THÉÂTRE
A Charles Morice.
Au soleil emprunté que leur ombre s'adjuge, Se drape le conflit des feintes passions, Dans un faste plus vrai d'être le subterfuge Qui s'embellit du sens des acclamations.
Et la pourpre hantant une épaule vulgaire Couvre de son ampleur le factice héros Qui d'un Agamemnon jailli de l'ossuaire Réincarne la pompe au vide des seuls mots.
Mais caché, le poète, au centre du faux site Qu'évoque son délire en un beau cri voulu, Se rit de l'irréel où notre âme suscite L'émoi définitif d'un décor absolu.
Ainsi, double au miroir, l'illusoire effigie, Sénescente la chair dont le temps se repaît, Donne au miracle humain son plus durable aspect Et par l'éclat du fard éternise la Vie.
L'ECUYÈRE
A André Fonlainas.
Sous le blafard éclat jailli des girandoles Son torse pailleté dresse un riant fronton Figuré par l'essor vers une farandole Dont elle est successive et seule le feston.
Pour le flanc d'une amphore on dirait qu'elle sculpte Un rythme gyratoire en lui-même rejoint, Et, vase aérien qu'elle sacre à son culte, Vogue dans un parfum de fard et de benjoin.
Gloire augurale aux yeux du troupeau qui regarde, Rêve aussi par l'éther mouvant qu'elle poursuit, Son chiffre installe au cœur de la foule hagarde L'ordre du sens obscur que la Beauté déduit.
Mais nul du désespoir perpétuel de l'orbe Ne perçoit la risible horreur, quand, machinal Fauteur d'un mouvement fictif qui se résorbe, Tel que Tespoir humain s'essouffle le cheval.