‹ Le temps viendraChapitre 30 sur 30 · LE PRÉSIDENT ET LES PRISONNIERS · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT ET LES PRISONNIERS

« Bel a été rompu. Xabo a été brisé. »

CLODDS

Misérables, taisez-vous ! Osez-vous vous vanter de ce lâche assassinat ?

LE PRÉSIDENT

Le meurtre est méprisal^le, quand le meurtre vient des hommes. Mais celui-ci vient de Dieu. Cet être sans raison ne fut que son instrument.

Le docteur, Mrs. Simpson, et quelques autres, s'empressent autour de Clifford.

DEBORA

J'ai tué ! Mon enfant ^ tué. Le crime est entré, par moi, dans le cœur de mon enfant!...

LES OFFICIERS

Comment la-t-on laissé approcher?

— Le maréchal avait donné l'ordre de le laisser venir à toute heure.

Debora se lève brusquement, et veut s'approcher de Clifford blessé.

MRS. SIMPSON, la repoussant

Allez-vous-en I Ètes-vous sans pudeur?

DEBORA, joignant les mains

Oh! je vous en prie, je voulais, ... je voudrais le soigner...

MILES

11 est bien temps !

CLIFFORD

Laissez-la.

MILES

De la toile.

DEBORA

Je vais en chercher.

Elle court dans la maison.

CLIFFORD

Apportez-moi l'enfant.

On apporte le petit David, qui a peur, se débat, et pleure.

DAVID

Non!

CLIFFORD

Ne pleure pas : ce n'est pas ta faute. — Docteur, je vous le recommande. Vous veillerez sur lui. Je veux, vous entendez. — Mon petit garçon!... Regarde-moi... Tu t'es vengé. Je t'ai fait mourir. Pauvre martp' de nos ambitions et de nos haines, tu es venu ici souffrir et mourir...

LES OFFICIERS, entre eux

Il délire...

CLIFFORD

Je t'ai fait souffrir dans tous les petits enfants de ce peuple, que j'ai persécuté. Je voulais l'empêclier. Je n'en ai pas eu la force. Pardon, innocentes victimes! Nous sommes tous victimes. Il fallait être plus grand que nous pour résister. Je n'étais pas un

héros. Debora est revenue, et panse la blessure de Clifford.

Merci. Vous ne me haïssez donc plus ? Debora fait signe

farouchement que si. Ne haïSSCZ pluS. Geux qui font

le mal sont assez malheureux.

DEBORA

Que nous resterait-il, si nous n'avions plus la force de haïr nos oppresseurs?

MILES, à Debora

Imbécile ! — Vous avez frappé celui qui vous protégeait.

CLIFFORD

Elle a bien fait. Le plus coupable de tous, est celui qui fait le mal par faiblesse, sachant qu'il le fait, et en ayant le regret.

Owen s'est agenouillé devant Clifford, et lui baise la main. Clifford lui donne une petite tape amicale sur la tête.

UN OFFICIER, accourant

Ils se rendent ! — Vainqueurs !

CLIFFORD

Il n'y a pas de vainqueurs, il n'y a que des vaincus.

Il meurt. — On se presse autour de lui. — Debora se lève, regarde autour d'elle, avec une expression de folie désespérée, puis court vers la citerne, repoussant ceux qui sont sur son passage.

LES OFFICIERS

Qu'a-t-eUe?

DEBORA, avec désespoir

Je ne peux plus,... je ne peux plus haïr!

Elle se jette dans la citerne.

LE PRÉSIDENT ET LES PRISONNIERS, impassibles au milieu du tumulte

« Criez et hurlez, vaisseaux de la mer!... Elle sera détruite, Tyr, reine des villes, dont les marchands

étaient des princes, dont les vendeurs étaient les maîtres éclatants de la terre I... Criez et hurlez, vaisseaux de la mer, car toute votre force sera détruite I »

GRAHAM arrive avec un groupe d'officiers, couverts de poussière et de sang. Il va droit à Cliflford mort, se découvre, le regarde, un instant très bref, se retourne vers les autres officiers, et montre les prisonniers.

Sur un rang. On aligne les prisonniers, — à l'exception du président. — Graham les compte, en désigne un par cinq. — Aux officiers. FusiUez.

UN DES PRISOXXIERS DESIGNES, se jette à terre, et la baise

Ma terre ! on ne me séparera pas de toi !

GRAHAM

Arrêtez ces femmes, ces enfants. Tous sont complices. Brillez les fermes. Cette canaille partira demain sous escorte pour la côte. Ce peuple veut être exterminé. Il le sera.

On emmène la foule des prisonniers.

LE PRÉSIDENT, tranquiUe

« Tout finira bien. » (i)

GRAHAM, regardant Owen

Et celui-là, qui est-il?

(1) Ailes zal rech kom! (Président Krùger) i48

CLODDS

Il refuse de se battre.

GRAHAM, indiquant le groupe des condamnés

Avec les autres !

Il monte l'escalier de la maison, suivi de ses officiers. — On emporte le corps de ClifTord. — Les prisonniers s'éloignent, chantant un psaume. — Owen se dirige à leur suite, poussé par deux soldats. — Il est calme et serein.

« Le temps viendra, quand tous les hommes sauront la vérité, quand ils fondront les piques pour des faux, les sabres pour des herses, et quand le lion s'étendra près de l'agneau. — Le temps viendra. »

Paris, igo2

Romain Rolland

Fini d'imprimer deux mille exemplaires de ce quatorzième cahier le Jeudi 12 mars i Qo3

à l'Imprimerie de Suresnes

(E. Payex, administrateur) 9, rue du Pont

J'ai engagé plusieurs fois nos abonnés à compléter leurs collections autant qu'ils peuvent, c'est-à-dire autant que les prix des cahiers qui leur manquent leur sont restés abordables. Je me permets d'insister en particulier pour qu'ils nous demandent les œuvres de Rolland qu'ils n'ont pas. La plupart de ces œuvres s'épuisent rapidement. A la date d'aujourd'hui mardi lo m,ars, il ne nous reste plus que

28 exemplaires d'Aërl ; ij — du Triomphe de la Raison;

y3 — de Danton, sixième cahier de la

deuxième série; 2jg — du 14 Juillet, onz-ième cahier de la

troisième série ; 355 — de Beethoven, dixième cahier de la

quatrième série,

Xous avons donné le bon à tirer après corrections pour deux m,ille exemplaires de ce quatorzièm,e cahier le mardi 10 mars 190 3.

Le Gérant : Charles Péguy

Ce cahier a été composé et tiré au tarif des ou\Tiers syndiqués Imprimerie de Scrksnes (E. Payen, administrateur), 9, rue du Pont. — 726;

La Bibliothèque

Université d'Ottawa

Échéonce

The Library

University of Ottawa

Date due

'Illllllfllllllllli II

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