‹ Le Teniasis à Hymenolepis Nana: à propos d'un cas récentChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ROLE PATAOGENE' DE L'HYMENOLEPIS NANA.

La pathogénie de l'Hymenolepis nana — cestode minuscule —— prend souvent l'aspect de la pathogénie de toute helminthiase, mais 1l faut remarquer qu’'alors que les accidents déterminés par les vers intestinaux en général, donnent de préférence une symptomatologie enterocolitique avec quelques phénomenes divers surajoutés; l’hymenolepis, au contraire, ne semble donner qu'assez rarement un syndrome entero-colique net, mais donne lieu plutôt à des réactions extra-intestinales caractérisées par leur intensité et . surtout par leur gravité.

1°) Symptômes de l’helminthiase en général.

De nombreux auteurs, SOUBEN (1928), MAGRAS- SI (1928), PENSO (1931), ALBERT et PAULINO (1933) ont fait porter leurs travaux sur l'étude de cette question. De nombreuses descriptions en ont té données. Nous nous sommes surtout inspirés —— pour en faire le résumé —— des travaux de J. GUIART (1930), de BRUMPT (1936), de NEVEU LEMAIRE (1936) et de MORENAS.

À propos des manifestations cliniques dûes aux vers intestinaux, NOBECOURT (1933) nous enseigne que « les parasites intestinaux ont en pathologie humaine un role dont l'importance est -diversement appréciée comme le montrent les mémoires et les rapports de JOYEUX et BAER (1931). Ils peuvent réaliser des phénomènes variées. [ls interviennent par des processus complexes, par une action spoliatrice, toxique, traumatique, infectieuse, irritante et inflamma-

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toire. Is causent des manifestations digestives, cutanees, nerveuses, respiratoires. Très souvent au contraire, l’infestation parasitaire ne se manifeste par aucun trouble. Ti est difficile de dire jusqu'à quel point ces parasites restent inoffensifs. » Ces quelques phrases résument brièvement toute la symptomatologie clinique que peut revêtir l’helminthiase intestinale. |

Mais s’il est avéré que les troubles provoqués par les vers intestinaux sont nombreux et complexes, aussi, variables comme forme que comme intensité (GUIART) ; s’il est reconnu également qu’un porteur de parasite intestinal n'est pas obligatoirement un malade, c’est-à-dire qu’il peut ne présenter aucun symptôme, même pas de troubles intestinaux, il n’en reste pas moins certain que ce sont les réactions intestinales d’entéro-colite qui sont le plus souvent observées (BRUMPT). Ces réactions sont motivées par Ja congestion constante de la muqueuse intestinale où se sont profondément fixés les scolex des parasites. Elles trouvent leur explication également dans l’infiltration lymphoïde toujours importante qui suit l’inflammation et dans l'existence de petites ulcérations parfois nombreuses et d’où s'écoule une faible quantité de sang mise en évidence dans les selles par la réaction de WEBER. On peut noter alors un véritable syndrome enteto-colitique caractérisé par une diarthée jaunâtre, parfois légèrement sanglante, et très tenace. Cette diarrhée et ce suintement, minime mais constant, finissent, dans un temps plus ou moins long, par entrainer l'apparition d’une anémie, quasiment constante dans l’helminthiase. À un stade plus avancé, les œdémes et la cachexie peuvent faire leur apparition (MORENAS) .

Sans trop entrer dans le détail, nous pouvons noter très succinctement les symptômes caractéristiques de chaque grande catégorie d’helminthes.

Les TRÉMATODES ont une symptomatologie trop particulière pour que nous nous y arrétions dans ce travail. |

Les CESTODES répondent au tableau précédemment tracé des réactions entero-colitiques pures, pouvant à la longue se compliquer de phénomènes surajoutés. Les sujets porteurs de cestodes ont presque uniquement des symptômes digestifs. Ils présentent frequemment de la boulimie, et la faim est souvent tellement impérieuse chez eux qu'ils cherchent par tous les moyens à la satisfaire : elle prend parfois même l'aspect de « faim douloureuse » classiquement décrite dans l’ulcus gastrique. Mais d’autres fois par contre, l'appétit fait complètement défaut. En plus de ces symptômes le malade peut éprouver des nausées, des vomissements. Les digestions sont fréquemment lentes et difficiles, accompagnées d’éructations et de renvois acides.

Des sensations douloureuses ne sont pas rares, très variables, siégeant principalement au niveau de l’abdomen, elles ont parfois l'allure de simples coliques, parfois aussi elles sont comparables à des sensations de pincements, de reptation ou de boule qui se déplace. Il faut noter cependant que toutes ces douleirs disparaissent généralement au moment des repas, mais elles reviennent par la suite.

Chez la femme et les enfants, des accidents d'ordre réflexe atteignant le système nerveux, peuvent se produire mais c’est plutôt rare. Les symptômes dominants sont donc la diarrhée et une anémie secondaire parfois grave, occasionnée par une toxine que secréteraient les cestodes. Cette toxine — plus ou moins violente — résorbée dans les vaisseaux intestinaux, passerait dans la circulation générale où elle détruirait les globules rouges (BRUMPT). |

Dans les cas de présence de TAENIAS, les symptômes nombreux peuvent se diviser en deux groupes : les troubles digestifs et les troubles nerveux. |

a) Troubles digestifs : ce sont les mêmes que pour les cestodes en général, mais on note surtout

Une modification de l'appétit.

Des gastralgies d'intensité variable:

Une haleine fétide;

Parfois du hoquet et du pyrosis.

Les troubles intestinaux souvent très peu marqués

consistent surtout en alternatives de diarrhée et de constipation, accompagnées de réactions névropathiques.

Des troubles hépatiques, plutôt rares, mais pouvant rappeler les symptômes de la colique hépatique, avec ictère intermittent ou parfois aussi une cirrhose au début.

b) Troubles nerveux : Ces derniers sont inconstants; 1ls existent surtout chez des individus prédisposés et présentant une tare nerveuse héréditaire ou personnelle (NEVEU-LEMAIRE). Ces troubles excessivement variés, vont depuis la crise hystériforme et épileptiforme et la chorée jusqu’au syndrome de méningite aiguë, couramment dénommé «( méningisme vermineux ».

Beaucoup d’autres troubles nerveux peuvent apparaitre : troubles moteurs, troubles médullaires, troubles sensoriels, troubles sensitifs, troubles psychiques. Mais comme leur fréquence est relativement rare dans les cas de parasitisme à tænia et comme elle est par contre, très importante dans les cas de parasitisme à hymenolepis nana, nous nous réservons de les décrire plus en détail en étudiant le syndrome donné par ce parasite.

Les NÉMATODES donnent une symptomatologie assez différente de celle des cestodes. Les réactions en-

tero-colitiques sont presque exceptionnelles, mais par contre les troubles extra-intestinaux sont fréquents et nombreux, et en particulier, les troubles nerveux paroxystiques d'ordre toxo-anaphylactique (BRUMPT) Nous mettons volontairement de côté les symptômes pouvant être donnés par suite de la migration du parasite dans les divers organes. Nous ne retiendrons que les manifestations les plus fréquemment constatées dans de pareils cas. Elles sont de deux ordres : digestif et nerveux. À

a) au point de vue de l'appareil digestif, en plus des signes communs à toute helminthiase, on note des coliques péri-ombilicales, douleurs subites, vives spongitives (GUIART). Une douleur vive, caractéristique, réveillée par le palper profond de la paroi abdo-. minale dans le voisinage du Mac Burney.

b) au point de vue nerveux: on note principalement :

du prurit anal (oxyure).

de l’insomnie.

des convulsions.

des crises épileptiformes, des parallysies diverses.

Du strabisme et de la cécité d’origine inexpliquée. Ces accidents peuvent revêtir une forme très grave dans nos régions. Elle n’est cependant pas aussi extrêème que dans les pays chauds où la mort succède avec une rapidité parfois foudroyante à des signes extra-intestinaux très intensément accusés.

2°) Symptomatologie du parasitisme à hymenolepis nana. |

Comme le dit fort justement BRUMPT (Traité de parasitologie, t. I, p. 780), l’hymenolepis nana qui est comme son nom l'indique, le plus petit taenia parasite de l'intestin humain, est aussi celui qui sem-

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ble jouer le rôle le plus important en pathologie. Les manifestations pathologiques entrainées pat sa présence sont autrement intenses que les troubles bénins des T'aeniasis ordinaires (EUZIÈRE et HARANT). Elles peuvent être rencontrées au cours de toute helminthiase mais d’une façon beaucoup plus exceptionnelle et en tout cas elles n’atteignent jamais le degré d’acuité qu’elles revêtent avec l’hymenolepis nana.

Alors que les Cestodes en général, donnent de préférence, nous l’avons vu, des réactions d'ordre entérocolitique l’hymenolepis lui, n’en donne que de très frustes, souvent même il n’en donne pas du tout, mais contre il se manifeste dans la grande majorité des CAS; par des réactions extra-intestinales extrêmement marquées et tout particulièrement par des phénomè- . nes nerveux dont l'intensité et la gravité sont parfois très importants. Ïl est curieux de remarquer à ce propos avec MORENAS, que le tableau clinique donné par l’hymenolepis nana est en grande partie différent du syndrome observé chez les porteurs de cestodes, et qu'il se rapproche beaucoup par contre du syndrome donné par le parasitisme dû aux petits nématodes.

C'est ici justement qu'intervient la notion et le facteur du nombre et de la taille. On sait que les Cestodes ou les Nematodes de grande taille, — les grands taenias, tout comme les grands ascaris — sont la plupart du temps admirablement bien supportés par l'intestin de l’homme et ne donnent lieu à aucune réaction: mais on sait également qu'il n’en est pas de même Ron les nématodes et pour les cestodes de petite tail-

+: l'étude de l’hymenolepis nana est convaincante

à ce sujet.

Le nombre plus ou moins grand des parasites intervient lui aussi très certainement dans l'intensité plus ou moins grande « des phénomènes observés (EU- ZIERE et HARANT). On peut en effet admettre en

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principe avec J. GUIART « que la gravité des accidents est en proportion inverse de la taille des Helminthes, mais en proportion directe de leur nombre ». Il est évident que plus la muqueuse intestinale sera irritée par un nombre plus ou moins grand de scolex profondément fixés, plus l'intensité des accidents sera grande elle-même. Or justemant hymenolepis nana se trouve généralement en très grande abondance dans l'intestin parasité. C’est ainsi que LUTZ en a compté plus de 200 dans un cas. GRASSI de 50 à 5.000 exemplaires chez un même enfant; BACIGA- PULO enfin en a trouvé 7.360 dans un seul cas en Argentine.

Du fait donc du plus ou moins grand nombre de parasites, les phénomènes constatés peuvent être ou nuls ou au contraire très importants. Mais d’une façon générale « tous les porteurs présentent une association de symptômes différemment dosée » (EU- ZIÈRE et HARANT).

Ces symptômes divers sont d’ordre

1) Düugestif : Modification de l'appétit, sialorthée, gastralgies, douleurs abdominales vagues sans siège précis.

Parfois «une faim douloureuse», alternatives de diarrhée et de constipation.

2) Circulatoire: Palpitations, troubles vaso-moteurs, cardiaques, légère tachycardie, arythmie, affaiblissement du pouls ; la tension artérielle est peu touchée.

3) Nerveux surtout: Insomnie, agitation et terreur nocturnes, Vertiges, mélancolie, céphalées, convulsions. On peut noter également de l'enuresie nocturne due à des troubles médullaires.

4) Général: léger fébricule, fatigue générale, pâleur

plus ou moins prononcée, anorexie.

5) Humoral et sanguin: Tous ces symptômes s’ac-

compagnent d’une anémie parfois grave et düûe davantage à une diminution de l’hémoglobine du sang qu’à une diminution du nombre de globules rouges.

L’éosinophilie est pour ainsi dire constante, générale faible, variant de 5 à 3 p. 100, elle peut cependant être notable : JOYEUX a noté jusqu’à 13 p. 100 et OQUINENA plus de 19 pour cent.

Lorsqu'il est en grande abondance dans l'intestin l’hymenolepis nana donne lieu alors à un syndrome beaucoup plus net et beaucoup plus caractérisé. Sur un fond d’entéropathie chronique se superposent des signes nerveux très importants, dûs vraisemblablement à l’imprégnation toxique de l’organisme or

(EUZIÈRE et HARANT).

Ne nouveau syndrome est donc caractérisé par des troubles enteropathiques et surtout par des troubles nerveux ; quelques troubles anaphylactiques peuvent se rencontrer aussi.

1) Troubles entercpathiques: Ce sont ceux que nous avons signalé plus haut, leur intensité n'est jamais très marquée et ils passent aisément au second plan, éclipsés par les accidents nerveux qui eux occupent une place prépondérante.

2) Troubles nerveux : Ils peuvent être très nombreux et très variés.

a) Troubles de la sensibilité : algies et paresthésies diverses pouvant siéger un peu partout. Hyperesthésies, anesthésies.

Troubles sensoriels: Perversion du goût et de l’odorat.

SOUS Modification de l'audition: bourdonnements d'oreilles, surdité. *

Manifestations oculaires surtout ; strabisme et nystagmus temporaire, inégalité pupillaire, illusions d'optique, asthénipie accomodatrice, diplopie transitoire, amaurose et même cécité momentanée ou périodique, blépharospasme.

Troubles moteurs, de beaucoup les plus importants, consistants en : convulsions, crises hystériformes et épileptiformes, chorée, syncopes, parésies diverses, tics et spasmes. syndrome bulbaire même, hbypotonie des sphincters: paralysies de certains muscles de la face et de l’œil, paralysies d’étendue variable entranant de l’aphonie, de la toux, du laryngospasme, très fréquent, des accès de suffocation pouvant amener de la cyanose, de l’asphyxie, et parfois même occasionnant la mort. Citons en passant l'observation classique de FILATOW relative à la mort subite par spasme du larynx d’un enfant porteur de 300 hymenolepis nana. On peut assister enfin à un véritable tableau de méningite aigüe, avec raideur de la nuque, un Kernig, du rétrécissement pupillaire, de la rétraction abdominale. de l’hyperesthésie, une raie méningitique sans modification de L. €. R.: c'est la «pseudoméningite vermineuse» ou «méningisme vermineux» bient étudié par GUILI AIN et GAR- DIN dans une communication à l’académie de Médecine (1922).

Troubles médullaires : Caractérisés surtout par de l’incontinence nocturne d'urine.

Troubles psychiques: terreurs nocturnes, hypocondrie, modification du caractère, parfois

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même affaiblissement des facultés intelfectuelles, É

3) Troubles anaphylactiques et généraux: On peut constater quelques fois des œdèmes fugaces, de l’œdème de QUINCKE, mais ce qu'il est important de noter surtout, c’est que toutes ces manifestations s’accompagnent à la longue d’un fléchissement de la santé générale : la lassitude, la faiblesse, l’amaigrissement, et surtout l’anémie ne tardent pas à faire leur appärition et viennent aggraver encore le tableau déjà sévère.

PATHOGENIE :

La pathogénie de tous ces troubles semble devoir être rattachée à une Toxemie dont le point de départ serait le parasite lui-même. En effer l'action spoliatrice est insignifiante, quant à l’action traumatique elle est bien négligeable. Tout au plus «des mouvements incessants du rostre pourraient-ils irriter les terminaisons nerveuses des plexus sympathiques et déterminer des réflexes». c'est du moins l’opinion de R. BLANCHARD. (NEVEU, LEMAIRE).

L'action toxique au contraire déterminée par des produits secrétés par le ver et pouvant persister longtemns après lui dans l'organisme, jouerait un rôle prépondérant surtout dans la genèse des troubles nerveux. Mais les avis sont encore partagés sur ce point.

Venant illustrer d'une façon parfaite les notions exposées ci-dessus, un cas d’hymenolopis nana à manifestations extra-intestinales, vient d'être observé tout récemment à Montpellier même par MM. Eu- ZIÈRE et HARANT. La rareté des cas signalés en France et surtout la forme nerveuse pure, constatée en l’oc-

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