‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 10 sur 81 · L'ÉTRANGÈRE · texte numérisé non relu

L'ÉTRANGÈRE

Tu es mon amour... tu es celle Dont la chair à ma chair se scelle.

Mais le mystère a cacheté D'une cire aussitôt durcie Ce message de volupté Où s'inscrit notre double vie.

Nous ne connaissons pas la cause De ce qui fatigue ou repose.

Comme nous nous tenons la main Nous croyons savoir le chemin, Mais les aveugles eux aussi Marchent en se tenant ainsi.

Et tout cela n'est pas en somme Très extraordinaire... Un homme Et une femme, est-ce si important?

Pourquoi réfléchir si longtemps A des choses si naturelles?

Quelle histoire de sauterelles !

On se dit cela, mais on tremble Du prodige de vivre ensemble.

Qu'est-ce que c'est que cet attrait Que consume le feu des souffles, Qui meurt dévoré par les bouches, Et qui chaque matin renaît?

L'amour est anormal, étrange.

On ne devrait s'aimer qu'un jour.

Un jour n'est point déjà si court...

Avons-nous des âmes d'archanges ?

Cherchons sur le sable nos pas.

Demain nous ne les verrons pas.

Tel qui se rassure ou se vante Ou qui fait le spirituel Ne sait ce que l'habituel

Tient de surprise et d'épouvante.

Nuages qui ornez le ciel Vous nous voilez Tessentiel.

Amant troublé, de ton visage

J'ai fait un long apprentissage,

Et l'ai tant de fois regardé,

Que je possède son image

Au point d'en être possédé.

Et ton visage est une route

Que chaque jour je parcours toute.

Pareils aux bouquets d'églantier Tes yeux sont les fleurs du sentier; Ta bouche est la claire fontaine Où je rafraîchis mon haleine.

Par tes blonds cheveux ombragé, Ton front s'étend comme la plaine Au bord des peupliers rangés.

Que de fois j'ai fait ce chemin !

Et je le referai demain.

Mais qu'est-ce donc? Mon cœur à nu

Frémit... Qu'est-il donc survenu?

La douce face familière

Soudain me devient étrangère !

Ce visage m'est inconnu.

Je cherche en vain sur ce visage

Le cher coutumier paysage.

Non, je ne sais plus rien de lui, Et je le découvre aujourd'hui.

Je savais bien qu'il était beau Mais non pas qu'il était nouveau...

Qui donc est entré par mégarde ?

Oh, laisse, que je te regarde !

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