Lettre du 14 ventôse. Archives départementales
suspects restent en liberté pour blasphémer contre les mesures révolutionnaires et pour solliciter par mille intrigues la sortie des aristocrates qui leur sont chers.
« En conséquence, tous les districts du département du Pas-de-Calais donneront des ordres pour que, dans lesvingtquatre heures, toutes les femmes des hommes suspects détenus soient mises en arrestation, à moins qu'elles n'aient évidemment et constamment improuvé l'aristocratie de leurs maris.
« Cette mesure aura lieu à l'égard de tous les hommes suspects qui doivent être subséquemment arrêtés.
« Elle aura lieu pareillement envers les femmes ci-devant roturières des maris ci-devant nobles et envers les maris ci-devant roturiers des femmes ci-devant nobles, si lesdits maris roturiers ou lesdites femmes roturières n'ont point montré un attachement constant à la Révolution l . »
Joseph Le Bon, en réunissant dans la même prison le mari et la femme, l'épouse et l'époux, faisait disparaître, sans y penser, la plus grande des douleurs que pût entraîner la perte de la liberté : porter les mêmes fers, c'était n'en plus sentir le poids. Mais non ; Le Bon a prévu ces conséquences; il a même porté ses prévisions plus loin :
« Ne laissons point multiplier les ennemis de la liberté. Dans les vingt-quatre heures delà réception du présent, les districts du département du Pas-de-Calais auront pris des mesures pour séparer les femmes suspectes des hommes suspects.
« Les enfants mâles au-dessus de sept ans resteront dans la maison des hommes, et ceux au-dessous de sept ans, ainsi que les jeunes filles, dans les maisons des femmes.
« Les maisons des hommes suspects seront gardées par des hommes, et celles des femmes suspectes, par des femmes 2 . »