs manifestations Jïuidiquet ; tome 1 du grand ouvrage, pages 331-303.

maison. Pourtant ils s'entendent à deux kilomètres (ici, je soupçonne de quelque exagération les arbitres de la distance), et vraiment on n'a rien négligé dans les explorations, tant au dehors qu'à l'intérieur. Le vacarme demeure inexplicable.

Sur ces entrefaites, l'agent mystérieux daigne manifester son intelligence, en rythmant la cadence de certains airs, qu'il a la courtoisie de varier au caprice des assistants.

M. de Mirville accourt à l'improviste, pose avec rinvisible les conditions d'un dialogue par coups frappés : un coup veut dire out, deux coups équivalent à non; les coups plus nombreux correspondent, en progression normale, au chiffre de classement de toutes les lettres de l'alphabet.

Grâce à cet ingénieux procédé, dont on a peut-être abusé depuis, le Diable — car M. de Mirville ne bronche point en cette magistrale appellation — le Diable réplique avec une infaillible sagacité, un à-propos des plus spirituels et un imperturbable aplomb, à toutes les questions qu'on lui pose : telles que le nom, l'âge, le domicile, la qualité d'une foule de personnes étrangères et inconnues dans le pays. Jamais démon fit-il paraître plus de complaisance?...

Puis, ce sont les objets inertes à qui prend fantaisie d'entrer en danse : et les tables de faire la culbute, et les chaises de déambuler par toutes les pièces ; et les couteaux, les brosses, les bréviaires, de s'envoler par une fenêtre pour rentrer par l'autre !

La pelle invite la pince tte à une mazourque aussitôt

exécutée; les fers de repassage reculent jusqu'au fond de la pièce, poursuivis par la Hamme du foyer, qui se déroule, sinueuse, à l'instar d'un serpent.

Les vitres volent en éclats ; les meubles les plus lourds s'élèvent, et demeurent suspendus. Un énorme pupitre, chargé de livres, s'élance avec force au visage deM. R... de Saint-V..., puis, s'arrêtant brusquement à quelques millimètres de son front, s'écroule sans faire plus de bruit qu'une plume, en tombant à ses pieds.

Toutes choses constatées et affirmées pas un nombre toujours croissant de témoins honorables, accourus des environs : citon^i, entre autres, MM. de V"* propriétaires en la ville d'Eu, le Docteur M... de Bacqueville, l'abbé L*", vicaire à Saint-Roch, enfin le Maire et les autorités municipales de Gideville.

Quant à l'enfant que Thorel a touché, il voit sans cesse derrière lui l'ombre d'un inconnu vêtu d'une blouse. Quelques jours plus tard, on lui montre Thorel, et sans hésiter, il s'écrie : «Voilà- Thomwe! ><

L'un des prêtres présents déclare apercevoir nettement une colonne de vapeur grisâtre, qui se meut, en ondulant, derrière l'enfant obsédé. Plusieurs autres voient serpenter cette sorte de vapeur, qui se condense tour à tour et se dilate, puis disparaît en sifflant par les fentes de la porte.

L'enfant est terrifié ; son état nerveux donne de graves inquiétudes; bientôt arrivent les convulsions. Soudain il voit une main noire et velue s'élancer de la cheminée ; tous entendent le bruit d'un vigoureux

soufflet. L'enfant crie — et c'est avec stupeur que chacun peut distinguer l'empreinte de cinq doigts, parfaitement marqués sur sa joue. Il saute dehors, le pauvret, dans l'espoir fallacieux de voir la main, qui a disparu dans la cheminée, sortir par l'orifice supérieur 1

Cependant, l'un des ecclésiastiques en permanence au presbytère hasarde avec timidité une énorme proposition. Il s'accuse d'avoir lu jadis, en un livre de sorcellerie, que les Invisibles redoutent la pointe des épées. Pourquoi n'en pas courir la chance ? — Sitôt dit et fait : si bien qu'après plusieurs épreuves négatives (l'Agent magique est tellement prompt à se dérober!) il se produit un incident d'une importance capitale pour les occultistes, et que nos lecteurs sont priés de prendre en bonne note, car il est révélateur au premier chef. . . La tentative paraissant infructueuse, on était sur le point de l'abandonner, quand un dernier coup de pointe fit jaillir une fiamme crépitante, accompagnée d'un sifflement aigu. Une fumée blanche se répandit aussitôt, assez épaisse et fétide pour qu'on dût ouvrir les fenêtres jusqu'à ce qu'elle fût dissipée...

Ce phénomène imprévu rend confiance aux acteurs de ce duel avec l'Invisible ; l'expérience est reprise de plus belle.

Tout à coup, un mot résonne dans la chambre, faiblement, mais distinctement articulé : Pardouj a dit la voix. Tous ont positivement entendu.

L'on dépose les épées, pour reprendre le dialogue,

■comme ci-dessus : — Pardon... (répliquent ces Messiears), oui, certes, nous te pardonnerons et nous ferons mieux: nous allons passer toute la nuit en pt^ières, pour que Dieu te pardonne à son tour. . . mais à une condition : c'est que, demain, qui que tu sois, iu viendras toi^^même demander pardon à cet enfant. — Nous pardonnes-tu à tous? — Vous êtes donc plu- ■sieui's? — CtTiq, y compris le berger. — Nous pardonnons à tous...

Ce mot n'est pas prononcé, que tout phénomène cesse comme par enchantement, et tout rentre dans le silence, au presbytère, jusqu'au lever de l'aube, dout la première lueur éclaire un groupe de prêtres à genoux.

Dans l'après-midi, un homme se présente au presbytère: c'est Thorel, les yeux baissés, l'attitude contrainte. Son visage, qu'il n'arrive point à dissimuler derrière sa casquette, couvert d'égratignures, saigne en plusieurs endroits...

— Voilà l'homme qui depuis quinze jours me persécute ! s'écrie l'enfant qui se met à trembler de tous ses membres.

Interrogé par le curé sur le motif de sa visite, Thorel répond que son maître l'envoie : il vient chercher le petit orgue.

— Non, Thorel, vous venez pour autre chose... Mais d'où tenez-vous toutes ces écorchures? Le berger veut éluder la question. L'abbé Tinel reprend : — Soyez franc; vou^ êtes venu demander pardon à cet enfant. Voilà, ce qui vous amène... A genoux, Tho-

rel ! — Eh bien... pardon ! oui... pardon ! s'écrie le misérable, et il se traîne à genoux jusqu'à l'enfant, sur lequel il porte les mains. Depuis cet attouchement, tous observent que Tétat du pauvre petit s'aggrave et que les phénomènes redoublent d'intensité I

Une seconde entrevue a lieu, à la mairie, entre Fecclésiastique elle berger. Celui-ci, devant de nombreux témoins, tombe à genoux comme le jour d'avant : — Pardon j je vous demande pardon...; mais, cette fois, c'est vers le curé qu'il rampe... — De quoi demandez-vous pardon^ Thorel f Eœpliquez-vous ! Cependant Thorel avance toujours, il touche presque la soutane... — Ne me touchez pa^^ au nom du Cielj ou je frappe ! C'est alors que le curé de Gideville, acculé dans un angle de la maison commune, décharge sur le bras du sorcier les trois coups de gourdin qui font la base du procès...

Les phénomènes que j'ai dû omettre, dans ce résumé, ne se comptent pas. Je ne sache point d'affaire plus riche en constatations de tout genre. Rien n'y laisse à désirer : ni la netteté, ni la fréquence, ni la variété des prodiges, pas plus que le concours spontané des plus graves témoins et la parfaite concordance des attestations les plus solennelles.

Le juge de paix dTerville demeure stupéfait : jamais allégations pareilles n'ont étonné les échos de son prétoire. Son verdict, assez vague et obscur, donne acte tout au moins de l'unanimité des témoignages. Le curé défendeur est mis hors de cause ; Thorel, débouté de ses fins, se voit condamné à tous

les dépens de la procédure [Jugement du Tribunal de simple police d'Yerville, en date du 4 Février 1851).

Voilà donc, ausensleplusétroit du mot, un exemple contemporain et parfaitement qualifié de Magie noire.

A s'intituler sorcier, Thorel possède les mêmes titres qu'un Hocque ou qu'un Gaufridy. Les plus puristes seraient mal venus de lui dénier cette qualification, que ses œuvres justifient et daus le fond et dans la forme.

D'autres ne la méritent pas moins, en réalité, modernes nécromanciens qu'absolvent les apparences.

J'ai défini la sorcellerie : la mise en œiwj-e,pour le mal, des forces occultes de la nature. Le Magnétisme tombe sous la définition dans la plupart des cas ; le Spiritisme, dans presque tous.

Tâchons, en effet, d'enfermer la notion de ces deux arts dans une formule générale.

Qu'est-ce que le Magnétisme, au dire même des magnétiseurs ? — La sujétion ' d'un être pensant à la volonté d'un autre être ; je traduis : l'annihilation du libre-arbitre ".

• Ne pas confondrfi Sujétion et Suggestion. Voir la distinction établie au mot Magnétisme dans le petit dictionnaire de noire chapitre v. La Sujétion est l'étal des êtres qui obéissent liabituellement à des suggestions.

* Tous les magnétiseurs ne procèdent pas ainsi. Ceux qui se bornent à la lliérapeutique par l'inrusion des Quides vivifiants, sont les adeptes de la Maîtrise vitajf : leur œuvre est saine el louable, généreuse el bienraisanle. Mais, de la Iransmission biologique à l'emploi de la suggestion, la pente est bien glissanle. Quel magnétiseur peut se Qatler de ne l'avoir jamais francliie?

Qu'est-ce que le Spiritisme j de Faveu même de apologistes ? — L'évocation des morts ; je traduis : la rétrogression temporaire, vers un mode inférieor d'existence, des âmes en voie d'évoluer vers un mode plus parfait *.

Donc, à moins d'un but supérieur, poursuivi (puis atteint), qui légitime le m/il actuel^ en vue cTun pbu grand bien à venir ^ je dis que l'œuvre des magnétiseurs et des spirites est — en principe — une œuvre néfaste.

Quant à la force quelconque mise en action par eux afin d'obtenir ces résultats, nul ne contestera sérieusement qu'elle soit qualifiable d'occulte.

D'où il résulte, qu'en principe et sauf exception, magnétiseurs et spirites, employant une force occulte à l'accomplissement d'une œuvre mauvaise^ sont, sciemment ou non, des sorciers.

Et je conclus de la sorte, en partant de leurs prémisses I

Que serait-ce, en vérité, si je prenais pour point de départ les principes que pose, sur un autre terrain, la science traditionnelle des mages ? — Sans empiéter sur les développements du livre II, je puis laisser

' Je sais bien que tous les Spirites a^admettraieat pas cette paraphrase. A les entendre, le but de leur science est de faire tomber la barrière qui sépare Thomme terrestre de rhomme posthume. Pourtant, ils enseignent l'évolution progressive des êtres. Faire revenir momentanément vers une étape déjà fhmchie un être en voie d'ascension, n'est-ce point le faire rétrograder? Mais les Spirites ne se piquent pas d'être toujours conséquents.

entrevoir à quelles conclusions nous amèneraient de telles prémisses.

L'état de sujétion magnétique n*est autre, en définitive, que 1 aliénation temporaire d'un être, auparavant libre et possédé désormais. Cette possession plus ou moins despotique et plus ou moins durable est le fait d'un daîmon^ (existence vampirique et parasitaire), que le magnétiseur a déterminé en puissance dans la personne du sujet.

Il est vrai que les cas différent. — Si la suggestion se limite à contraindre le sujet dans un cas précis, en vue d'accomplir un fait isolé, le daïmon reste potentiel jnsqu'à l'heure voulue, et périt sur le coup, lorsqu'il passe de puissance en acte. — Mais si la suggestion se prolonge, en vue de déterminer une série d'actes similaires, souvent à longue échéance, le daïmon qui constitue le lien virtuel, le vivant substratum de ces actes déterminés en puissance, et dont la réalisation s'échelonne sur la route du futur; ce daïmon, dis-je, s'empare alors du sujet, et le possède en raison directe du déterminisme où se meut la vie latente de ces actes, nécessités à venir^.

* Jè donne au mot Démon l'orthographe grecque (dai/Aûv), pour qu'on ne se méprenne point jusqu à supposer qu'il s'agit du Diable, quand j'emploie ce mot — démon — au sens où l'entendaient Porrphyre et lamblique.

> Chacun peut déterminer en soi de pareils êtres, véritables cancers de Tâme, dont la vie, toute d'emprunt, cherche à se développer aux dépens de la vie de Tàme qui les alimente. Ce qu'ici nous enseignons est plus terrible qu'on ne saurait croire. Les penseurs trouveront dans notre théorie (qui sera déduite au livre II) la clef ^des habitudes impérieuses et parfois indéracinables

Voilà pour le Magnétisme.

Quant au Spiritisme^ disons seulement que la prétendue évocation des soi-disant esprits n'a d'autre effi^ en règle générale, que de rendre présents ou même de créer des êtres non moins lémuriens et parasitaires, toujours inutiles, très souvent nuisibles, quelquefois funestes irréparablement.

Madame Blavatsky voyait juste et loin, lorsqu'elle

prédisait que la conséquence ultime de renvahissement

'; spirite en Occident serait, à bref délai, la perte assu-

l rée et la ruine totale de milliers d'âmes, inconscientes

\ victimes d'Allan Kardec et de sa doctrine subversive.^

Plusieurs se sont étonnés de m'entendre émettre une opinion si défavorable au spiritisme et combattre obstinément une sorte de religion qui compte parmi ses apologistes un certain nombre d'écrivains respectables et même de vrais savants. Je dirai plus : tels spirites (Louis-Michel de Figanières, par exemple) étonnent reToccïïUistes parTa puissance de leur intellect et l'audace de leur intuition. Leurs œuvres, chaos d'ombre et de lumière, abondent en vues hardies et profondes : il peut être utile de les étudier au flambeau de l'occultisme.

On voit que je ne nie point de parti pris la valeur des spirites. Je ne suis sévère pour une doctrine au total des plus remarquables, qu'en raison des terribles conséquences où elle aboutit fatalement : la promiscuité psychique et l'anarchie spirituelle.

Ce qui manque aux Docteurs du Spiritisme, c'est le discernement des esprits.

■J'ai dit et je maintiens qu'il n'est pas impossible d'établir, sans tomber par là aux pièges de l'Ennemi. des relations directes avec les Inlelligences supérieures et même avec les Ames déliées des entraves charnelles. Le culte des Ancêtres consacre, en Chine et ailleurs, la réalité de ces rapport» ; mais ces rapports ne peuvent s'établir que sur une échelle hiérarchique. Il y faut une science que ne soupçonnent pas même les adeptes du Spiritisme, et l'emploi de procédés dont l'initiation seule peut conférer le secret."

Il ne faudrait pas croire que le Spiritisme fût d'invention nouvelle. Les formes lémuriennes qui, de tous temps, ont paru se complaire à passer pour des âmes d'outre-tombe, décevaient les hommes, bien avant que les Esprits frappeurs , émigrant du nouveau monde, encombrassent l'ancien de leur présence tapageuse ; bien avant qu'Allan Kardec formulât son Evangile spirile et que le baron de Guldenstubbé obtînt les phénomènes d'écriture directe dont il se montra si glorieux.

L'évocation des morts aimés et des génies ambiants du Cosmos était une coutume familière à tous les peuples antiques : il n'est pas jusqu'au mode de communication devenu de rigueur — tables tournantes et parlantes — qui n'ait été mis en usage dès les temps les plus reculés. Tout l'Orient y avait recours bien des

t*lcetle science estlaThéurgie, et ces procédés tiennent à l'art du pBfchurge.

siècles avant notre ère, et sans sortir du domaine classique de l'érudition gréco-latine, Tertullien non est garant qu'il n'était chose plus commune sous rEo" pire que les tables oraculaires — mensœ divmatorm — qui répondaient au consulteur par un système de coups frappés. Le même auteur signale encore les chèvres sybillines — capellas dimnatùrùiSj — dont le pied fourchu battait la réplique ^ au moyen d'un alphabet percussif également connu d'avance.

On a pu lire aussi, dans Ammien MarceUin, quelles violences déploya contre les fervents de ces sortes d'oracles, le zèle des premiers Empereurs convertis au Christianisme.

Quand se fit en Europe, vers 1853| Tinvasion de la méthode américaine des communicafions spirites, avec tout l'appareil des tables tournantes, des guéridons parlants et des oracles par coups frappés {Knoekings, rappings), ce fut une fureur, un délire... Tout d'abord, les tables avaient craqué, bondi, valsé, sous l'imposition des mains, puis sans contact. L'émulation gagna, par la suite, chapeaux, chaises et guéridons.

Mais la danse des meubles ne tarda guère à paraître banale ; le merveilleux alla crescendo : les crayons écrivirent d'eux-mêmes ; des mains lumineuses, comme celle de l'ange au festin de Balthazar, apparurent à leur tour; elles furent vues, touchées, palpées... Enfin l'Invisible, se familiarisant avec les hôtes du monde matériel,y se fit voir, se compacta, se matérialisa : des fantômes apparurent, sous des formes précises et vivantes.

Que fallaît-il, en dernière analyse, que faul-il encore d'hui, pour voir s'accomplir toules ces merilles? — Une seule condition s'impose, loujours et \ partout invariable : la présence d'un intermédiaire, d'un tnèdknn.

Interpellé de dire en quoi consiste essentiellement un médium, nous le définirions un homme (ou une femme) malade d'une incontinence vitale, et s'épuisant à nourrir de sa substance flui^ique (irop espansive et complaisante aux emprunts), une foule de larves parasitaires, qui grouillent ei se multiplient \dans son atmosphère astrale , dans son nimbe occulte.

Si cette définition semblait obscure, nous supplierions le public de patienter jusqu'à la mise au jour de notre deuxième septaine, oii les dernières précisions lui seront fournies '.

Tous commentaires ésotériques seraient ici mal à leur place — et, qui pis est, prématurés. Nous ne nous sentons que trop de tendance à barioler ce premier livre, purement documentaire, d'entrefilets explicatifs qui sont des hors-d'œuvre.

Donc, la condition sine quâ non des prodiges où les spirites veulent voir l'action directe des âmes désincarnées, c'est l'intervention, strictement passive, d'un bon médium. Autour de lui, éclatent des trombes

< Qu'il veuille se reporter, d'ores et déjà, aux Myaléres de la Solitude, publiés dans les n" 3 et 7 de l'Initiation (2' année, pages 101-123 et '23-37). Nous y avons tiré au clair bien des ques- Udqs mystérieuses.

de phénomènes, tout pareil» à ceux de Gideville, décrits plus haut *.

Les prétendus Esprits communiquent-ils par coups frappés ? C'est au moyen d'un alphabet semblable e& tout point à celui qu'imagina M. de Mirville, au presbytère.

Se manifestent-ils par des apparitions 7 C'est sous une forme très analogue à celle du fantôme qui, suivant à la trace le jeune séminariste, se tenait constamment derrière lui.

Pour les spectateurs, tout se passe de même qu'à Gideville : les uns, comme l'enfant, voient une forme humaine; d'autres, comme les ecclésiastiques, distinguent seulement une colonne mouvante et vaporeuse ; il en est, enfin, qui ne perçoivent rien du tout, comme ce fut le cas de plusieurs témoins accourus des environs.

Les analogies ne se bornent point là. Les objets pesants se déplacent, s'envolent, déambulent, reviennent à leur point de départ; ou, s'étant élevés à plusieurs pieds du sol, retombent sans bruit.

Des formes nuageuses se précisent, se condensent; des mains apparaissent... (comment ne pas penser à celle qui décocha sur la joue du pauvre garçon un maître soufflet?).

* Oû peut dire à un certain point de vue, qu*à Gideville, le plus jeune des séminaristes était devenu un médium, manifestatif non seulement des larves que mettait en œuvre le berger Thorel, mais aussi de la forme sidérale de ce magicien, elle-même envisagée comme une entité lémurienne et parasitaire.

iLuniineiises le plus souvent, ou encore couleur de ces mains soitenl d'un brouillard mouvant. fBurs conlours, netlemeul accentués, devienftenl indécis vers la ri^gion du poignet : la ligne hésite alors, tremble dans un halo, et finit par se perdre par dégradations insensibles dans le remous vaporeux de l'avant-bras.

Ces mains sont palpables ; ceux qui les ont touchées les comparent volontiers à des gants de peau gonflés d'air tiède ', on n'y sent point d'os, et si, les ayant saisies, on veut les retenir de force ou qu'on les tire à soi d'autorité pour découvrir le bras auquel elles se rattachent, le tout devient une vague ébauche : une agrégation de substance problématique, inconsistante et qui fond sous les doigts...

Parfois encore, les mains apparaissent noires et velues, comme à Cideville. Elles agissent en tous cas, avec une liberté absolue et une parfaite aisance, si bien qu'on ne peut douter qu'elles ne se rattachent à un corps humain bien vivant et normal, quoique invisible. Quand la main s'est bien précisée, seule et ■dépourvue de support apparent, il n'est pas rare de voir le corps invisible s'objectiver à son tour; totales ou partielles, ces coagulations se dissolvent aussi aisément qu'elles se sont compactées.

Visiblement, ces extério rations épuisent le médium : plus elles se multiplient, plus il paraît las. Sentant alors le besoin de faire provision de force nerveuse,

il saisit les mains d'une personne jeune et bien portante, qui éprouve aussitôt la succion fluidique de ce vampire de salon. C'est une sensation délicieuse de langueur, accompagnée de frissons. Et de fait, la température ambiante baisse de plusieurs degrés, en ' moins d'une minute. Des souffles glacés courent en tous sens, à la manière des ventSH^oulis. Ces phénth;, mènes atmosphériques s'accentuent de préférence i l'instant précis des objectivations importantes parleur volume et leur netteté.

Les médiums sont plus ou moins solidaires de tous ces spectres. Je m'explique.

Lorsqu'il advient qu'un spectateur malavisé frappe ou blesse les apparitions lumineuses ou condensées en forme humaine, qui se manifestent autour de ces êtres maladifs, ceux-ci subissent immédiatement le contre-coup de la blessure faite au fantôme. Si l'arme dont on a fait usage est aiguë, l'égratignure, ou tout au moins une marque en apparence de cicatrice, ne tarde point à marbrer la peau du médium.

Ce phénomène répercussif est communément sans gravité, quand l'agresseur n'a lésé qu'une larve évoluant dans le nimbe occulte du médium ; Taccident est beaucoup plus sérieux, si le coup de pointe a entamé la substance même de l'expérimentateur en sortie de corps astral *.

i Le phénomène observé à Cideville, d'une étincelle suivie de fumée, signale la dissolution complète et définitive d'un coagulât fluidique; comme Thorel survit, c'est que la pointe n*a dissous

Dans une séance publique donnée à New-York par Z***, puissant médium à matérialisations, un Yapkee croit spirituel d'essayer son hull-dog sur le fantôme, ju'il frappe d'une balle, à bout portant. Aussitôt un cri ie détresse se fait entendre à plusieurs pas en arrière: le pauvre médium, tombé sans connaissance, a la poitrine tachée d'une profonde ecchymose ; et pourtant il n'a pu recevoir la balle, qui s'est fichée au mur, lans la direction inverse ; car l'Américain, se trouvant gissis juste dans l'espace qui séparait du médium le ipectre condensé, a visé droit devant soi, par conséquent à l'opposite du médium. Atteint par voie répercussive, ce dernier resta suspendu plus d'un mois entre la vie et la mort. Il ne guérit qu'à grand'peine.

Ce fait, véritablement typique, m'a été certifié par ime personne des plus sérieuses, qui le tenait ellemême d'un témoin oculaire de cette triste scène.

Il n'est point mal à propos de faire un nouveau rapprochement avec le cas du berger Thorel, dont le nsage présente toutes les cicatrices des coups portés la veille à sa forme astrale. Ceci nous amène à mentionner encore un des mille détails que nous avons dû Dmettre, en résumant l'affaire de Gideville. Le curé rinel avait chargé un pistolet de cendrée, pour abattre les moineaux. Au plus fort de la mystérieuse bour-

|u*une larve : UQ pareil coup atteignant le corps astral lui-même 2Ût été mortel au sorcier.

Dans ce cas, on eût trouvé, le lendemain, Thorel mort chez lui, et jans doute eùt-on collé sur cet accident une étiquette péremptoire ; rupture d'anévrisme.

rasque, il tire dans la direction du bruit. L'enfant, qm seul voit distinctement la forme du berger, le déclare atteint de deux plombs en pleine figure. Le lendemain, on vérifie sur le visage de Thorel, la marque des deux plombs, parfaitement distincte!...

L'identité des phénomènes est constamment indéniable, qu'il s'agisse de Spiritisme ou de Sorcellerie: et nous n'avons que faire de multiplier ici les ezempleB et les témoignages. Si sceptiques et mal disposés que puissent être nos lecteurs à convenir de pareils prodiges, qu'ils veuillent prendre la peine d'assister à quelques séances de Spiritisme, et leur incrédulité tombera devant l'éloquence des faits.

Il y a des médiums de toute sorte : les uns sont dits à effets physiques^ c'est-à-dire que des phénomènes tels que coups frappés, déplacements d'objets, lévitation, etc., se produisent autour d'eux; — d'autres sont dits à matérialisations: des formes visibles et tangibles se condensent en leur présence, formes tantôt lumineuses et diaphanes ou colorées et opaques, tantôt d'êtres vivants, ou même de choses inanimées, tantôt d'objets stables et parfaitement évolués, ou d'agrégations fugaces et sujettes à se dissoudre. — 11 y a enfin ceux qu'on appelle médiums à incarnations.

Le cas de ces derniers n'est pas le moins surprenant, ni surtout le moins digne d'examen.

Ils offrent pour un temps l'hospitalité de leur corps à des êtres qui s'incarnent en lui, et qui, prenant possession des organes, les actionnent et les gouvernent à leur fantaisie. Nous avons été, dans cet ordre de

MODERNES AVATARS DU SORCffiR

^ phénomènes, témoin de scènes étranges, slupéfiantes... En quelques secondes, le possédé volontaire est modifié, corrigé, transmué de fond en comble, au modèle intérieur du daïmon qui s'est emparé de lui.

La baguette de Gircé n'était pas plus prompte, à coup sûr, ni ses effets plus prodigieux. — Le médium est méconnaissable : sa posture, sa vois, son regard, ses gestes ont cbangé brusquement; ses traits sont transformés eux-mêmes. C'est une soudaine métamorphose de toute sa personne...

Un autre homme est devant vous. Et (chose ef- , frayante I ) il semble parfois que Celui qui est là soit un être connu du spectateur, un être chéri, mort depuis de longues années... ressuscité tout à coup dans la peau d'un étranger, d'un prête-corps, — le premier venu, qui, àcetle heure même,ignore jusqu'au nom, jusqu'au fait de l'existence passée du mort qui revit en lui !

Comment douter, cependant? La ressemblance éclate, positive et paradoxale tout ensemble, — d'autant plus impressionnante qu'elle s'affirme psychique, surmondaine et comme spirilualisée, plutôt que plastique et matérielle; car il faut qu'elle s'accommode aux traits fonciers du médium : l'ossature ne change point, en effet, et seules, les surfaces molles et charnues se modèlent au patron morphogénique du sculpteur interne, dont l'art instantané s'exerce avec empire, du dedans au dehors 1

C'est une autoextérioration : à travers Vécorce charnelle de l'évocateur, transpire l'interne évoqué. L'àme passagère imprime son effigie propre sur la face du

médium qui subit son étreinte intime, virtuelle, hype^ physique...

C'en est fait : la physionomie de Têtre qui s'incarne s'est plaquée sur la maquette passive de Tintermédiaire qui s'offre à Tincarnation.

Et c'est un spectacle émouvant, inoubliable !

Vous retrouvez les gestes, Tattitade ; les inflexions vocales de l'être aimé ; par la bouche du médium, il vous parle des choses de naguère ; il remue la cendre des vieux souvenirs enfouis au plus profond de votre âme, et dont lui seul partageait avec vous le secret!

Des larmes mouillent vos yeux ; une invincible émotion vous étreint au cœur. Plus de doute possible, c'est bien Lui I . . .

Et vous rentrez chez vous bouleversé, sûr de l'avoir revu, — à vrai dire mystifié et déçu par un élémental, ou même une larve de l'atmosphère seconde.

Cet être équivoque, miroir pseudo-psychique, a reflété l'image du défunt, toujours vivante au tabernacle de votre mémoire. Evertuant et précisant, pour les reproduire, des empreintes de jadis sur le point de s'effacer en vous, — cette larve vous a raconté votre âme. . .

On conçoit la portée terrifiante de pareilles mystifications... Les élémentaux, comme tous les êtres ambigus et semi-conscients de la Lumière négative, sont aimantés d'instincts pervers *. La moralité de ceux qu'ils hantent habituellement n'y résiste point.

* La lugubre aventure nous est connue d'une veuve irréprochable

MODKRNES AVATARS DD SORaER

^K Un grand nombre de médiums ont glissé sur cette

pente, jusqu'au marais où croupissent les âmes dans

la plus abjecte dépravation. L'Onanisme est chez plus

g d'un la moindre conséquence de cette dégénérescence

morale. J'en sais plusieurs qui se nourrissent humano

|. semine; celte habitude dégoûtante est passée chez eus

u À l'état de manie furieuse. C'est au point qu'ils vont de

I porte en porte, offrir à domicile leurs honteux services.

J'en sais qui portent sur leur visage le stigmate

indélébile de cette perturbation profonde des instincts.

Il en est même un, des plus puissants et des plus

connus, que la nature a désigné d'avance pour

d'étranges destinées. Loin de suivre ses collègues dans

la voie des aberrations sexuelles, celui-là n'a qu'un

rêve : l'amour normal. C'est, avec une têle mâle et une

moustache conquérante, la femme la mieux constituée

du monde. Cette androgyncest parfaitement réglée et

d'humeur très galante. Deux de mes amis en savent

quelque chose...

Mais assez sur ce sujet.

On a pu lire, au chapitre premier, quels exploits plus

et des plus dévoles, qui ?i'est perdue à tous les sens, pour s'Alre livrée avec abaadoD au soi-disant esprit de son mari, mort récemment, et qu'elle adorait. Elle n'a été que trop heureuse de le retrouver au paradis des phénomènes spirites.

L'être problénialiquo qui se donnait pour l'âme de son ime, l'a persuadée que des rapports conjugaux pouvaient rétablir entre elle etluirinlimilé d'antao. A l'heure qu'il est, celle malheureuse est tout à Tait sombn^e dans le tréfonds du gouffre incubique. Son corps est mourant, son âme est morte.

qu'indécents sont familiers aux êtres insaisissables et protéiformes qui se meuvent autour des médiums

de profession (voy. p. 114-115). La danse des tables, même obtenue en famille, ne présente pas des dangers moins alarmants pour l'bonneur des femmes, la chasteté des jeunes filles et Tinnocence des enfants. — Pères et mères (s'écrie un savant fort expert aux choses du Spiritisme, M. Bonjean de Ghambérj),. pères et mères, qui ne tenez pas à développer chez vos filles des sentiments prématurés; époux qui tenez au repos de vos moitiés, méfiez-vous de la chaîne magnétique en général, et de la danse des tables en particulier !

L'on n'étonnera personne, en imputant au Magnétisme des effets tout aussi désastreux, entre les mains d'expérimentateurs téméraires, imparfaitement initiés, ou dépourvus d'une haute et sévère moralité.

J'ai vu, il y a sept ans, réussir cette expérience criminelle : un médecin, que je ne nommerai pas, suggère à une jeune Israélite endormie qu'un verre d'eau, qu'elle trouvera près d'elle en s'éveillant, est plein d'un poison terrible. Ordre lui est donné néanmoins de le boire d'un trait.

— Mais Salomé en moury^a, objecte la juive (ce jeune sujet manifestait dans son sommeil deux individualités très distinctes : il avait coutume de parler de sa propre personne, comme d'un tiers parfaitement îndiflférent).

— Salomé en mourra^ répond le Docteur, sinistre écho.

La jeune fille s'éveille et vide le verre sans hésiler. Aussitôt, son visage se décompose ;

— C'est du feu, ce que j'ai bu là ! Au secours .',..

La malheureuse, n'ayaat pas gardé le moindre souvenir de ce qui lui avait été prescrit dans son sommeil, crojait avoir agi spontanément.

Six minutes après l'ingestion de cette eau claire, elle vomissait, entre deux crises convulsives, une abondance de sang vermeil.

Le Docteur terrifié n'eut que le temps de la rendormir, pour mettre à néant, par une suggestion nouvelle, l'ancienne suggestion.

Il ne lui fut pas difficile d'y parvenir; mais ce qu'il ne put réparer, ce furent les conséquences Iraumatiques de celte inqualifiable expérience. La pauvre enfant vit la mon de près: un ulcère ronds'étant ouvert dans son estomac, elle ne dut qu'à la sève de sa robuste jeunesse la lente guérison d'une affection aussi grave. Et de son côté, le jeune praticien, qui n'était pas un méchant cœur, fut tout àfait guéri, j'imagine, de la démangeaison des expériences téméraires.

J'ai vu également une jeune et jolie fille du peuple, la plus modeste et la plus honnête, so mettre toute nue, et pincer, dans cet appareil, un rigodon des plus lestes. Onze personnes étaient présentes, dont trois jeunes docteurs, quatre étudiants, un pharmacien, tous des jeunes gens !

Pour obtenir ce sacrifice de ses dernières pudeurs, il n'avait pas été même nécessaire de l'endormir. Lui prendre la main et la fixer dans les yeux, en réitérant

deux fois Tordre d'ôter sa robe, avait suffi.... Elle était littéralement ensorcelée : le démon de la danse impure la possédait.

Quand rhabillée et sortie de Tétat de charme, on lui raconta ce qu'elle avait fait, elle rougit jusqu'au cou, mais n'en voulut rien croire.

C'était prévu. — L'inventeur de cette galante équipée, qu'on eût fort surpris en la qualifiant de petite infamie, s'était grossièrement saisi d'une pièce à conviction, la plus insultante qui fût pour la pauvre fille, mais aussi la moins récusable... A présentation de cette preuve matérielle et péremptoire, elle pleura toutes les larmes de ses yeux.

Et quand on la rendit au père trop crédule qui avait, pour un louis, confié sa fille au D' ***, nul ne s'avisa de vanter le succès d'un aussi lâche abus de confiance. Elle-même se tut, dévorant l'outrage que plus de six ans écoulés depuis n'ont pu lui faire oublier!

Enfin j'ai vu, de mes yeux vu, un jeune garçon frapper sa mère, dans la région du cœur, de trois violents coups de poignard (on pense bien qu'il s'agit d'une de ces armes de théâtre, dont la lame rentre dans le manche, au moyen d'une détente habilement ménagée). Le sujet, qui avait dix-sept ans, se trouvait parfaitement éveillé, mais sous le despotique empire d'une suggestion.

Ceux qui savent combien sont fréquents les cas de récidive, dans l'acte impératif interne qui détermine l'accomplissement de la volonté suggérée, comprendront toute la témérité de cette troisième expérience.

Quel fléau que le Magnétisme aux mains imprudentes ou peu scrupuleuses ! Encore les auteurs des trois exploits relatés plus haut ne sont-ils pas des méchants ; leur but n'était point criminel. Ils obéissaient, tout au plus, à une curiosité malsaine décorée à leur propres yeux du nom respectable de zèle scientifique : ils se réclameraient au besoin de ces privilèges de franchise expérimentale, qui sont réputés imprescriptibles au tribunal de la conscience moderne.

Mais supposons un criminel assez instruit pour plier les procédés classiques de l'hypnotisme à Taccomplissement de ses mauvais desseins. S'il tombe sur des sujets sensibles, il s'en servira comme de bras occultes, pour frapper quiconque est un obstacle à son ambition : tandis que, souriant et blotti dans l'ombre, sans péril de se voir découvert, il attendra que ses victimes, abattues l'une après l'autre, jonchent de leur cadavre le sentier qu'elles obstruaient de leur encombrante personnalité.

Qu'on y prenne garde ; j'affirme que non seulement le misérable pourra voler, assassiner et le reste par procuration, mais encore se mettre à Tabri de tous soupçons indiscrets.

On a raconté que de savants psychologues, doublés d'habiles physiologistes, avaient pu, dans un cas de ce genre, démasquer un scélérat, en débrouillant Técheveau fort complexe de ses ruses d'hypnotiseur ; mais

je soutiens qu'elles étaient mal ourdies. La Providence avait permis que cet homme, jugeant impossible que les soupçons se portassent tout d'abord sur lui, omit quelque chose dans les précautions dont il s'entoura. Et de fait, ses calculs étaient allés au-delà même de ce qu'il eût importé de prévoir en toute autre circonstance. Il s'était dit : <( Je connais mon somnambule; il ne garde, en l'état de veille, aucun souvenir des choses qui lui sont suggérées pendant l'hypnose. Je vais donc lui mettre en tête de frapper N... à mort ; en commettant ce crime, il croira librement agir. Pour plus de sûreté, je peux lui persuader encore qu'il hait N..., coupable envers lui de quelque injustice supposée; il avouera donc aux magistrats qu'il a tué N... par vengeance. Et tout le monde le croira »• — Le drôle avait parfaitement raisonné ; tout ce qu'il avait prévu se réalisa à la lettre*. Par malheur pour lui, un double hasard providentiel voulut : 1** que le juge instructeur, s'étant pris depuis quelques mois d'une belle toquade pour Thypnotisme, eût l'esprit tourné de ce côté ; 2® qu'il eût appris, on ne sait comment, que l'inculpé servait habituellement de sujet au vrai coupable. Il n'en fallut pas davantage pour perdre celui-ci. Le magistrat flaira de suite la vérité ; ayant pris con-

< Où avons-nous lu le récit de cette affaire? G*est ce qu'il nous a été impossible de retrouver. Aussi ne le donnons-nous que sous d'expresses réserves. — Quoi qu'il en soit, nul expérimentateur un peu averti ne contestera la possibilité de ces faits, ni la logique et la vraisemblance de leur enchaînement : tels quels, ils peuvent servir de base à une argumentation.

seil d'un ami compétent, il s'avisa d'endormir l'homme qui d'ailleurs s'obstinait, comme on l'avait prévu, à soutenir qu'il avait agi de son plein gré, par vengeance. Sitôt endormi, la mémoire lui revint de ses précédents sommeils, et l'odieuse trame de ténèbres s'étala d'elle-même au grand jour.

Mais l'hypnotiseur aurait dû prévoir cet improbable aléa. II semble même étonnant que, criminellement résolu comme il était, il n'ait pas pris la précaution de suggérer le suicide immédiat à l'auteur du fait matériel '. Chacun eût dit : <• Il a tué par vengeance ; il s'est tué par remords!... <>

En admettant même qu'un tel misérable regardât à deux cadavres au lieu d'un — mais était-il homme à reculer devant un forfait de plus? — du moins pouvait-il suggérer à son somnambule de ne garder aucun souvenir dans ses sommeils ultérieurs, ou même lui persuader que jamais plus on ne pourrait l'endormir.

Toutes les suggestions, sur un sujet sensible, s'accomplissent d'une sorte mathématique. Provenant

' Qa'oa ne nous [a\e pas d'imprudence et de légèreté, sous prétcite que nous montrons comment le vrai coupabte aurai! pu déjouer les poursuites, ou mCme assurer à (oui jamais son impunllë par un nouveau crime. Sans doute, nous serions impardonnable d'en user de la sorte, si la théorie de ta suggestion n'clait devenue banale, même parmi les iftnoranls. Dieu merci ! nous n'avons pas sur la conscience la faute d'avoir jeté celte arme terribte aux mains des premiers venus; mais enfin, puisque celta divulgation est un Tait accompli, qu'on ne nous parle pas de mesure k garder. La réticence, au point où nous en sommes serait une précaution hypocritement vaine, une parade de sotte prudence, une insupportable coquelteri« de vertu.

même de sources différentes, elles se lient et s'enchainent avec une logique inflexible. L'âme du somnambule est une cire molle, et qui durcit sous les doigts du pétrisseur ; le tout pour le magnéliste est d'arriver premier au modelage *. — L'expérience suivante, dont je me fais garant, en fournit la démonstration péremptoire.

Un jeune docteur de mes amis, sans endormir M"* B..., lui contracte par suggestion les muscles de la main. J'essaye aussitôt, mais vainement, de me mettre en rapport assez intime avec elle, pour rendre cette main crispée à son état normal. Passes, souffle, suggestions, ordres formulés sur tous les tons — chose inutile.

De guerre lasse: « Dormez! » dis-je à la jeune fille. Elle s'endort sur le champ, debout. Je m'assure avec soin que tout son organisme est sous ma domination, sauf la main crispée, qui résiste et s'obstine ! Une idée me traverse l'esprit : « Je romps, m'écrié-je, tout lien, tout rapport entre le docteur et vous ! » En vain:

* L'on a cru ruiner la théorie de la suggestion, dans ce qu'elle a d^absolu, en insistant sur la résistance prodigieuse et parfois insurmontable qu'oppose à des suggestions immorales ou criminelles une conscience honnête, façonnée dès l'enfance au Bien. — L'objection est facile à lever. Qu'est-ce, en effet, que l'éducation (cette orthopédie morale), sinon tout un édifice de suggestions antérieures, non seulement superposées avec patience, mais encore cimentées avec art?... Cet édifice, il faudrait l'abolir tout d abord, avant de prétendre y substituer un échafaudage de suggestions inverses. Bref, pour reprendre notre comparaison première, avec de telles natures, l'instigateur au Mal n'est pas arrivé premier au modelage : la cire a durci sous d'autres doigts que les siens.

M0DERNB8 AVATAHS DU SOROSA 415

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la contracture est rebelle à ces eflfbrts. Tardivement convaincu de mon impuissance, je réveiUe enfin M"* B... et le docteur s'approche d'elle pour détruire la suggestion première. Stupeur de tous deux : j'ai rompu tout lien suggestif entre elle et lui, si bien qu'il échoue à son tour. C'est ici le point curieux et, je crois, assez neuf de l'expérience : force me fut de rendormir M"* B... et de rétablir le rapport entre elle et mon ami, pour qu'il pût enfin décrisper cette main tenace.

Quand on songe à la toute-puissance relative que, grâce à Mesmer, peut acquérir le premier venu sur certaines natures passives ou timorées, on est tenté parfois d'émettre sur cet homme un jugement sévère jusqu'à l'injustice. C'est un triste cadeau, se dit-on, qu'a fait à l'humanité ce fameux médecin, vulgarisateur étourdi d'une science qui voudrait être pratiquée à l'instar d'un sacerdoce, et que l'antiquité religieuse n'enseignait d'ailleurs à ses adeptes que dans la crypte des mystères, à l'ombre d'un autel où les dieux manifestaient leur présence effective nj'»3ttr Shéekinah^ au sein même de la Lumière de gloire i"i« sio ]'»« Aîn- Soph-Aôr. Dans cette atmosphère sacrée, le dragon de l'Astral inférieur ne pénétrait point. On n'y connaissait pas les mirages de l'illusoire .Tiury Ashiah — et, même en dehors du sanctuaire, les larves avides fuyaient, épeurées, au seul aspect de ceux qui avaient franchi, fut-ce une fois, le quadruple cercle mystique de l'Alliance. Ceux-là portaient un signe au front; le

baptême du feu-principe les avait régénérés. Dès lors, ils pouvaient partir, quitter Memphis ou Thèbes, regagner leur patrie... Thérapeutes de rame et médecins du corps, ils se sentaient missionnés d'En-Haut, pour répandre sur le monde profane rirradiation toujous pure et bienfaisante de cette flamme, dont le foyer tatélaire se concentrait, invisible, dans les profondeurs di tabernacle.

Hélas ! aujourd'hui... Tubiquité du mensonge aslnl nous enserre de son tumultueux influx ; le caducée d'Hermès et d'Esculape se change aux mains des mauvais en glaive exterminateur, quand il ne devient pas la baguette de la plus basse et de la plus abjecte goëtie. — 0 miraculeuse baguette! les savants qui t'ont ramassée te manient gauchement et vont jusqu à nier ton existence, quand tu brilles encore dans leur main...

Cette magnifique puissance, jadis l'apanage des plus hauts initiés, après avoir — très reconnaissable et sublime jusqu'en son abaissement — allumé Tathanor aux officines secrètes des alchimistes Rose i^ Croix du moyen âge et de la Renaissance (les Jéchiel, les Abraham le Juif, les Paracelse, les Fludd, les Van Helmont), s'est prostituée tout à fait par l'entremise de Mesmer, qui l'a livrée, en la vulgarisant, aux mains ignorantes, maladroites et perverses.

Mesmer était-il un intuitif ou un initié? toute la question est là. — Dans le premier cas, en dépit même des lacunes et des incohérences de son système, il fut un remarquable inventeur : on ne peut guère, en bonne

•MODERNES AVATARS DD SORCIEB Ml

justice, le rendre responsable des abus que devait eii- Iraîner sa découverte. Dans l'aulre hypothèse, il fut un grand criminel, un traîlre et un profanateur.

Le Magnétisme, pour n'être que bienfaisant, devait demeurer occulte. Mais au point où nous en sommes, il n'y a plus à reculer : les initiateurs auraient mieux iait peut-être de ne pas entreprendre une pareille divulgation; mais enfin, ils en ont dit trop ou trop peu : f qu'ils parlent donc, puisqu'ils n'ont pas su se taire.

Si le Magnétisme, à l'heure présente, n'est pas divulgué sous son vrai jour, il déterminera fatalement une crise terrible dans l'ordre moral : l'élernel problème du libre-arbitre semblant se résoudre par la négative, on verra la boussole psychique s'affoler et perdre sa normale orientation. Enfin — signe avant-coureur des grands cataclysmes cosmiques — les notions du Mal et du Bien seront de nouveau confondues.

L'on eût évité ce péril extrême, à l'instar des hiérophantes de Thèbes et d'Eleusis, en réservant une telle puissance aux adeptes d'un enseignement hiérarchisé, sous la garantie de l'initiation. Gela n'est que trop vrai. Mais est-il opportun d'y tant insister? A quoi bon récriminer sur des faits accomplis? mieux vaut dire un mot des théoriciens modernes du Magnétisme et ■de leur tentative, à coup sûr généreuse, pour le sauver des hontes de l'exploitation charlatanesque, en l'assimilant aux autres sciences.

Honneur donc aux Deleuze, aux Puységur, aux du Polet, qui ont aimé le Magnétisme d'un assez noble

amour, pour aspirer à le saisir dans son essence. A défaut d'une pleine réussite, du moins leur opiniâtre sagacité, s'exerçant à deviner les grandes lois de 1» nature, a-t-elle reçu comme salaire l'inébranlable foi qu'elles existent. Ces profanes ont intuitivement perçt certains reflets de la vérité-synthèse.

Honneur même aux magnétiseurs psychologues d» Técole de Braid. Si, incapables de pénétrer la nature du grand agent et les lois mystérieuses qui régiss^t les marées astrales, ils ont pris parti de nier ce» choses, du moins ont-ils construit une théorie toute superficielle, mais parfaitement rigoureuse, et qui rend un compte exact des apparences phénoménales. La Suggestion est une excellente méthode pour le groupement et la classification des faits ; rien de plus, rien de moins.

La doctrine en ce jour la plus accréditée rejette apriori Thypothèse du fluide^ instinctivement et Ton peut dire presque aveuglément soutenue par les disciples empiriques de Mesmer et les théoriciens diffus de son école. Ce dogme est à l'index de l'Université et nul n'ignore que ses professeurs monopolisent la vogue *...

' J'ai rendu justice à la théorie de la Suggestion, que les Braidistes ont mise au point, sinon construite de toutes pièces ; je veux dire à cette heure le petit côté de ces universitaires.

Depuis que ces Messieurs de la Faculté, s'étant installés sans vergogne dans la maison de Mesmer, ont eu le mauvais goût d*âccoler Tépithète de charlatan au nom du novateur dont ils dilapidaient (et par surcroît dénaturaient) l'héritage scientifique, la question du Jtuide est devenue pour eux, sans doute en haine ,du mattre, la

MODBRNES AVATARS DU SOROBS 419

^ . Eincore faut-il distinguer dans le camp des Brai- ^ distes. Les hypnographes parisiens ne sont peut-être ^ pas à citer pour modèles.

^ Ceux de l'école de la Salpêtrière, notamment — ^ jj|i» Charcot en tête, — font à vrai dire grand tapage: et l'on va voir que je parle au propre comme au figofé. . .54*^PP®U^^^^ d'amphithéâtre, dont ils décorent une 'ifoB scènes de leurs exploits, est un mot trop long de moitié. Ils soignent la mise en scène avec une sollicitude toute paternelle * : pas d'étalage qui leur répugne;

pierre de touche des hypnographes. — Haussez-vous les épaules à ce

seul mot — lejluide, — vous êtes un homme sérieux, un bon jeune

homme, un physiologiste d*avenir; vous êtes dignus intrare, et

du coup on vous décernera le brevet académique d'hypnotiseur,,,'^

^Aiais si vous avez le Tront de croire au fluide, vous voilà passé

Bjpanre bateleur, saltimbanque, affronteur et le reste. Ces gros mots

^ sont synonymes d'apôtre du magnétisme.

Il faudrait s'entendre, pourtant. — Les Braidistes font profession 1^ de croire que la suggestion se transmet san^ intermédiaire; que I son mécanisme est un phénomène purement interne, en Tabscnce de tout agent extérieur au sujet. — Je crois, avec tous les occultistes, à un médiateur plastique, transmetteur aux organes matériels des ordres du vouloir; j'ai défini, au Seuil du Mystère, CQi \gQiii de convertibilité de la pensée volontaire en acte accompli, ce substratum omnilatent de toute réalité phénoménale. J'estime que le son, la chaleur, la lumière, l'électricité, ces nescio qnid que les vieux physiciens nommaient fluides impondérables, sont les modalités manifestatives de cetagent, quiest leur corrélation, leur synthèse à tous. Je donnerai la preuve de ce que j'avance dans ma Clef de la Magie noire.

Cela dit, j'ajouterai que l'idée m'étant plus chère que les mots, je ne vois pas d'inconvénient à rebapliser le fUdde, comme on a rebaptisé le Magnétisme. Il faut être c(»nciliant... J'offre donc de renoncer au mot — fluide, — s'il est vrai que ce mot ait la vertu magique de rendre hydrophobes les irréconciliables de l'hypnotisme. * Nesont-ils pas les pères nourriciers du somnambulisme officiel — enfknt d'adoption, qu'ils ont eu la gloire de débaptiser, en subs-

aucun accompagnement orchestral qui leur soit étranger, — pas plus celui du tamtam et du gong chinois prodigués dans leurs expériences, que celui de la réclame la plus dithyrambique et la plus bruyante, consentie du plus grand nombre d'entre eux, pour ne pas dire encouragée de tous.

En revanche, ils font peu de besogne. Non seulement ils n^ont rien découvert , mais ils hésitent à sanctionner et à promulguer, même sous un nouveau nom, les plus incontestables principes, formulés en termes lucides par les professeurs de Nancy. — Moins tu^ bulente, cette École de Nancy; moins théâtrale, mais plus consciencieuse et plus hardie tout ensemble, et rccommandable à tant d'égards ; hostile à tous les usages du gong et du diapason, du tambour et du tamtam; soucieuse avant tout du vrai et de l'utile: induction rationnelle en théorie, thérapeutique expérimentale dans la pratique. Ses savants et modestes docleurs, les Liébeault, les Bernheim, les Beaimis et les Liégeois ont vérifié, précisé, étendu, consolidé cette belle théorie de la suggestion, entrevue par l'abbé Faria, et que Tanglais Braid devait réduire le premier en formule scientifique. Au point de perfection où les professeurs de Nancy l'ont amenée, c'est une souple et merveilleuse théorie, rendant compte des phénomènes quotidiens et normaux avec une rigueur pour ainsi dire mathématique; n'allant pas (nous Tavons noté)

tituant le nom flatteur 6^ Hypnotisme au vocable impertinent de Magnétisme animal?

jusqu'aux lois hyperphysiques du magnétisme, mais inattaquable dans son mécanisme apparent, sur le terrain du positivisme strict et du réalisme expérimental : gagnant en lucidité ce qui lui manque en profondeur.

L'expérience n'a pas encore ramené les maîtres [nancéïens à la conscience d'un agent biogénique. La \force psychique du savant Grookes leur reste inconnue.

A part M. Liébeault, fondateur incontesté de l'École et fervent de vieille date (alors qu'il y avait du courage et presque de la témérité à prétendre arborer ses opinions en cocarde); à part M. Liébeault, fort ébranlé dans son scepticisme par l'éloquence concluante de telles guérisons qu'il a obtenues, notamment la cure d'enfants à la mamelle, chez qui l'hypothèse de toute suggestion se réfute d'elle-même, tous les honorables praticiens de Nancy opposent à la doctrine du fluide une vigoureuse dénégation. Réaction fatale contre l'enthousiasme affirmatif de si nombreux magnétiseurs, qui s'étaient montrés alternativement d'un empirisme candide jusqu'à la niaiserie et d'un charlatanisme évident jusqu'au scandale. Ce sont ces cabotins sans scrupule, hâbleurs des séances publiques, chez qui l'ignorance présomptueuse se compliquait encore d'une moralité suspecte, qui en exploitant le Magnétisme ont failli le perdre...

M. Liébeault se distingue de ses collègues braidistes par la mise en oubli des vieilles routines académiques, l'absence radicale des préjugés en matière de science et l'absolu dédain du qu'en-dira-t-on.

Aussi va-t-il dans ses constatations beaucoup plus loin que tout autre de la même École.

Un jour — c'était en mai 1885 — M. Focachoa, pharmacien à Charmes, amène au Docteur Liébeaolt un sujet des plus sensibles (M"* Elisa N...), sur laquelle ils réussissent la plus mémorable expérience qui ait été tentée depuis celles de Grookes * : la pose d'un vésicatoire par suggestion ^. — Les péripéties de Texpérience, menée à terme en quarante-huit heures, dans des conditions rigoureuses d'évidence scientifique et de contrôle expérimental, sont consignées dans un procès-verbal dû à la plume du Docteur Beaunis, et que paraphèrent comme témoins MM. Liébeaull, Focachon, Bemheim, Liégeois, Simon, etc.. On conçoit la portée capitale d'un tel résultat, en présence duquel il n'est plus permis de révoquer en doute les phénomènes de stigmatisation, si fréquents chez les extatiques. Le mécanisme autosuggestionnel de ce prétendu miracle n'est-il pas désormais démontré ?

Huit mois plus tard, assistant un matin à la consultation du docteur Liébeault, nous lui proposâmes à

* Nous réservons les phénomènes attestés par le savant Grookes pour notre deuxième seplaine : de/ de la Magie noire. Ces faits sont tellement extraordinaires, qu'il semble prudent de n'en traiter que lorsqu'il nous sera possible d'en fournir paralèllement Thypothèse explicative.

s Lire la leltre de M. Focachon à M. Félix Fabart (5 juillet 1885) insérée aux pages 332-337 du livre de ce dernier: Histoire de rOeeulte (Marpon, 1885, in-12).

On y trouvera tous les détails désirables.

l>rôle-poiirpQmt de tenter sur im de ses malades^ prà au hasJLrd, une espéneuct de suggestion mentale, on plutôt de tranfimisBion de pensée — c^est-à-dire Tun de ces phéDomèanes encore inexpliqués, que M. le Docteur RegnanL Télève et Tami de M. CSharcot. qualifie d'une plume assez cavalière : <« Ces chose^-lâ ne relèvent pas de la science. On n'en parle paf^ en Sorbonne. Xos liospices de Bicêtre et de Charenton. les diverses chambres de nos tribunaux correctionnels sontles seuli endroits où de temps en temps il puisse en âttu question . m ( Conférence faite en Sw^bonne ^ , le X>fnar$ 1881. ■

M. liébeaull, qui a toutes les audaces et toutes les loyautés, accota d'emblée notre proposition et, Te^qpérience finie, n'hésita pas davantage à signer le procJ^s- Terbal que voici " :

PROCÈS- VERB.iO.

MXATAirr TROIS FArrs DE SUGCESTIOX MENTALE

obtexLTiB par IQL Liébeault et de Ghnaita aa domicile du D** LiÉBSiour. 4, rue de Rellevue Nuncv'

« Nous soussignées^ Liébeault (Antoino , d<^^(/>ur en médecine^ et de Guaita (Stanislas), honrm4> </^

> Celle conférence â élé réimprimée par le 0' Re^ânl, dans ^<vn livre déjà cité: Sorcellerie, Magnétisme, etc.. (Pari?, Pion, IS^T, grand in-8, fig.). — Voyez pages 282-2^^o,

* Nous apprenons que le D* Liébe-auU a publié ce Pny^s-r^rhnl <laas son livre du Sommeil proroqué et de^ états analoijften, Paris, Doin, 1889, in-!8 (pages 305-306), Anlériour<»mont, M. W professeur Beaunis Taurait donné déjà, dans son onvraifo du Som* nambuUsme provoqué, Paris, J.-B. Bailliérc, inl8.

lettres, tous deux demeurant actuellement à Nancyj

attestons et certifions avoir obtenu les résultats q\im

va lire.

« yP^^ Louise Z/**% endo7ynie du sommeil niagnétique, fut informée qu^elle allait avoir à répondre à une question qui lui sei^ait faite mentalement, sain Vintervention d^ aucune parole ni d^aucun signe.

« Le D^ Lièbeaulty la main appuyée au fixant da sujet, se recueillit un instant, concentrant sa propre attention sur la demande : — « Quand serez-vous guérie, » qu'il avait Vintention de faire. Les lettres de la somnambule remuèrent soudain : — « Bientôt, » m^urmura-t-elle distinctement.

« On Vinvita alo7*s à y^épéter, devant toutes les^ personnes présentes, la question qu'elle avait intuitif vement perçue. EUe la redit dans les termes mêmes où cette question avait été formulée dans l'esprit de l'expérimentateur.

« Cette p7^emière ecopérie^ice, entreprise par M. le Z)' LiébeauU, à Vinstigation de M. de GvLaita, réussit donc pleinement. Une seconde épreuve donna des résidtats moins rigoureux, 7nais plus curieux peutêtre encore, ainsi qu'on va voir.

« M. de Guaita, s'ètant mis en rappoy^t avec la 7nagnètisèe, lui posa mentalement une autre question: — « Reviendrez-vous la semaine prochaine * ? » —

* Qucslioa double, donc plus compliquée (note de Tauteur).

« Peut-être » fut la réponse du sujet; mais invité à ^r communiquer aux personnes présentes la question

m^entale ^, il 7^épondit : — « Vous m'avez demandé si

vous reviendriez la semaine prochaine. »

« Cette confusion, portant sur un mot de laphrase, i est très significative : il semble que la jeune fille ait

bronché, en lisant dans le cerveau du magnétiseur,

« Le D^ Liébeaulty afin qu'aiœ une phrase indicative ne fût prononcée y 7néme à voix basse, écrivit sur un billet: — « Mademoiselle, en se réveillant, verra son chapeau noir transformé en un chapeau rouge. »

« Le billet fut passé d'avance à tous les témoifis, puis MM. Liébeault et de Guaita posèrent en silence leur main sur le front du sujet, en formulant mentalement la phrase convenue. Alors la jewie fille, instruite qu'elle vey^rait quelque chose d'insolite dans la pièce, fut réveillée.

« Sans une hèsitatio7i, elle fixa aussitôt so7i chapeau, et avec un g7^and éclat de ri7'e, se 7^écria : — Ce n'était pas son chapeau; elle 7i'en voulait pas. Il avait bien la méîne fo7^me; mais cette plaisanterie avait assez du7^è : il fallait lui reïidre son bien... — Mais enfin, qu'y voyez-vous de changé? — Vous le savez bien; vous avez des yeux comme moi. — Mais encoy^e?... » // fallut insister très longte7nps pour qu'elle coyisentlt à diy^e ce qu'il y avait de changé

* Kst-il besoin de dire que celles-ci étaient ciiaque fois informées d'avance de la question qui serait posée? (note de Tauteur).

à son chapeau: « On se moquait d'elle... » Pressée de questions, elle dit enfin : « Vous voyez bien qu'il est tout rouge ! »

« Comme elle refusait de le reprendre, force fut de mettre fin à l'hallucination^ en lui affirmant qu'U allait revenir à sa couleur première. Le docteur souffla sur le chapeau, et redevenu le sien à ses yeux, elle consentit à le reprendre,

« Tels sont les faits que nou^ certifions atxnr ofttenus de concert. En foi de quoi nous avons dressé k présent procès-verbal. »

Nancy, ce 9 juin 1886. (Fait en double.)

D' A.-A. LiÉBEAULT. Stanislas db Guaita.

Il va sans dire que le docteur Liébeault, extrêmement sceptique en matière de transmission dépensée^ ne comptait aucunement sur la réussite d'une pareille tentative.

Nous avons cité cette expérience et celle, plus étonnante encore, du vésicatoire, pour montrer combien peu le doyen de Técole de Nancy se laisse déconcerter par les propositions les plus inattendues, et avec quelle courageuse franchise il se porte garant des faits universitairement les moins orthodoxes, quand il les a vus et vérifiés par lui-même.

Le despotisme de notre cadre nous défend de stationner plus longtemps dans les sentiers d'Allan Kardec et de Mesmer.

Que les apôtres contemporains du Magnétisme et

lâODERNBS ATATAR8 DU 80RCIBR ti7

surtout du Spiritisme y trébuchent habitueUemenI et glissent dans l'ornière de la sorcellerie — c*esl ce que nous estimons démontré par des raisonnements et par des exemples.

Quant à la cohue des enchanteurs et des charmeuses de bas étage — rebouteurs aux gestes ambigus; «ages-femmes dont l'habileté suspecte se ploie à l'élaboration des philtres, comme aux artifices de Tavortement ; tireuses de cartes à l'œil vipérin , à la voix mielleuse, à l'attitude servile, avec des nuances impertinentes, et dont les phrases à double entente préviennent, sollicitent, encouragent tous les aveux (car il est remarquable que le client, venu pour s'entendre dire la bonne aventure, finit par se raconter lui-même, neuf fois sur dix) : — ces comparses de la sorcellerie d'en bas ne présentent qu'un intérêt secondaire, tant en raison de leur nombre assez restreint, que du cercle plus restreint encore de leur influence. Nous n'en dirons rien.

Il nous resterait à présenter au lecteur la cohorte des mystiques douteux, ceux-là beaucoup moins rares et moins inoffensifs qu'on ne croit: leur étude ne manquerait assurément ni d'intérêt ni d'utilité. 11 y aurait des livres à écrire sur l'absolue perversion du sens moral, qui se révèle chez la plupart d'entre eux, sous les formes les plus variées et parfois les plus pittoresques.

Malheureusement, nous avons un devoir de salubrité publique à remplir, qui nous interdit le tableau com*

paratif que nous eussions voulu crayonner. Dénoncer une des basses idoles de la Sodome mystique, est une tâche qui requiert un certain nombre de feuillets : cette tâche, nous Tavons assumée, et force nous est de sacrifier à Tunique sectaire dont nous voulons arracher le masque les dernières pages de ce chapitre. Mais notre faux pontife se rattache à une école dont il faut bien toucher un mot : quelques notions s'imposent sur le maître Eugène Vintras (Elie) ; — et nous passerons de suite, avec les turpitudes de Jean- Baptiste, à rétalage affligeant, mais instructif, des révélations promises.

LE CABMEL D'EUGÈNE VINTKAS

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