AMANTS
Pareils à des naufragés,
Les amants sont seuls, te dis-je.
Les astres interrogés
M'ont révélé ce prodige.
Ces êtres qu'un vent fiévreux Chasse vers leurs destinées, Les yeux fixés dans les yeux Oublient l'heure et les années
La meute des océans En vain stride à leur oreille :
C'est par delà les néants Que leur angoisse appareille.
Et quand dans mes bras j'enlace Ton corps palpitant et cher, C'est moins désir de ta chair Qu'horreur de ce qui menace.
Car qui donc est assez fort Pour ignorer ce que vole Au destin l'amour frivole !
On s'étreint contre la mort...
Tempêtes montant des cœurs, Vos vagues sont des linceuls :
Ensevelis et vainqueurs Les amants sont toujours seuls.