ACTE I
Ces enfants bien-aimés qui nous oublient si vite ?
Nous passons notre vie à nous en séparer ,
Et toujours leur départ nous surprend à pleurer.
ROBQUIN.
Elle a seize ans...
ADRIEN NE
Dix-sept !
ROBQUIN.
Déjà? comme ça pousse !
Dire que j’ai vu ça pas plus haut que le pouce 1.^.
C’est inimaginable !
ADRIENNE
Il est temps, et je doi
L’établir jeune, un peu pour elle, un peu pour moi. Avant de m’en aller où rien ne nous doit suivre,
En de jolis marmots je veux la voir revivre,
La chercher dans leurs traits, me méprendre à leur voix, Les gâter, être mère une dernière fois.
ROBQUIN.
Vous devez en ce cas avoir quelqu’un en vue.
ADRIENNE
Ma fille, sur ce point, est maîtresse absolue ;
J’essairai seulement de l’amener au choix D’un homme instruit , faisant œuvre de ses dix doigts, Car l’homme désœuvré, sans attrait pour lui-mème, Ressemble à l’eau qui dort et se corrompt de môme.
ROBQUIN.
Rien de plus simple alors; prenez un avocat,
Il n’aura qu a parler pour avoir un état.
ADRIENNE
Passe ! un semblable choix n’a rien que je réprouve, Sauf que j’en voudrais un qui plaidât...
ROBQUIN.
On en trouve...
ADRIENNE
Qui chérit Valentine...
ROBQUIN.
Il n’aura qu’à la voir !
A D R 1 EN NE
Et qui fût aimé d’elle...
ROBQUIN. *
Un peu de bon vouloir,
Et...
AUR IENNE.
Bref, qu’un honnête homme, avec ou sans fortune, Se présente, fût-il de naissance commune,
N’eût-il que son travail pour dot, fût-ce aujourd’hui,
Si ma fille consent, demain elle est à lui.
Avec un soupir triste.
Qu’elle profite au moins de mon expérience Et tire un peu de miel du fruit de la science.
Valentine parait.
ROBQUIN.
Quel soupir! ce fruit-là vous fut donc bien amer?
Amer, non ; âpre et dur comme les fruits d’hiver.
ACTH L