Sénégal. Maison moderne, dessin de Pierre Vignal
un vase du Louvre (fig. 106,2); sur une maison sénégalienne (fig. 106, 3), et au sommet des édifices antiques, sur l’architrave céleste (fig. 105).
Le propre des nuées, pendant l’orage, c’est de descendre
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vers le sol sur les colonnes qui portent le ciel, telles que l’Egypte les figure hiéroglyphiquement, et les mutules « au carré » dans l’architecture L
M. Chipiez, dans son premier travail, avait d’abord parfaitement compris que les mutules ne dérivent pas des nécessités delà construction 2, car, «bien différents, disait-il, des modillons ou corbeaux du moyen âge, ils ne sont pas engagés dans le mur a la façon de ceux-ci et ne se montrent pas dans l’édifice
Fig. 107. Grèce. Les mutules du Parthénon.
à 1 état de membres constructifs; loin de saillir pour soutenir le larmier, ils en sollicitent au contraire la chute ». Et en appuyant justement sur ce fait, il ajoutait : « L’inclinaison de la surface inférieure est surtout remarquable; elle se présente dans un sens opposé à celui des corbeaux, c’est-à-dire que le volume des mutules s’accroît à mesure qu’il s’éloigne du mur. Il en résulte que le larmier, ainsi chargé sur les bords, est dans des conditions telles qu’il répond à une chose c[ui est l’inverse d’une nécessité de construction ».
En résumé, l’éminent architecte, s’inspirant alors heureu-
' Cf. la fig. 89, p. 129 ou les mutules « au carré » tombent de la ligne d’eau figurée par les méandres. Les gouttes sont remplacées par la tête de lion-gouttière.
Orig. des ordres grecs, p. 227.
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sement des idées de M. Emile Burnouf dans : Les mythes nsituralistes grecs, émit la pensée que l’entablement dorique était la mise en oeuvre de ces mythes.
Dix-huit années se sont écoulées et en 1894, nous voyons M. Chipiez réagir complètement contre ces premières allégations, reprendre la question dans le 7" volume de l’Histoire de l’Art, et au chapitre : Les origines de l'architecture doricjue, expliquer par la construction en bois toutes les formes du temple dorien, même des mutules qu’il déclarait auparavant « l’inverse d’une nécessité de construction ». Maintenant: (( Ces mutules imitent dans la pierre » la table de bois qui, dans la charpente mycénienne, servait, en dessinant là les mêmes ressauts, à assujettir par en bas le revêtement des solives L
Dans cette nouvelle thèse M. Chipiez, ayant supposé des terrasses aux monuments de Mycènes, déclare « qu’il en résulte l’horizontalité des mutules ». — Cela ne change rien au système, ajoute-t-il. — Pardon, cela change tout. Le savant architecte oublie « que le volume des mutules s’accroît à mesure qu’il s’éloigne du mur » et qu’ils sollicitent la chute du larmier, disposition voulue, spéciale, qui nous force à revenir à l’explication symbolique que M. Chipiez a complètement abandonnée.
Les mutules sont placés sous le larmier, c’est-à-dire dans la partie la plus ombragée de la façade du temple grec, celle qui ne reçoit pas les rayons du soleil. Cette partie est relativement obscure, et nous savons que dans la philosophie des Hindous « l’obscurité donne à la terre et à l’eau leur tendance
à tomber 2.
^ Hist. de l’Art, vol. 7, p. 720.
^ Guimet. Philosophie des Hindous; — Tour du Monde, 1888, vol. 56, p. 76.
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Sous les mutules sont ce que l’on appelle : « les gouttes » (fig. 107), c( dont l’origine et le sens n’avaient jamais encore été expliqués d’une manière satisfaisante », et M. Chipiez y reconnaît la copie des chevilles en bois assujettissant les mutules au larmier.
Que les gouttes soient des copies de chevilles en bois, nous l’acceptons C l’entablement du temple grec ayant été évidemment en bois, imité ensuite en pierre. Mais que ces chevilles soient originaires du bois et nécessaires a la construction, nous sommes d’un avis contraire, pour elles comme pour les mutules. Leur place, leur nombre, leur forme, ont été évidemment rectifiés, régularisés, simplifiés par les lois de la technique, mais celles-ci ne les ont pas imposées; mutules et gouttes n’étant d’aucune nécessité technique sous les poutres de l’architrave.
Reprenons donc l’origine symbolique.
Les anciens prétendaient que la pluie tombe goutte à goutte parce que versée trop abondamment elle perdrait tout, comme un jardinier qui arroserait ses graines à pleins seaux. Nous ajouterons, d’après M. Chipiez {En '1876 : Origine des ordres grecs, p. 246) :
« Le larmier de l’entablement supporte la région céleste, séjour du dieu « assembleur de nuages ». C’est la ligne de séparation du Ciel et de la Terre ».
« A ce sol foulé par les immortels s’attachent les Mutules, formes géométriques qui représentent avec une énergie toute
' Ch. Blanc avait déjà émis cette idée :
« Que signifient ces appendices? Vitruve les appelle encore des gouttes; mais il est évident cette fois qu’il ne peut pas y avoir de gouttes sur une surface qui est inclinée tout exprès pour les éviter. Ces prétendues gouttes représentent, sans doute, comme celles de l’architrave, les chevilles au moyen desquelles le charpentier avait fixé sous les chevrons un plancher pour en cacher les maigres saillies. » Gr. des arts du dessin, p. 166 et 169.
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dorienne les nuages supérieurs, épars et suspendus dans l’Etlier : les Gouttes en figurent les eaux‘ ».
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Les figurations qui accompagnent le texte des signes 93 et 94 ci-dessus, montrent comment la rosace-soleil, complétée par les nuées, arrive à donner en plan l’image d’une fleur dont l’ovaire est entouré d’une rangée de pétales, comme la marguerite. Les Signes Sacrés dans leur efflorescence font mieux ; par eux la fleur est fermée et se présente en élévation ; l’astre, son ovaire et ses rayons sont cachés par les pétales qui les entourent La fleur présente alors une analogie
^ La position des mutules sur le col des vases et principalement sous la corniche qui entoure les temples, nous amène aussi à une opinion que M. Chipiez a soutenue dans son premier ouvrage. M. Chipiez y reconnaissait alors une modification de la toiture des kiosques égyptiens, la simulation des franges des tapisseries avec leurs poids (fig. 30). A notre avis, les Grecs les auraient imités d’abord en peinture, puis simplifiés et diminués en sculpture, quand leur représentation n’était plus qu’un simulacre et un souvenir. Ainsi le poids diminue d’importance, sa forme se réduit au cercle simple, tourné en bois et placé comme une cheville. Mais en pierre cette forme était d’une imitation dangereuse, aussi fût-elle encore simplifiée jusqu’à ce qu'elle fut réduite à quelques rangées de petits cylindres ronds, peu saillants, c’est-à-dire peu cassants.
Quand les kiosques en Egypte, et par suite dans les autres contrées, donnèrent le modèle des temples, chaque édifice religieux devenant une représentation de l’Univers — l’architrave représentant le ciel — les poids des tapisseries (fig. 30) devinrent le germe, les fruits, la pluie, enfin, d’après leur dernier nom antique : les gouttes.
2 Maints textes égyptiens s’accordent avec ces figurations : « Au commencement le soleil se leva comme un épervier du milieu d’un bourgeon de lotus. Quand la feuille s'ouvre avec la couleur brillante du saphir le jour s’est séparé de la nuit. Brugsh. Relig. and Mxjih. Vol. I, p. 103. Une variante de la même idée s’exprime ainsi, parlant du dieu soleil Horus : « Il ouvre les yeux et illumine le monde. Les dieux sortent de ses yeux, les hommes de sa bouche et toutes les choses existent par lui lorsqu’il se lève brillant du lotus ». En Egypte, le lotus est souvent surmonté d’une grenouille (la déesse Hyk), symbole de l’eau, la vase primitive, base de toute matière créée. Cf. Rosselini, Mon. del cuUo, p. 151.
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avec le phénomène des nuées cachant le soleil et annonçant l’orage.
Telle est la traduction de la fleur ci-jointe (fig. 108). Non seulement les pétales droites empêchent de voir l’ovaire, mais deux feuilles courtes, lourdes, arrondies, penchent de
chaque coté de la fleur, ce sont les feuilles lourdes d’eau, les mutules « au rond ». Elles laissent tomber quatre « épis de blé », tranformation matérielle des étomines, germe mystique, signe célèbre que nous étudierons à propos des mystères d’Eleusis.
Nous avons déjà signalé (fig. 109, i) une Fleur Cosmique surmontée d’une pétale triangulaire à damier et d’un lotus, remplaçant la rosace solaire. Pour suivre l’analogie de cette fleur avec le temple, il fallait qu’elle présente une corniche avec l’ondulation des eaux célestes, les mutules et les gouttes. Ees mutules y figurent, mais les gouttes sont omises. Heureusement
Fig’. 108. Cyprc.Yasa du musée de New-York. — GoocL, pl. XLVIII.
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nous retrouvons ces expressions cosmiques sur la fleur d’un vase cypriote.
Cette fleur peinte (fig. 109, 2) est divisée en deux parties par la ligne ondulée horizontale céleste: la ligne d’eau des légères nuées. Au-dessus d’elle deux cépales s’ouvrent et projettent une pétale centrale et deux étamines. La pétale
Fig. 109. — 1. Cypre. Fleur cosmique peinte sur un vase. — Good., pl. XLVII, 13.
2. Cypre. Fleur peinte sur un vase du musée de New-York. — Goodyear, pl. XLVIII.
centrale a une forme ovale et contient des points-feux. Sous la ligne céleste et sous son ombre, deux feuilles arrondies, deux nimbus, se présentent chaque côté de la fleur. Le nimbus de droite penche sensiblement avec la même inclinaison que les mutules. A la base des nimbus tombent deux épis de blé qui atteignent la ligne terrestre : Energies créatrices ; ligne céleste; nuages orageux; germes fécondateurs, tel est le sens absolu des étrangetés que présente cette Fleur Cosmique, synthèse des principaux phénomènes de la nature.
vol. VI.