‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 40 sur 81 · CHANSON POUR UNE · texte numérisé non relu

CHANSON POUR UNE

Chère, tu me dis que tu m'aimes...

Que serait-ce si tu ne m'aimais pas I

Quand je te serre entre mes bras

Ivre de délires suprêmes,

Parfois lu ris à cet instant

D'on ne sait quel rire insultant,

Il semble, au plus pur de nous-mêmes.

Chère, tu me dis que tu m'aimes. . .

De ton étreinte jamais las

Je cherche à m'assurer ton être.

A mon élan d'immense foi

Tu réponds : « Quelque jour peut-être

s'ensuivent six chansons d'amour 10&

Aimerai-je un autre que toi?

Ah, que ne puis-je le connaître I »

Que serait-ce si tu ne m'aimais pas.

Grave, j'ai rêvé de poèmes

Constellés de mots inouïs,

Dont l'éclat semblable à des gemmes

Dévorât nos sens éblouis.

Et quand dans ton regard qui m'use

J'ai quêté le verbe éperdu.

Candide, tu m'as répondu :

« N'es-tu pas celui qui m'amuse? »

Chère, tu me dis que tu m'aimes.

Un jour je le surpris froissant

Une lettre que très loyale

Tu me tendis. Et l'âme en sang

Je lus à mon tour. Un peu pâle.

Tu me dis en l'affermissant :

« Je t'aime, mais suis-je asservie?

Et s'il me faut toute la vie ? »

Alors j'ai songé, le front bas :

Que serait-ce si tu ne m'aimais pas.

Page 1