ACTE II
Aux avant-postes. — Au loin, l'immense plaine sablonneuse, parsemée d'arbustes rabougris, qui se gonfle et se creuse de grandes vagues de terre et de hautes herbes, comme la Campagne romaine. Le lieu de la scène est la crête d'une de ces vagues, d'un kopje, formé par l'amoncellement de quartiers de minerai de fer entre lesquels poussent de rares fougères, et des chardons argentés. De là. des sentinelles dominent, au fond, un vallonnement invisible au public, où est le camp des femmes et des prisonniers. — A l'horizon, des collines qui ondulent, comme des dunes. — Un poste de soldats à droite. Owen et le jeune soldat Alan, au premier plan, causent en mangeant leur pain. Des ofiiciers et des reporters viennent, au sommet du kopje, regarder avec leurs jumelles. Des soldats poussent une troupe de prisonniers par le sentier qui descend dn kopje au camp.
SOLDATS, poussant les prisonniers
Allons, dépêchons-nous ! Rien ne peut les faire marcher plus vite, ces stupides bestiaux.
OWEN
Encore des prisonniers. Où les menez-vous, camarades ?
SOLDATS
Au camp de la famine, naturellement.
OWEN
Il est plus que rempli.
SOLDATS
Il se produit chaque jour autant de vides que d'entrées.
ALAN
Doù viennent-ils, ceux-là?
SOLDATS
Des fermes au nord de la ville. On a éclienillé les environs. Ces gredines tenaient l'ennemi au courant de tout : elles le ravitaillaient. Sans compter qu'on trouvait toujours aux alentours les rails du chemin de fer déboulonnés. Jusqu'à ce crapaud, que j'ai surpris, grimpé sur un poteau du télégraphe, en train de scier un fil. On a brûlé les fermes. Ils se tiendront tranquilles maintenant.
ALAN
C'est ça cpi'on voit flamber là-bas ?