‹ Le temple de SatanChapitre 5 sur 33 · PARAPHRASE · texte numérisé non relu

PARAPHRASE

lames numériqaemeDt correspondaaL*» aux sept chapitres qui la 'Com posent.

Le Problème du Mal — la troisième Septaine ~ nous fait un peu dërier de celte voie ceatrale, eu nous rejetant vers les inlcr- Brélations dérivées et médialcs. Mais, bien que parfois indirectes, le! correspondances avec les vingt-deui clefs du IJpre de Thoth D'en demeurent pas moins irréprochables jusqu'au bout.

' Eo somme, notre ouvrage est construit tout entier sur les proportions mae^iques du Tarot. D'une aile à l'autre, il a pour base et |H>ur soutien, tantôt les constructions, tant')t les siibslructions de a mbi moniftqitoit da l« nnthèw ito^jMqne. BsiBieat Içb oecul- 'Sites Jiqt«r oofr« bnoiUB vtTdl Mlidanteot ^pujâ 4 l'infibnif

. bUo édiflce. . . • *

l'heure où nous traçons ces lignes, le monde intellectuel est enplein désarroi. Le triomphe de la pire épidémie — l' Agnosticisme — se laisse augurer par trois symptôjnes alarmants entre tous : le délire de l'irrespect, la jnonomanie du relatif H la fièvre de Vindividualistne.

Si, pieux à recueillir les enseignements du jyassè, comme un fils accomplit les dernières volontés de son père, le Docteur moderne interrogeait avec déférence le testament des sages primitifs;

Si le Savant, sans négliger l'étude patiente des faits accomplis, ni suspendre la grande enquête anaiytique, veillait au triage progressif de tant d'élè- "wnte épars, en vue d^édifer' une synthèse universelle — où se rangeassent, en quatre hiérarchies ètagées, ^i sciences physique-'^, morales, intellectuelles et

Si le Penseur, enfin, moins soucieux de paraître oj'iginal que sincère et véridique, se montrait aussi

moins prompt à récuser toute autorité traditionnelle, qu'à s'etiquérir avec loyauté des principes éternellement absolus, qu'ils aient été formulés ou non par un autre que lui;

Si tels étaient théologiens, savants et philosophes, alors le xix' siècle serait en vérité le siècle-lumière et Paris la ville-soleil.

Mais non. — A part les minutieux investigateurs du positivisme, qui entassent, infatigablement et sans conclure, sur des Ossas de menues constatations, des Pelions de remarques scrupuleuses ; — à part les dévots mais aveugles parlisa?is de la lettre qui tue, dragons de la sainte caverne et dont le seul mérite est de conserver intact le trésor symbolique du dogme, à Jamais fermé pour eux : que dire de ceux-là que tient encore le souci des vues d'ensemble f

Comme leur ambition se bortie à estampiller de leur nom un système d'ailleurs quelconque — mais qui paraisse bien à eux — ils contestent a priori la doclriîie de leurs devanciers et poussent l'émulation entre collègues jusqu'aux plus mesquins dénigrements. Nul Jie veut être le dernier à dénoncer son voisin, comme envisageant les choses d'un point

de vue inexact, erroné, trompeur Comme si le

rôle de la synthèse n'était pas d'embrasser tous les points de vue relatifs, dans une même et absolue contemplation du vrai! C'est la Haute Science, que celle-là, et Spinosa To magnifiqitement définie, en disant quelle envisage les objets sous un caractère d'éternité.

mrRODucnoN il ,

Néanmoinn, quelque tlésespérie que puisse paraUré-m ^^ à cette heure ta cause sainte de rintégrale Vérité^, U est loisible à tobseroateur attentif de percevoir, à côté des synvpt&mes de décomposition et de mort, <q|

d'autres indices non moins certains de restauration Hf . et de retuiissance.

Touteê ces clwses sont providentielles. Des scorieê I se dégage au creuset le noble métal — et le monde noureau, dans son œuvre de laborieuse réédification, viilisera les infimes débris du cieiu: monde, dissocié, désorganisé fort àpoinl, pour fournir de.'t matéi'^ua} tout prétn aux architectes de l'avenir.

Ainsi, le Futur s'alimente du Passé ; ainsi notre Mère Céleste * fait germer et fieurir la vie incorru^Hig'tttr le.fvmier de la mort- — terreau fertile et qu'engraisse T universelle voirie des existences éphé~ Trières, accumulées de jour en jour.

Aux siècles lointains, alors que florissaient des civilisations pluS colossales, mais surtout plus nobles et plus fortes que la nôtre — car elles reposaient sur tunilé de la Synthèse et non sur les morcellements de r Analyse, sur la saine et sainte Hiérarchie et non turVAnarchie morbide et dissolvante; — aux siècles iointains, la Science et la Foi s'identifiaient dans la splendeur une et indivisible de la Totale Connaissance;

' La Sophia des gnostiquea, puis de BÔhme et de Saint- Martin; la Nalunt Daturaate, épouse de l'Eaprit pur; en un Mol la Providence ou la conscience unioerselle de la Vieprincipe.

i2 LE SERPENT DE L\ GENÈSE

fe Sacerdoce et VEnseignement fraternisaient, ouvrant deux voies distinctes sur un même idéal; et dé vénéy^ables Universités religieuses rassemblaient de jeunes élèves dans Tétude et le culte du Vrai. Le pontife et le savant enfin ne faisaient quun maître, chargé, sous le noin d Hiérophante ^, d'initier graduelle^nent les hommes dignes de ce nom. aux quatre hiérarchies de sciences sacrées ^ et d'officier avec leur concours dans les cérémonies publiques : avisi, porté sur les triples ailes de Vétude^ de la contemplation et de la prière^ le néophyte s'élevait par degrés, de la co7inaissance de ce qui est, atuc mystérieux et ineffables arcanes de Celui qui est éternellement.

Tel nous apparaît renseignement scientifique et religieux, dans tout V empire arbitral fondé par Rama ; tely après Irshou et le schisme des Yonijas, le saluonsnous encore dans les coyity^èes qui surent, comme VEgypte et les Confédérations étrusques, garder intact le trésor traditionnel de V antique orthodoxie.

Z/'Histoire philosophique du Genre humain ^, par Fabre d'Olivet, ne laisse aucun doute sur la certitude de ces faits historiques ; mais ils éclatent surtout d'une lumineitse évidence, pour qui a médité sans parti pris V œuvre plus récente et moins sommaire

^ L'Hiérophante était à la fois ce que nous appellerions Evoque métropolitain et Recteur d'Université; hiérarchiquement groupés autour de lui, les simples professeurs- prêtres pre^ naient le nom de Mages.

2 Paris, J. Brière, 1822, 2 co/. m-8.

du marquis de Saint-Yves (ÏAlveydre : La Mission des Juifs ^

Blessée dans sa vaniteuse suffisance y notre civilisation d'hier peut mettre des lazzis sur les lèvres de ses sceptiques défenseurs ; opposer le ricanement de Voltaire à la voiw inspirée de Vépopte, qui, brusquement, déchire à nos regards le voile des temps héroïques ^. Rien ne prévaut eh définitive contre des faits positivement établis, et quand la Vérité sainte émet son verbe fulgurant, elle enveloppe dans ses roulements de tonnerre V aigre voix des sifflets. Libre aux siffleurs de prolonger ensuite leurs grinçantes protestations Ce fait n'en démettre pas

moins sans conteste — que le tonnerre a parlé .

Oui, vos débris titanesques, ô 7nonu7nents mystérieux des vieux âges, témoignent de civilisatiois formidables et sacrées, où la Science et la Foi (d'accord dans leur principe trois fois sai7it), se jorétaient un mutuel appui : la Religio7i cofisacrait les enseig7iements de la Gnose; la Giiose vérifiait les dogmes de la Religion!.., Et les simples, à travers le cristal dépoli des fables ea)otériques, recevaient le rayonnement de la Vérité-lwnière, au degré d'atténuation proportionnel à la faiblesse de leurs yeux.

* Paris, Calmann-Lécy, 188i, 1 vol. grand in-S.

2 Temps héroïques... appellation aussi fâc/ieuse que celles de temps préhistoriques ou fabuleux ; mais pour nous faire mieux comprendre, force nous est d'adopter la terminologie consacrée par V usage.

14 LE SERPENT DE LA l.tENÈSE

Toutes les antinomies conciliées; toutes les connaissances classée-^ ; toutes les réalités contingentes déhourchant dans Vabsolue vérité, comme des fleuves finis dans rinfini de la mer : c'était là une forte synthèse, harmonieuse et hiérarchique!... Telles, dans le corps humain^ les circulations veineuse et artérielle; ainsi, à travers tout Vorganisme de ce colosse, deux courants d'ordre intelligible se croisaient, ascendant et descendant : tun, parti de la multiplicité des observations positives, convergeait vers Vunité du Vrai transcendental et absolu; Vautre, émanant de cette unité sublime, se ramifmit par contre en radieux canaux, A l'infini, pour allei' répartir sa sève de Iwnière sur tinnombrable muUHude df-s faits primitivement observés.

Une Science : celle de l'Être; une Religion : ceUe de Dieu, fusionnaient en un culte scientifique 'ou gnose sacrée, par quoi les adeptes s'élevaient à la totale connaissance de la Vérité divine.

Eduqués à pareille école, les hommes de celte ère bénie étaient des géants ; — noussommes despygmAes.

heur unanime admiration saluait les oeuvres grandioses de rintelligence et de la Justice ; — les meilleurs Centre nous, titillés d'un enthousiasmée malsain, se pi'ostement devant Us idoles sanglantes de la Force arbitraire et brutale.

Nos lointains ancêtres criaient : Pati-ie ! les yeux au ciel tout fleuri d'étoiles; ivres de sang et de fiaine, nous crions : Patrie ! en trébuchant au tertre de ré-

cents chayyiiers, et c'est au même refrain que nous rétons de futures et plus meurtrières hétacombes .

So^nynes-notis pas bien crédules, dans twtre py^êêomption, quand nous proclamons Vavhiement catiteinporain de la Science et delà Lumière? Pareils au gros^S'ier centu7no7i de Rome y qui traitait les Grecs de barbares y yious n^ avons pas assez de dédain pour les hèy^os des civilisations antiques. Apôtres du scepticisme, nous conspuons leur foi naïve; leur epithousiasme serein nous fait souriy^e, blasés qui n avons plus d^ énergie que pour le mal!

Et si les morts revenaient pourta7it... A la vue de notre société pourrie, Ram ou Zoroastre poury^aient bien railler à leur tour, s'ils ne se sentaient plutôt Venrie de pleurer sur nous et notre présomptueuse décadence.

Es't-rc ci la midiitude des co)Ui(iiss'fUirrs isoUU'.Sy enipé'riqurs, anab/fiqurs ; est-ce nu jtrof/rrs de Ciii- (b'sfi'ie, du luxe et du conf(»*t que se ttwsure une ârilisnfion? — Ces choses, saus (Inufe, ont leur unpartance secondaire, dans lèdlfire dun élut sneinl ; ituiis la caleur réelle d'une société se inesu)'e à sn/i développe ment intellectuel et moruL ù rèqtn'h'lj/'e de Ar.v fonctions organiques, et swtout ù ht perj'eetion de son sj/stèufC unitaire,

Lj'ttteontestable progrès des sciences positires, Viinporto /ice et la i^ariétè de bnn's (/pplieutiùus: h' dèreloppe/ue/it gigantesque de ritulu.strie ; C(tpp(U'(*nte jji'ospéritè des grandes stations, qui finissent toujours

par engloutir les petites; F accroissement général (i gnificatifdCégoïsme) du bien-être matériel; la diffusii très active d'une instruction bienfaisante sans doute} mais bien primaire : toutes ces manifestations progrès, au sens moderne du mx)t, ne nous font-ellà pas illusion sur la valeur et T universalité de not\ État social européen?

Mais à n'envisager que les surfaces^ au seul poif de vv£ des questions sociales y noits apparaît-il si veilleusement enviable^ cet état?

A lions, rentrons en nou^-mêmes et faisons appel à\ notre conscience, afin qu'eUe juge avec équité!

L'état actuel? — Voyons ses fy^its :

L'hostilité flagrante de la Science et de la Religion; — la grande lutte des autoritaires et des libéraux, plus farouches et plus irréconciliables que jamais; — le Positivisme aveugle disputant au stérile Eclectisme ^ les plus hautes intelligences , quand elles fie sombrent

(pas dans V individualisme é honte des sceptiques; le Militarisme envahissant tout : la cité bâtissant caserne et la caserne opprimant la cité; — le Socia^\ lisrne s' alliant trop souvent au Nihilisme, pour trii pherpar la dynamite ou sur Véchafaud; — TEcono-^

•• mie politique épuisant sa verve ingénieuse éLdéguiserj sotis d'euphémiques vocables, rimminence des bai queroutes nationales, signes avant-coureurs de pires ; débâcles; — t Agriculture en Europe égorgée pay* le libre échange;. . . — toutes les licences, en U7i mot, sou>s

/ le nom de Liberté; toutes les misère», soies le no7n

^Egalité et, sous le nom de Fraternité, tous les ^s! Sont'Ce là les indices d*une civilisation vilement prospère?

La réponse n'est douteuse, pour qui a comparé Vère rente, non pa^ aux siècles césariens d^Assoûr et de ^empire de Rome (infimes épaves d'un vaste Etat social pleine dissolution), mais bien aux trois mille cinq ^ts ans de la paix du Bélier, qiuind Vempire uni- *sel de Ra^na prodiguait au inonde sa glorieuse vmière, si vive et si douce, que le souvenir de l'âge Tor est resté dans la conscience humaine, comme un réconfort pour le présent et une espérance pour f avenir!

Quels cataclysmes matériels, intellectuels et moraux na-t-il pas fallu, pour jeter à bas cet édifice auguste^ cette sainte cathèthale de Vltarmoiiieux an-

drogyne éternel, V Adam-Eve social? ,., Mai^ debout, mnlgy^é Vaction dissolvante des siècles, — défiant Saturne et sa faux, Neptune et son trident, brava^it Mars et son glaive, — les ruines de ce passe grandiose ont subsisté : des obélisques et des pylônes sont encore là, criblés d'hiéroglyplies...

Une âme latente habite ces squelettes du passe; un verbe puissant fera vibf*er quelque jour les profondeurs de ces nécropoles soixante fois séculaires, et la mort apparente liorera une fois de plus au monde caduc les secrets de la vie !

En atte?idant que la Parole posthume, s exhale de tous ces ossements de V antiquité sainte, de rares pen-

seurs ont déchiffré les inscriptions hiératiques des temples en ruine, les pantacles des manuscrits décriés; ils sont à même de prêcher, avec la prudence qui sied, V Evangile nouveau.

Assez longtemps, du haut de sa croix, le Christ douloureux a fait retentir le monde du plus épouvantable cri qui ait jailli des lèvres d'un homme, des lèvres d'un Dieu défaillant un instant, jusqu'à douter de lui-mêm^: — « Eli, Eli, lamma sabachtani! »

L'avènement est proche du Christ glorieux : il est venu pour souffrir, se sacrer dans le sang et s'affir-mer dans la mort. . . // reviendra pour vaincre, régner dans la paix et triompfier dans la vie.

Jésus-Christ est le soleil idéal de V humanité : c'est dans S071 Evangile qu'il faut chercher la loi de vie éternelle ; son esprit y est tout entier. Mais lui-même (ne V oublions pas) nous a prévenue d'un voile à déchirer, si nous voulons que la Minerve se révèle à nous, dans sa nudité chaste et merveilleuse : La lettretue, a-t-il dit, l'Esprit seul vivifie...

C'est à r oubli de ce divin précepte qus les docteursmodernes doivent de n'entendre guère mieux VEvann gile du Christ, qu'ils n'ont compris le Sepher de Moïse, les Prophéties d'Ezéchiel, de Daniel et d'Isaïe, l'Apocalypse de saint Jean. Ils prennent les textes^ sacrés au pied de la lettre mxyrte, attribua7it à d'hicomparables génies, tels que Moïse, Zoroastre ou Jean, les tissus d'inepties que sont le Pentateuque, ou l'Avesta, ou V Apocalypse , pour peu que^ s' attachant

INTROmiGTION 19

Mf récit Uitiral S T interprète oublie âHen dégager îa menée latente, et s'il néglige cP éveiller cette BeDe-auboifi-dannant, qui, dans la forêt enchantée — ineootricable fouiVis de contes allégoriques et de symboles absurdes en soi — attend toujours le Prince Charmant, qui doit lui rendre la vie avec un baiser.

Nous avons marqué Tdbtme qui sépare notre état social de celui que le génie de Rama fit prévaloù% trente-cinq siècles durant, sur les deux tiers du monde alors connu : car les preuves abondent et nous ne saurions trop y insister, Vâge dor n'est point un mythe et le Règne de Dieu sur la terre est une réalité dans le passé.

Mesurant notre civilisation contemporaine au patron de V ancienne f nous avons précisé^ par contraste^ les limites — si restreintes, hélas! — de son intelligence et de sa moralité. Et malgré le développement relativement énorme des conquêtes où s'enorgueillit notre science positive, nous somm£s en mesure d'affirmer que la comparaison ne serait pasplm à notre avantage sur ce terrain qice sur les deux autres.

Nous n'avons guèy^e parlé jtcsquici du fatal Serpent, et les quelques pages précédentes ont pu sembler

* Lequel n'est rien moins ^un récit

20 LE 8ERPBNT DE LA. OENÂSE

au lecteur un singulier hors-^ œuvre : elles n^en sont un qu^en apparence.

U interprétation èsotèrique — strictement inconnue — d^un texte de Moïse ne pouvait être présentée, sans qu^on ifisistât d'abord sur la coynmune ignorance oit sont les Docteurs, de V esprit caché des Livres saints; d'autre part, avant d'indiquer à quel point V exégèse religieuse est routinière et superficielle, il importait de mettre en lumière — par un effet de repoussoir — le caractère également agnostique de la civilisation moderne, véritable cause de cette routine et de cette légèreté.

Mais il est temps de marquer les étapes que nous allons parcourir.

Cette Genèse, que les Docteurs entendent dans un esprit matériel et anthropomorphique vraiment révoltant, cette Genèse « où la véHté scientifique est cachée, effrayante de hauteur et de profondeur * », va fournir le texte d'une étude qui remplira trois livres suc-' cessifs : car notes développerons les deux sens occultes de ce texte, après en avoir eocposé le sens démotique et vulgaire.

: d^Sn nim ntrry iwh nitrrn hm Sdq diiv hm wnani

(Sepher Berœshith, III, 1.)

Telle est cette phrase d'hébreu mosaïque; la traduction accréditée ne7i livre que la signifieation littèraie et l'écorce matérielle : — « Or, le Serpent était

^ Mission des Juifs» page 66.

INTRODUCiTION 21

plus subtil qu'aucune bête du cbamp que le Seigneur Dieu eût faite ^ » Fabre d^OUoet, laissant filtrer Ves^ prit Umpide à travers V épaisseur trouble de la lettre, traduit : — « Or, Tattract originel (la cupidité, VégoSsme) était la passion entraînante de toute vie élémrataire (le ressort intérieur) de la Nature, ouvrage de Ibôah, TEtre des êtres ^. »

Quoi qv^il en soU de ces deux versions si contradictoires en apparence, supplions le lecteur de patienter un peu; le sens intime du texte mosaïque itélucidera de lui-même au cours de développements ultérieurs. Il suffit pour V instant d'esquisser la scène eu premier péché, telle du moins que les plus graves théologiens se la figurent, confiants aux récits de la Vulgate.

Le monde vient de sortir du chaos à Vappel du

Vet^be créateur — et le premier homme, façonné à la

ressemblance de Dieu même, partage avec réponse

(que, par un dédoublement mystérieux, le Seigneur

a fait naître de son flanc) les délices d*un jardin

sans pareil, destiné pour être leur immortelle patrie.

Tout ce que la Terre, dans P épanouissement d'une

sève virginale, a pu faire jaillir de son sein sous les

caresses du Soleil, décore le paradis terrestre : ce ne

sont qvs prodiges de splendeur verdoyante et de mor

jesté fleurie.

* Voir une Bible quelconque.

^ Caïn, Paris, 1823, m-8, page 27; — et Langue hébraïque restitoée, Paria, 1815-1816, 2 vol. e7i-4. Tome H, page 95.

Et le couple amoureux et naïf parcourt — en roi et en reine de la création — ces merveilles écloses pour lui seul.

Un arbre unique est interdit à sa curiosité, et qicatre fleuves^ prenant leur source dans ses racines, s'épanchent en croix au loin, divisant VEden en aur tant de presqu'îles, rivales de grâce et de fécondité. Et le Seigneur a dit à l'Homme : — C'est ici l'Arbre fatal de la Connaissance du Bien et du Mal ; ses fruits donnent la mort, tu n'y toucheras point.

Mais déjà Von assure que l'aimant de la clwse défendue attirait la première femme; qu'oublieuse des mystères de son a^nour nouveaur-nè, Eve ne pouvait plus s'éloigner de Varbre, et rêveuse, fascinée, murmourait : — Puisque ce fruit donne la mort, pourquoi n'en goûterais-je pas?... La Bible (il faut tout dire) présente une autre version : elle attribue la tentation qui poignait Eve au Serpent guetteur, enroulé sur le tronc de V arbre. Mais, au sentiment des arrièrepetits-fils d'Adam, Moïse a dû faire erreur sur ce point.

Passons. Notre devoir est de rester fidèle au récit mosaïque, ou plutôt à la version des traducteurs aur torisès de la Genèse.

Donc, le Serpent, s' adressant à la femme : ^lohîm t'a trompé ; ce fruit ne donne pas la mort; il rend pareil à Dieu même l'audacieux qui Ta goûté...

Et, moins indécise, l'espiègle tend la main vers la pomme d'or. C'en est fait, elle succombe à la tentation...

nrrRODUcnoN S3

Prévaricatrice^ Eve ne saurait ien tenir là : il lui faut la eampUeiti de wn épouœ. Elle a mordu au firmt, eîk y fait mordre Adam, qui friesonne, en^ ktdné dans le crime, à (idée de Celui qui peut à tout instant les appeler...

Déjà s^ élève la voix du Seigneur et le couple s^et^ fuit affolé, ayant hante, pour la première fois, de la nudité de sa chaire

(y est couverts d^un vêtement improvisé de feuilles de figuier, qu^Adam et son aimable instigatrice comr paraissent devant leur juge en couroux.

— >- Adam, où donc est-ta?

— Seigneur, en entradant ta voix, nous nous sommes cachés de ta face, rougissant de nous sentir nus.

— Et qui t'a révélé ta nudité?... Tu as donc mangé du fruit de Tarbre ?

— La femme que tu m'as donnée pour compagne m'en a offert, hélas! et j'en ai goûté...

— Pourquoi, femme, as-tu agi de la sorte?

Et la pauvre Eve tout en pleurs : — Le Serpent m'avait séduite...

— Sois donc maudit, ô Serpent (reprit le Seigneur), maudit entre tous les animaux de la Création ! Tu ramperas sur ton ventre et te nourriras des immondices du sol. Et je mettrai l'inimitié entre la femme et toi, entre sa postérité et la tienne... et de son sang une vierge naîtra, qui du pied t'écrasera la tête, tandis qu'en vain tu t'efforceras de la mordre au talon.

Puis, s' adressant à la femme : — Je te condamne

au travail et à la souffrance; tu enfanteras dans la douleur: tu seras resclave de ton mari...

— Quant à toi (dit encore le Seigneur à V Homme), pour avoir succombé aux séductions de la femme, pour avoir goûté avec elle du fruit défendu : la terre •sera maudite à cause de toi, infructueuse et rebelle. Le labour incessant sera ta vie ; tu mangeras ton pain à la sueur de ta face, jusqu^au jour où la mort rendra ton corps à la poussière dont il est sorti.

Pt(i\* -fi7o/j/m. ayant rètu les deux coupables de prau.c (frossihvs en guise dlèabits, chassa du séjour enrhatitt^ d^Eden le premier couple humain. Et sur U* settiL il mit un Kthmib au glaive de flamme, pour lui en interdire à jamais Ventrée.

Voilà donc, en substance^ d peu de chose près, la fable mosaïque de Voriginel péché. Je veux dire, en sa rep\mm la plus matérielle et voilée, telle que Font constamment rendue des traducteurs ou naïfs, ou feiijnant de Vètre.

Demandons-nous, à cette heure, quel peut bien être ce Serpent mi/stique et formidable, dont la perfidie sut perdre Ece^ puis Adam... Et d'après les sens dirers de cette allégorie, nous établirions les divisions de notre ouvrage.

Quel cst'iL a^ Serpent?

^1/ sens vulgaire, a})pay\'nt, on Fa deviné sans

IMTRODUCnON 2S

peme : c'est T Esprit du Mal dégtnsé en reptile; c'est

f éternel Adversairfi, en hébreu : \ms Shatan *. ^ r a

Au premier sens ésotérique, c^est la Lumière as^ < (M trak, ce fluide implacable qtU gouverne les instincts; cet universel dispensateur de la we élémentaire, agent fatal de la naissance et de la mort; rideau de Unmsible, derrière lequel se dérobent les diverses hiérarchies de Puissances auccquelles il sert à la fois de vùHe et de véhicule. Cet être hyperphysique — . inconscient, donc irresponsable, — domine en mettre mr le sorcier, comme au mage il obéit en valet. — To heoTJïotiohe...Il faut atout prix s*en rendre maître, n Von ne veut pas devenir le jouet des grands couvents qui se meuvent en lui, suivant d'invariables lois.

Au sens ésotérique supérieur, le Serpent symbolise fégoïsme primordial, ce mystérieux attrait de Soi vers Soi, qui est le principe même de la divisibilité : cette force qui, sollicitant tout être à s'isoler de VUnité originelle, pour se faire centre et se complaire dans son Moi, a causé la déchéance d'Adam. — Le passage cité de la Genèse nous conduit au problème

* Ce n'est point ici ce qu'on peut appeler^ le sens positif du Symbole, mais au contraire un essai malheureux d'interpré^ talion superlative.

Le sens positif, c'est le fait : Vivresse quelconque, qui, envahissant l'homme, le fait rouler au mal. — Le Temple de Satan nous fournira l'occasion d'analyser celte ivresse en ses pires manifestations, dans toute la fureur de sa mise en œuvre : ainsi cette première Septaine servira de commentaire tout ensemble au sens positif de l'emblème et au sens superlatif erroné que le vulgaire profane lui attribue.

du Mal : il faut y voir la légende de la Chute hur matne, atissi bien collective qu'individuelle; à quoi fait suite, comme complément nécessaire, la grande épopée de la Rédemption.

D'où trois parties dans notre ouvrage * :

1 . Le Temple de Satan. — Notre premier livre sera donc consacré à V examen des œuvres spéciales, caractéristiques de Satan : la Magie Noire et ses hideuses pratiques, envoûtements et maléfices. Nous énumèrerons les ressources infernales de la sorcellerie. Nous iron^ défier dans son antre le prince des tèiièhres étemelles, et au sabbat, le bouc monstrueux aux seins de femme, que les adeptes de ces répugnantes agapes devaient « baiser h*utalement soubs la queue, en signe de grand révérence et d'honr neur ».

2. La Clef de la Magie Noire. — Dans ce second livre du Serpent de la Genèse, nou^ donnerons le sens caché du mythe de Satan. — V étude de laLumière astrale, commue agent suprême des œuvres ténébreuses de la Goëtie, nous permettra de reprendre les rites et les phénomènes que notes aurons décrits, et de les analyser dans leurs causes et leurs effets

^ Voir la note intitulée: Plan ésotérique de cet ouvrage. — Il semble inutile de redire ici ce que nous avons exposé sur la garde de ce livre, touchant le nombre, V enchaînement et la ré* partition des XXII chapitres en trois Septaines et un Epilogue.

INTRm>UGnON 27

nMr, êubom/U les doctrines longtemps secrètes de la Kabbale et de t Hermétisme occulte.

3. lie Froblème du Mal. — La troisième par^ He, ^^fin, sera la synthèse philosophique de notre ZÂore : nous y aborderons la grande énigme du Mal, ^ soulèoerons, dans la mesure où notre conscience et notre initiation nous le permettent, le txMe redoutable et bienfaisant qui dérobe aux yeuœ du prof anum iriilgiis Je Grand Arcane de la Magie. Noîâs pousserons même, plus loin qu*aucun adepte ne crut devoir le faire, jusqu*à cette limite ultime, si formidable à , franchir, où le Kéroub emblématique, le glaive de flamme aupoing, menace de cécité les téméraires conr templateurs du plus aveuglant des soleils.

Qu'est-ce que le Matf — Dieu Va-t^ crééf — Qu'elle est Torigine du Mal, sHl n'a pas positivement de principe? — Qu'est-ce^ au sens véritable, que la chute èdenale? — Qu'était le grand Adam avant la chute? — Que devient-il après? — En quoi le Mystère de la Création s'identifie-t-il avec ceux de la Chute et de rincanialion ? — En quoi le Mystère de la Rédemption est'il complémentaire de ces derniers? — Ou est-ce que le Rédempteur? le Christ douloureux? le Christ glorieux? — Comment s'analysent habbalistiquement les cinq lettres (nitrrm) hébraïques du nom de Jésus? — A quoi se résout, au point de vue ésotérique, la Question sociale? — Comment Vinacces^ sible Unité se réyèle-t-elle par le Ternaire dans le monde intelligible et se manifeste-^eZfe par le Qua^

ternaire dans le monde sensible? — Où aboutit VEvolution? — Qu'est-ce que Nirvana?

En répondant sans ambages à toutes ces questions et à quelques autres, noi^s ferons voir queUe interprétatio7i peut fournir des dogm£s chrétiens un philosophe initié aux arcanes de la Kabbalah.

Telle est notre seule intention — et pour clore cet avant-propos d'un livre qui prétend ne troubler la paix d'aiccune conscience, on nou^s excusera bien de transcriy^e sans commentaire ce que noies écrivions e?i 1886, au bas d'une page oie notes avions été conduit à parler des œuvres du Ch7nst ; -r- « A cette mission divine, nous croyons prudent de ne pas toucher ici ; où la Foi commence, peut-être conviendrait-il que la Science toujours s'arrêtât, afin d'éviter de tristes malentendus... Et chaque fois qu'au cours de cette rapide étude, il nous faudra toucher aux croyances religieuses, déclarons une fois pour toutes qu'aucunement compétent en matière de Foi, nous envisageons les hommes et les faits du seul point de vue de l'intelligence humaine et sans jamais prétendre à dogmatiser * . »

Stanislas de GUAITA.

* Essais de Sciences Maudites, I, Au Seuil du Mystère, par Stanislas de Guaita {Paris, Carré, 1886, i voLgr, e/i-8), p. 1314.

Deuxième édition du même, triplée de texte avec figures, — Paris, Carré, 1890, in-Sy page 38.

PBBHIÈBB SBPTAINB

àîÉ^âÀ

Page 1