LENDEMAIN
Si des sournoises luttes que nous nous livrâmes Nos cœurs gardent encor les stigmates hargneux, Songeons du moins qu'aucun effet de mélodrame Ne ridiculisa la scène des adieux.
Et d'un si bel amour nul souci de réclame
Ne pavoisa la mort d'oripeaux odieux:
Même il ne me souvient pourquoi il rendit l'âme,
Ni lequel eut les torts, moi, vous, ou tous les deux.
Mais puisque, libérés, l'avenir nous convie
A recommencer, chacun de notre côté,
Ce jeu charmant qui déjà tant nous a coûté.
Et qu'un soleil nouveau peut luire à notre vie, Ah ! laissons-nous aller, instruits par la leçon, Au repos noble et niais d'aimer sans façon.
IRREQUIES AMOR
Quand j'aperçus ses yeux pour la première fois Fixant sur moi leurs feux captieux d'émeraude, Je sentis le Désir, qui dans notre ombre rôde, M'étreindre au cervelet de ses terribles doigts. Orgueilleuse ou lascive, ou tous les deux sans doute, Il fut vertigineux le soir de sa déroute : Tel l'a'gipan s'enlace au profond des forêts A la nymphe surprise au piège de ses rets, Emplissant l'ombre des halliers du cri farouche De leurs deux nudités pantelant bouche à bouche. Nous connûmes alors les moites pâmoisons Et les sursauts subits cravachés par les forces, Et la Luxure en fleur distilla ses poisons Sur le lit enfiévré par la chaleur des torses.
D'insatiables nuits cambraient nos reins ardents Au souffle exaspéré de nos lèvres impures Et tout le sexe épars des voraces lémures Crispait le rire aigu qui découvrait ses dents.
Ainsi c'était cela l'amour ; cela le rite Mystérieux devant lequel tremble et s'irrite Comme OEdipe devant la Sphynge aux yeux tentants La curiosité grave de nos trente ans, Alors que déçus par dix ans de tentatives Nous dardons vers l'amour nos prunelles hâtives ! C'était cela, vraiment... Cependant c'était beau. Tout ce qui flambe est apte à servir de flambeau Pourvu que, dédaignant et douleurs et désastres. Le cœur hausse sa torche au pinacle des astres. Qu'est-ce qui fait qu'un corps devient à jamais cher ? Peut-être qu'un esprit dort au fond de la chair, Un esprit plus subtil que mille raisons vaines Qui soumet notre choix au rythme de nos veines El transforme en sagesse nos impulsions. Mais, quel qu'il fût, cet esprit nous le subissions, Emportés par l'attrait maléfique et sublime Qui fait un front joyeux même aux êtres de crime.
Ah ! chimère d'emprisonner les lendemains
Dans les chaînes d'espoir que forgèrent nos mains î
A vingt ans l'on a vite dit ces mots : je t'aime. Plus tard on fait entrer l'amour dans un système, Et c'est plus puéril encore qu'à vingt ans. L'amour fait ce qu'il veut; l'amour n'a pas le temps De s'attarder à nos thèses sentimentales. Il est la soif, et nous d'inconscients Tantales.
Dépasserai-je un jour l'enchantement charnel
Si parfaitement beau d'harmonieux délire,
Et qui contient déjà tant de sens éternel
Que nul chant ne l'égale aux cordes de la lyre ?
Il se peut. Oui, je rêve parfois d'un amour,
D'une foi qui serait plus vive que la flamme
Des sens, et brûlerait dans l'abside de l'âme,
Ainsi qu'un feu divin allumé nuit et jour :
Non l'idéal lien de Dante et Béatrice,
Mais une ardeur vivante, humaine et créatrice,
Et mystique pourtant, fruit immatériel
Cueilli dans les jardins d'Orfa parAriel.
O coupe d'allégresse, ô précieux ciboire
Empli d'un vin que seule une âme pourrait boire,
O femme qui contiens en toi cet avenir.
Je n'ose plus chercher... Oseras-tu venir?