Brugsh. Gr. p
barque, ne peuvent tenir que par ces bâtis. De même leur ligne de toiture se reconnaît dans le prolongement de l’urœus (fig. 29,3).
La deuxième forme représente la bari « la Chapelle Mystérieuse » (fig. 29, 2), possédant la corniche sainte, les rayons solaires, hiéroglyphes proclamant une demeure sacrée.
Cette chapelle, c’est l’antique chaumière, scindée dans le pavillon-mobile, devenue tente parée de plumes pour remplacer les herbes, puis coffre de bois, kiosque précieux sculpté et doré. Le plus souvent ce tabernacle est caché par la tente
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ou pavillon-mobile. Cette tente est couronnée du serpent gardien et protecteur (fig. 29, 2).
En comparant la bari et le pylône (fig. 27, 1 et 2), on verra que ce dernier a pris le caractère, les proportions, le décor terminal et jusqu’à l’imitation des rideaux de la tente marine, dont nous suivrons le système, même sur les murs de granit !
Et c’est pour ne pas avoir analysé ces éléments, pour n’avoir pas traduit l’ancienne tente, que l’on considère le pylône comme une forme imposante et lourde ; celle-ci procède au contraire de l’imitation d’un édifice clair et léger.
La tente marine extérieure se compose de trois éléments :
1° Le bâti ou la charpente dont nous avons vu la formation, — le pavillon mobile de joncs ;
2" La pièce d’étoffe couvrant la toiture et formant quatre frises droites ou découpées descendant sur les quatre fronts (fig. 30);
3“ Cinq pièces ou tentures coulissées de clôture, les trois premières clôturant les trois côtés et les deux autres formant rideaux sur la face.
La pièce d’étoffe-toiture a été reconnue par M. Chipiez sur les kiosques de bois. Ce savant a fait remarquer que la pre-
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mière frise de l’architrave imitait fidèlement les poids qui maintiennent cette étoffe ^ (fig. 30).
Celle-ci ne constitue pas seule l’édifice égyptien. En étudiant seulement les kiosques ouverts, monuments dérivés de la cabane, de la maison et de la tente, on a ignoré la clôture dont la traduction en pierre donne à l’édifice égyptien le caractère massif qui lui est particulier.
Les panneaux du pylône des grands temples égyptiens sont ornés d’une décoration spéciale, évidemment très ancienne, puisqu’elle est déjà symbolique sur les monuments des premières dynasties.
Le tore. — Le panneau central, celui dans lequel la porte est percée, est rempli de bas-reliefs et d’hiéroglyphes. Ce panneau est encadré par un tore : moulure convexe rayée, bâti du pavillon et de la tente, représentant l’antique faisceau de joncs (fig. 10,2). Il n’est pas seulement lié par de triples liens, mais ceux-ci sont reliés entre eux en hélice (fig. 31).
Cette disposition témoigne que dans le modèle primitif, ces liens servaient de supports aux tentures fermant les édifices, et qu’elles pouvaient se tirer. Ce fait se certifie, même sur les plus anciens mastabas, par les hiéroglyphes gravés sur les panneaux de bois des portes, disposés dans l’ordre de tapisseries mobiles imités par la pierre.
Analysons une stèle funéraire, imitation de la porte de
^ Il est un autre élément des toitures : l’Exode dit que la toiture du Tabernacle sera recouverte de tissus et de peaux.
Cette superposition est parfaitement visible dans les pavillons égyptiens, surtout sur les pavillons mobiles abritant les tabernacles. On constate au fronton de ces édifices une peau de bœuf se terminant par la tête cornue. Cette disposition indique, comme celle de l’urœus, la force et la protection. Elle est primitive, c’està-dire antique et sacrée; comme telle, nous la retrouverons à propos du symbolisme.
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pierre d’un mastaba, laquelle n’est que la copie de la porte en bois d’une maison. Dans ce monument — provenant de la pyramide de Saqqarah (fig. 31) — la division des liens et des tapisseries est parfaitement correspondante. Les hiéroglyphes se font vis-à-vis. Ce serait une erreur de croire, à première vue, que les images-lettres s’étendant sur les charpentes simulées ne s’inquiètent que de suivre le sens des poutres. En réalité, l’ensemble de l’inscription est disposé comme elle le serait sur deux rideaux placés et tirés devant cette porte. Si
on fait abstraction des poutres et qu’on suppose le champ où les hiéroglyphes sont inscrits absolument plat, on verra que la division est nette : les inscriptions se répètent en face l’une de l’autre, formant contre partie. Seulement, par le fait de la poutre centrale, une troisième bande d’hiéroglyphes réunit les deux rideaux.
Par la suite, quand l’art égyptien abandonne la reproduction de la charpente des édifices pour ne faire que celle des tentures les clôturant, il devient facile de constater la copie h Jusqu’à la fin de FÉgypte pharaonique, les murailles des temples ne seront que des fac-similés en pierre, des imitations transpo-
^ Rappelons que la forme dans l’antiquité est inséparable de la couleur; celleei dit et souligne ce que celle-là n’a pu toujours exprimer.
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sées d^’une enceinte formée par des tentures d’étoffes soutenues par des piquets (fig. 32).
Les portes d’entrées placées entre deux pylônes sont aussi fermées par des rideaux de pierre, mais comme on doit passer par cette porte et que l’on ne peut ouvrir les rideaux de cette matière, l’Égyptien n’a pas résolu artistiquement la difficulté en drapant ces rideaux simulés, de manière à laisser un passage ; il a coupé naïvement les rideaux, régulièrement, sans autre explication, et contre toute vraisemblance.
Fig’. 33. Porte du temple de Louqsor. — Perrot et Chipiez. Hist. de l’art, t. I.
La porte du temple de Louqsor (fig. 33), permet de reconnaître facilement les deux rideaux séparés au milieu par une raînure qui descend jusqu’au vide de l’entrée. De chaque côté les sujets se répètent dans un sens opposé, comme sur deux rideaux. Ceux-ci sont soutenus sur la moulure par des rubans qui glissent, l’un de droite à gauche, l’autre de gauche à droite,
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dans le sens du dos des divinités représentées sur les basreliefs L
Après la brique- la pierre, uniquement employée dans les plus grands édifices, imposa d'autres modifications, principament la simplification du décor, l’élimination des détails, leur aplatissement dans la masse ; les pierres tendres et surtout les pierres dures se refusant aux incisions fines et détachées. Aussi
* Nous avons vu le pavillon-cabane primitif techniquement coupé en deux. Nous venons de restituer l’entrée du pavillon-tente, clos par deux rideaux coulissés. Ces rideaux simulés sur la pierre répétant des sujets pareils, sont devenus symboliques, ordonnés par le dogme.
Cette dernière phase, seule, a été signalée par les égyptologues; dans les rideaux ils n’ont vu que des panneaux; dans les répétitions, qu’un mythe; le résultat, non l’origine. Le symbolisme ne crée pas une disposition naturelle, tandis qu’une disposition naturelle finit toujours par être modifiée par l’analogie qu’elle présente, origine du symbolisme.
^ Les maisons de pisé, de briques crues, mélangées de paille, mènent naturellement à l’emploi de la brique cuite.
Il est possible, comme on l’a supposé, que l’idée de cuire la brique soit venue de la céramique, de l’écuelle de terre sèche soumise au feu, devenant imperméable. En tous cas, l’emploi de « pierres artificielles », petites portions ou plaquettes de terre durcie au feu, trace bien le chemin qui aboutit à la construction de pierre proprement dite. Dès la quatrième dynastie, aux premiers mastabas de Saqqarah, on voit souvent l’édifice clos par une charpente de bois. Sur cette charpente et sur les portes closes, nous venons de signaler l’imitation des tentures, que ces charpentes coupent et contrarient.
Ce système de construction, ou plutôt son expression décorative, n’eut pas de suite, le bois reprit son emploi interne de charpente dans les constructions massives funéraires, il fut dissimulé, car aucun édifice, après l’ancien empire, ne laisse les charpentes apparentes.
Pour plusieurs archéologues le coffre de bois aurait été le principe de l’architecture égyptienne. Certes le bois fut la matière favorite pour les monuments portatifs, mais coffres, sarcophages, tabernacles, imitent toujours les grands édifices : le tore de la cabane de jonc; les plumes de la tente succédant à l’herbe des maisons de pisé; la colonne ornée de fleurs du kiosque; la tenture à doubles coulisses remplacée par une porte à doubles ventaux; le poids de l’étoffe-toiture ; la corniche d’urœus; la peau de bœuf couvrant le tout — dont la tête dans les coffres est réduite au rôle et à la dimension d’une poignée de couvercle — ces éléments constitutifs, hors de place et diminués à l’excès dans les monuments portatifs de bois, signent la copie d’un modèle monumental.
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maintes particularités permettent de dire, meme à la vue d’un simple tracé linéaire, si un édifice est en bois ou en pierre. Exemples ;
1“ Les bords des chapiteaux en bois ou en métal, courbés en dehors sont droits. Les bords des chapiteaux, en brique stuquée ou en pierre sont toujours arrondis (fig. 34). Cette partie est peinte en rouge, couleur du bois;
Fig. 34. Chapileaux égyptiens on pierre. — I\v. Jones. Gram, de l’ornement.
2° En revanche, quand les bords des chapiteaux ne se courbent pas en dehors, meme en brique ou pierre, ils ne sont pas arrondis ; la pierre étant taillée à angle droit sans danger de casse, il n’y a pas nécessité technique ;
3" Comme tous détails sculptés, surtout dans les angles, sont difficiles à obtenir sans être brisés, l’artiste égyptien les indique par la peinture, et c’est à propos de la polychromie que nous devrons les étudier.
En résumé, si haut que nous puissions remonter dans les inscriptions égyptiennes, nous trouvons les hiéroglyphes représentant le pilier, soit par le tronc d’arbre ébranché, soit par un faisceau de joncs liés, fleuris ou non fleuris. En revanche, les plus anciens piliers de pierre sont unis, carrés, sans sculptures
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ou décor quelconque. La primauté existe ainsi pour le premier modèle en jonc et le tronc d’arbre que les fleurs sont venues habiller. Cet habillement serait incompréhensible sur le pilier de pierre, lourd et épais b
En réalité, l’art égyptien s’est alourdi à la fin de l’ancien empire par la traduction ou la transformation en pierre d’une architecture de jonc et d’étoffe, toute de légèreté.
L’architecture lapidaire ne s’est pas développée parallèlement, mais après et d’après l’architecture de jonc, de fleurs, de bois, d’étoffe. La légèreté première des formes égyptiennes n’a rien de déraisonnable ; elle est jeune, juste, charmante. Ce fut la copie alourdie, en pierre, de l’édifice égyptien qui constitua une opposition apparente. Cela se passa de même pour la sculpture. Dès l’ancien empire, elle montra des sujets variés, vivants, que la traduction en granit a raidis, momifiés, pétrifiés.
Un usage actuel, en Égypte, c’est l’établissement d’un « mastaba », ou banc de pierre, devant les boutiques — nom que les ouvriers égyptiens donnaient aux tombeaux massifs, allongés, aux toits arrondis de la nécropole de Saqqarah, nom que Mariette a conservé. — Sur ce banc on étend un tapis, sur lequel on s’assied. Le décor du temple antique provient du même principe, il explique la contradiction entre la lourdeur de la construction et la légèreté de la décoration.
* Aussi nous ne partageons pas l'opinion de Lepsius, reprise depuis par MM. Ebers, Chipiez, etc. Le besoin d’espace et de lumière aurait donné la pensée d’abattre les angles des piliers carrés de pierre et d’en former d'abord huit pans, puis seize — d’après le premier exemple de Beni-Hassau — les parties carrées conservées en bas et en haut du pilier devenant la base et le chapiteau. Pourquoi cette base se serait-elle conservée? La commodité du passage, le besoin d’espace et de lumière ne demandaient-ils pas sa suppression comme dans l’ordre dorique? Pourquoi l’Égyptien aurait-il inventé un système de colonnes qui n’est que juste la traduction rationnelle du pilier de jonc fleuri?
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CONCLUSION
Pour affirmer que la diversité des manifestations architecturales n’est qu’apparente, il faut d’abord prouver que les principes techniques de cet art, découlent d’une seule source émanée de la nature. C’est ce que nous avons essayé dans ces chapitres, en partant de l’arbre-abri, pour constater que le kiosque naît de la cabane, la maison du kiosque, le tombeau de la maison, le temple du palais et de la tente. C’est la raison qui nous fait si souvent accoler le mot « tabernacle » à un autre toujours différent ; le tabernacle-cabane, kiosque, tente, maison, tombeau, palais, temple.
Chacun de ces édifices n’a-t-il pas laissé à celui qui lui succéda ses formes ou ses principes? N’est-ce pas simplement une superposition de ces éléments qui forme le temple définitif? En est-il un seul de disparu, ou même ayant perdu sa place ? L’architecture du temple est un seul édifice, se modifiant sans cesse, auquel s’ajoute des modifications symboliques provenant de l’imitation du monde, ciel et terre.
C’est pourquoi nous avons choisi le mot « tabernacle » comme terme générateur.
Tout dictionnaire raconte que « tabernacle » vient du latin tabernsiculum, diminutif de taberna, chaumière. Il est en même temps l’expression consacrée pour désigner la demeure dans l’histoire biblique, et dans ce cas elle indique la tente que Moïse dressa hors du camp des Hébreux, comme lieu de ses rendez-vous avec la divinité, ou celle qui contient l’arche d’al-
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liance; le catholicisme en fait la demeure des élus; Rome le siège des comices et l’observatoire des augures ; l’architecture moderne un petit temple : l’autel.
Ce terme « tabernacle » nous semble utile aussi à adopter comme expression générale de l’architecture égyptienne, parce qu’il la figure bien dans son point de départ et son point d’arrivée.
Fig. 35. Tente des Hébreux. — Garnier et Amman. Ilist. de V habitation humaine, p. 153.
Nous avons vu les Israélites célébrant la fête des tentes, dite des Tabernacles, par l’édification de kiosques de joncs fleuris; cette tradition si ancienne, ne vient-elle pas d’Egypte, ne remonte -t-elle pas au principe de son architecture?
Et si maintenant nous prenons le tabernacle, tel que les Israélites l’élevèrent, d’après les prescriptions de Moïse, que trouvons-nous? Le temple égyptien, — en tenant compte des modifications apportées par les transmutations de matières.
Le temple juif, d’après la formule mosaïque, était une tente soutenue par un échafaudage de planches, formant un carré oblong, dont les côtés plus longs allaient du levant au couchant.
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Il se composait du sanctuaire proprement dit, appelé misclmn, demeure, et d’un vaste parvis qui l’entourait de tous les côtés.
Le c( mischan », ou tabernacle, se divisait en deux parties : le lieu saint, ou sanctuaire, et le saint des saints, ou la tente du rendez-vous. Enfin, la cour où s’assemblaient les fidèles était close par une série de rideaux de lin tendus entre des colonnes d’airain (lîg. 35). Ajoutons que la charpente du sanctuaire était en bois d’acacia doré, et recouvert d’une quadruple rangée de tapis qui dépassaient extérieurement ces parois.
Fig. 36. Temple égyptien d’époque indéterminée, d’après M. Chipiez. Ilist. de l’Art, t. I, p. 61.
Nous avons constaté tous ces éléments dans l’édifice égyptien.
L’architecture égyptienne prend ses principes dans la nature, la copie avec une simplicité — forcée par sa technique — qui donne une largeur et une raideur extraordinaires à ces figurations et à tout son décor (fig. 36). Cette largeur, cette simplicité de ligne, cette élimination des détails, a provoqué l’admiration, mais le résultat n’a point été voulu par l’architecte; c’est au contraire une preuve de son insuffisance.
Si les Égyptiens eussent possédé des forêts, ils auraient, comme les Hindous, exagéré l’importance et le nombre des détails. Amenés par les produits du sol au cloisonnage et à l’emploi des pierres dures, ils ont caractérisé leur art par la raideur et le cerclé des formes.
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Mais aucune nation, partant d’éléments simples, n’obtint si merveilleux résultats. Tout art a son point de départ aux rives du Nil. Aucuiï peuple ne peut prétendre ne rien devoir à l’Égypte. Quelques-uns lui doivent tout. L’œuvre égyptienne s’est construite sans effort, par la voie la plus naturelle. Elle ne se transforme pas, elle se développe. Juste et vrai dans son art, l’esprit égyptien se refuse aux modifications étrangères exprimant d’autres idées, résultant d’autres mœurs. Ni la Grèce ni Rome, ni nos civilisations n’ont eu cette franchise d’allure, elles ont pastiché. L’Europe imite encore l’architecture de l’antiquité, sans la comprendre. Et pourtant le temple pharaonique explique tous les temples, il montre leur origine technique, il donne leur première signification symbolique.
Résumons, au point de vue général, les points que nous pensons avoir acquis :
1° Les œuvres de l’homme progressent dans un ordre rationnel, procédant d’abord de lois techniques;
2° L’imitation, instinct de l’être humain, n’est jamais parfaite. De là des modifications qui créent involontairement des formes nouvelles propres à toute œuvre humaine ;
3" L’architecture égyptienne et ses éléments proviennent de son sol. On peut en retrouver les origines en étudiant le mécanisme des transformations techniques. Puis l’idée religieuse amplifie cette architecture, la transforme, en fait une création géniale. Et pourtant nous allons voir qu’elle est encore et, malgré tout, l’imitation de la nature.