‹ Le temple et la fleurChapitre 51 sur 96 · Fragment de frise de Mycènes · texte numérisé non relu

Fragment de frise de Mycènes

3. Plaque d’ivoire de Mycènes. — Perrot et Chipiez. I/ist. de l’Art, t. VI, f. 226, 227 et 228.

Le soleil et l’eau, inscrits sur le col, réapparaissent au sommet de la panse : le soleil par ses doubles sous la forme de losanges; l’eau par une file d’oiseaux aquatiques; puis une rangée de panneaux (les métopes et les triglyphes), contenant les uns un double solaire lançant des spirales « au carré », les autres, les lignes horizontales ondulées de l’eau. — Le mythe de l’orage sur les temples modifia en lignes verticales celles-ci, et en foudres celles-là, mais c’est toujours la même disposition en panneaux.

Vitruve, en indiquant la couleur bleue — cevci cœrulea, — pour remplir les canaux des triglyphes, certifie qu’ils représentent l’eau céleste ; la couleur de brique rouge ardent de

^ Perrot et Chipiez. Hist. de l’Art, t. VII, p. 211.

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cinabre, qu’il assigne aux métopes, traduisant parfaitement le feu qui sort des nuées orageuses.

En dernier lieu les triglyphes n’ont plus, comme les colonnes, que des cannelures. L’origine de celles-ci est technique. A l’époque dite archaïque (?), remontant au de là du xiif siècle avant notre ère — époque d’efflorescence artistique comparable avec le XIII® siècle de notre ère — Mycènes, Tirynthe, Orchomène, etc. ,

Fig. 129. — 1. Egypte. Vase pré-historique. — De Morgan.

Redl, sur les origines de l'Egypte, pl. IV.

2. Grèce. Œnochoé. Musée de Berlin. — Perrot. Hist. de l’Art, t. VII, p. 211.

témoignent de la faveur des émaux et des pâtes multicolores. Cette époque de faste fut anéantie par l’invasion dorienne. Par suite de la pauvreté qui en résulta les édifices imitent sèchement, en bois, les anciens temples de granit, de marbre, d’or et d’émaux. Peu à peu, la pierre, puis le marbre, remplacent à nouveau le bois, mais la luxueuse tradition de l’émail disparaît. A présent, en place des riches colonnes spiralées on se contente de rayer, comme primitivement, le fût des piliers. Au lieu de remplir ces rayures de pâtes colorées on les peint. Aujour-

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d’hui que le temps a enlevé la couleur il n’en reste plus que les concavités : les cannelures.

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Le temple a montré le soleil-acrotère lançant dans le cielfronton ses rayons étincelants. Ceux-ci, arrivés à la corniche, rencontrent les nuées, les pénètrent et les divisent en fractions génératrices, soit les ôves, sous la corniche, soit les gouttes, à l’extrémité des triglyphes.

Les petits cubes ronds, dont le nom typique a été heureusement conservé, les gouttes des triglyphes, comme celles des mutules (fig. 107), doivent, d’après Vitruve, être de couleur jaune. Ce qui indique des germes lumineux, des étincelles d’or, l’âme de futures existences.

Une figure gravée sur la croix de Saint- Vizeans, en Écosse (fig. 130), présente la

Fig. 130. Ecosse, double action de la foudre mentionnée plus Croix de St-Vizeans

— Stuart. Sc. Sto- haut. D’une part elle montre la pointe lancéolée nés, pi. LXXI. lumineuse, de l’autre elle lance l’étincelle dans le corps, l’âme dans la sphère ouverte, une des quatre kerts de la coiffe de Pont-l’Abbé (t. P*, fig. 11).

Cette action, mille fois répétée, rompt le nuage, brise sa condensation, le subdivise en mille petites sphères ou demisphères dans lesquelles la foudre met une étincelle vitale : le germe que la pluie dépose dans la terre. Cette enveloppe forme Lôve-kert, grosse goutte de l’orage se brisant sur le sol en

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lançant le germe. Ces enveloppes brisées, ces germes isolés, fragments de corps et d’âmes, se réunissent dans la terre pour recomposer l’être entier. (V. tome I, f. 290, le dolmen des marchands.)

Les atomes, étincelles de vie — dans l’intérieur de la cépale centrale lance-foudre — sont figurés dans la Fleur Cosmique

d’un vase égyptien (fig. 131), et surtout par la peinture d’un ossuaire crétois (fig. 132). Dans celle-ci, de la « plante lourde d’eau » surgit une branche spiralée émettant quatre feuilleséventails. Une d’elle porte la foudre lancéolée simple, les trois autres projettent par la lance les atomes magiques.

Sur cette branche miraculeuse, sur ces fleurs nouvelles, les oiseaux naissent, les âmes-poissons apparaissent. L’action

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Fig. 131. Egypte. Amphore de Kourna-Thèbes. — Champollion.

Mon. de l’Egypte.

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créatrice est dirigée par deux doubles solaires, petits disques à point central — l’ame solaire, principe des âmes — et les rayons entourant les deux disques, fragment de son corps et principe de tous les corps. L’éclair-foudre est l’exécutrice de

Fig. 132. Crète. Urne funéraire. — Peri’ot. Hist. de l’Art, t. VI, p. 530.

cette œuvre. La foudre lance des atomes-étincelles-âmes, l’éclair les rayons corporels, et les êtres nouveaux sont créés !

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Les textes égyptiens, qui prouvent l’origine africaine des idées que nous étudions, parlent d’Osiris ressuscitant grâce à l’eau employée par Isis et NeplitisU L’Egypte identifie la nuée

^ C’est le quatorzième hikennou de la litanie du soleil ; Celui qui conduit Ra dans ses membres, l’image du corps de Tafnut. — a Tafnut, dit M. Naville, p. 34, nous indique plutôt quelque chose d’humide ».

Ainsi Ra est une plante céleste, comme l’homme pour Platon.

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à l’œil d’Horus et figure aussi la divinité Nelimi sous les replis d’un immense serpent, « vie des formes et des substances ». — « Les Égyptiens, dit Plutarque*, appelaient la mère du monde (l’eau), parce qu’elle semait dans l’air les principes féconds dont elle avait été imprégnée par le soleil ».

Fig. 133. Troie. Fusaïole. — Schliemann. Troie, n° 1991.

Sur nombre de fusaïoles troyennes, nous voyons courir le serpent-éclair autour du disque solaire entouré de nuées et de toutes parts la foudre — lignes zigzaguées — tombe sur la terre (lig. 133), en même temps que les lignes d’eau et d’étincelles « les âmes qui viennent se réincorporer sur terre au moment de l’orage - ». C’est ainsi qu’Agui traverse impétueusement l’espace sous la forme de l’éclair et prenant le rôle du dieu Soma « va déposer sa semence d’or dans les gouttes de pluie ». C’est à ce rôle de fécondateur qu’il doit

^ Isis et Osiris.

2 Variante du signe 33 : les âmes se détachant de l’arc-en-ciel pour tomber sur terre sous la forme de pièces d’or. — La Langue Sacrée. T. I, p. 365.

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son épithète de taureau. Ses cornes sont des flammes, ses mugissements la grande voix du tonnerre L C’est ainsi que Zeus verse les eaux du ciel, entasse les nuages orageux « armé de la foudre, leur frappe les flancs et en fait tomber la pluie comme d’une outre percée ». Rappelons encore le mythe d’Ouranos, le Varouna védique, père de l’Océan, producteur d’Aphrodite^. Enfin, dans le catholicisme, chaque samedi saint, le prêtre plonge trois fois le cierge pascal dans le fonts baptismal, en disant : « Que par sa vertu il féconde toute la substance de cette eau^ ».

Les gouttes des mutules et des triglyphes ne contiennent pas seulement l’étincelle divine, mais les éléments créateurs : la spirale élément féminin naissant du contour même du nimbus, transformation intelligente du disque solaire; le signe de la croissance, placé naturellement au centre des nimbus et déterminant la pointe de ceux-ci; les boutons de lotus, éléments vitaux, enrichissent les volutes de l’océan céleste ^ ; les haches de pierres, filles de la foudre, qui percent les outres des nuées et tombent sur la terre avec les éléments de fécondité et de résurrection.

On reconnaîtra sur les dalles de Gavrinis la plupart de ces signes. Les éléments créateurs sont agités par l’ouragan

' De Milloué. JJist. des religions de l'Inde, p. 29. — Cf. Macrobe. Salurn., 1, 8. — Bergaigne. Wedas, VI, 51, 1. — L. Ménard. Du polyth. hélL, p. 53.

2 Em. Burnouf, p. 125.

* Missale Romanum, édit, de Tournai, 1879, p. 270.

Quand la nature pleure, les Heurs s’épanouissent, c’est une sève de renouveau. — Cf. Bchl., Tirynthe, pl. finales.

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(pl. IV, p. 132). Déjà un certain ordre apparaît; les germes pénètrent dans les kerts (fig. 134); les signes de croissance se superposent. « La vie sort du chaos, de l’abîme des océans

Fig. 134. Bretagne. Sculptures du dolmen de Gavrinis, Morbihan. — Moulages du Musée de Saint-Germain.

primordiaux dit Prosper Leblant. — Gavrinis nous fait assister à ce drame cosmogonique.

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M. d’Alviella a reconnu dans le tau, divinité américaine, des rapports avec la modification germanique. Comme Thor, la divinité mexicaine, Tlaloc est le dieu de Forage, qui amène la fécondité, la vie. Ce dieu-élément est représenté par un maillet carré ; mais ce qui le distingue ce sont les dents qui descendent sur le manche et simulent la pluie (t. I, fig. 1 10). Ici nous retrouvons l’Egypte; la ligne droite du maillet figurant le ciel (à l’égyptienne), d’où sort la pluie. Dans un monument des plus intéressants du musée copte, au Caire (fig. 135), organisé par M. Cayet,

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au-dessus d’une déesse-mère, le sculpteur a placé le ciel antique — la barre égyptienne aux deux angles — surmontée de l’éper-

Fig. 135. Bas relief du musée du Caire. — Alb. Gayet. Les Monuments coptes, pl. XC, f. 101.

vier sacré, et sous cette barre des dents pareilles à celles du tau mexicain indiquent la pluie, le germe fécond. De la même

Fig. 136. Égypte. Vase pré-historique. — De Morgan. Rech. sur les orig. de VÊgypte, pl. 1, 2 et pl. IV.

façon, sur un vase de Troie b au-dessus d’un sphinx grécoégyptien, le ciel laisse tomber quatre pointes que nous identi-

' Cf. Alb. Dumont. Les Céramiques de la Grèce propre, Didot, édit.

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fions avec d’autres représentations sur un vase du type le plus ancien de l’Égypte (fig. 136) et sur des vases préhistoriques de l’Europe (fig. 137, 4 et s). Tous suivent la même convention, ils mettent sous le col deux ou trois lignes ondulées horizontales indiquant le ciel, d’où tombent, par faisceaux séparés, plusieurs

Fig. 137. — 1. Egypte. Prisse d’Avesnes, II, pl. 72.

2 et 3. Hiéroglyphes égyptiens de l’orage.

4-5. Poteries néolithiques du Hanovre. — Musée de Saint-Germain.

lignes verticales, jusqu’à moitié hauteur de la panse du vase, indiquant la pluie (fig. 137, 3).

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Les anciens, ayant exprimé par la Fleur Cosmique les nuées, la foudre et l’éclair, firent de même aussi pour la pluie. La nuée orageuse fut exprimée par des pétales-cépales se courbant vers le sol (fig. 127, 2 et 138, 1), leur extrémité appointée faisant tomber une fibrine qui pénètre la terre et provoque parfois une projection génératrice. Le delta créateur, les svastikas, signes du mouvement, complètent la Fleur Cosmique dans ce rôle fécondateur.

Nous avons déjà donné une figuration de la même idée

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(fig. 108) employant un autre signe. Ce n’était pas l’eau qui sortait des nuées mais quatre tiges de blé dont les épis tombaient sur le sol pour le fructilier (fig. 138,2).

Dans le célèbre bas-relief mexicain dit de la croix, trouvé à Palanqué (fig. 139), la croix, bizarre figuration principale est, à notre avis, une transformation fleurie, avec des parties zoomorpliiques et anthropomorphiques, du tau, dont nous avons montré Limage simple plus haut. Le tau américain, c’est le neclj égyptien, analogue à Varani ou bâton à feu hindou, — l’instrument mythique qui devient le maillet carré du dieu germain

pl. XV, 13.

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