Greffe d'Amiens
cuisinier de M. deCardevacque de BailtœuJU chanoine d'Â?ras émigré, était resté depuis le 2 octobre 1789, avec V autorisation du district, dans la raison de sou ancien maître, au cloître Notre-Dame j il y avait établi un commerce de vin. Il avait à son service la femme et la fille de Darras, cocher de M.deBaillœul, qui avait aussi émigré. Arrêté comme suspect le 8 brumaire, Thuillier fut relàcbé ; mais le 29 nivôse, «le sans-culotte Ossent, commissaire national, chargé de la réforme des bouches inutiles près l'armée du Nord », le dénonça à la Société républicaine « comme dépositaire de beaucoup d'argenterie appartenant à un chanoiue. émigré ». Deux commissaires du comité de surveillance trouvèrent dans le grenier de Thuillier, cachés sous du fourrage, le portrait du « ci-devant évèque d'Arras, des titres et armoiries appartenant à Baillœul ou à sa famille ». Ils continuèrent leurs recherches et découvrirent dans une armoire sans clef, dans la cave sous un tas de bouteilles, dans le grenier sous des bottçs de paille, cent quatorze pièces d'argenterie, deux fusils de chasse et deux fusils de munition. Thuillier fut mis en arrestation. Le lendemain, la femme Darras demanda qu'on se contentât de le garder à vue chez lui jusqu'à ce qu'il l'eût mise au courant de son commerce : elle fit valoir .« que sa famille à elle était sans-culotte de droit et de fait, que Thuillier avait fréquenté la Société populaire autant que ses occupations le lui permettaient, qu'il avait monté sa garde et payé ses impositions avec exactitude et acheté des biens nationaux ». Elle signa sa pétition : « La Républicaine Darras ». Le comité répondit à la pauvre républicaine en ordonnant que toutes les personnes qui demeuraient chez Thuillier fussent emprisonnées comme suspectes. On n'épargna ni le dénonciateur Ossent, ni la fille Darras qui avait guidé les commissaires dans leurs investigations : on les arrêta l'un et l'autre au moment où ils s'enfuyaient de compagnie. — A l'audience, sur les conclusions de De-
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muliez, Métairie Darras (16 ans) fort mise en liberté comme « principale dénonciatrice de la conspiration » dans laquelle était impliquée sa mère! Thuillier fat eondamné à mort; Françoise Duval, femme Darras, à quatre ans de réclusion et à six heures d'exposition publique sur l'échafaud. — Mélanie Darras n'eut pas honte de réclamer la récompense que la loi accordait aux délateurs * .
7 germinal (2? mars). — Pierre-Antoine Boniface (55 ans), né à Lens, marchand au faubourg de la Fraternité (Saint- Nieolas-lez-Àrras), avait été déclaré suspect d'aristocratie par le conseil général de sa commune. Il passait le 8 pluviôse (27 janvier) à la porte Méaulens, lorsque le citoyen Dnponchel, s'aperce vant qu'il portait quelque objet caché sous son habit, le fit entrer au poste. On trouva sur la personne de Boniface un calice avec sa patène, et dans son portefeuille une « prophétie contre -révolutionnaire qui pronostiquait la destruction des défenseurs delà liberté sous la dénomination d'enfants de Brutus ». Boniface refusa de dire d'où provenait le calice saisi : un procès-verbal fut dressé par la municipalité et remis au district. Les administrateurs, « considérant que Boniface était prévenu d'avoir recelé de& effets qui, sous tous les rapports, appartenaient à la République, et qu'il ne pouvait être qu'un contre-révolutionnaire, renvoyèrent les pièces à l'accusateur public ». L'instruction révéla que le calice saisi avait été acheté par le procureur Roussel pour un de ses fils qui était prêtre ; mais la pro-
1. La mesure prise par Le Bon an sujet de la création d'une seconde section au tribunal révolutionnaire avait reçu un commencement d'exécution : parmi les juges qui siégèrent le 6 germinal , on remarqua, à côté du président Beugniet et de Cyriaque Caron , Dupuis (Bernard-Joseph) et Flament (Maximilien-Joseph) qui étaient attachés à des tribunaux de district. Quelques jours après le 8 germinal, on vit également siéger au tribunal révolutionnaire Caron (Ferdinand-Joseph), juge à Saint-Pol, neveu deLanne ; il épousa le 15 germinal Henriette Le Bon , sœur du représentant. Le nombre des juges fut ainsi porté à six : ils jugèrent à tour de rOle,
pbétie contre-révolutionnaire suffit pour démontrer au jury que Boniface avait conspiré contre la sûreté intérieure de l'État. — Boniface fut guillotiné.
Jean Lepeinteur (21 ans), ci-devant écolier à Cou tances, volontaire au 6* bataillon de la Manche , subit la même peine. Il avait « recruté en France pour l'étranger ; il était muni de différents passeports donnés par les généraux ennemis ». , Le jury acquitta le citoyen Vaux, de Vitry , prévenu d'infraction à la loi du maximum, et un officier municipal de S alla u, nommé Wacheux, accusé par le district de Bapaume d'avoir soustrait un croissant d'argent doré , « servant cidevant à une remontrance » .
8 germinal (28 mars) . — Trois « émigrés » avaient été amenés, le 7 germinal, au directoire du district de Bapaume par des habitants de Ruyaulcourt et de Neuville-BourjonvaL « Le premier, interrogé sur son nom et le lieu de son domicile, répondit qu'il s'appelait Louis Delmotte et qu'il était , de Bertincourt. « Qui vous a donné , lui demanda-t-on, les assignats dont vous étiez porteur ? » — « Je n'ai rien à dire. » — « Quand vous étes-vous émigré? » — « Même réponse. » — « N'avez-vous pas crié : Vive le Roi? » — « Même réponse ».
«Le second, interrogé sur son nom..., répondit qu'il était de Ruyaulcourt, marchand de moutons,' et qu'il se nommait Louis- Joseph Prince (24 ans). — « Où avez-vous eu les assignats dont vous êtes porteur ?» — « Dans les environs de Saint-Quentin » . — Interrogé sur ce qu'il avait dit après son arrestation, lorsqu'on lui eut annoncé qu'il mourrait guillotiné? — « Je mourrai comme mon roi; c'était un honnête homme. »
Le troisième interrogé répondit : François Delattre, de Sauchy-Cauchy (23 ans). « Vous alliez à Valenciennes? » — « Oui? » — « Où alliez-vous dans cette ville? » — «J'allais boire sous la cloche du beffroi de cette ville »
En exécution d'un arrêté du district de Bapaume, Delattre, Prince et Delmotte furent traduits, le lendemain de leur arrestation, devant le tribunal révolutionnaire.
On les accusa d'être les « agents des puissances coalisées pour distribuer de faux assignats et exciter des fomentations parmi les citoyens des campagnes en mettant ou faisant mettre le feu à plusieurs habitations au moment de Faction que les armées de la République devaient avoir avec les esclaves du despotisme. » Ils furent condamnés à la peine capitale.
9 germinal (29 mars) . — Joseph Le Bon n'avait pas oublié le général Buchotte (Charles- André, 61 ans, né à Colmar) : en même temps qu'il demandait la destitution de cet officier, il avait écrit, le 13 ventôse (3 mars), à son collègue Dumont, en mission dans la Somme :
« Je te fais passer copie d'une lettre que j'écris au Comité de salut çublic et je ne doute pas que tu ne préviennes ses m esùres à l'égard du nommé Buchotte ; il conviendrait, je pense, de saisir tout d'abord les papiers de cet individu et peut-être sa personne * ».
André Dumont, non content d'arrêter Buchotte, l'envoya à Arras, le 22 ventôse, avec Pinguenet, aide-de-camp du général. A leur arrivée, Le Bon les fit enfermer aux Baudets, interroger par Daillet, maire d' Arras, puis transférer aux Orphelines. Après ces premiers soins donnés aux prisonniers, il s'empressa de remercier son collègue. Il écrivit à André Dumont : « Tu as prévenu mes désirs en m'envoyant Buchotte et son aide-de-camp; j'allais te les demander. Crois que la peine sera aussi prompte que le délit est grand 2 . »— Buchotte fut ramené aux Baudets le 28 ventôse et