ET VIDIT QUOD ESSET BONUM
L'homme a dit : J'ai voulu tout savoir, je sais tout! Dans mon domaine étroit je ne liens plus en place; J'ai vécu tout mon temps, couru tout mon espace; J'ai la vie en horreur et la terre en dégoût!
La Terre a dit : Mon sein s'appauvrit et se glace, Et mon lait en poison pour l'homme se résout; La lèpre du péché qui l'envahit partout S'étend jusqu'à mes os... D'enfanter je suis lasse!
Le Ciel a dit : Uèelair se rouille au glaive ardent Et Fange, au saint parois, s'ennuie — en attendant Qu'un élu des élus commence enfin le nombre!
L'Enfer a dit : Satan se fatigue à tasser
Le damné qui pullule au charnier qui s'encombre!
Le Verbe a dit : néAxM ! c'est a recommexckr ^ !
* Joséphin Soulary, Poésies complètes (Lemerre, in-12, 3 vol.). Éphémères, page ii9.
36 LE TMMPLX Ml SJkZAN
Ces quatorze Ters ne scmt-îls pas Tniment épouTtn* tables, le dernier surtout? Telle est — il faut hiea Ift reconnaître ! — la conclusion logique du probl^nft le posé en des termes si témérairement naïfs par les phi- j! losophes de sacristie.
Et tandis que des logiciens, comme Pierre Bajlef poussent en ricanant le dilemme infernal que j'ai dit; tan- k dis que de rares poètes restés des penseurs osent bien» \ comme Sonlary, prostituer la langue des dieux à d'aussi ' magnifiques débauches de verbe , les théologiens,se flattant de résoudre le problème formidable du Mal, épui* sent leur dialectique en de stériles disputes touchant la grâce efficace eilà grâce su ffisante ;\e docteur anglais Swinden soutient, en un gros livre ^ que les damnés se tordent dans la substance enflammée du soleil, lequel n'est autre que TEnf er visible à Tœil nu ^ ! Dom Galmet discute gravement la virginité de saint Joseph, et les plus autorisés docteurs décident que le Diable préside en personne à la danse des chapeaux et des guéridons I
Mais passons. — La légende de la chute angélique est trop universellement connue, et je dirai populaire, pour qu'il semble utile d'en retracer ici la scène.
* Recherches sur la nature du feu de t Enfer et du lieu où il est situé. Traduit par Bion. Amsterdam, 1728, in-S, fig.
3 Thèse reprise par M« Peladan dans Istar et défendue en un morceau lyrique de la plus grande allure : la Légende de V Inceste, -» Je dois faire observer que les traditions unanimes de la Théosophie concordent pour enseigner, au contraire, que le soleil est, pour notre tourbillon, Tastre paradisiaque par excellence : le bienheureux séjour des âmes glorifiées.
Qu'il suffise d'observer que Moïse ne fait aucune mention de la révolte des anges. II parle bien d'un certain Nahàsh ttrn: (déjà connu de nos lecteurs) et que les versions vulgaires rendent par couleuvre ou par serpent ; il signale encore Tunion féconde des Beneî-ha-Elohîm omSuh ^J3, ou Fils des dieux, avec les filles des hommes : mystérieux hymen d'où naquit la grande race des Gibborîm an^a, ou des Nephilîm D^Ss^, dont on a fait des géants ; mais il ne paraît pas que le théocrate d'Israël ait adopté, rien ne prouve même qu'il ait connu le dogme de la chute angélique.
Le Lévitique nomme bien en passant les Esprits Aôbôth m3i«, inspirateurs des sybilles, mais sans rien préciser de plus.
Le premier parmi les auteurs de Y Ancien Testament, Job désigne sous le nom de Shatan pcr, un esprit de la huitième hiérarchie des Kabbalistes (Beni-^Elohîm), chargé par le Seigneur d'une mission spéciale d'épreuve. Plus loin, une phrase obscure et vague d'Isaïe est coutumièrement interprétée comme une allusion à Tange déchu. — C'est tout K
* On trouve bien le moi Shatan dans les Nombres (inas ISO), à deux reprises; mais c'est un substantif pris adverbialement, dans le sens de contre [adcersus des Latins). — Exemple :
(Nombres, XXII, 22).
On peut traduire : « Et se plaça Vencoyé de lod-hécê dans le chemin, pour être en obstacle (en Shatan) à lui. »
Étant donné ce sens du vocable hébraïque 7I3U^, il est curieux de voir combien le mot diable serre de près sa signification intime. Diable (en grec Sio^oXo;) vient de Sia;3iX>(i), je jette en travers; peut-on mieux traduire l'idée ^'obstacle f
58 LE TBilPLB DB SATAN
L'examen du Tabnud porte à croire que les Kabbalisles hébreux rapportèrent de Babylone ce dogme, emprunt notoirement fait à la théologie dualistique de Zoroastre.
Chacun peut voir dans ce qui reste des Avestas (livres sacrés des Parses, dus au génie de cet hiérographe) Tantagonisme constant à^ Ahoura-mazda ou à'Ormuzd (la Sagesse vivante), dieu du Bieji, — et àWngramanyou ou AWhHman (le Malintentionné), dieu du Mal.
(]elui-ci, sorte d* Attila divin,traînant à sa suite la horde do ses Dews implacables et maudits, assaille et harcelle sans tr^vo le céleste Bienfaiteur, environné et défendu par la sainte légion de ses Anischaspands . C'est ainsi qu' Ahriman* justifie un nom que l'inspection des racines permet de traduire en français : le malintentionné.
Hàtons-nous de dire que les véritables initiés au Mazdéisme ésotérique ne voyaient en Ormuzd et Abri* man que dos principes principiés, issus d'une cause inolïablo — le Temps sans bornes — qui paraît ellemonie envisagée comme la manifestation d'une Unité
* Cliose curieuse et qui permet d'expliquer commenl les rabbÎDS, apri>s la captivité d'IsraîM à Babylone, furent si pressés de voir dans rimpersonnei Nahàsh (le Tentateur de la Genèse) un être distinct el personnel, une sorte de dieu du Mal.
Par une coïncidence étrange, le qualificatif que Moïse accole au substantif Nahàsh est précisément le vocable miy, Haroûm ou Harym, dont Ahriman ou Harym-an, le nom mazdéen de V Adversaire (]10':i7, en caractères hébraïques) ne diffère que par l'addition de la désinence augmentative ?i : il n'y a donc pas seulement ressemblance, mais identité.
LM DUBIiB 89
plus insôéMileiiient occulte (voir le Vendidad Sade, S6^ hâ). D'ailleurs, et nous Tavons fait observer au Seuil du Mystère^ j le couple androgynique Mithraê- MUhra constituait, aux yeux des adeptes, un principe d'équilibre entre Ormuzd et Abriman. Mais le rulgaire ne Fenttodait pas ainsi, et la fausse intelligence d'un pareil système engendra d'incalculables rnaux^
Manès, grèffiuit plus tard le dogme mazdém des deux principes sur le cbristianisme à peine adolescent, eaipoisonna, pour ainsi dire, les sources de la yie mystique : son abominable hérésie, quoique frappée maintes fois de justes anatbèmes, se multiplia dans le temps sous des formes changeantes comme le rôve d'un crime ; la doctrine des meilleurs docteurs en fut infestée. On sent bien que je parle de ceux-là mêmes qui combattirent avec le plus d'acharnement les progrès du manichéisme.
Vraie peste de la peste de la pensée humaine, cette hérésie! La contagion a partout gagné. Sans Manès et ses continuateurs trop souvent inconscients, Nahàsh harym serait sainement considéré par tous comme une force impersonnelle de la nature, comme un agent cosmique, en un mot, non pas comme le Groquemitaine de la théologie ; — et le spectre odieux et bouflfon du Diable ne déshonorerait pas à cette heure la Dog- 'ma tique chrétienne, si Ton avait su la purger du dernier vestige manichéen.
4 2* édilioQ, page 35.
Quelques versets de V Apocalypse (livre incompris de tous ceux qui ne possèdent pas les grandes clefs de la Kabbale) vont trouver ici leur place. Car si ron a coutume d'attribuer un sens agnostique et littéral à la fable de la chute angélique, il n'est point mal à propos de noter que l'interprétation vicieuse de ces versets y a été pour beaucoup.
« Et voilà lia grand dragon roux ayant sept lèles et dix
cornes et sur ses sept tètes sept diadèmes.
« Et sa queue entraînait la tierce partie des étoiles du ciel
« Un grand combat eut lieu dans le ciel ; Michaêl et ses anges combattirent le dragon entouré et soutenu par les siens.
« Mais ces derniers n*ont pu résister et, dès lors, il a été impossible de retrouver leur place dans le ciel.
(c Et le grand dragon a été précipité du ciel, lui qui est cet ancien serpent, séducteur du monde entier ; lui qu*on a nommé des noms de Diable et de Satan.... ».
(ApoeaL, ch. xh, t 3 à 9, pasaim.)
On lit d'autre part dans les révélations de sainte Hildegarde, écrites soi-disant sous la dictée du Verbe, ces paroles touchant Lucifer : — « Alors toutes les Etoiles de son armée, baignées jusque-là dans les flots de sa lumière, complètement éteintes aujourd'hui, semblent de noirs charbons calcinés par le feu. Un vent irrésistible les précipite vers le nord, à l'opposé du trône, et dans de tels abîmes que jamais il ne sera plus donné à personne de voir aucune d'elles *. »
Ces lignes de la sainte sont visiblement un commentaire des versets transcrits tout à l'heure.
* Scivias.
Le marquis Eudes de Mirville, auteur de ce rapprochement mirifique, invoque ce fait, dont il a été frappe : que l'Astronomie moderne évalue à un tiers environ la lacune intersidérale dans la portion du ciel accessible à ses instruments. Le résultat de ces confrontations diverses est pour le marquis un coup de génie, dont il reste en quelque sorte assommé. Gomment, en effet, dans ces étoiles perdues, ne pas voir le tiers du Tsebaoth que le dragon roux a balayé de sa queue, au cours de sa chute vers le gouffre ' ? Pour nier l'évidence, il faut dire de mauvaise foi
Au demeurant, nous laisserons là M. de Mirville, tout étourdi d'un si brusque et lumineu.K éclair. — Mieux vaut reprendre nos investigations sur l'essence de la doctrine dyarcbique.
L'antagonisme des deux principes constitue un dogme antérieur à Zoroastre même et qui date des premiers cycles cosmogoniques de l'Inde. — " Ce qui avait donné naissance à ce dogme (dit Fabre d'Olivet, dans son admirable commentaire de Gain) était une ancienne tradition des Hindous, dans laquelle on apprenait que, dt's l'origine du monde, les génies du nord et du sud de la terre s'étaient divisés au sujet du breuvage d'immortalité, dont ils prétendaient également conserver la possession exclusive. Gette division amena des combatslongs et désastreux, dont le résultat
' l,e sens caclié de la chute angélique est bien réellement lié i l'eiiateoce de l'immense armée des autres, mais d'un rapport tout e et que nous indiquerons au livre lli : Le Problème du Mal.
^^utre et que nous indiq
iVi I.R TKMPLE DE SATAN
fui lit ih^HUito oati^re des génies du sud, appelés AwNortrH, ol Unir asservissement par ceux du nord Hp|Hi|«U l)i^rt8, Oollo tradition, qui se retrouve dans TMilila tlo» SoiUulinavos« presque dans les mêmes lâ»rim»Ni Mi\\{ oouuuo dos Egyptiens, des Grecs et des ItniiuiiuN NouM lo nom do Guen^e des dieux cofitre les
(l'nwl UNMox piquant comme on voit: les vainqueurs U() Huiil ruilMtlioux et ont infligé Tuniforme diabolique \i\\\ \\\\\\\VK^H vaiuous. •îo crois entendre parler ainsi ilâ^H wtM^jiliniioM iMiooiv plus naïfs qu'irrévérencieux... Vi\\\\ iMn^ uiodohuit uu pou trop les choses d'en haut Hiir nOIt^N d*it*i Ims \ s^imuginenMls de très bonne foi i\\u^H\ Tt^inouto oôlosto avait abouti, au lieu d'échouer, .lti|i(»vuh, A cotto liouro. calomnie de cornes et de griffes, Hn vtM'rail n^dnit au rôle fîWheux et subalterne de Hdiiflliuir do mauvais conseils! — Le Mal alors serait II» \\m\ ; ou appellerait lâcheté loubli des injures; buNHt^sst^ la modestie; la charité se verrait réputée hoatiuist^ faiblesse; la chasteté, taxée d'infamie... Pour les vi(*ivM, tout au ivboui^s : Torgueil deviendrait grandeur (IMmo; ravarice, pn^'oyante sagesse; l'arrogance (ît la colore seraient la marque d'une àme généreuse ; rinteiiipérance et la luxure, garantie de belle santé
* — Trop, diles-voiis? Kl TaxiAmo d'Hermès : qux superins sieut et quic inferiuat Kl la inôlhodo analogique, fcadement et critérium de rocoullisme? Qu'on faites vous?
— Je laisse l-ouis Lucas répondre, selon celte méthode, par une comparaison : Thomme est Timage de Dieu, et pourtant Dieu n'est pas un animal vertébré.
.physique et morale; la ruse et le mensonge, enfiu, I preuves d'habileté, de finesse et d'esprit. I Est-il possible que des êtres pensants puissent s'a- ^buser de tels sophismes? Ils sont vraiment à plaindre Iceux qui, confiants aux déductions paradoxales d'un mazdéisme incompris ou dégénéré, s'obstineni à ne pas vouloir se rendre compte que dans la lutte mystérieusemeiil représentée sous ce profond symbole, le Bien a triomphé parce qu'il est l'ordre, la norme, l'harmonie, en un mot parce qu'il est le Bien ; — et que la cause nécessaire, infailliblement supputable à l'avance, qui, faisant le Mal accidentel et transitoire, le I dévoue au futur anéantissement, c'est qu'il est le dé- ' sordre, l'arbitraire, l'anarcbie, et qu'il s'appelle /fJ/o/.
L'on peut trouver étrange cette insistance à maudire la doctrine des deux principes, source non équivoque, selon nous, de toutes les foHes dégradantes, point de départ de tous les sanglants excès oi"i s'est vautré le moyen âge (pour nous en tenir à un seul, mais bien piteux exemple} : car enfin, toutes les nations ont eu leur mythe expressif du mauvais esprit. Qu'il se nomme Typhon, comme en Egypte, ou même Tchutgour comme chez les Mogols, le Démon n'est-il pas toujours le Démon?
Ainsi pensent, du moins, beaucoup d'honnêtes gens, ^ue j'ai le plus grand regret de contredire. C'est d'un principe qu'il s'agit à présent, il faut y prendre garde. El, bien que d'imperceptibles nuances de forme distinguent seules à la surface ces différents exemplaires
de divinités néfastes, je dis qu'Ahriman (consi<
— d'ailleurs à tort — comme principe absolu du coéternel à Ormuzd, le Principe absolu du Bien), dis qu' Ahriman dijflfère aussi profondément de Typh< (ou de tout autre emblème d'un mal fortuit et relatil que l'Erreur diffère de la Vérité et les Ténèbres de Lumière.
v^ On ne saurait nier Vexistence du Mal (pour essence, c'est autre chose). Sa manifestation dans V^
ni vers est assurément indubitable, au même titre celles du m)id en hiver et de l'ombre pendant la nnU
— Mais vienne la lumière, et l'ombre s'évanouirmj vienne la chaleur, et le froid passera: car l'ombre et froid ne sont doués que d'une existence privative ; i] manquent d'essence propre, étant des négations. Aii en est-il du Mal, transitoire, accidentel, contingent.
Donner une essence au Mal, c'est refuser l'esseni au Bien ; soutenir le principe du Mal, c'est contesl le principe du Bien ; affirmer l'existence propre d\ Diable, en tant qu'absolu du Mal, c'est nier Diei Enfin, soutenir la coexistence de deux absolus conti dictoires, c'est proférer un blasphème en religion une simple absurdité en philosophie.
Ce qui révolte la conscience, ce qui outrage la rai^ son, ce n'est pas tant la personnification symbolû des influences néfastes, en des idoles le plus souv^ odieuses et grotesques : c'est la déification du Mî travesti en principe absolu sous une figure mytholi gique, et comme tel opposé au principe du Bien, divîj nisé pareillement.
Mais le Malin n'est pas là seulement où Thoiprae prétendu dresser son image représentative, offerte isi d'une sorte notoire à la commune adoration. |Sans doute, curieux de démêler le personnage du liable dans toutes ses formes païennes, devrons-nous ►romener un rapide coup d'œil sur ces idoles, figu- Irations plus ou moins naïves des Forces réputées malfaisantes : de toutes parts, on les voit s'estomper jdans la brume, ces fantômes de sinistre augure, pour ►eu que, descendant en esprit le fleuve des temps écoulés, on se laisse voguer à la dérive parmi les vestiges ►nfondus des civilisations et des barbaries antiques. Scrutons les deux berges d'un regard attentif : à ►art ces divim'tés que les nations proclamèrent funestes ti pensèrent honorer d'une religieuse terreur, d'autres [encore nous apparaîtront diaboliques, d'autres que ces peuples n'avaient pourtant marquées d'aucun stigmate [de réprobation. Mais le culte qui leur fut rendu les a rsouillées d'abomination indélébile...
A-t-on bien compris toute la profondeur ésotérique du fameux texte des Psaumes: « Omnes dii gentium daemonia (sunt) (Ps. xcv, 5). » Il appartient au libre arbitre humain de dépraver les plus augustes concepts — et, par une loi mystique évidente, tout symbole religieux, honoré de rites infâmes, s'est métamorphosé parle fait même en une idole où s'incarne Satan.
Avatars de Satan, ces vampires de laGeltide antique, Thor et Teutad (ou Tentâtes) , dont la soif, par la bouche de leurs mille druidesses, hurle, insatiable, du fond de
la nuit sans aurore, pour hâter la vendange du sang humain !
Avatars de Satan, ce Moloch de bronze à tête de veau, l'idole des Ammonites, aux bras largement ouverts pour étreindre les victimes, dont ses entrailles & métal rougi s'apprêtent à dévorer la chair ! — Et ce Belphégor de la Palestine, l'idole barbue dont la bouche béante érigeait en forme de langue un phallos colossal : moins sanguinaire divinité , mais plus abominable encore, exclusivement avide, nous dit Philon, d'offrandes stercoraires et poilu tionnelles.
Avalars de Satan, cet Adramelech de Sepharva&n (le roi magnifique) et ce Mélicerte de Ténédos (le roi delà terre) : jusqu'à leurs narines montait, en guise de cinname, le relent de la chair grillée sur l'autel ardent où les j eunes mères offraient en sacrifice leur enf an t premier-né*
Et le prince des mouches,ce dieu Béelzéhub de SyriCr dont la statue attirait tous les moustiques du pays, car on prenait soin de l'entretenir ruisselante de sang !
Et le dieu de MendèSy forme panthéistique de lar synthèse égyptienne, n'incamait-il pas Satan, lorsquele fanatisme du peuple immolait à la lasciveté du bouc nourri dans l'enceinte de son temple, la pudeur des vierges et la fleur des jeunes épousées *?
< Voir JabloDski : — « Nempe Thumi in templo Mendetis, mu-
lieres hirco huic se submittebant [Panth . Egypt., livre II, ch. vu). »
L'analogie est étroile avec le Baphomet des Templiers : symbole, lui aussi, de la Synthèse panthéistique, son culte (s'il en faut croire les pièces du procès) n'était pas moins abominable que celui du dieu de Mendès.
Passons la Méditerranée. — Mentionnerais- je l'hommage très analogue rendu par les plus graves matrones à l'impudeur sacrée des Priapes importés de Lampsaque en Italie : idoles de bois toujours impavides, sous leur couche de cinabre, au seuil des jardins et des carrefours? — Faut-il rappeler l'infamie de certaines divinités étrusques et les rites impurs célébrés
aux fêtes de la Bonne-Déesse ? Redirai-je tous ces
scandales dont la fréquence décria les Mystères dégénérés, et de quels oripeaux de dévotion surannée se voua longtemps l'abomination des sanctuaires?...
Satan- Panthée, formidable et multiforme, se spécifiait sous mille visages, pour souiller tous les autels.
Vers l'époque du Messie, la parole des Psaumes a reçu son entier accomplissement : autant de dieux, autant de démons : Omnes Dit gentium dsemonia.
Aussi vit-on pâlir tous les astres du firmament mystique, à l'aurore du divin soleil qui se levait à Bethléem !
Elles n'étaient pourtant, toutes ces idoles, que des représentations mythologiques des Puissances suprêmes : symboles antiques, d'une science parfaite et d'une poésie parfois pleine de grandeur ; dignes par
là sans doute de notre vénération Mais les pratiques
immondes ou sanguinaires de ces cultes en consommèrent le déshonneur. Le rite souilla le mythe, les tabernacles s'écroulèrent dans la honte, et l'esprit vivificateur s'envola loin des décombres de la lettre morte.
Pousser plus loin le dénombrement des formes
maudites où s'est complu Satan, usurpateur des divins hommages, serait une tâche fastidieuse à coup sûr.
Pas une contrée dans.l'un ou Tautre monde où les vices divinisés n'aient, sous des milliers de noms, multiplié leurs sacrilèges autels. Ce n'est pas sans étonnement qu'on peut voir les hyènes et les chacals de l'émigration espagnole au xvi* siècle, étouffant dans leur berceau les jeunes et pacifiques civilisations du Mexique et du Pérou, trouver du moins cette excuse à leur lâche et perfide férocité, que le Ciel se courrouçait au spectacle du sang humain versé sur des autels d'idolâtrie. — Mêmes horreurs à Mexico que jadis dans les forêts de la Geltide : quoi de plus semblable au dolmen des druides sacrificateurs, que la pierre pointue où les prêtres américains immolaient annuellement d'innombrables victimes, devant la statue consacrée du dieu-couleuvre, Vitzliputzli?
Actuellement même, en plein xix* siècle, au cœur de cet Indoustan que l'Angleterre pétrit si rudement au moule occidental entre ses griffes de léopard, n'entendons-nous pas le Diable réclamer tout haut son tribut de carnage, sous la forme du dieu Shîva et de la déesse Khalij le roi du suicide et la reine de l'assassinat?
Désireux d'épargner au public le détail des tortures affreuses où se complaît la dévotion des Solitaires et des Fakirs, prompte à toutes les mutilations sous couleur d'austérités méritoires, du moins mentionneronsnous la joie farouche des fanatiques de Shîva, se dévouant d'enthousiasme à la plus hideuse des morts :
le char sacré du dieu, le char pesant aux quatre meules roulantes va lacérer leurs chairs et broyer leurs os ; ils le savent, et c'est avec des cris de triomphe, c'est l'éclair du libre sacrifice dans les yeux, qu'ils se couchent par douzaines sur le parcours de l'écrasante idole !
Que dire de cette monstrueuse Kiali — la mangeuse d'hommes — au culte de laquelle des prêtres ne peuvent suffire? Une immense société secrète enveloppe rinde entière de ses réseaux; ses adeptes se nomment les Thuggs : intrépides pourvoyeurs de la mystique ogresse, leur existence entière est dévouée à son culte. Ils s'expatrient au besoin (eux, desindous!) pour aller frapper les victimes marquées d'avance et qui, prévenues à temps pour prendre le paquebot, ont cru se soustraire de la sorte à l'imminence de leur mauvais destin K Christian, dans son Histoire de la Magie ^, rapporte les dernières paroles d'un chef thugg, le fameux Dourga ^, que la police anglaise était parvenue à saisir. Elles sont typiques et valent bien la peine d'être transcrites: « Nos frères, dit le thugg à ses juges, avaient appris que Tétranger dont vous parlez devait partir avec une escorte de cinquante hommes. Nous formâmes tout simplement une troupe trois fois plus nombreuse, pour Taller attendre dans
< De ce que les Anglais réussissent depuis quelque temps à prévenir la fréquence de pareils massacres, Ton aurait tort d'induire que la bande noire est dissoute.
^ Paris, Furne et C*«, s. 1., { fort vol. in-8, avec gravures.
* Dourga est un des noms mystiques de la Déesse, mère de Khali (Bhavani, épouse de Shîva).
les jungles, où s'élevait précisément une image de la déesse Khali. Gomme il nous est interdit par nos prêtres d'engager un combat, parce que nos sacrifices ne sont agréables à Khali qu'autant que nos victimes sont surprises par la mort, nous fîmes bon accueil aux voyageurs, en leur oôrant de cheminer ensemble, pour nous préserver mutuellement de tout péril. Ils acceptèrent sans défiance ; après trois jours de compagnie, nous étions des amis..., chaque étranger marchait entre deux Thuggs. La nuit n'était pas tout à fait obscure ; à la lueur du crépuscule étoile, je donnai le signal à mes frères. Aussitôt, des deux Thuggs qui gardaient chaque victime, l'un lui jette au cou son lacet à nœud coulant, tandis que l'autre le saisissait par les jambes pour le renverser. Ce mouvement fut exécuté dans chaque groupe avec la rapidité de l'éclair. Nous traînâmes les cadavres dans le lit d'une rivière voisine, puis nous nous dispersâmes. »
L'indien ne se faisait aucune illusion sur le sort que lui destinait la justice anglaise ; on s'en rend compte aux quelques mots qu'il prononça, en guise de péroraison : — « Un seul homme nous a échappé ; mais la déesse Khali a les yeux ouverts sur lui: sa destinée s'accomplira tôt ou tard! Quant à moi, j'étais autrefois une perle au fond de l'Océan ; aujourd'hui je suis captif — La pauvre perle est enchaînée : on la percera d'un trou pour la suspendre à un fil et elle flottera misérablement entre le ciel et la terre. Ainsi l'a voulu la grande Khali, pour me punir de ne pas lui avoir offert le nombre de cadavres qui lui appar^
LE DIABLB 71
tenait. 0 déesse noire, tes promesses ne sont jamais vaines, toi dont le nom favori est Koun-Khali (lamangeuse^'hommes), toi qui bois sans cesse le sang de& démons et des mortels * ! »
Ainsi qu'il le prévoyait lui-même, le Thugg fut pendu . . .
Nous pouvons nous en tenir là, ce semble: ces lugubres exemples nous sont une autorisation suffisante pour qualifier sans scrupule à' Avatars de Satan toutes ces hideuses idoles.
De la triste réalité, passons aux légendes traditionnelles du vieux monde. Si peu réjouissantes qu'elles puissent être, nous nous éloignons pour un temps des scènes d'efiective barbarie où s'est nécessairement attardée notre plume.
Ici l'abondance et la diversité des documents nous force à faire un choix . Les grimoires des rabbins sont en ce genre d'une excessive richesse: que de profondes leçons, sous Técorce de ces fables parfois grossières et toujours d'un goût douteux !
L'on aurait beaucoup à dire delà Cacopneumatique des talmudistes et des adeptes de la Kabbale. Ceux qui s'en tiennent à la lettre de leurs paraboles attribuent à ces docteurs des enseignements aussi absurdes que pittoresques, sur le rôle du Tentateur et la nature du péché originel. Nous dévoilons ailleurs la portée ésotérique de ces fables.