‹ Le temple et la fleurChapitre 24 sur 96 · EN ÉVENTAIL · texte numérisé non relu

EN ÉVENTAIL

E temple antique, dans son expression la plus haute, le Parthénon, peut se diviser en trois sections que nous allons énumérer et que nous expliquerons ensuite :

P Le fronton (fig. 45), comprenant : L’acrotère; le soleil. —

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Les rampants du fronton; les rayons lumineux. — Le sujet du fronton; le triomphe de la lumière. — L’architrave et les moulures du fronton; les nuées célestes.

2° La frise, comprenant : Les mutules; les nuages pluvieux.

— Les métopes; l’éclair et le tonnerre. — Les triglyphes et les gouttes ; la pluie, germe de vie.

3“ La colonnade, comprenant ; La base; l’antre générateur.

— Le fût; la croissance des germes. — Le chapiteau; la manifestation des éléments et la route de l’âme vers le ciel.

Ces séparations sont factices C mais nous les adoptons pour la clarté. Le fronton c’est le créateur et les éléments générateurs principaux ; le feu et l’eau. La frise montre la lutte de ces éléments et, à sa suite, nous traiterons le sujet du fronton : le triomphe de la lumière. La colonnade c’est la vie surgissant après cette victoire.

Le principe du temple antique est à la fois simple et complexe, double caractère propre à ce qui est beau et grand. C’est la demeure de la Puissance Suprême qui se trouve partout et dans tout, visible ou invisible. L’acrotère, c’est le Soleil (fig. 45, i), principal agent de l’action divine, la plus haute manifestation du Maître de l’Univers. Le fronton, c’est la voûte céleste qu’il a créée.

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Les heureuses fouilles de l’Héraïon d’Olympie ont fourni une magnifique acrotère, en terre cuite peinte, qui surmontait

^ C’est ainsi que nous séparons les mutules du fronton pour les réunir à l’architrave et que nous donnerons l’explication du sujet du fronton comme morale de la lutte des éléments.

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le fronton du temple (fig. 46). C’est un disque, un soleil rayonnant. Ce disque est très mince et, sauf la matière, ressemble à un bouclier. C’est, en effet, une imitation de la forme du soleil ^ Kher, hiéroglyphe égyptien qui veut dire brillant. Il est d’une richesse éclatante, malgré l’effacement de l’or et des

Fig. 46. Grèce. Acrotère en terre cuite peinte de l’Héraïon d'Olympie. — Laloux. L'archit. gr., f. 35 his.

couleurs, grâce aux rayons ondulés et spiralés dont il est entouré, rayons que nous retrouverons sur le fronton.

Au sommet du temple d’ Athénée, à Syracuse, sur la pointe du fronton, resplendissait le bouclier de la déesse. Etait-il dressé en guise d’acrotère ou porté par une statue? Telle est la question que pose BeuléC La découverte d’Olympie montre que la première supposition est la vraie. « Les navigateurs, dit Beulé, apercevaient d’une grande distance ce bouclier poli, étincelant, de même que les Athéniens, après avoir doublé le cap Sumnium et tourné le mont Hymette, distinguaient la pointe

' Fouilles et Découvertes, t. I, p. 11.

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de la lance et l’aigrette brillante de la grande Minerve de Phidias, située sur le rocher lointain de l’Acropole. Lorsqu’ils partaient pour un voyage, les Syracusains allaient d'abord dans le temple de Jupiter Olympien hors les murs; ils y prenaient le feu sacré dans un vase, s’embarquaient, et tenaient le vase à la main tant qu’ils n’avaient point perdu de vue le bouclier de leur divinité protectrice ».

Remarquons-le, Informe du bouclier est généralement ronde, donc son rôle solaire symbolique est constant. Pline raconte^ « qu’un bouclier ardent, jetant des étincelles, a traversé le ciel de l’Occident à l’Orient, au moment du coucher du soleil, sous le consulat de L. Valérius et de C. Marius (an de Rome, 654) ».

En remontant, Homère parle des flammes qui jaillissent du bouclier de Diomède et qui lui servent d’auxiliaires contre l’ennemi Dans rinde, le soleil est une arme brillante, « le bijou d’or du ciel». Les boucliers égyptiens sont souvent ornés de sujets religieux.

Sur un vase grec, publié par R. Rochette, le tour d’un bouclier est orné de points-feux imitant les constellations (fig. 47, i). Sur un autre, un bouclier, orné de même façon, lance ces points-feux dans l’espace, au-delà de sa partie supérieure (fig. 47, 2).

Ces vases présentent donc l’image du Créateur soleil-bouclier, semant dans l’espace les étincelles-germes vitaux de tout

■' Pline. Histoire naturelle, vol. II, xxxiv.

2 « Le bouclier était vénéré à Platée, à Thèbes de Béotie et dans nombre d’autres villes. Il était dieu comme la hache. A Rome, un bouclier sacré étant tombé du ciel, Numa, pour éviter qu’il ne fut dérobé, fit exécuter par l’artiste Mamarius Véturius onze anciles semblables et institua un collège de douze prêtres Saliens pour les garder. Un bouclier d’or était aussi tombé du ciel en Golchide, d’après les traditions des sorciers Rôms. » De Paniagua. Les sanctuaires de Carnac, p. 66.

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ce qui existe, petites pointes de feu qui animent la matière^.

Un bouclier étrusque, que nous avons placé au-dessus d’une situle trouvée à Sesto Calende (fig. 44), montre le soleil lançant

Fig. 47. Grèce. 1. Bouclier peint sur un vase. — R. Rochette. Mon. in., pl. XXXV.

2. Bouclier peint sur un vase. — R. Rochette. Mon. in., pl. LXVI.

les étincelles miraculeuses et en formant hommes et animaux. Mais ce ne sont que des lueurs vivantes, habitant les espaces célestes. Pour retourner sur la terre il faut un corps, une enveloppe à ces âmes.

^ Les anciens représentaient le soleil comme l’image supérieure de la puissance créatrice, en spécifiant, par le culte du feu, que c’est en sa qualité de foyer divin, source de toute vie, et qu’ils l’adoraient. Le soleil c’est la monade suprême, le principe des choses; il donne une cause, en apparence rationnelle, à la production du mouvement.

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Le corps, cette matière, cette enveloppe nécessaire pour finir l’œuvre du Créateur, provient du disque solaire (fig. 48).

Ces portions du cercle divin détachées, par le fait du mouvement de l’astre créateur, se spiralisent, se tordent en C/) ,^pour

entourer les étincelles et constituer les êtres vivants (fig. 49) h Ces CO sont les nuées, légères, rosées, entourant le soleil à son apparition comme d’une écharpe de gaze. Ces nuées s’accrochant l’une à l’autre (fig. 50), forment ensuite les

^ Cf. la traduction des deux couteaux lacustres, au chapitre : L’intelligence, dans La Langue Sacrée, t. I.

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nuages sombres luttant contre le soleil. Seule, sa lumière violente — l’éclair — ^ peut les percer et les résoudre en pluie.

Le disque en métal ci-dessous (fîg. .50), sorte de petit bouclier, est comme le complément des boucliers peints sur les

Fig. 50. Hongrie. Disque d’un marteau d’arme. Trésor de Gaura. Collection de M. David Egger. — Archeologiai Kozlemenzek XIII, v. II, liv. p. 40 et Congrès de Budapesth .

vases grecs (fig. 47). Ceux-ci montraient l’élément-feu créé par le soleil, le petit disque présente l’eau céleste, laquelle, après une lutte inutile, sera fécondée par les étincelles et deviendra la fleur mystique, la mère divine.

Les figurations du soleil lançant les germes-âmes-étincelles et les corps-enveloppes-spirales, nous les avons suivies dans le monde entier et dans leur expression multiple avec « Le mystère de la création ». Ce disque, nous l’avons retrouvé nimbant le Christ rédempteur. Centre de la croix, hostie divine (fig. 51), il brille toujours dans les tabernacles chrétiens, comme

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jadis au sommet des édifices et dans les tabernacles égyptiens (fig. 41).

Le soleil-acrotère et la pyramide de ses rayons créateurs formant fronton, n’est nulle part mieux affirmé que par la grande pagode de Callacaud, dans l’Hindoustan (fig. 52). C’est au-

Fig. 51. Ile de Man. Fragment supérieur d’une pierre sculptée trouvée dans une chapelle de l’église saint Michel.

— G. French. Journal of the Britislt Archœological Association, 1859, pl. 10.

dessus du temple, la construction complète de l’hiéroglyphe égyptien âm {signe 3, fig. 53) ; le soleil est une gerbe de rayons contenant les étincelles de vie projetées sur les fidèles. Ici, ce symbole est tellement important qu’il écrase la nef qu’il surmonte L Les autres temples de l’Inde, construits sur le même principe, ont adopté de meilleures proportions.

^ Exceptionnellement nous présentons le temple de Callacaud au milieu du paysage qui l’entoure, un des plus riches du Karnatic et des plus solennels, grâce au mont Comorin qui domine tout le pays. Cette haute montagne est elle-même un

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Dans toutes les contrées les édilices antiques portent comme acrotère la figuration solaire (fig. 54, i), et la célèbre tapisserie de Bayeux (fig. 54, 2), contient l’image mystique d’un temple, véritable résumé des principaux Signes Sacrés construits ; le soleil

et ses rayons formant le fronton; les nuées et les spirales, les murs ; au centre, la pierre conique s’offre à l’adoration des fidèles.

Figurer le soleil versant ses rayons de vie sur le mort, c’était forcer cet astre à opérer l’acte de résurrection. Aussi les

temple pour la population d’une contrée, qui conserve sans mélange les anciennes traditions de l’Inde. On remarquera que la pagode de Gallacaud est en réalité l’imitation réduite de la montagne et de ses pentes abruptes. Le mont Comorin est une pyramide naturelle dont le sommet dépasse constamment la ligne céleste des nuées ; de sa cime sort une source puissante. Nulle part le culte primitif de la montagne ne peut mieux s’expliquer: La pagode de Gallacaud, pyramide artificielle, sillonnée de lignes d’étincelles descendant du disque solaire sur la terre pour la fertiliser, en est le commentaire éloquent.

Fig. 52. Inde. Le temple de Gallacaud et le mont Gomorin. — dfag. pitlor., 1858, vol. 25, p. 373.

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tombeaux importants furent-ils recouverts d’une pyramide ou d’un fronton.

Charles Blanc, lorsqu’il traite de « l’origine si simple du

Fig’. 53. Egypte. Hiéroglyphes (déterminatifs).

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