CEDIPE ET LE SPHINX
A morale du drame que nous décrivons est souvent révélée par un élément important de la décoration des temples grecs : le sujet qui remplit le fronton. Généralement cet espace est décoré par une allégorie ayant rapport avec le soleil. Etudions une d’elles ; la lutte du lion et du taureau.
La Langue Sacrée
Signe 119.
D’une part, on sait que le lion était un animal solaire consacré à Héphaïtos, le dieu Phtaph du Nil. En Égypte il se dédouble en jumeaux : Shou et Tefnout L et sous cette forme ils apparaissent, sur un skyphos trouvé à Athènes, créant le feu (fig. 142). D’autre part, on connaît le mythe égyptien d’Isis,
la vache céleste ; le mythe hindou des vaches-nuées et des cinqtaureaux-soma; enfin les flenves-taureaux gréco-asiatiques.
La lutte du lion et du taureau, du feu et de l’eau, si souvent reproduite sur les monuments antiques, prend tout son développement philosophique dans le culte de Mithra. Encore aujourd’hni on en retrouve la trace de toute part dans les croyances des campagnes. Dans le Bordelais, les paysans disent que les nuages amenés par l’orage ont des jambes, ils
* Le lion représente la splendeur rageuse du soleil : « Le lion furieux qui vient avec Procyon brûler la terre de ses feux. » Horace, lib. III. od. 22, v. 19. Cf. Heraclite de Pont ; Myih., p. 490. — Plutarque, etc. (Gf. Tome I, fig. 358, p. 596).
Fig. 142. Grèce. Skyphos trouvé à Athènes. — Collignon. H. de la Cér., fig. 25.
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courrent. — Ce sont des animaux qui luttent avec le soleil et le dévorent.
Le tombeau grec de Myra présente au fronton cette lutte du lion et du taureau (fig. 141), soit du feu et de l’eau, de la foudre et des nuées, de la lumière et de la nuit, du bien et du mal, c’est la victoire de la vérité.
Cette dernière analogie semblera une image de rhétorique, nullement exprimée par ce groupe, et encore moins par les ornements ou les Signes Cosmiques. — Il n’en est rien.
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Un vase italo-grec (fig. 143) montre un lion dévorant les reins d’un cheval qui fuit. La scène est encadrée, comme une frise architecturale, par les rayons lumineux à la partie supérieure, par des nuées à la partie inférieure.
Dans ce monument le cheval remplace le taureau, mais le sens reste le même. Le cheval, créé par Poséidon, représentant l’élément humide C est l’emblème de la mer céleste.
On remarquera au-dessus du groupe un motif spiralé, par-
' « Le lion, le représentant de la puissance dévorante du soleil d’été, et, dans l’animal qu’il attaque, la personnification de l’élément humide. Le vainqueur est toujours le lion ; le vaincu, c’est tantôt comme en Assyrie, comme à Persépolis, comme en Lycie, le taureau; tantôt comme en Cappadoce le bélier, tantôt un cerf comme sur certaines pierres gravées très anciennes, pour la plupart d’origine chaldéenne et assyrienne. » G. Perrot, Bullet. de cor. hellénique, 1881, 5, p. 25. — Lajard. The monument of Miniveh, pl. 48, f. 2, pl. 46, f. 1, pl. 45, f. 2. — Coste et Flandin. Voy, en Perse, Perse anc., pl. 91, pl. 102. Lajard. Rech. sur le culte de Vénus, Atlas pl. VII, pl. XVII et XVIII. — De Luynes. Essai sur la ninnismaiiquc des Satrapes, pl. XXX, IV et VIII.
tant des rayons, et se terminant par une lance dirigée vers la tête du cheval. Ce signe c’est la spirale intelligente * ; la lance c’est la lumière, l’arme magique qui crée et tue. Sa projection
Fig. 143. Vase anlique trouvé en Tunisie. —
/nsi. de cor., v. 4, pl. XLVI, 2.
sur l’animal qui fuit, annonce sa mort prochaine; le lion est victorieux.
Signe 121.
Le musée du Vatican possède un cylix représentant Œdipe et le Sphinx (fig. 144). Le monstre est perché sur une colonne. Il a questionné le héros qui répond, assis, les jambes croisées, avec le plus grand calme. Supposons que nous ignorons la légende; nous voyons un homme parlant; un monstre écoute et penche tristement la tête. Cette réponse est-elle juste; Le
^ La Langue Sacrée, vol. I, V“ partie, chap. III : L’inielligencei
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sort du Sphinx est-il en jeu? — A ces questions qui préjugent d’une action à venir, un dessin ne peut répondre, dira-t-on.
Telle est l’erreur. Un seul signe cosmique va se présenter ici, près de ce groupe figuratif. Il va prendre part à la scène, la définir et en montrer l’issue.
C’est une double spirale accolée. Elle prend son point de départ sur le sol et se termine de l’autre par une lance menaçant le Sphinx, et semblant combattre la queue-serpent du
Fig. 144. Grèce. Cylix du musée grégorien au grégorien Vatican. — Collignon. Hist. de la Cér., fig. 73.
monstre. On reconnaîtra la lance placée au-dessus du lion combattant le taureau ; la lance-feu fait triompher ici la vérité lumineuse des paroles d’Œdipe. De cette double palmette, la première s’arc-boute sur la bordure circulaire et, en se redressant, elle pousse la seconde palmette qui touche la colonne supportant le Sphinx. Celle-ci ne peut résister ; l’action convergente de la lance et des palmettes est évidente ; les moments du Sphinx sont comptés !
La coupe grecque complète l’enseignement que donne le
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fronton des temples, c’est la morale de l’édifice. Elle montre le triomphe de la lumière sur la nuit, du bien sur le mal, de la vérité sur l’erreur.
C’est avec cette lance, qui remplace si souvent l’orbe solaire sur les temples d’Égypte (fig. 23, p. 42) et d’Assyrie (fig. 146), qu’ Athénée — la sagesse — née du cerveau de Zeus — la lumière — créa l'olivier — la paix. — C’est Larme divine qui brillait sur l’Acropole. Conduite par la spirale intelligente, elle vit, elle projette la lumière (fig. 147), elle prédit l’avenir, elle rayonne sur la tête des héros (t. P‘’, fig. 306). Le prêtre dlsis a ouvert le livre sacré et dévoilé à Lucius l’écriture secrète L
Le Signe Magique n’est plus ignoré.
Le Sphinx est vaincu !
^ Apulée, p. 42.
Fig. 145. Mexique. Les cinq lances ou ilammes divines. Frise d’un temple. — D. Duran. Hist. de los Indios Occid.