ACTE II
De Gillys...
Il est pour la baronne
LE MARQUIS
Est-ce aussi do la même personne Que vous vint, cet hiver , une lettre, qu’un soir...
ADRIEN NE, de plus on plus surprise*
Elle m’écrit souvent... Mais pourrais-je savoir?..
LE MARQUIS, continuant*
Lettre fort émouvante, affirme la chronique,
Car quelqu'un qui survint au moment pathétique Sans doute , un indiscret prétend qu’à son aspect Votre embarras fut tel , qu’il lui devint suspect,
Ce que voyant alors vous perdez contenance,
Votre trouble s’accroît de*sa propre évidence,
Vous allez vous trahir tout à fait, quand soudain , Votre lampe , un bijou , la lampe d’Aladin , S’éteignant, vous fournit le temps de vous remettre' Et le loisir aussi de cacher cette lettre.,.
Il fallait que le style en fût bien attrayant Pour que vous en vinssiez à cet expédient !
ADRIENNE à part.
Je comprends tout !
Haut.
Rubquin a la mémoire bonne;
Il ne s’est, ma foi , pas trompé d’une consonne.
LE MARQUIS
Vous l’avouez , à moi , madame !
A vous surtout !
Ce n’est pas un aveu qui me coûte beaucoup...
LF. MARQUIS.
Je n’ài pas, en effet, pas le droit de me plaindre!
On est franche , avec moi l’on dédaigne de feindre ! Mais quelle idée aussi , quel besoin nous avons De faire un piédestal à ce que nous aimons ,
De ne vouloir jamais nous bien pénétrer Pâme Que notre idole n’est qu’une femme, une femme!
Et que celte beauté dont nous la revêtons,
C’est nous, nous seulement, nous qui la lui prêtons!
AD RIENNE
Vous en avez, on voit, la grande expérience,
Puisque vous m’outragez ainsi , de confiance.
LE M A r q y i s.
Oh"! ne m’en veuillez pas, allez! je souffre assez De ces emportements dont vous vous offensez!...
LE MARQUIS, s'interrompant.
Brûlons le passé!... je n’en veux rien connaître, Rien! je ne pourrais plus vous pardonner, peut-être! Laissons à nos enfants ces aveux délicats Que l'amour se complaît à mûrir pas à pas:
Ils sont jeunes! mais nous, déjà sur la limite,
Nous entrons dans un âge où l’on vieillit si vite!
Il nous faut arriver au but, par tout chemin,
La planche de salut peut nous manquer demain !
Je vous aime , Adrienne , avec la violence D’un amour qui survit à vingt ans de silence,
Je vous aime, non plus de cette aveugle ardeur