‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 3 sur 81 · INVERSEMENT · texte numérisé non relu

INVERSEMENT

Tu m'attiras d'abord comme un risque de vie...

Lorsqu'en riant, ce matin-là, je t'ai suivie,

Avec nos airs un peu fous de gamins,

J'ai senti tout à coup qu'il y a des chemins

Qui conduisent vers une destinée.

Mais toi tu ne semblais nullement étonnée,

Car vous autres, avec votre petit front dur,

Vous n'éprouvez jamais ce qu'il y a d'obscur

Dans le geste qui rapproche un être d'un être.

Tu souriais encor quand je ne riais plus,

Car je tremblais déjà devant les absolus

De certitude que contient chaque Peut-être...

A coups sourds j'entendais le rythme de mon cœur,

Et j'étais tellement calme, que j'avais peur.

Or tu sentais ma terreur comme une caresse,

Chère fleur de vertige et de détresse,

Et ton sourire, où mon Futur s'analysa,

Rêvant d'une âme d'homme à ton charme asservie,

Ondoyait comme aux lèvres de Monna Lisa.

Plus tard, quand je t'eus tout dédié de ma vie, Tu compris... Ton regard, dans le mien exalté. Toucha soudain le fond de la sécurité : Dans l'apaisant élan que fut celte minute. Sans doute tu prévis la fin de toute lutte. Et, sûre désormais d'un destin moins trompeur, Femme, ce fut ton tour de connaître la peur.

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