OBSERVATION
«Ha jeune X... à huit ans depuis le 15 Octobre 1938. Son père et sa mère se portent bien. Le père aurait cependant présenté à plusieurs reprises des petits vers blancs dans les matières fécales. Il s’est toujours refusé à un examen médical. La mère à eu une première grossesse normale 1] y a aujourd’hui 22 ans: 1l en est résulté une fille bien portante qui est aujourd’hui mariée. Elle à eu, quatre ans après, un avortement à trois mois de grossesse. Enfin elle a eu un enfant mort-né venu à terme deux ans après sa fausse couche. Une quatrième grossesse lui a donné l’enfant qui fait l’objet de l'observation actuelle. À
Cette enfant est née à terme: bien constituée, et jusqu’à l’âge de quatre ans n’a rien présenté de particulier. Il y à quatre ans au milieu de [a nuit, ses parents l’entendirent souffler bruyamment: ils se leverent et la trouvèrent raidie, la tête rejetée en arrière, bleue, les yeux éversés. La crise entrecoupée de phases de repos a duré plusieurs heures. L'enfant était sans connaissance et comme indifférente et insensible à tout appel. Revenue à elle, aucun souvenir de la crise ne subsistait en elle; les jours qui suivirent la crise, elle resta inquiète, instable, comme angoissée.
Onze mois après le premier accident, elle en eut un second, analogue, mais moins dramatique. C'était
l'hiver et quelques jours après elle eut une bronchopneumonie.
De quatre à sept ans elle a trois crises.
De sept à huit, elle en à quatre.
Les deux dernières remontent l’une au 30 août 1938, l’autre au 13 Janvier 1939 (tout récemment au mois de juin, une nouvelle crise s’est produite, semblable aux précédentes).
Peu de temps après la première crise, elle a eu une «jaunisse qui a bien guéri».
L'examen objectif est négatif : c’est une enfant normale, bien développée, mais plutôt mièvre.
Au premier examen des matières fécales, pratiqué avant toute concentration, présence de nombreux œufs d’hymenolepis nana (environ un tous les deux champs microscopiques.
Il nous paraît légitime de rattacher les accidents nerveux à caractère comitiaux présentés par la malade à ce parasitisme.
Comme on le voit, cette observation est un exemple frappant de parasitisme intestinal à hymenolepis nana sans aucune symptomatologie entéro-colitique, et se manifestant uniquement et à plusieurs reprises par des crises assez longues simulant parfaitement les crises comitiales, et suivies de phénomènes d'amnésie et d’obnubilation mentale. Dans les antécédents de la petite malade on ne décèle aucune affection pathologique ; : c'est tout au plus si un avortement de sa mère À trois mois de grossesse, suivi de la venue au monde à terme. d’un enfant mort-né, deux ans après, peut faire soupçonner une spécificité possible ou tout au moins une tare congénitale prédisposant cette petite malade aux accidents nerveux. Ce qui ressort par contre de cette observation, c’est l'apparition brutale et sans prodromes d'accidents nerveux graves, chez
FE es une enfant apparemment en excellente santé. C'est aussi la coïncidence de ces accidents avec une abondance de parasites considérable, puisque la présence des œufs d'hymenolepis nana fut mise en évidence mème sans aucune concentration préalable, et à raison d'un œuf tous les deux champs microscospiques. C’est donc bien un cas d'Helminthiase à hymenolepis nana à forme nerveuse pure : c'est ce qui en fait la valeur et la curiosité.
Nous aurions voulu pouvoir comparer cette observation avec d’autres ayant trait au même parasitisme; en dégageant principalement les manifestations nerveuses constatées par les différents auteurs. Malheureusement la plupart de ces constatations furent faites à l'étranger et la rareté des observations françaises ne nous à pas permis d’en tirer des éléments suffisamment nets et précis pouvant être utilisés pour ce travail comparatif. De toutes les observations que nous avons eu en main, nous n'avons retenu que les cinq de VOVAN CAN (Marseille 1935). Si les accidents nerveux y sont réduits à bien peu de chose, du moins démontrent-ils l'extrême variété des symptômes primitifs donnés par l’hymenolepis nana. Dans deux de ces observations, ce parasite fut trouvé dans les selles à l’état isolé: les deux enfants entrèrent à l'hôpital avec respectivement comme diagnostic : le premier: fièvre typhoïde et le second: ictère catarrhal. Aucun signe nerveux important n'est signalé dans ces deux cas. Parmi les trois autres, on note deux diagnostics d'entrée d’entérite ou diarrhée; et un de néphrite aigué, mais dans ces trois cas l’hymenolepis nana était associé à d’autres parasites intestinaux, entre autres le Trichuris trichiura et l’ Ancyslotoma duodénale. Les phénomènes nerveux chez ces enfants se réduisaient à de l’énurésie nocturne. Par contre dans les cinq cas VOVAN CAN a noté une anémie caractérisée par une baisse des globules rouges aux environs de 3.800.000
à 3.420.000 ainsi qu’une éosinophilie très faible, aux environs de 3 pour cent.
Mais nous le répétons, les observations n'étaient pas assez nombreuses et surtout pas assez détaillées
pour que nous puissions en tirer des arguments suffisamment valables.