‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 46 sur 81 · L'ESCLAVE · texte numérisé non relu

L'ESCLAVE

A Charles Vildrac.

D'être de par sa beauté l'éternel otage, La proie toujours offerte au bestial regard, Son front, farouche d'immémorial servage, Intime au cri figé le silence hagard.

L'esclave de Melkarlh sûre du vcnéfice Attend.

Et sur l'autel où le cèdre rougeoie La spirale d'espoir émerge lentement.

Ne franchisse ce seuil ni maître ni amant ! Nul ne partagera la solitaire joie D'un cœur qui s'est donné Tunique volupté De garder pour soi seul la grâce du supplice.

Sous l'Incantation la honte s'abolisse, Et se libère enfin des ardeurs d'Astarlé Cette âme qui aspire à l'ombre vespérale. Lasse des gestes vains qu'engendra sa beauté.

Des mots — elle sait bien leur puissance fatale — (Peut-être sans savoir) asserviront le dieu ; Ces mots suffisent, et voici vouée au feu La hautaine grandeur de l'être qui se pense. La spirale a jailH vers la coupole immense, Fumée de fard livide, herbe teinte de sang. Le néant s'entremêle au germe évanescent Car son esprit déjà vers son destin l'emporte.

Rien ne l'émeut des cris grondant au seuil des portes, Hordes clamant le rut des désirs expiés, Disques d'airains brandis par les muscles saillants Et l'ivresse de l'or où titubent leurs pieds. Et voici qu'ont tremblé les séculaires marbres Sous la fureur des torses fauves s'acharnant Tandis que par trois fois l'oiseau tapi dans l'arbre Salua la première aube de Chanaan...

Mais l'Esclave affranchie aux mains impérieuses Regarde en souriant ses espoirs accomplis Et, les premiers barbares apparus, nuls plis N'altèrent sa tunique verte de danseuse.

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