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SOLAIRE ORIGINE DU CULTE — ÉLÉMENTS MATÉRIALISÉS

UN TAPIS d’orient — LE TEMPLE-UNIVERS — LA FLEUR COS- MIQUE.

A religion égyptienne est le principe de toutes les religions.

Nous appelons « religion égyptienne » le dogme héliopolitain qui remania et absorba le fétichisme primitif dans le panthéisme solaire. Il enseignait que le soleil, principale

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émanation de la Puissance Suprême, est le germe divin de toutes choses : dieux, hommes, animaux, plantes, naissent de ses rayons. Ceux-ci ou leur imitation — ce qui fut identique pour l’homme primitif — placés sur la chose morte, froide et inerte, tôt ou tard, la chaleur apparaîtra et la vie surgira grâce à eux.

Si l’Égypte a légué l’idée première, le fond, sur lequel religions et arts se sont développés : si toute structure religieuse fut essentiellement égyptienne, l’Égypte n’en a donné que la grammaire; celle-ci une fois créée, le vocabulaire esquissé, ce dernier a évolué, s’est simplifié d’une part, s’est enrichi de l’autre par son émigration avec les différents groupes humains, suivant les contrées où ils s’établirent et les mœurs qui en résultèrent. En Égypte les orages et leurs cortèges : cyclones, éclairs, tonnerre, sont rares; en revanche les montagnes qui s’élèvent à l’entrée de l’Asie-Mineure et les chaînes qui aboutissent à l’Hindoustan, causent la fréquence de ces phénomènes ; aussi le vocabulaire religieux de ces contrées ajoutera à l’idée embryonnaire égyptienne, des expressions multiples pour figurer ces éléments. En Égypte le froid est presque inconnu; sur les montagnes de l’Asie le feu est nécessaire et remplace la chaleur solaire. Aussi son importance deviendra telle, que Prométhée l’ayant ravi au soleil, voudra créer à son tour, et du haut des volcans menacera les deux !

L’homme, à son origine, vit les choses telles qu’elles semblent exister, et non telles qu’elles sont, telles que l’expérience ou les examens scientifiques réitérés apprennent à les connaître.

Reconstituer l’apparence des choses est la méthode à suivre

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pour reconnaître l’origine de la science et des religions. A cette fin il faut faire abstraction de toute connaissance scientifique ou religieuse, et analyser les phénomènes célestes et terrestres simplement, avec des yeux naïfs.

Suivons donc cette donnée : le bois chauffé par un moyen quelconque fume avant de s’allumer; plus il fume plus la flamme est proche. Celle-ci apparaît et prend la place de la fumée. Par conséquent : la fumée produite par le tison enflammé vient de la chaleur, elle manifeste une action du feu.

Changeons le spectacle : au-dessus de nous le soleil resplendit, c'est un « disque » de feu, souvent environné de nuages auxquels il donne naissance, comme précédemment le tison échauffé. Les nuages les plus proches du grand tison du ciel sont rouges, ils sont déjà enflammés. Plus ils s’éloignent du soleil, plus ils se décolorent et deviennent de la «fumée ». Près de la terre, ils passent du blanc au noir. L’éclair apparaît, le feu semble combattre les nuées, et à la suite du combat, nuées et feu tombent sur le sol sous deux formes : la pluie et la foudre.

Donc le soleil — lumière et chaleur — produit les nuages et la pluie, les flammes et la foudre. Donc il y a identité d’organes entre le feu, la flamme, la fumée, la pluie, la foudre. Tous viennent du soleil, en sont émanés. La pluie est fille du soleil, comme le feu est fils de la lumière; dans une image nous pouvons les faire provenir du soleil, et seule une étude minutieuse permet de signaler les différences, les particularités de ces émanations.

Cette constatation des identités apparentes — tels le feu céleste et le feu terrestre — c’est la loi de l’analogie L Par

^ Sur le symbolisme et l’analogie lire La Langue Sacrée, premier volume, p. 63 et suivantes.

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l’analogie, l’homme primitif avait reconnu la parité des phénomènes de la lumière, de la chaleur, de la fumée, produits par un tison enflammé, avec le soleil, les nuages, la pluie et la foudre; l’analogie lui permit d’aller plus loin. La pluie, émanation du soleil, tombe sur la terre; aussitôt du sol sort la végétation ; donc la végétation est aussi l’émanation du soleil ; brûlée, elle remonte au ciel; donnée en nourriture, elle entretient la vie de Lhomme et des animaux. Ceux-ci, à leur tour, non seulement possèdent le souffle vital, le feu, la chaleur exhalée par la bouche, mais se développent par la nourriture, rayons ou émanations solaires; ils sont eux-mêmes des émanations du soleil et de la terre (principes mâles et femelles; l’homme et la femme — toujours l’analogie). Plus tard l’humanité, poussant jusqu'au bout les conséquences de cette constatation, brûlera les morts pour les ressusciter, pour qu’ils retournent au principe vital qui les a formés et animés, au ciel, au feu, aux étoiles.

L’homme peut imiter la nature dans la production de la vie et par là éviter la mort.

Il pleut et la pluie fait pousser la végétation; l’homme fabrique un vase, prend de l’eau avec ce vase et la répand sur l’arbuste qu’il a planté. Cet homme imite le mécanisme de la nature pour produire la vie. Il fait acte scientifique ou religieux : le vase, l’eau, la plante, sont les éléments créateurs, symboliques ou religieux.

Le soleil, globe de feu, apparaît à l’horizon; il produit la lumière, la chaleur, et par elles la vie : l’homme prend un foret

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et un archet, les actionne sur une pièce de bois qu’il allume et obtient de la lumière et de la chaleur, dans l’hiver et dans la nuit. Le foret, l’archet, le feu, le flambeau, l’autel, etc., objets reproducteurs des phénomènes célestes, sont symboliques, car ils font actes religieux.

Aussi jadis, tous les actes ayant pour objet de donner la vie ou de l’entretenir étaient-ils religieux. On priait en allumant du feu, en mangeant, en semant, etc., etc.

De là l’imitation par l’homme des objets qui servent à reproduire la vie, d’après les modèles fournis par la nature. Le vase contient l’eau, le germe ; l’eau sera imitée sur le col du vase, au-dessous de la tête où sont les spirales de feu qui produisent les nuées. Le soleil envoie à la terre des rayons qui s’élargissent en arrivant à sa surface ; l’autel, support du feu, prendra la forme de ces rayons, etc.

Qu’est-ce qui donne la vie, empêche la mort et permet la résurrection? La lumière, la chaleur, le souffle, beau, la parole, le feu, la fleur, l’arbre, la pluie, etc. Ces faits constatés, il s’ensuit qu’en appelant, en. inscrivant, en plaçant sur ceux qu’on aime un disque, un vase, des pains, un Ménat, un Anx, un Thot, un Nedj, un Ta, et autres talismans égyptiens, on réalisera ce désir : conserver la vie, appeler la résurrection.

Suivant l’époque, les connaissances, le pays ou les ressources, Fécole ou la croyance, l’individu ou l’intelligence, la lune, le soleil, les étoiles, le feu, le nuage, l’arc-en-ciel, la fleur, l’aigle, le papillon, Osiris, Buddha, l’œil, la croix, seront adoptés comme signes providentiels ou talismans. Les esprits savants — les prêtres et les initiés — sauront l’importance relative de ces pouvoirs. « Sachez, dit Pline L que la lumière

^ Pline. H. Nat.

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qui émane du soleil pour éclairer le monde et celle qui réside dans la lune et dans le feu sont la mienne. Je pénètre toutes les choses dans la nature et je les vivifie avec mes rayons «.

La lumière et la chaleur créées par la lumière, étant sources de vie, les uns placeront le mort sous une pyramide, image du rayonnement solaire; les autres, demandant l’émancipation de l’âme à l’action du feu, émanation solaire sur la terre, « médium entre la vie présente et future » le brûleront « car tous les éléments terrestres reviennent en lui (le soleil), dit Macrobe^, enlevés par la force de la chaleur qui émane de son sein ».

Ce feu, cette eau, produits du ciel, que l’homme un jour obtint ou conserva sur terre, grâce à sa science — la religion — quelques soins qu’il prit, quelques réglementations qu’il ordonna, il n’était pas sûr de les posséder éternellement, d’obtenir leur effet bienfaisant partout où ils étaient nécessaires. Alors il eut l’idée de les imiter par une reproduction aussi fidèle que possible ; d’en avoir l’image éternelle pour en avoir l’effet éternel; car l’homme primitif, comme la bête, comme l’enfant, confondait l’apparence d’une chose avec la chose même, la cause avec l’effet, l’image avec l’objet.

Ainsi s’est établi ce fait étrange — que nous retrouverons dans toute l’œuvre et l’esprit de l’humanité — la prétention première de fixer l’impalpable, l’inconnaissable, de con-

^ Macrobe, Sat. Ch. XX.

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naître et de posséder la vie. La science actuelle voit des images sans portée, des formes sans intérêts, des ornements géométriques insignifiants, où l’antiquité ne cessa d’afiîrmer le but de ses œuvres, sa foi, sa simplicité. La science n’a pas reconnu dans la religion, dans l’art, dans l’écriture, partout, sur tout, pour tout, l’imitation constante (prise pour la possession éternelle): de la lumière, du feu, des flammes, des étincelles, de la fumée, de l’arc-en-ciel, de l’eau, du vent, de la chaleur, du souffle ; cette imitation étant faite en terre, en paille, en bois, en perles, en bronze, en marbre, en pierre, en or; avec les matières les plus rebelles à l’expression des éléments célestes que l’on faisait parler ou vivre et que l’on imitait en gestes L Et non seulement la science ne voit pas que l'humanité n’a jamais cessé de cultiver et de multiplier ces représentations dans son œuvre, mais elle n’a pas compris que la civilisation même, dont nous sommes si fiers, que nous croyons nôtre, libre et dégagée, que nos monuments, nos religions, nos pensées, nos lettres, nos paroles, notre esprit, sont encore issus de cette même et unique préoccupation de l’antiquité : placer sur tout, partout et pour tout, des imitations en tous genres et en toutes matières : de la lumière, du feu, des flammes, des étincelles, de la fumée, de l’arc-en-ciel, de l’eau, du vent, de la chaleur, du souffle ; en entourer toute l’œuvre de l’homme, l’homme lui-même, pour soutenir sa vie, pour éviter sa mort et pour le ressusciter!

^ Par une heureuse coïncidence le savant conservateur du Musée Guimet, M. de Milloué, annonce la publication d’un ouvrage ayant pour sujet les gestes des mains dans le culte bouddhiste. Le premier geste est l’imitation de la fleur de lotus, puis c’est le feu, l’air, l’eau, etc., etc. Nous reviendrons, à propos du culte, sur cette importante révélation.

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Les religions étant issues de ces principes, il est nécessaire d'en affirmer et d’en connaître l’expression écrite ou dessinée. A cette fin, nous réunissons en parallèle cinq figures, ne présentant à première vue aucun rapport, et qui pourtant, permettront de se reconnaître au milieu des mythes et des symboles les plus étranges et les plus compliqués.

La première figure, est la vue d’un paysage naturel; la cinquième, celle d’un temple grec

Fig. 39. De la nature au temple grec.

1. La nature. 2. Traduction cosmoglyphique. 3. Ecriture égyptienne. 4. Superposition mythique égyptienne. 5. Signes construits grecs.

Le paysage (fig. 39, i) donne l’image des phénomènes naturels, tels que nous pourrions les voir, sur une hauteur.

Du soleil, cercle brillant, placé au sommet des choses, partent des rayons lumineux, s’étalant en triangle, s’arrêtant à une ligne de nuages. Ceux-ci, rouges et enflammés à leur partie

Le chiffre 76 indique que nous reprenons ici la suite des Signes Sacrés étudiés dans notre premier volume.

2 Le parallélisme et le principe de ces cinq figurations sera le sujet principal des chapitres qui suivent. Ils se résument dans la fig. 37 placée en tête de ce chapitre.

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supérieure — celle qui reçoit les rayons solaires — deviennent blancs, puis noirs. Leurs formes ondulées, larges d’abord, se fondent peu à peu, se décolorent et se perdent dans une seule ligne. Des foudres sillonnent les nuées et la pluie tombe. Cette pluie féconde la terre, fait naître la végétation, enfin forme des neuves, des lacs, les mers, répétant l’image et la couleur du ciel dont ils proviennent.

Telle est, très résumée, l’apparence des phénomènes de la nature, l’ordre dans lequel ils semblent se présenter. Ce tableau n’est-il qu’une cosmogonie naturelle? Non, il est aussi la cosmographie religieuse de l’immanité; il donne l’origine des divinités, leur importance, leur ordre; il est non seulement la synthèse de la religion égyptienne, mais celle de toutes les religions.

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Le tapis moderne ci-joint (fig. 40) — si étrange que cela paraisse — représente le paysage que nous venons de décrire, seulement il le représente trois fois et en surface plane. Séparons le motif central, cette espèce d’étoile crénelée, et analysons la variation de lafig. n"2. Au centre nous trouvons un losange dans lequel cinq croix sont insérées. Ce losange, c’est le soleil; les cinq croix indiquent le mouvement et l’action qu’il communique à quatre autres losanges — ses quatre âmes — agissant aux quatre points de l’espace, et donnant naissance — comme dans notre paysage naturel — aux nuages représentés par les huit proéminences crénelées qui forment le contour de l’étoile et sont séparées par quatre flèches à tiges ondulées figurant la foudre.

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Cette étoile entière représente donc le soleil et ses émanations : les rayons de feu, les nuages et la foudre ; deux autres étoiles semblables raccompagnent, et les trois figures simulent trois fois le soleil — les trois pas de Vichnou, l’intelligence divine — représentant cet astre à son lever, à son apogée, et à son coucher.

Généralement, le cadre qui borne le champ des trois soleils se compose d’une bordure formée de méandres indiquant le ciel ou l’eau créé par le soleil, et la dernière bordure du tapis, répète les méandres célestes, l’eau qui borne le monde.

Fig. 40. — 1. Tapis d’Orient.

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