‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 8 sur 81 · IN MEMORIAM · texte numérisé non relu

IN MEMORIAM

Tu fus, ô mon amour, la harpe aux nobles cordes Dont la musique ailée emplit le temple obscur, Et par toi j'ai connu quelles miséricordes Peut contenir un cœur de femme grave et pur. Tu fus, aux mauvais jours du terrestre voyage, La compagne, et la sœur et la mère à la fois, Et lorsque sur mon front soufflait le vent d'orage Je regardais tes yeux et j'écoutais ta voix.

Par toi j'appris à mépriser la foule lâche, Servile à qui conquiert, cruelle à qui faiblit. Et la gloire d'accomplir simplement sa tâche Laissant à d'autres les pavois et le vain bruit.

Par un divin instinct tu savais les paroles Qu'il faut dire, et les mots que nulle autre n'a sus, Et jusqu'à ton silence, aux heures malévoles, Apaisait ma révolte et mes espoirs déçus.

Je me souviens, je me souviens des instants mornes Où ta grâce sereine endormait ma rancœur, Et tes bras, ô tes bras, d'un grand geste sans bornes, Semblaient en m'étreignant me garder du Malheur Dont j'ai vu maintes fois la stature tragique Au crépuscule errer non loin de notre seuil, Puis s'éloigner d'un pas furtif et nostalgique : Un soir il est resté, soir d'horreur et de deuil.

Pleurer... non tu n'es pas de celles que l'on pleure ; Mourir.... je ne crois plus à l'immortalité. Alors que reste-t-il ? Hélas, hélas, c'est l'heure Où le remords grandit en mon cœur tourmenté, Le remords éternel de t'avoir mal aimée Et d'avoir accepté ton adorable amour Comme un enfant dont l'âme égoïste et charmée S'abandonne à la joie éphémère du jour.

Non, je n'ai pas compris la majesté tranquille Du ciel consolateur que reflétaient tes yeux, Et je n'ai pas compris, cœur stupide et débile, Combien le tien fut sûr, tendre et mystérieux. J'ai marché près de toi comme un guerrier sans armes Qu'une horde farouche a poursuivi longtemps, Et j'ai laissé couler sur ma face tes larmes. N'écoutant que l'écho de leurs cris insultants.

O larmes que le vent du Destin a séchées. Chères larmes, vous ne coulerez jamais plus ! O larmes sur mon cœur tant de fois épanchées, Sur ce cœur oublieux des moments révolus 1 Maintenant votre source est à jamais tarie ; La Terre avide a bu goutte à goutte ces pleurs, Et mon âme s'incline altérée et flétrie Sous le souffle épuisant des humaines douleurs.

Page 1