‹ Le temps perdu comedie en trois actes, en versChapitre 47 sur 60 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Où les sens ont souvent plus de part que le cœur, Mais d’un de ces amours réfléchis, inflexibles, Toujours mal assoupis, pleins de réveils terribles, Et qui, lorsque déjà l’homme est sur le retour,

Ont toute l’énergie au moins du premier jour !

AD RIEN NE

Vous m’aimez! prenez garde, et si j’étais coupable?

LE MARQUIS

Vous n’en verriez que mieux de quoi je suis capable Car je viendrais encor vous demander, je crois,

La main que vous m’aviez accordée autrefois.

AURIENNE.

Je vous reconnais donc ! Ah ! ces bonnes paroles Compensent bien l’aigreur de vos boutades folles ! Georges, vous êtes donc toujours jaloux?

LE MARQUIS

Jaloux !

Je le serais de moi, lorsqu’il s’agit do vous.

AURIENNE.

C’est de vous, en effet, mon ami, que vous l’ètes,

Et c’est votre procès ici que vous me faites.

Vous m’avez défendu de parler, je me tais.

LE MARQUIS

En vous le défendant, je vous le demandais !

ADRIEN NE, après un long siloncc •

Un soir que je devais accompagner ma fille A je no sais quel bal costumé, de famille,

Je cherchais un bijou dont elle avait besoin,

Et naturellement je ne le trouvais point.

(il

J’avais bouleversé toutes mes chiffonnières,

Quand un petit écrin, que je ne cherchais guères, Oublié là, depuis que je n’ai plus seize ans ,

Me tomba sous la main ; je l’ouvris, et dedans... — J’avais pourtant bridé vos lettres, mais que sais-je? Uno avait échappé par quelque sortilège !

Je la lus, la relus et me repris bientôt Au douloureux bonheur d’en -scruter chaque mot ! — Valentine alla seule au bal, sous la tutelle De Robquin, qui, plus tard, revenant avec elle, Poussa jusque chez moi... — Je le sais curieux,

Et j’éteignis ma lampe en essuyant mes yeux !...

LE MARQUIS

Mon cœur me disait bien que vous m’aimiez encore !

ADRIENNE

Mon ami...

LE MARQUIS

Vous m’aimez , et moi je vous adore !...

Personne cette fois ne nous séparera !

Vous voulez...

ADRIENNE

LE MARQUIS

Quand je vins, c’est Dieu qui m’inspira ! Rien n’est encor perdu ! mais l’âge nous déborde, Profitons du dernier répit qu’il nous accorde,

Dérobons à l’automne un reste de printemps,

Soyons, soyons heureux, nous n’avons que le temps ! Concentrons sur nous seuls toute notre pensée,

Et reprenons la vie où nous l’avons laissée.

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