‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 81 sur 81 · NON, JE N'ESPÈRE PLUS · texte numérisé non relu

NON, JE N'ESPÈRE PLUS

Non, je n'espère plus, car la vie est trop belle I Il me souvient du temps que, fol aventureux, J'emportais en chantant sur la route nouvelle L'espoir comme un bagage à mon bras vigoureux.

Chaque tournant alors cachait l'architecture Du palais souhaité pour mon règne prédit. Et les yeux éblouis par ma gloire future Je n'eusse jamais cru que mon pas s'alourdît.

Mais l'espoir, faix léger au début de la route, A chaque soir pesait un peu plus dans ma main, Et certain jour enfin, affranchi par le doute, Je jetai mon bagage au coudo d'un chen)in.

Alors je me sentis magnifiquement libre Et guéri pour jamais du nostalgique mal ; Et mon cœur exalté jusqu'en sa moindre fibre Bondit au fond de moi comme un bel animal.

Moi qui jusqu'à ce jour, harcelé par le rêve, Avais marché scrutant le méandre lointain Où clos par l'horizon chaque sentier s'achève, Afin d'y découvrir mon triomphal destin,

Enfin je respirai Tarome frais de l'aube. Aux branches je cueillis le fruit mûr de l'instant, Et j'enchantai mes yeux de l'éclatante robe Que reflète la lande au miroir de l'étang.

Je goûtai le repos à l'ombre transparente De l'arbre que calcine un torpide midi. Et les cloches du soir parmi l'heure adorante Où le tumulte humain lentement s'assounlit.

Mon œil ne cherche plus au détour de la berge L'esquif où la princesse attend son chevalier. Et je comprends la grâce qui peut s'allier A la rusticité d'une fille d'auberge.

Déchirant l'avenir, grimoire saugrenu Que le démon jadis mit dans mon escarcelle, Je m'enivre aujourd'hui du présent méconnu Et je n'espère plus, car la vie est trop belle 1

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