ÉTERNEL FÉMININ
II vaut mieux être couché que debout.
Proverbe arabe.
Femme, sphynge, éternel problème Scellé sous le sépulcre étroit De ce front puéril et blême, Où luit un regard preste et froid.
Longtemps j'ai scruté dans les livres D'où venait sa dualité :
Pourquoi tantôt elle se livre Jusques à l'ingénuité,
Et tantôt perverse et méchante Elle se rit, l'instant d'après, De ce même amant qui l'enchante L'instant d'avant... Ah leurs secrets 1
Plus acerbe qu'une Ménade, Plus suave que n'est le miel, Plus tendre qu'une sérénade, Plus rèche qu'un verre de fiel.
On dirait, gamine et bravache Devant l'homme doux et pensif, Une écuyère qui cravache Au cirque un bon cheval poussif.
Et puis soudain c'est la fillette Si petite qu'on a pitié.
Dès que câline elle se jette Aux bras de l'ami châtié.
Alors on cherche quel mystère En un clin d'œil a transformé Ce personnage autoritaire En un cher être désarmé.
Et l'on a peine à reconnaître
En ce regard frêle et dolent
Le petit despote insolent
Qui traite en valet son faux maître.
Devant ce secret irritant J'ai compulsé traités, mémoires, Tous les marchands d'orviétan Qui noircirent mille grimoires.
D'Aristote jusqu'à Nordau, Psychologues ou moralistes.
Mon esprit connut le fardeau D'analyser ces analystes.
Enfin je lâchai ce fatras De profondeur et de sottise, Et pour me sortir d'embarras J'étudiai mieux ma hantise.
Et voici qu'un matin d'hiver Simple m'apparut le problème. Le premier j'avais découvert Le mot insoluble et suprême.
A vrai dire la question Se lie à la géométrie.
C'est suivant sa position Que si souvent femme varie.
Bref, contrastes justifiés, Quand elle s'étend c'est un ange, Lequel en un démon se change Dès qu'elle se met sur ses pieds.
Ainsi cette vicissitude S'explique en somme à son honneur, Car tousses changements d'humeur Ne sont qu'affaire d'attitude.
Ma découverte ayant son prix, Je n'y joins plus une syllabe...
Mais depuis ce temps j'ai compris Le vrai sens du proverbe arabe.