‹ Le temple et la fleurChapitre 83 sur 96 · Perse. Le menhir à feu de Kerm · texte numérisé non relu

Perse. Le menhir à feu de Kerm

équivalent aux ailes lumineuses de l’âme L Plusieurs de ces

Fig. 211. — 1. Egypte. Stèle-pyramide. — 2. Lame rejoignant le corps. — 3. Soleil rayonnant. — 4. Adoration de l’obélisque par les cynocéphales. — Schiaparelli. Il sign. s. delle piramidi.

piliers, comme les stèles, ne possèdent pas ces précieux auxiliaires ; ce sont de simples obélisques placés près ou au-dessus

' Nous avons déjà étudié ce signe, à propos de l’hiéroglyphe « émettre, faire sortir », dans le premier volume, p. 418. Ces spirales fleuries accompagnent toujours latéralement le soleil, la fleur, l’âme, dans leurs apparitions au-dessus de la ligne céleste; elles les émettent; elles les font sortir. Leurs formes sont plus riches, mais elles n’en participent pas moins, comme principe et action, des spirales-ailes de la petite pyramide.

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de monticules ou tertres funéraires (fig. 210, 2) ; tertres et piliers exhaussés sur des degrés. Le tout donne l’image « au rond » des pyramides-obélisques de lahaute antiquité égyptienne (fig. 210, 4).

En Égypte, comme en Chaldée, les obélisques, dans les inscriptions, sont toujours couronnés par le soleil ^ (fig. 210, 3 et 198, 3 et 4). L’obélisque rayon-solaire adoré par les Cynocéphales (fig. 211, 4), est souvent représenté sur les stèles du Nil. Il s’ensuit que de l’Égypte à la Grèce — et nous le prouverons pour toutes les parties du monde ^ — le layon lumineux venant

' Le menhir est un obélisque grossier, aussi les Guèbres l’ont-ils approprié à leur culte. La pierre levée du village de Kerm (fig. 210, 5) ayant servi d’autel, le feu étant allumé à la partie supérieure présente ainsi un parallélisme parfait avec les obélisques à pyramidion.

2 Une dalle du dolmen de Kivik en Suède, est un curieux exemple de l’extension de cette croyance (fig. 214); une pyramide volante est au centre, elle est accompagnée par deux haches, dont les manches recourbés indiquent le mouvement aérien convergeant vers la pyramide. On sait que la hache était le signe divin en Égypte,

dolmen de Kivik. — Simpson.

elle indiquait la renaissance, le renouvellement, soit le miracle journalier du soleil. A son exemple la pyramide, sa demeure, va se placer dans la Bari, la barque divine, indiquée ici par l’embarcation à fausse quille des phéniciens, lesquels peuplèrent les premiers toutes les côtes de la mer du Nord et de la Baltique. — Cf. Les travaux des archéologues Scandinaves : Wilson, Montélius, Sophüs Muller, etc.

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du soleil (fig. 211,3) et y retournant, fut toujours le véhicule miraculeux, le char de feu que prenait le mort pour monter au ciel ou retourner sur la terre (fig. 211, 1 ci 2).

Pour revenir à l’image gracieuse des âmes-fleurs, son développement a fourni à l’art grec les combinaisons les plus riches (fig. 212), rappelons deux vases que nous avons déjà analysés dans le premier volume :

Au sommet de cette frise, écrivions-nous (fig. 213), trois rosaces Q- jaunes (Por) et blanches (la lumière) et des triples

Fig. 213. Transformations de Tâme dans le ciel. — 1. En soleil. — 2. En fleur. — 3. En buste vivant. — 4. En génie céleste.

points blancs .'. expriment le triple soleil étincelant, dont l’évolution : le matin, à midi et le soir, est analogique à l’existence de l’humanité. Il fait naître du sol une fleur-fée, proche parente de celle étudiée plus haut (fig. 209, 1), seulement celle-ci forme la poitrine d’une déesse, le col et la tête sortent d’un calice. Cette tête divine est le centre de la plante miraculeuse, la plus haute expression de ce bouquet mystique, aux spirales lumineuses ; , aux palmettes-feux ; aux boutons-soleils et à

la fleur type de parfaite beauté !

« Quelle intensité d’esprit, d’invention, de vie dans ce simple motif d’ornement ! Quelle langue divine ! Cette fleur, buste humain, centre et fin des pouvoirs créateurs, semble-t-

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elle l’image d’un orgueil injustifié? Ce n’est pas notre avis, car l’intelligence de cet atome terrestre, quoique imperceptible dans l’espace et dans le temps, est aussi grande que la nature qu’elle traduit par de si gracieuses images, et prouve ainsi qu’elle est la plus haute expression de la divinité ' ».

Fig. 214. Grèce. Motif peint sur un vase. Dans l’original le fond est noir et le dessin est jaune et blanc. — Racinet. L’Ornement polychrome, pl. V, 18.

Remarquons-le, l’apparition du buste féminin, de la fleurfée, a lieu entre les spirales et les doubles palmettes-éventailsfoudres. C’est la réalisation visible, absolue, indiscutable, de l’image peinte sur la cuve funéraire de Pendamodi. Dans celle-ci la création est à son premier état, l’enroulement des tiges peut sembler moins habile, pourtant la parenté n’en est pas moins évidente. C’est l’expression du même art et de la même religion.

Et nous décrivions, dans une autre page, un motif d’ornement, peut-être supérieur, en ces termes (fig. 214) :

(( Au centre, une fleur-fée, fleur divine, faite de lumière, de

' La Langue Sacrée, vol. I, p. 426. V. aussi les f. 190 et I9I dans Martha, l’Art étrusque.

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flammes et d'étincelles, a donné naissance à un génie ailé tenant la banderolle mystique et la couronne d’étoiles, symbole de la création éternelle. A la base de la fleur se trouvent les trois soleils étincelants — la plus haute puissance créatrice ; — audessus de la tête du génie les ôves fécondants. De la tige

fleurie, partant d’une projection solaire, s’échappent de riches spirales lançant des boutons, et les alvéoles de deux fleurs projetant sur le génie le pollen étincelant, germe d'orb qui, comme dans le vase précédent, développe la créature nouvelle et la pare de toutes les beautés.

« La création, son génie, sa puissance, toute de lumière,

^ Dans les couleurs de l’original, reproduites dans Racinet, sur le fond noir, les deux fleurs-fées, jaunes et bordées de blanc, lancent le pollen jaune.

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de feu et d’or, n’a jamais été aussi complètement et aussi gracieusement exprimée ».

Le double, au ciel, son nouveau séjour, est très nettement indiqué sur un édicule étrusque (lîg. 197, i). L’image du défunt est peinte au sommet de la stèle, au-dessus des ôves, entre les volutes directrices qui surélèvent la palmette. Les petites fleurs sacrées projettent leurs effluves résurrectrices ; le miracle est accompli; le mort est un vivant transposé.

Fig. 216. Grèce. Peinture sur un lécythe trouvé à Erétrie. — Ecpïi[j.Epiç 1886, pl. IV.

Enfin, nous possédons mieux: un lécythe trouvé à Érétrie (fig. 216), montre la morte assise sur le sommet de la stèle, à la place de la palmette, et donnant un fruit (?) céleste à un jeune homme. Le fait que la morte apparaît sur la terre, est prouvé par la ligne des méandres célestes placée au-dessus du groupe, aussi la stèle est-elle relativement large et basse.

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« Chez les Grecs, même en des temps récents, a remarqué M. Ravaisson, on lavait les stèles funéraires, on les frottait d’huile parfumée, on les ornait de bandelettes et de guirlandes auxquelles on suspendait de petits vases pleins de parfums ; semblables à ceux qu’on plaçait sur les morts ou auprès d’eux. Enfin on versait sur ces pierres des libations avec des prières. Souvent encore on plaçait en avant de la stèle un autel, sur lequel on apportait des offrandes. En un mot, on rendait au défunt, dans sa stèle funéraire, un culte religieux; dans la tombe gisait ce qui restait de l’homme, dans la stèle se dressait et vivait le héros ou le Dieu ^ ». Et plus loin, M. Ravaisson ajoute :

« Au-dessous et au-dessus de l’inscription très souvent on sculptait des roses. Quelquefois dans l’Attique, vers le v® siècle avant notre ère, on donna à la stèle funéraire la forme d’un vase semblable à ceux où l’on conservait des parfums. Peutêtre était-ce une façon d’exprimer que l’âme, à laquelle le mort était réduit désormais, et que l’on concevait comme une sorte

^ Ravaisson-Mollien. La stèle de Myrrhina, p. 14.

« Là, sur un tombeau qui était à la fois un autel, la fleur devenait un jeune héros, accablé par la force croissante du disque solaire, puis ressuscité et conduit dans l’Olympe par le cortège des Grandes Déesses. » Heuzey. L’Exaltation de la fleur, p. 19. Pausanias III, XIX, 3.

Suivant la croyance égyptienne, le mort, si son tombeau énumère avec soin (suivant les formules) ses fonctions et ses qualités, peut retrouver son rang- et ses biens au ciel. Nos tombes conservent encore cet usage. Dans les inscriptions égyptiennes une bannière porte le nom céleste du défunt; l’épervier, sur cette bannière, montre qu’il s’est envolé au ciel. Toutes les métamorphoses en abeille, papillon, etc., partent de la même idée.

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d’air ou de souffle subtil, que l’âme immortelle et divine devait être analogue à cet air odorant qu’exhalent les Heurs, à la vaj^eur de la myrrhe et de l’encens ».

La Cosmoglyphie vérifie ces suppositions L Oui, l’âme était identifiée à l’arôme d’une fleur et cette arôme, cette étincelle.

2. L’àme surgissant de la ileur de lotus. — Dessins du Rituel funéraire.

comme la graine que fait germer l’eau, lorsqu’elle traversait le Nil céleste, s’enveloppait à nouveau des spirales du fleuve divin, fleurissait, ouvrait ses pétales et dégageait le mort caché dans la corolle. Les figurations que la science classe aujourd’hui comme des essais « barbares », « géométriques, des hommes primitifs », expriment ces idées gracieuses et

* Nous n’avons suivi que dans le monde égypto-hellénique la vie de la stèle, nous y reviendrons avec le volume : Origine du Culte. L’on verra que partout existe la même idée et une seule manière de la revêtir sous des apparences diverses. Aujourd’hui encore, en Chine, à la fin de la cérémonie funèbre, le fils penche sur le cercueil une bannière à triple llamrne pour recueillir l’âme de son père; il retourne avec cette bannière à sa maison. Une tablette funéraire est préparée, il la frappe de la bannière. Désormais l’âme habite la tablette. Elle recevra les dons rituels et les prières de la famille. Cette tablette, qui n’est autre que la stèle, est entourée des serpents-nuées et surmontée du dragon-feu. C'est donc la période zoomoi’phiste : l’animal remplace la fleur, mais c’est la même idée et le même culte qu’en Égypte et en Grèce.

prouvent la haute antiquité de la civilisation et des doctrines orphiques, enseignées dans les mystères, commentées par Platon. A elle seule, la grossière cuve funéraire de Pendamodi (fig. 182) est la transcription imprévue, surtout par Fart, des pensées les plus profondes du panthéisme antique.

En résumé, la Fleur Cosmique est divine. Elle est passible de toutes transformations. « La vie est en elle. » Et c’est ce que montre le texte égyptien célèbre : « Le Livre des morts », figurant l’âme par une fleur de lotus surmontée d’une tête humaine», (fig. 217, 2) : « Je suis un lotus pur issu des champs du soleil 2 ». dit-elle.

Nous avons déjà signalé l’apparition du soleil (pl. V, p. 224) sur un vase, sous la forme d’un triangle lumineux apparaissant comme une fleur à l’extrémité des tiges spiralées. Le ciel et la terre produisent donc les mêmes miracles. « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

Cet axiome nous ramène à la stèle de Pharsale, à ce charmant bas-relief (pl. I en face du titre), à cette fleur « qu’une main divine exalte avec un geste de joie et de victoire ». Cette vertu de la fleur n’a cessé d’être le sujet favori des vases grecs et M. Heuzey reconnaît avec raison « une idée de triomphe après la mort, dans le sujet funéraire d’Athéné tendant la fleur divine à Héraclès ou à quelque autre héros vainqueur, et dans les vases peints représentant Apollon au pied du palmier de

» Rit. fun. Ch. LXXXI. — Nav. pl. XGII. 2 Pierret. Livre des Morts. Ch. LXXXI.

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Délos, image du jour qui naît à l’Orient, et près de lui une déesse faisant le geste d’élever la fleur' ».

« De la fleur naît le fruit, du fruit renaît la fleur ». Aussi la fleur est-elle plus qu’un signe d’espérance, c’est une certitude, c’est l’immortalité!

Les^siècles se sont écoulés; l’Orient est mort; de nouvelles religions se sont créées; la Langue Sacrée fleurie n’a pas complètement disparu. -Jusqu’à la Renaissance, la foi en la vertu créatrice de la fleur s’est affirmée par les mêmes caractères dans les églises chrétiennes. La peinture murale de la chapelle

' L. Heuzey. L’Exaltation de la Fleur, p. 19.

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du Liget (fig. 2l8j, publiée dans le savant travail de M. Laffilée L en est le témoignage le plus curieux.

Sur cette fresque Jessé, prenant la place du créateur, tient la tige divine, véritable Saint-Esprit, dont un lys s’incline vers la mère future pour projeter l’âme du Christ, son arôme. Le miracle a lieu ; des épaules de la Vierge :

Comme une fleur blanche ouvrant un pur calice'^,

partent des corolles agrandies, ayant la forme spiralée des lys de la branche magique. La Vierge est donc elle-même cette fleur. Au-dessus de Marie, entre les deux corolles, l’enfant divin apparaît, recevant sur la tête les rayons vivifiant du soleil. Ainsi, le christianisme adopte l’idée antique assimilant le sein de la femme à l'antre des nymphes homériques, à l’écharpe d’Hathor, la maison du soleil. La Vierge est le lys, le lotus miraculeux dans lequel la divinité s’est incarnée. Elle est l’intermédiaire du miracle divin, le réceptacle du plus grand des mystères, poétiquement assimilé à une fleur.

Un dernier mot : aujourd’hui, nous n’acceptons plus d’idées philosophiques dans l’architecture, et l’on ne reconnaît plus celles-ci dans les œuvres antiques. Nous Lavons prouvé à propos du petit temple gallo-romain du musée de Douai et pour-

^ La peinture décorative en France, du ii<= au xiv° siècle. F. Didot, éd.

2 Dante. Le Paradis. Ch. XXXI. Traduction Louis Ratisbonne.

3 Nous assimilerions volontiers les pyramides tronquées et les stèles veuves de Tâme-palmette au mort qu’elles recouvrent. L'infériorité de l’architecture moderne amènerait cette comparaison : ingénieurs-architectes, nous édifions des constructions inertes, nous avons perdu la conception de l’édifice vivant, l’antique expression religieuse du philosophe-artiste.

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tant aucun monument ne démontre mieux la vie miraculeuse et l’action magique que le temple exerçait. Au sommet (fig. 219), le fronton circulaire représente le soleil lançant les fragments de son disque, les spirales-nuées S, principe corporel de toute

Fig. 219. Gaule. Terre cuite. Musée de Douai. — Flouest. Deux stèles du Laraire, pl. XVII.

créature. Le temple abrite une déesse-mère. Le centre du disque solaire touche à sa tête par une petite projection appointée (signe 13) émettant le germe divin ; Tâme-étincelle créée par l’âme solaire. La déesse s’incline et montre le sein qui nourrira l’être nouveau. Nulle part l’action divine de l’édifice n’est plus simplement traduite. L’origine mystique, vivante et unique, de l’architecture religieuse plus évidente.

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Ainsi s’expliquent la forme et le décor symbolique de ce petit monument ; ainsi s’expliquent les formes et l’ornementation des édifices religieux chrétiens : byzantins, romans, gothiques. Par suite de l’anthropomorphisme, Jupiter avait pris la place du soleil, le Christ, vêtu de lumière C détrône Jupiter. Autour de lui, à la place des spirales, rayonnent les apôtres, et ils composèrent le riche motif du portail, inscription imagée et vivante des belles cathédrales chrétiennes.

En résumé, jusqu’à la Renaissance, la Langue Sacrée fut partout comprise, la Cosmoglyphie ne cessa d’être le thème qui exerça le génie des artistes. De là les rapports évidents et constants entre les monuments religieux de tous les peuples et, malgré les divergences apparentes, l’unité fondamentale de l’architecture et de l’ornementation, de l’Asie à l’Europe, de l’Egypte au Mexique, depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à nos jours.

* Dans le premier volume (Signe 42), nous avons prouvé que l’art romanobyzantin n’a pas sculpté des plis comme vêtement du Christ et des saints, mais des nuées lumineuses droites ou spiralées (tome I, fig. 261-64).

Fig. 220. Grèce. Monnaie.

— D’Hancarville. Rech. sur les Arts, t. II.

CONCLUSION

Fig’. 221. Palmette miraculeuse ornant un vêtement byzantin. — Fouilles de M. Gayet à Antinoé.

Nécropole B. — Musée des tissus.

Chambre de Commerce à Lyon.

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