LES STATUES
Quoique nous fussions dévorés d'amour tous deux, Néanmoins par un rare et méritoire effort Nos désirs sont restés l'un en face de l'autre. Immobiles ainsi que deux statues postées Au péristyle du temple de la vertu.
Mais le monde, le monde acerbe et ruffian, En voyant nos brûlants regards, n'a pas voulu Croire à notre abstinence. Avec un bas sourire Il osa te nommer une femme infidèle, Et moi-môme l'ami traîtreux de ton époux.
Ainsi ni toi ni moi n'eûmes le bénéfice De notre fermeté, ni même, disons-le, Le haut bénéfice de notre conscience.
Car, pour satisfaire à l'amour, la conscience Est une forteresse où l'on est assiégé, Une rivière à sec offerte aux assoiffés...
Et il ne nous est resté que le désespoir D'avoir, sous le noble manteau de la vertu, Manqué tous deux, hélas, du courage qu'il faut Pour tout outrepasser au nom d'un grand amour.