‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 31 sur 81 · JE TE DEMANDE DE COMPRENDRE · texte numérisé non relu

JE TE DEMANDE DE COMPRENDRE

Je te demande de comprendre, ô mon amour. Cela seul. Car si tu savais comment je t'aime, Rien dans mes trahisons ne te paraîtrait lourd Et surtout, surtout tu n'y verrais nul blasphème.

Ces femmes, sache-le, ne sont pas dans mon cœur.

Et tu souffres à tort, pensant que je préfère

A ton enchantement délicat et songeur

Le trouble orgasme d'une ivresse passagère.

Est-ce offenser l'esprit que d'olfenser la chair? Donne moins d'importance à l'attrait de ta bouche. L'amour n'y perdra rien. Ton baiser m'est bien cher, Mais c'est ton âme qui me retient et me touche.

Ton âme, miroir des candides voluptés, Archiluth effleuré par l'ange du mystère. Coupe d'eau pure emplie, en qui se désaltère Mon palais corrompu par des vins frelatés.

Dépasse ainsi, crois-moi, la commune sottise

De ces épouses dont le médiocre orgueil

Les borne à se vouloir l'unique convoitise

De l'homme, en souvenir de leur premier accueil.

Tu es bien plus, ô toi ma force et ma faiblesse... Et ton âme, ton corps, je confonds tout cela Dans un miraculeux élan dont la hardiesse Du coutumier concept change le postulat.

Oui, si je n'aimais que ta forme souhaitable C'est alors qu'il faudrait trembler pour l'union... Va, nous possédons mieux que cet amour instable, La haute, la véridique communion.

Celle de deux esprits, plus que l'autre charnelle, Car c'est l'esprit qui seul fomente au fond des cœurs L'égarement sublime où tout croule et se mêle. Et seul donne du prix à ces basses langueurs.

Comprends-tu maintenant que ma vaine luxure N'instaure point le crime dont tu m'inculpas. Les liens de la chair sont chose trop peu sûre : En n'aimant que ton corps je ne t'aimerais pas !

Page 1