‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 80 sur 81 · L'ASCÈSE · texte numérisé non relu

L'ASCÈSE

A Stuart Merrill.

Cesse, ô fille, ton jeu. Si le miroir t'admire, Crois-tu que le calice d'ambre d'un corps nu, Ou le parfum fiévreux du nard et de la myrrhe. Encensoir balancé par ton bras ingénu

En son envol nacré, ruse naïve presque Autant qu'à tes cheveux ces pétales de sang, Fête totale enfin d'un languide arabesque, Destitueront sans plus un cœui' tout innocent ?

Mon désir ne ceint point la tiare du tétrarque Sous le torpide encens du ciel oriental Où pour son œil vorace un torse jeune s'arque Et fomente à son gré le chaos génital.

Au pèlerin trempant sa lèvre à trois reprises Dans la fontaine sainte ayant nom Siloë Le vent n'apporte plus au piège de ses brises L'arôme emprisonné d'un baiser pollué.

Désormais, poursuivant l'ascèse hiératique Jusqu'aux cimes d'Horeb d'où brille Chanaan, Mon âme indifférente au vertige plastique Dont l'abîme charnel aggrave le néant,

Ne restera sensible au rythme que d'une âme Où frémirait le don d'un ciel matutinal, Quand de l'ombre enfuie un rayon qu'on acclame Sollicite en tremblant l'azur phénoménal.

Et plus ivre d'avoir répudié la coupe

Sache, o fille impudique au regard étonné,

Sur le tapis d'orgueil où s'allonge ta croupe

Qu'en me donnant ton corps tu n'eusses rien donné.

Laisse-moi donc cueillir les fruits lourds de lumière Aux vergers constellés que l'archange défend, Car l'aube qui se lève est toujours la dernière Et ma gloire s'attarde h ta fourbe dVnfiinl :

Là, loin du cri terrestre où la musique avorte, Frôlant les cordes d'or des seuls esprits jameaux, Les mystiques archets de la blanche Cohorte Sacrent les purs accords des Élus baptismaux.

Car je vénère, Amour, ta plénière puissance Et si j'exige, crois à cette humilité Conquise d'avoir incorporé ton essence Pour enjoindre aux mortels un sort illimité.

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