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La Fleur Sacrée des vases grecs

Le Temple est l’édification de cette même image : Au fronton, le soleil apparaît à l’iiorizon ; les cornes le projettent dans le ciel formé de ses rayons (fig. 224,3)-

Comme variante le Feu, double terrestre du créateur, intermédiaire divin, se manifeste par la palmette des chéneaux (fig. 224,4). La double palmette montre le créateur et l’âme qu’il crée (fig. 185, 2).

Le signe de croissance, ajouté aux figurations précédentes, constitue la colonne: l’Arbre Sacré, image de fUnivers (fig. 224, 5).

Le modèle de ces figures est la Fleur de vie. La parenté du signe hiératique égyptien (fig. 224, e) avec la Fleur Sacrée des vases grecs est évidente (fig. 224, 7- Cette image magique, le

La LanciUe Sacrée

soleil né du lotus ; le feu renfermé dans la fleur placée sur les temples et les tombes proclame la vie éternelle.

Le soleil dans la fleur, l’étincelle animant la substance, « la colonne de feu dans la coupe féconde, la perle dans le lotus pensées similaires sont heureusement exprimées par les très lines variantes de ces signes,

Quelle ingéniosité i et quelle richesse dans son unité, quelle ressource pour l’art et la poésie dans le mécanisme propre à ce panthéisme !

Au-dessus de toute la création, règne la Puissance Suprême, dont l’image ne peut être reproduite, mais qui se fait connaître par des émanations.

La princij)ale, c’est le Soleil, source de toute lumière, de toute chaleur, de tout mouvement, c’est-à-dire de toute vie^.

Le Soleil, naviguant sur le fleuve céleste, dans la voûte

^ Nous donnons ci-joint (pl. VI, p. 272) quelques figures du premier volume ayant trait à la formation progressive de la tête par les cornes de bélier — le nez — lançant le soleil — l’œil — dans la kert — le crâne. Cette écriture symbolique est si originale que, jusqu’à notre publication, on ne l’avait pas comprise. Ces figurations, à elles seules, suffisent pour prouver l’unité originelle de toutes les religions et de tous les arts — du Nouveau comme de l’Ancien monde.

2 « L’âme existe. Ce mot est très difficile à définir. Il a signifié primitivement le grand principe mâle qui a tout fécondé, ensuite l’homme lui-même, ensuite le principe pensant de l’homme. Dans les Oupanichadas des Wédas, il est employé pour désigner une personne subtile, universelle, qui se voit dans l’orbe du soleil (Isa-oupanish. 16) : le soleil lui-même comme âme du monde.

Les Chinois désignent aussi le soleil par taï yang, le grand principe

mâle qui féconde toute la nature, qui est l’âme du monde, comme Pouroucha. L’identité des deux premiers principes chez les Chinois et chez les Indiens ne peut être plus évidente. » Collebrocke, p. 107, note 1.

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azurée, agit par ses âmes et ses doubles O, petits soleils qu’il projette partout.

Ces âmes ou ces doubles animent les éléments divers de la nature : le feu, l’eau, l’air, la terre, et l’Arbre Sacré qui en résulte.

Cet Arbre, sillonné d’éclairs et de foudre, est la Synthèse fleurie des forces propres à la vie.

Cet Arbre donne naissance aux êtres animés. Il les nourrit matériellement et spirituellement. Il les abrite sur la terre et il les porte au ciel !

Fig. 225. Ascension de l’amefleur. — Bretagne. Fragment du costume de Pont-l’Abbé.

Certes, le Temple, synthèse de la création, talileau de l’action incessante de la nature et du pouvoir créateur solaire, est loin d’évoquer la grandeur de la réalité. Ce soleil est bien près de nous; son action est bien circonscrite; cet infini est borné de toute part. Mais, dans cette figure réduite des choses, mise à la portée de notre œil et de noire compréhension; dans cette réduction dn monde visible transcrite par l’Art il y a une sagesse admirable. Est-il permis, sans danger de folie,

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de sonder l’espace, de mesurer l’infini, d’expliquer l’incompréhensible ? Et pourtant nous aimons à élever notre esprit vers les frontières de l’inconnaissable, car nos yeux pénètrent au delà des étoiles et notre raison supplée encore à l’insuffisance de

Fig. 226. Grèce. Motif d’ornement sur un vase. L’amour créateur. — Racinet. L’Ornement polychrome, pl. V.

nos sens. A ce point de vue l’antiquité fut sage en édifiant, en d’harmonieux monuments, une nature réduite aux proportions humaines, compréhensible aux plus humbles esprits, et en donnant pour base, « en haut comme en bas », l’accomplissement de la Chose Unique :

L’Amour! la grande loi divine et humaine qui, sous les

^ « L’amour réunissant comme en un volume, dit Dante, ce qui s’éparpille en feuillets sur l’univers, la substance, l’accident et leurs modes assemblés en eux.

« L’amour qui meut le soleil et les étoiles », dernier vers du Paradis.

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mots d’affinité, d’iiarmonie, de fraternité, donne la règle de toute science, de tout art, de toute civilisation ;

L’Amour, force universelle et irréductible, la plus haute des lois morales et physiques ;

L’Amour, dont l’évolution harmonique, sublime et incessante, de la mort crée la vie (fig. 226) et groupe les astres en constellations.

La leçon morale du temple allirniait ainsi le triomphe de la lumière sur l’obscurité, soit du bien sur le mal. C’était une image prouvant que la nature lutte mais accomplit son œuvre. Le soleil anéantit le dragon qui le menace. L’éclair, la foudre, réalisent leur but bienfaisant. Après l'orage effroyable, la terre sillonnée est apte à recevoir le grain semé par l’ouragan. Chaque goutte transporte l’étincelle sublime. Le printemps est vainqueur, l’accord s’établit, la forêt des colonnes s’élève !

L’architecture et Pornement antique prouvent que pour les anciens, l’origine et l’action de la lumière s’expliquaient simplement; la lumière provenait du soleil, pénétrait le bois, la terre, les plantes, et par ce fait, la terre, le bois, les plantes, de même C[ue l’homme et les animaux, recevaient une âme susceptible de toutes les transformations. « Aucune saine raison ne nous permet d’attribuer à la nature une puissance et une vertu limitées », a dit Spinoza.

Comment la vie ou le mouvement pénètrent-ils l’inorganique? A cela les Egyptiens, témoins annuels de l’inondation du Delta et de la vie qui résultait de certaines conditions d’humidité et de chaleur excitant les éléments terrestres, ont ré-

pondu : La vie résulte de l’immidité provenant du Nil céleste, fécondée par la chaleur provenant du soleil, car l’eau gdacée ne produit pas. Donc la vie est un produit céleste et résulte du Feu Sacré, source de la lumière et cause de l’évolution cosmique. — Chantons avec Orphée cette âme universelle dont nous sommes les étincelles !

On constate ainsi, à travers les superstitions primitives et les trouées fétichistes, malgré les erreurs d’une science sans instruments d’étude, une philosophie profonde, celle que nous retrouverons dans l’épi de blé des mystères d’Eleusis, celle qui enseigne le principe unique des phénomènes vitaux reliant la plante la plus humble à l’astre le plus éclatant, celle qui, admirant l’harmonie des mouvements dans l’univers et la succession naturelle et suivie des êtres vivants, les symbolise par une fde de boutons de fleurs. Ainsi nos pères comprirent, et ils exprimèrent mieux que nous, qu’un rosier, un lys ou un brin d’herbe, résultent d’un organisme aussi miraculeux que le nôtre.

L’âme ainsi constituée, quelle que soit sa destinée, le divin est en elle. Ce n’est pas le limon pétri par Phtah ou Jéhovah qui est l’âme humaine, c’est le Feu divin. L’âme enfermée dans l’homme, l’animal, la fleur, la pierre, un corps quelconque, a pour principe secret d’être agile comme un esprit, et subtil comme l’éther (fig. 225 et 226). Cette âme, épurée par ses voyages et son séjour près de l’essence divine, reconstitue un corps fluidique, étincelle par étincelle, germe par

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germe. Lumière créée par la lumière et retournant à la lumière, elle en est la vibration subtile et toujours glorieuse b

(( Rien ne meurt qu'en apparence, a dit jadis un des philosophes les mieux instruits de la pensée et des enseignements secrets des sanctuaires antiques-, de même que rien ne naît qu’en apparence. Quand quelque chose passe de l’état d’essence à l’état de nature, nous appelons cela naître; de même que nous appelons mourir retourner de l’état de nature à l’état d’essence. Toutefois en réalité une chose n’est jamais ni créée ni détruite, mais seulement elle devient visible ou bien elle devient invisible; dans le premier cas à cause de la densité de la matière, dans le second à cause de la ténuité de l’essence, qui du reste est toujours la même et ne diffère jamais que par le mouvement ou le repos... La modification des êtres visibles n’appartient en propre à aucun de ces êtres individuellement, mais toute modification appartient au seul être universel. Et comment la nommer, cette cause de tous les phénomènes, sinon l’essence première, laquelle indubitablement agit et consent, et devient tout en toutes choses? «

L’art cosmoglyphique exprime ces idées sans les obscurités, ni les divergences des textes antiques. L’art ne peut pas discuter, douter, hésiter. Il représente, donc il affirme. La Cosmoglyphie n’est pas une rhétorique, c’est l’expression d’une croyance absolue, basée sur l’unité de la matière, de son origine et de l’esprit qui l’anime. Cette croyance permettait les analogies les plus hardies; toute chose inerte pouvait se vivifier, toute abstraction se figurer, tout sentiment se matérialiser. En dernier lieu l’analogie prit forme humaine : le jour et la nuit, le destin

^ Cf. Saint-Paul. Prem. épit. aux Corinthiens, XV, 42-50.

“ Apollonius de Thyane. Lettre écrite à Valérius.

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et l’amour devinrent des héros ou des dieux'. Telle fut — à sa source, noble exaltation de la nature et de l’iiumanité — l’origine de la poésie

La méthode analogique, base de cette science primitive, après avoir été en faveur jusqu’au siècle dernier, est tombée aujourd’hui dans un discrédit complet. Est-ce juste? — Comme l’a parfaitement écrit M. Ch. Limousin : « Pour un métaphysicien, cette théorie n’a rien d’inacceptable. Il peut, en effet, considérer que ce qui est en haut : le monde de l’Idée, la métaphysique, le surnaturel n’est que l’abstrait, la théorie de ce qui est en bas, c’est-à-dire du monde naturel, et que la Chose Unique c’est la vie universelle, une dans sa variété »

L’analogie permit à Part — forme première de l’écriture — d’exprimer les pensées les plus subtiles. Grâce à cet instrument merveilleux, jadis l’humanité comprenait que la vie anime ces spirales pointillées, ces cercles mouvants, ces bourgeons entr’ouverts, ces palmettes ailées, ces fleurs rayonnantes, inscrits dans les zones tracées sur les vases mystiques. L’adaptation de ces éléments créa le décor vivant du Temple-Univers, portant au sommet de ses colonnes les fleurs palmées, au delà de la mer enflammée, dans la zone glorieuse. Et le temple, — primitive

^ L’amour rédempteur créant la vie nouvelle — la Vita Nuova — qui resplendit dans les yeux de l’adorée. Ainsi le temple est l’expression de la double passion de la terre et du ciel, de l’amour étreignant toute la nature, et confondant, comme Saint François d’Assise, tout ce qui est en une seule fraternité.

2 « La poésie nous force à sentir ce que nous percevons et à imager ce que nous concevons. Elle a créé à nouveau l’univers ». Shelley.

® Gh. Limousin. Le Fouriérisme^ p. 8. Brochure publiée par Guillaumin, 1898.

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construction de papyrus, couronné de fleurs de lotus; bouquet de lys phosphorescent, — amena les premiers philosophes, poètes inconscients, à identifier ces fleurs sortant de fonde et suivant le soleil, avec fimage sublime de l’aspiration des âmes vers la lumière, et montant au-delà des nuées rejoindre la lumière leur créateur (fig. 229).

Dès les premières pages du tome premier nous affirmions déjà que : « la Langue Sacrée, c’est la magie, — l’occulte d’aujourd’hui, — acceptée et comprise jadis par tous les peuples comme une loi de la nature. Les monuments antiques, étudiés actuellement comme la réunion de matériaux inertes assemblés techniquement, œuvres de l’architecte n’ayant en vue que fart, étaient pour les anciens, des composés vivants, agissants, Soleils nés de la vertu créatrice du Soleil, par le Verbe — le Feu — animant l’Univers. Un point, un cercle, une ligne, un angle, une boule, un temple, devenaient épée, fleur, serpent, homme, dieu; pouvaient créer, tuer, commander. La magie est l’esprit de toute l’antiquité, et partout elle emploie les mêmes formules, les mêmes signes, les mêmes images, la même langue. D’un bout du monde à fautre, elle relie les sciences, c’est-à-dire les religions, sous le même geste et par les mêmes miracles, pour en appeler de la vie à la résurrection ».

La Cosmoglyphie montre dans quelle décadence nos arts décoratifs, l’architecture, l’ornement, sont tombés aujourd’hui. Nous n’avons plus la raison des choses que nous pastichons et nous croyons élever des édifices parlant au cœur! Nous copions

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sans l’esprit; nous bégayons une langue que nous ne comprenons plus, et nous nous croyons en progrès^ !

Quand on voudra étudier, par cette méthode, les documents antiques que l’on appelle : primitifs! géométriques! archaïques! non seulement on ne sera plus surpris par des découvertes analogues à celles de Troie et de Mycènes — qui détruisent toutes les chronologies artistiques enseignées jusqu’ici — mais on s’apercevra que la civilisation remonte à une antiquité encore plus reculée c[u’on ne le suppose. Les Signes Fleuris, deuxième phase de la Langue Sacrée, s’affirment en Égypte au delà des Pyramides. Nous n’en connaissons pas les débuts!

Ainsi les anciens réalisèrent le noble but de l’Art, défini dernièrement en ces termes ^ par un génial écrivain ;

« L’art n’est pas une jouissance, un plaisir, ni un amusement : l’art est une grande chose. C’est un organe vital de l’humanité, qui transporte dans le domaine du sentiment les conceptions de la raison. Dans notre temps, la conception religieuse des hommes a pour centre la fraternité universelle et le bonheur dans l’union. La science véritable doit donc nous enseigner les diverses applications de cette conception à notre vie, et l’art doit transporter cette conception dans le domaine de nos sentiments. Ainsi l’Art a devant lui une tâche immense; avec l’aide de la science, et sous la conduite de la religion il doit faire en sorte que cette union pacifique des hommes, qui

^ « Ainsi ce que nous nommons aujourd’hui des « natures mortes », ce que nous classons comme « art de second ordre », n’existait pas pour les anciens. L’école antique, cent fois plus élevée et plus ingénieuse que la nôtre, sût résumer dans un motif d’ornement les philosophies, en faisant naître l'homme, la beauté, l’harmonie, des gerbes de feu et des étincelles d’or lancées par le soleil. » La Langue Sacrée, t. I, p. VII.

2 Qu est-ce que VArt? par le comte Léon Tolstoï, traduit du russe par Téodor de Wyzéwa. Perrin, édit.

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ne s’obtient aujourd’hui que par des moyens extérieurs ; tribunaux, police, inspections, etc., puisse se réaliser par le libre et joyeux consentement de tous. L’Art doit détruire dans le monde le rêve de la violence et de la contrainte ^ » .

L’antiquité eut le mérite de comprendre la poésie de la nature et d’en faire le juste principe de toute religion. Les plus graves esprits, auxquels l’initiation aux mystères révélait la clarté de ces images et la puissance explicative de ces analogies, aimèrent cette manifestation artistique d’un idéal lumineux, cette rêverie gracieuse et embaumée. Eurent-ils tort? — Nous ne le pensons pas : « Il y a plus de vérité dans la poésie que dans l’histoire », disait Aristote.

Remarquons que cette poésie religieuse resplendit aussi de vérités belles et salutaires, malheureusement méconnues aujourd’hui. Quand les familles humaines reconnaîtront « religieusement » qu’elles sont toutes feuilles de la même fleur, et pierres du même temple, elles comprendront seulement la grandeur du dévouement, la nécessité de la justice et de la fraternité. — Jusqu’à Paurore de ce jour, nous n’aurons pas atteint l’idéal de la civilisation.

Le temple antique est donc une doctrine morale, un flambeau sur la cité, un Verbe disant : Tout lutte dans la nature, le

' Il faut constater en Angleterre un noble mouvement pour relever l’art, et comme jadis en faire la plus haute expression religieuse : « La connaissance de ce qui est beau, dit John Ruskin, est le vrai chemin et le premier échelon vers la connaissance des choses qui sont bonnes et d’un bon rapport ; les lois, la vie et la joie de la Beauté dans le monde matériel de Dieu sont des parts aussi éternelles et aussi sacrées de sa création que, dans le monde des esprits, la vertu, et, dans te monde des anges, l’adoration ».

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jour et la nuit, le feu et l’eau, le bien et le mal, mais en dernier lieu, le jour, le feu, le bien, dominent; leur triomphe est certain ; la mort même en est la preuve !

On vient de voir avec quelle ingéniosité les anciens résolurent ce problème de la mort, par quelle magie gracieuse s’accomplit la résurrection; on a constaté son instrument, la fleur et le monde qu’elle a créé.

Le secret du charme de l’art antique, la sérénité de ses œuvres réside dans l’assimilation de l’humanité à ce qui existe de beau et de fort dans la nature : la vérité résulte de la lumière lancée par le soleil; notre corps est un de ses rayons; notre àme est une flamme qui se cache dans une fleur, ou un oiseau aux plumes multicolores. Nous ne mourons pas, nous allons retrouver nos parents, nos amis, dans les espaces célestes L Le résultat de cette philosophie fut l’extase, « provenant de la conscience de l’identité humaine et divine, et de la possibilité de l’absorption de notre être dans l’unité suprême ^ ».

On connaît la dernière prière, dite au cimetière, conclusion de la cérémonie juive et sa suprême philosophie : « La poussière retourne à la poussière et l’âme à Dieu qui nous l’a donnée. » Un vers du Dante en est la paraphrase :

Votre àme, flamme ici, sur la terre est fumée^.

Cette pensée, quoique belle, reste sombre, et la haute antiquité fut autrement consolatrice et enthousiaste lorsqu’elle s’écriait : « Voilà ces rayons de soleil auxquels sont réunis nos

^ (( Ceux qui me trouveront auront la vie éternelle », dit \ Ecclésiaste (XXIV).

2 Janet et Séailles, p. 687. Hist. de la philosophie. Les problèmes et les écoles, in-8°, 1887. Delagrave, édit.

2 Dante. Le Paradis, ch. XXI, p. 289. Trad. de Louis Ratisbonne.

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pères ^ », et quand elle proclamait « que le défunt glorifié brille au ciel parmi les astres- ».

En réalité la haute antiquité a figuré cosmoglyphiquement une même prière, et nulle langue parlée ne fa mieux traduite que le Rig-Véda :

« O Agnil donne aux eaux et aux plantes les portions du corps de celle qui n’est plus, qui leur appartiennent, remets au ciel et à la terre ce que tu leur dois d’elle, mais il est dans ce corps une partie immortelle, échauffe-la de tes rayons, embrasela de tes feux et transporte au séjour des saints cet esprit reconstitué par toi 3 ».

La plante humaine, issue du germe divin, brisant la racine qui l’enchaînait captive, est montée, par la colonne du temple, jusqu’à la sphère lumineuse.

L’arôme s’exhale maintenant dans le ciel.

La Fleur est devenue SoleiH !

' Rig-Yéda, I, 109, 7. — Cf. la fig. 45 dans le premier volume. Le mort assimilé aux rayons solaires, etc. « Ma mère, ne me pleure pas; à quoi bon? dit l’épitaphe d’un jeune Grec. Vénère-moi plutôt, car je suis devenu l’astre divin qui paraît au commencement du soir ». Inscription du ii« siècle avant notre ère, trouvée en 1880 dans l’île d’Amorgos. G. R. de l’Ac. des Insc. 1884, p. 520.

^ Rituel funéraire, ch. 165. V. de Rougé, Rit. fun., p. .36.

^ Rig-Véda, IV.

^ « Je suis la voix, la vérité et la vie. » Saint-Jean, XIV, 6.

La renaissance et la purification de Fâme ne se fait pas sans une suite d’épreuves et de métamorphoses pendant sou voyage dans l’autre monde. Cette odyssée divine nous la suivrons dans le volume : La Céramique.

Fig. 227. Le signe d’union. — Cf. La Langue Sacrée, t. I, p. 432.

A haute culture antique représentait le monde au point

lumière, FAme provenant du Soleil par Fétincelle divine. La science était la source de la poésie; la poésie expliquait la science; leur union dans Fart formait le culte, et les Signes Fleuris qui en étaient la synthèse, signifiaient :

Au-dessus de la terre, la tige; sur la tige, les feuilles; à Fextrémité, la fleur, d’où s’exhale, invisible, vers le ciel : l’arôme. Aussi invisible, émane du cerveau, sommet de la tige humaine : la pensée. Aussi invisible, quoique agitant ou apaisant les foules: la parole. Cette parole, cet arôme, cette pensée, sont les subtiles étincelles de l’âme universelle. Cette gamme progressive, accord harmonieux, s’élève vers le ciel et s’unit dans l’espace. Car l’âme humaine vogue sur les nuées, comme l’esprit de Dieu fut porté sur les eaux.

Et le Collège sacré des savants, c’est-à-dire des artistespoètes, construisit le Temple-Fleur, demeure du Soleil, vision claire de ces choses subtiles, image de la pensée, forme de l’idée, citadelle de l’âme. Puis il créa le chœur musical en groupant les esprits dans le même thème d’admiration.

Alors ce qui n’était que vague devint précis:

Ces hommes, ces femmes, ces vieillards, ces enfants, les voici ! Leurs files s’organisent. Les fleurs se répandent. Les chants s’élèvent. Les feux s’allument. Les figures s’illuminent. En ce moment, la prière des enfants, le cantique des ado-

de vue mystique et artistique par un Arbre Sacré, l’homme par une Fleur Céleste, la Vérité par la

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lescents, les larmes des malheureux, créent par la vibration des cœurs une sensation suprême. L’émotion centuplée devient joie, lumière, extase! Le charme agit!

La plus haute, la plus noble des exaltations humaines fut ainsi obtenue par cette poétique manifestation de la Langue Sacrée : L’Art !

Aujourd’hui tout lutte, et les peuples armés préparent une effroyable guerre !

Ce siècle va finir

Puisse sur sa ruine s’élever un nouvel édifice, asile de paix enguirlandé de fleurs, montrant, comme jadis, après la nuit, après l’orage, la nature resplendissante, proclamant scientifiquement l’origine unique et divine de l’humanité, la nécessité de l’union pour la vie, la solidarité des peuples ! — Alors, et seulement, après la nuit, après l’orage, une génération glorieuse s’affirmera.

Au sommet du temple antique brillait le soleil levant!

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Fig. 229. L’efflorescence de la tombe. — Inde. Tombe de l’empereur Sha Djàhamdans le Tadj.

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